Societe
Posté le 29.08.2008 par djamazz
Déclin de l'Occident et montée de l'Orient
La politique mondiale est-elle à un tournant?
Réflexions de Jean-Pierre Lehmann sur les thèses de Kishore Mahbubani exposées dans son ouvrage «The New Asian Hemisphere: The Irresistible Shift of Global Power to the East»
L’auteur de l’ouvrage, Kishore Mahbubani, est un diplomate réputé de Singapour. Il est professeur et doyen de la Lee Kuan Yew School of Public Policy rattaché à la National University of Singapur.
Il y a plus de 40 ans – j’avais alors entre 20 et 30 ans – un ouvrage de l’important historien britannique Victor Kiernan m’avait fortement impressionné: il s’intitulait «The Lords of Humankind, European Attitudes to the Outside World in the Imperial Age». Il avait été publié en 1969, lorsque la décolonisation européenne touchait à sa fin, à quelques rares exceptions près. Kiernan brossait le portrait de l’arrogance et du fanatisme traversés par un rayon de lumière exceptionnel. La plupart du temps, cependant, les colonialistes étaient des gens médiocres mais en raison de leur position et, surtout, de leur couleur de peau, ils étaient en mesure de se comporter comme les maîtres de la création. De plus, l’ouvrage de Kiernan me montrait que, même si la politique coloniale européenne touchait à sa fin – les puissances coloniales européennes ne pouvant plus garder leurs colonies – l’attitude colonialiste des Européens subsisterait probablement encore longtemps.
En fait, celle-ci reste très vive en ce début de XXIe siècle. Souvent, on est étonné et outré lors de rencontres internationales, quand un représentant européen entonne, plein de superbe, à peu près le refrain suivant: «Ce que les Chinois [ou les Indiens, les Indonésiens ou qui que ce soit] doivent comprendre est que…», suivent les platitudes habituelles et l’énonciation hypocrite de principes que les Européens eux-mêmes n’appliquent jamais. Le complexe de supériorité subsiste. Le fonctionnaire européen contesterait certainement être un colonialiste atavique. C’est là qu’est le problème. Comme l’écrit Mahbubani: «Cette tendance européenne à regarder de haut, à mépriser les cultures et les sociétés non européennes a des racines profondes dans le psychisme européen.» (p. 266)
A l’époque de l’impérialisme, qui, selon Kiernan, a duré des guerres napoléoniennes à la Première Guerre mondiale, le nombre de puissances coloniales européennes était très restreint. L’Espagne et le Portugal ont été chassés de la plupart de leurs colonies américaines au début du XIXe siècle et l’Espagne a perdu les Philippines en 1898, lors de sa guerre contre les Etats-Unis. Les quatre puissances coloniales importantes à l’époque impérialiste ont été le Royaume-Uni, la France, les Pays-Bas et, à sa manière, la Russie, dont, l’empire, contrairement aux autres, était basé sur la terre. Les autres nations européennes, la Suisse, le Danemark, l’Allemagne et l’Italie notamment, étaient pendues aux basques coloniales du Royaume-Uni, de la France et des Pays-Bas.
Tel est le contexte dans lequel s’inscrit l’ouvrage de Kishore Mahbubani, dans lequel il annonce l’essor d’un nouvel hémisphère asiatique, qui, à son tour, entraînera le transfert inévitable de la puissance mondiale vers l’Orient. Il est choquant – mais malheureusement pas surprenant – d’apprendre, en lisant les remerciements figurant dans le livre, que de nombreux amis occidentaux du professeur lui ont conseillé de ne pas le publier, car il risquerait de heurter de nombreux lecteurs occidentaux. Je souhaite que le plus grand nombre possible d’Occidentaux lisent cet ouvrage. Les lecteurs rejetteront de nombreuses assertions – j’aurais aussi certains points à débattre avec Mahbubani – mais la thèse principale de l’ouvrage est incontestable. Non seulement elle décrit de manière pénétrante la réalité mondiale actuelle, mais elle donne des indications convaincantes sur l’évolution globale future. Mahbubani n’est pas «anti-occidental»; à maints égards, il admire beaucoup certains de nos acquis et croit que l’Orient devra les adopter – notamment l’Etat de droit et la justice sociale – s’il veut réaliser sa «marche vers la modernité».
Pour l’Occident, il est temps de regarder la réalité en face
Ce que Mahbubani attaque c’est l’anomalie absurde d’un pouvoir mondial occidental envahissant et persistant dans un monde sujet à des changements fondamentaux. Cette distorsion est due à la politique occidentale et aux attitudes qui en résultent. L’anomalie est d’autant plus frappante étant donné la démographie actuelle. A l’apogée de l’époque impériale, aux alentours de 1900, la population européenne représentait environ un quart de l’humanité (contre 57% pour l’Asie). Aujourd’hui, la première ne représente plus que 12% de la population mondiale. Bien que même une proportion de 30% de la population mondiale de 1900 (Europe et Amérique du Nord) ne justifiait en aucun cas que les Occidentaux se comportent comme les maîtres de l’humanité, cette prétention est encore plus contestable au XXIe siècle, où 12% entendent faire la loi aux 88% restants. Alors que – quittant la démographie – on pouvait peut-être considérer l’Occident en 1900 comme «supérieur» dans de nombreux domaines, notamment les institutions, les systèmes socio-politiques et industriels, l’éducation et les innovations techniques, cette supériorité est aujourd’hui remise en question par l’Orient en plein essor. Il est temps que l’Occident regarde la réalité en face et Mahbubani lui en donne l’occasion.
Il est inévitable qu’un livre d’une telle ampleur comporte quelques parties peu claires et sujettes à controverses. Une de celles-ci est la présentation globale «kiplinguesque» de l’Orient et de l’Occident ou, plutôt, de l’Orient contre l’Occident. On pourrait voir le continent eurasien comme un continuum plutôt que comme divisé. Dans son Livre des merveilles du monde, Marco Polo raconte les merveilles qu’il a découvertes lors de son voyage en Orient, mais le Vénitien aurait été peut-être autant étonné, voire davantage, s’il était allé en Finlande par exemple, plutôt qu’en Mongolie. En Orient comme en Occident – mais en Orient surtout – l’homogénéité qui permettrait des généralisations fait défaut.
Cela ne vaut pas seulement pour la culture mais également pour le niveau de développement économique et politique. En décrivant le Singapour de son enfance, Mahbubani indique que les toilettes à chasse d’eau étaient un luxe dont ne disposaient que quelques familles. Ayant passé une partie de mon enfance en Espagne, une décennie après la guerre civile, lorsque le pays était encore dans un état désespéré de sous-développement, j’ai des souvenirs semblables. (Et quand on a eu finalement des toilettes à chasse d’eau, elles se bouchaient tout de suite.) Le pays qui, à mon avis, ressemble le plus à l’Espagne, est la Corée du Sud: tous les deux étaient miséreux il y a encore quelques décennies, tous les deux ont été dirigés pendant des décennies par des militaires, tous les deux ont, depuis, connu un développement économique et politique couronné de succès et sont devenus des démocraties solides et prospères.
Deux questions importantes subsistent une fois la lecture achevée.
La Russie, Est ou Ouest? En présentant les trois principaux scénarios pour le XXIe siècle – la marche vers la modernité, le repli dans des forteresses et le triomphalisme occidental – l’auteur ne précise pas où se place la Russie, en particulier par rapport aux premier et troisième scénarios. La Russie va-t-elle se situer à l’Est dans sa «marche vers la modernité» ou va-t-elle s’allier à l’Occident dans son «triomphalisme»? Mais poser cette question ne constitue pas une critique adressée à Mahbubani puisque même les Russes (et eux tout particulièrement) seraient sans doute incapables d’y répondre de manière satisfaisante. L’identité de la Russie est une question brûlante depuis que Pierre le Grand a fondé Saint-Pétersbourg en 1706 et le fait qu’elle le soit resté au XXIe siècle prouve que les questions restées en suspens au cours de l’histoire ne meurent pas, qu’elles ne passent pas au second plan mais gardent toute leur complexité.
Il en va de même pour le Japon. Géographiquement, il est des plus à l’est mais qu’en est-il des autres aspects? Mahbubani montre comment, dans les années 1870, les premiers intellectuels japonais favorables à la modernisation, en particulier Yukichi Fukuzawa, affirmaient que le salut du Japon résidait dans le fait de «quitter l’Asie» et de revêtir le costume occidental. A l’époque impériale, à côté des trois principaux colonisateurs Européens, une puissance coloniale asiatique émergeait, le Japon, qui entreprit de coloniser ses voisins, Taiwan, la Corée et la Mandchourie. Aujourd’hui, mises à part les tensions entre le Japon et la Chine auxquelles Mahbubani fait allusion assez en détail, la question demeure: le Japon est-il asiatique ou pas? (En Afrique du Sud, sous l’apartheid, les Japonais «bénéficièrent» du statut de «blancs d’honneur» et, ce qui est plus troublant, ils l’acceptèrent!)
Si ces questions demeurent sans réponse dans le livre de Mahbubani, c’est qu’elles sont sans réponse! Cela ajoute à la confusion régnant dans un environnement global extrêmement complexe. Ainsi, «au début du XXIe siècle, alors que nous entrons dans une des périodes de changements les plus profonds que l’humanité ait jamais vécues» (p. 279), il existe également des structures de continuité qui, finalement, peuvent accentuer les discontinuités.
La thèse de Mahbubani peut être divisée en trois parties: une mise en accusation de l’Occident, une évaluation de l’Orient et de son avenir et une feuille de route pour une future gouvernance mondiale.
1. Mise en accusation de l’Occident
Comme nous l’avons dit plus haut, Mahbubani manifeste une profonde admiration pour de nombreuses réalisations occidentales et croit vraiment que l’avenir de l’Orient réside dans son aptitude à adapter et à incorporer ce qu’il appelle les «sept piliers de la sagesse occidentale»: l’économie de marché, la science et la technologie, la méritocratie, le pragmatisme, la culture de paix, l’Etat de droit et l’éducation.
A propos de la «culture de paix», il écrit: «Les Etats occidentaux ont atteint le sommet du développement humain: non seulement zéro guerre mais zéro projet de guerre entre deux pays occidentaux». La situation dans les Balkans est sans doute une exception assez sanglante à cette règle, mais ce fait est néanmoins important et ne devrait pas être considéré comme «allant de soi»: il devrait être considéré comme «une des réalisations les plus impressionnantes de l’histoire de l’humanité» (p. 79). En particulier, une guerre entre les deux grands anciens belligérants européens que sont la France et l’Allemagne est inconcevable. Ce n’est pas le cas en ce qui concerne la Chine et le Japon. Une guerre entre ces deux nations aurait des conséquences dévastatrices pour l’Orient, voire pour la planète et bien que cela demeure un scénario relativement lointain, seul un inconscient pourrait affirmer qu’il est absolument impensable.
La mise en accusation possède deux aspects: le premier est que l’Occident ne respecte pas ses propres valeurs et le second qu’il ne veut pas ou ne peut pas reconnaître le besoin de changement de l’ordre mondial qui entraînerait la fin de son quasi-monopole de pouvoir. Ces deux aspects sont liés: «L’incapacité de l’Occident à admettre le caractère non viable de sa domination mondiale représente un grave danger pour le monde. Les sociétés occidentales doivent choisir entre chercher à défendre leurs valeurs ou chercher à défendre leurs intérêts au cours du XXIe siècle» (pp. 7–8). C’est un sujet sur lequel Mahbubani revient assez souvent dans son ouvrage, démontrant que trop souvent les intérêts priment sur les valeurs.
Repli dans des forteresses
L’auteur établit une distinction entre ce qu’il appelle l’«Occident philosophique» et l’«Occident matériel», celui-ci étant plus important et dominé par des intérêts bornés. Une grande menace pour la planète provient particulièrement du fait que l’Europe surtout, mais aussi plus récemment les Etats-Unis, retombent dans un fort protectionnisme qui risque de mettre en péril la période la plus remarquable de croissance économique que le monde ait jamais connue. La montée du protectionnisme est la force la plus puissante qui pousse le monde dans le second scénario, celui du «repli dans des forteresses».
Mahbubani reproche à l’Europe sa myopie, son autosatisfaction et son égocentrisme. Il relève en particulier que l’Europe a failli à s’engager vraiment en faveur de ses voisins: «Ni les Balkans ni l’Afrique du Nord n’ont bénéficié de leur proximité avec l’Union européenne» (p. 237). Il note également «l’échec de l’UE à développer des relations constructives à long terme avec la Turquie» (p. 228) Ainsi, tandis que l’Europe continue à aspirer au pouvoir mondial, elle échoue lamentablement face à ses responsabilités mondiales et en réalité face à ses intérêts globaux.
L’échec du Sommet Asie-Europe (ASEM) en est un exemple très frappant. L’ASEM a été mis sur pied à l’initiative de Singapour qui partait du principe que si les relations étaient très étroites entre l’Amérique et l’Europe d’une part et l’Amérique et l’Asie d’autre part, le troisième côté du triangle, Asie-Europe, brillait par son absence. D’où l’idée de l’ASEM. La première rencontre eut lieu en fanfare en 1996 à Bangkok: quasiment tous les chefs d’Etat de l’UE étaient présents. C’est l’époque où l’Asie était en plein «miracle économique». Cependant, après la crise financière de l’Asie de l’Est, en 1997, que de nombreux Européens considérèrent (à tort, bien sûr) comme la fin de l’avancée économique de l’Asie, l’intérêt se dissipa totalement si bien que presque aucun chef de gouvernement européen ne daigna assister aux rencontres suivantes.
Georges W. Bush a accéléré le déclin de l’Occident
Cependant, au XXIe siècle, le déclin de l’Occident en termes d’abandon de ses valeurs a été accéléré en particulier par les Etats-Unis sous le gouvernement de Georges W. Bush. Mahbubani cite George Kennan, un des principaux architectes de la politique étrangère et de l’idéologie politique post-américaines: «Tout message que nous adressons aux autres ne sera efficace que s’il est en accord avec nos attitudes à l’égard de nous-mêmes» (p. 106). Naturellement, Bush n’est pas le premier président américain coupable de duplicité et d’atrocités. Mais la guerre en Irak sera sans aucun doute un jalon important dans le déclin de l’Occident en matière à la fois de pouvoir et de valeurs. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, pays qui revendiquent l’invention et l’application du droit international, ont violé celui-ci en envahissant l’Irak sans véritable mandat des Nations Unies. Et le gouvernement Bush a fait pis encore que de se comporter comme un hors-la-loi international en attaquant l’Irak: «Il a décidé de ne pas respecter le droit international humanitaire» (p. 259). Personne n’est assez naïf pour croire que la CIA ou d’autres n’ont pas commis des violations des droits de l’homme au cours des dernières décennies, mais la principale caractéristique du gouvernement Bush est son cynisme non dissimulé et provocateur.
Crise de gestion de notre ordre mondial si l’Occident ne change pas de cap
Il y a là aussi une hypocrisie stupéfiante: «La plupart des Américains n’ont aucune idée du choc que le gouvernement Bush a provoqué en se détournant des conventions, universellement reconnues, sur le respect des droits humains et en particulier contre la torture.» «Bien qu’ils aient violé plusieurs dispositions sur les droits humains, les Etats-Unis continuent de publier chaque année un rapport du Département d’Etat sur la situation des droits de l’homme dans tous les pays du monde sauf le leur» (p. 259).
On peut accuser l’Europe de complicité dans cette violation flagrante des droits de l’homme à la fois directe et indirecte. Directe, dans la mesure où l’on dispose de preuves patentes de la participation européenne au «tristement célèbre» Extraordinary Rendition Program1, des actes de torture ayant été perpétrés dans certains pays de l’UE et d’autres pays de l’UE ayant autorisé le transport d’individus vers des destinations où l’on pratiquait la torture. Indirecte en ce que, contrairement aux virulentes condamnations, par les Européens, des violations des droits de l’homme commises par des pays comme le Zimbabwe, la Birmanie, le Soudan, la Chine et Cuba, pas un seul gouvernement européen n’a condamné publiquement les Etats-Unis pour leur usage de la torture et leurs atteintes flagrantes aux Conventions de Genève.
La baisse de la part de l’Occident à la population mondiale, la baisse de sa puissance économique relative et le déclin de ses valeurs, tout cela contribue à rendre illégitime sa prétention à gouverner le monde. Sept des pays du G8 sont des nations occidentales et cinq sont européens. Même si l’on place la Russie en Orient, cela reste une anomalie ahurissante. Et même en ce qui concerne le Japon, seul membre considéré jusqu’ici comme non-occidental, on peut se demander, mis à part sa situation géographique et la race de ses habitants, s’il appartient vraiment à l’Orient.
Le nombre de membres devrait à la fois être réduit (un seul représentant pour l’UE devrait suffire) et étendu (à la Chine, à l’Inde, au Brésil, à l’Afrique du Sud ou au Nigeria et à l’Egypte) afin de refléter les réalités contemporaines.
L’arrogance et la domination occidentales peuvent être également illustrées par les droits de vote et les postes de cadres supérieurs que l’Occident s’est attribués dans les deux institutions financières les plus importantes, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, et par la composition des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies qui n’a pas changé depuis 1945. Comme l’écrit Mahbubani, il y aura «une véritable crise de la gestion de notre ordre mondial si l’Occident ne change pas de cap» (p. 9).
2. Evaluation de l’Orient et de son avenir
La citation la plus parlante de l’ouvrage de Mahbubani est peut-être celle de Robert Sirota, président de la Manhattan School of Music: «Je crois honnêtement que dans une certaine mesure l’avenir de la musique classique dépend du développement de la Chine au cours des 20 prochaines années» (p. 150). La folle passion des Chinois pour la musique classique occidentale apparaît d’autant plus remarquable quand on se souvient qu’à l’apogée de la révolution culturelle, qui prit fin il y a trois décennies seulement, il y avait trois «campagnes anti»: anti-Confucius, symbole de l’idéologie féodale, anti-Lin-Biao (accusé d’avoir tenté de fomenter un coup d’Etat contre Mao) et anti-Beethoven (symbole de la décadence de la culture bourgeoise impérialiste). Et la Chine n’est pas la seule en Orient à cet égard. Il y a quelques années, j’ai découvert que la Corée du Sud présentait le taux par habitant le plus élevé d’achats de CD de musique classique. Il y a plus de Sud-Coréens que de Polonais qui achètent des œuvres de Chopin alors que les deux pays ont à peu près le même nombre d’habitants!
L’essor économique de l’Orient a été remarquable. Il y a quatre décennies encore, en 1968, l’économiste suédois Gunnar Myrdal, lauréat du prix Nobel, publiait son œuvre maîtresse en trois volumes intitulée Asian Drama: An Inquiry into the Poverty of Nations2. Selon l’auteur, non seulement l’Asie était pauvre, mais elle allait très probablement le rester. Asie et pauvreté, et en particulier Chine et pauvreté étaient considérés comme des synonymes. Jusque dans les années 1970, lorsque les occidentaux envisageaient d’investir ailleurs qu’en Occident, les principales destinations étaient des pays comme l’Iran, le Nigeria et le Mexique alors qu’on se tenait à distance de l’Asie de l’Est et du Sud. Comme les choses ont changé!
Le remarquable essor économique de l’Orient est dû en partie à une dynamique interne qui attachait beaucoup de prix aux réformes du marché ainsi qu’à leurs fondements institutionnels, et particulièrement au développement du capital humain et aux effets bénéfiques de la globalisation. Ce que certains groupes anti-mondialisation occidentaux ne peuvent tout simplement pas comprendre, c’est combien l’effet de la croissance économique est libérateur. Ce n’est pas seulement l’acquisition de biens matériels qui pourvoient aux besoins et à la dignité des hommes – par exemple les toilettes à chasse d’eau – mais également, selon Mahbubani, «la transformation de l’esprit humain qui a lieu quand les gens connaissent cette croissance économique rapide» (p. 55).
«En 2010, 90% de tous les scientifiques et ingénieurs titulaires d’un doctorat vivront en Asie»
Alors que l’économie de marché et la mondialisation provoquent un grand désenchantement en Occident, l’Asie considère que «la vraie valeur de l’économie de marché ne réside pas seulement dans l’augmentation de la productivité. Elle élève l’esprit humain, elle libère l’esprit de centaines de millions de personnes qui sentent maintenant qu’ils peuvent enfin prendre leur destin en main. C’est pourquoi l’Asie va de l’avant» (p. 18).
Un exemple clé de cette libération est la liberté de choisir sa profession. C’est «une liberté que la plupart des occidentaux considèrent comme allant de soi. Pourtant, au cours des 3000 ans de la civilisation chinoise, la grande majorité des Chinois n’ont commencé à en jouir qu’au cours de ces 30 dernières années, période représentant à peine 1% de la durée de la civilisation chinoise» (p.136).
L’essor de l’Asie, selon Mahbubani, provient en grande partie de son adaptation réussie aux «sept piliers de la sagesse occidentale». On ne la mesure pas seulement dans ses succès en matière de musique classique mais peut-être d’une manière encore plus redoutable en sciences et en technologie: en effet, «en 2010, 90% de tous les scientifiques et ingénieurs titulaires d’un doctorat vivront en Asie» (p. 58). Les changements intervenus sont vraiment profonds: «L’Asie explose parce que tant de cerveaux asiatiques, sous-employés pendant des siècles, débordent de créativité» (p. 13). «Au cœur de l’histoire de l’Asie – et cela a souvent été négligé – on trouve la responsabilisation de centaines de millions de personnes qui ressentaient auparavant un manque total de pouvoir sur leur vie» (p. 17)
La principale menace est la résurgence du protectionnisme occidental
Tandis que les horizons asiatiques offrent de nombreuses occasions de développement futur, il existe inévitablement un certain nombre de menaces, à la fois internes et externes. La principale menace externe est la résurgence du protectionnisme occidental et également son incapacité à adapter les structures de l’esprit de gouvernance globale aux nouvelles réalités, tout particulièrement en répondant aux besoins des puissances orientales émergentes.
Mieux comprendre la pensée musulmane
Mahbubani voit trois principaux foyers de défis pour l’Occident: la Chine, l’Inde et le monde islamique. A propos du dernier, alors que le terme de «Musulman» est associé dans l’esprit des Occidentaux à celui d’«Arabe», la grande majorité des Musulmans vivent en Asie où l’on trouve la plupart des pays qui ont les plus importantes populations musulmanes: Indonésie, Inde, Pakistan, Bangladesh et Iran. L’invasion anglo-américaine de l’Irak a considérablement aggravé les relations entre l’Occident et les Etats et peuples musulmans. Le caractère grotesque des erreurs commises est dû en partie au degré stupéfiant d’ignorance des Américains au sujet de l’Irak, laquelle provient de leur arrogance. Mahbubani oppose le manque de préparation à l’occupation de l’Irak à la préparation à l’invasion du Japon en 1945 lorsque, entre autres choses, des milliers d’Américains ont dû apprendre le japonais afin d’augmenter l’efficacité de l’occupation qui suivrait la défaite. Mahbubani exhorte l’Occident à «faire de toute urgence des efforts pour mieux comprendre l’esprit musulman» (p. 213).
Tandis que 6 des 7 piliers de la sagesse occidentale semblent tout à fait solides en Orient, le septième aurait besoin d’être renforcé: la «culture de paix». Comme l’écrit l’auteur, «l’occasion actuelle de devenir un pays développé est la meilleure qu’ait eue la Chine. La chose la plus stupide qu’elle pourrait faire serait de la gâcher en s’engageant dans toute espèce de conflit militaire» (p. 81). Certainement. Mais tandis que beaucoup va dépendre de sa dynamique politique intérieure et de sa politique étrangère, beaucoup de choses vont également dépendre de ce qui se passera hors de Chine. Il y a de nombreuses failles dans l’espace géopolitique asiatique: la Corée du Nord, Taiwan, le Cachemire, la mer de Chine méridionale, les relations sino-japonaises, etc. qui rendent la région potentiellement sujette aux troubles.
On compare souvent – à juste titre ou non – l’Asie du début du XXIe siècle à l’Europe du début du XXe siècle, mais il n’est aucunement prouvé que lors de la Première Guerre mondiale (contrairement à la Seconde) un des belligérants, y compris l’Allemagne, ait eu vraiment l’intention de faire la guerre. En 1914, on a plutôt vu des pays «entraînés» dans une guerre survenue à la suite de ce que l’épistémologiste Nassim Taleb décrit comme l’apparition d’un «cygne noir» (Nassim Taleb, The Black Swan: The Impact of the Highly Improbable). Le «cygne noir» est un événement imprévu, non détecté par les radars mais qui a un impact considérable et est parfaitement explicable rétrospectivement. Dans le cas de l’Europe de 1914, le cygne noir est apparu dans les rues de Sarajevo le 28 juin lorsque le nationaliste bosno-serbe Gavrilo Princip assassina l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand et sa femme Sophie. Ce crime déclencha une série d’événements rapides qui conduisirent très vite à la guerre la plus barbare et la plus sanglante que la planète ait jamais vécue.
La Chine, le Japon et la Corée, pacificateurs de la région
Mahbubani pense que les perspectives de guerre en Asie sont atténuées par «la remarquable réalisation diplomatique qu’est l’ASEAN»3 (p. 84). Les grandes puissances de l’Asie du Nord-Est, la Chine, le Japon et la Corée n’ont pas réussi à établir de solides liens institutionnels économiques, politiques ou culturels et cela a été le mérite de l’ASEAN qui a non seulement transformé la région, faisant d’un champ de bataille un grand marché, mais a également engagé les trois grands dans diverses initiatives, par exemple l’ASEAN Plus Trois en en faisant le «pacificateur de la région» (p. 85).
C’est un aspect auquel, à mon avis, Mahbubani n’accorde pas assez d’attention. Parmi les raisons de tancer l’Occident, il voit l’hypocrisie et la duplicité de ce dernier à propos du changement climatique et je suis d’accord avec lui. La quantité d’émissions à effet de serre dont l’Occident a été responsable pendant les deux derniers siècles fait entièrement reposer la responsabilité du leadership sur ses épaules. L’Occident est riche alors qu’en comparaison l’Orient reste pauvre malgré ses importants progrès économiques récents. Pour assurer la paix, la croissance de l’Asie doit se poursuivre. Le «compromis» entre la croissance et l’environnement est beaucoup plus délicat et complexe en Orient qu’en Occident. L’attitude de l’Occident, en particulier des Etats-Unis, à propos du changement climatique constitue une des nombreuses accusations justifiées.
Les perspectives de l’Orient sont très positives
Mais, et il y a un grand mais! Quand, par exemple, un smog épais et toxique, qui provient des incendies de forêt d’Indonésie, enveloppe Kuala Lumpur et Singapour – lequel empêche notamment les vols entre les deux villes – et qu’on le qualifie de «légère brume» afin de ne pas choquer, il n’est pas exagéré de dire que l’Asie est confrontée à des défis environnementaux considérables dont elle est responsable et dont la maîtrise ne nuirait pas à la croissance de la région, bien au contraire, mais qui résultent en grande partie d’une mauvaise gouvernance, de la corruption et de l’incapacité à appliquer la loi. Mahbubani aurait peut-être pu ajouter un huitième «pilier de la sagesse occidentale» (en tout cas un pilier européen, si ce n’est américain): l’écologie.
Il n’est pas difficile d’imaginer toutes sortes de «cygnes noirs» possibles en Asie en ce début de XXIe siècle. Un scénario environnemental pourrait être l’un des plus plausibles.
Cela dit, non seulement les récentes réalisations et les perspectives de l’Orient sont très positives mais ce sont, comme Mahbubani le fait remarquer très justement, des évolutions dont l’Occident devrait se réjouir. «La réalisation du rêve occidental devrait représenter un moment de triomphe pour l’Occident» (p. 5). L’essor de l’Asie est incontestablement une bonne nouvelle. Une cause possible de tragédie en ce début de XXIe siècle pourrait être qu’il ne soit pas reconnu comme tel mais plutôt comme une menace, comme un jeu à somme nulle qui doit être affronté.
3. Feuille de route pour une future gouvernance mondiale
Comme Mahbubani le reconnaît au début de son ouvrage, «les Asiatiques sont devenus un des grands bénéficiaires de l’ordre multilatéral créé par les Américains et les autres vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale en 1945. «Peu de sociétés asiatiques désirent aujourd’hui déstabiliser un système qui leur est venu en aide» (p. 2). Par conséquent, un thème important de ces perspectives pour une future gouvernance mondiale est la préservation de la structure actuelle qu’il faut toutefois moderniser pour l’adapter aux défis du XXIe siècle. Mais pour le moment, il faut reconnaître que «l’Asie et l’Occident doivent encore parvenir à une compréhension commune de la nature de ce nouveau monde» (p. 4). Il s’agit là d’une tâche cruciale. L’histoire récente de l’Asie pourrait avoir beaucoup plus d’implications globales positives: «Quand des milliards de personnes deviennent parties prenantes de la paix et de la prospérité, elles mènent le monde dans une direction positive» (p. 17). Aussi est-il essentiel d’assurer «la propagation d’un ordre basé sur des règles – aux niveau du pays, de la région et du monde» (p. 21).
Quand Mahbubani écrit que «le moment est venu de restructurer l’ordre mondial», que «nous devrions le faire maintenant» (p. 235), il est évident que la restructuration doit être basée essentiellement sur les structures existantes, mais pas toutes. Ainsi, le G8 devrait être abandonné. Le grand sujet de plainte de Mahbubani est l’incapacité de l’Occident à maintenir, à respecter et encore plus à renforcer les institutions qu’il a créées. Et l’amoralité avec laquelle il se comporte trop souvent sape davantage les structures et l’esprit de la gouvernance mondiale.
Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont perdu leur autorité morale
Prenons le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Selon Mahbubani, il «est légalement vivant mais spirituellement mort» (p. 193). Le fait même que les Etats-Unis et le Royaume-Uni soient entrés en guerre sans l’autorisation du Conseil de sécurité signifie que ces deux membres permanents ont «perdu l’autorité morale nécessaire pour demander à l’Iran de se soumettre aux résolutions du Conseil de sécurité» (p. 195). «Le monde, écrit-il, a perdu pour l’essentiel sa confiance dans les cinq Etats nucléaires. Au lieu de les considérer comme des gardiens honnêtes et compétents du TNP, il les perçoit généralement comme faisant partie de ses principaux violateurs» (p. 199).
Leur décision d’ignorer le développement par Israël d’un arsenal nucléaire leur a été particulièrement préjudiciable. Lors d’une rencontre à Bruxelles au début de 2008, j’ai demandé à l’un des participants, Javier Solana, Haut-Représentant de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité commune, son avis sur la question de l’arsenal nucléaire d’Israël mais il a refusé catégoriquement d’aborder le sujet. La conspiration du silence – alors que chacun sait qu’Israël possède l’arme nucléaire – a entraîné la création d’une «brèche dans le régime de non-prolifération dans laquelle d’autres pays peuvent s’engouffrer» (p. 199). La prolifération nucléaire est une des menaces majeures de ce début de XXIe siècle. Il faut renforcer le TNP afin de pouvoir demander à Israël de démanteler son arsenal nucléaire. Sinon il n’y a aucune raison légitime de refuser à l’Iran de devenir une puissance nucléaire, ce qui conduira sans doute l’Arabie saoudite et d’autres pays à faire de même.
Echec de l’Occident
C’est cette incapacité à exercer convenablement un leadership qui fait que l’Occident est aujourd’hui davantage le problème que la solution. En même temps, comme le reconnaît Mahbubani, «les pays d’Asie ne sont pas encore prêts à intervenir». L’Occident viole certes ses principes, mais c’est en assimilant et en appliquant les trois principes occidentaux de «démocratie, d’Etat de droit et de justice sociale [que] le monde peut devenir meilleur» (p. 236).
Actuellement, aucun des prétendants au leadership mondial ne possède de tels principes universels. La Chine est nettement en train de retrouver l’aura et la puissance qu’elle possédait dans les siècles passés, mais, selon Mahbubani, à considérer son histoire, on constate que l’esprit chinois s’est toujours concentré sur le développement de la civilisation chinoise, et non sur celui de la civilisation globale» (p. 239). Mais ce pays pourrait établir ce qu’il appelle une société globale harmonieuse, qui consisterait en un «rajeunissement de la civilisation chinoise dans l’esprit de la dynastie Tang (618-907)». Ce serait «une bénédiction pour le monde». «Cette civilisation chinoise rajeunie serait ouverte et cosmopolite et non pas fermée et insulaire» (p. 149). Toutefois il est peu probable que cela se réalise de sitôt.
Quant à l’Inde, «son rôle naturel […] est d’être un pont entre l’Orient et l’Occident. Aucune autre société n’est aussi qualifiée pour cela» (p. 170). Je suis tout à fait d’accord avec Mahbubani et je crois vraiment que l’Inde est déjà en position de devenir le leader intellectuel du monde. La quantité de productions dans tous les domaines – sciences, littérature, cinéma, sciences politiques, philosophie, métaphysique, technologie, management, etc. est tout simplement prodigieuse. Mais en même temps, l’Inde doit résoudre de nombreux problèmes intérieurs. C’est également un pays dont les principes et la civilisation échouent au «test de réalité». Pour ne citer qu’un exemple, comme le savent les lecteurs de l’article sur la pollution en Inde paru dans un récent numéro de The Economist (India and pollution: Up to their necks in it, 19 juillet 2008), quelque 700 millions d’Indiens sont littéralement dans la merde jusqu’au cou. Le Premier ministre Manmohan Singh a demandé un programme de «croissance globale» qui devrait être réalisé pour le bien des Indiens et avant que le pays puisse assumer légitimement tout rôle mondial sérieux.
Au vu de cette période de transition pendant laquelle l’Occident décline et l’Orient monte en puissance mais pas encore au point de «prendre la relève», on peut qualifier les exhortations de Mahbubani de «b.a.-ba».
Ainsi, ayant été pendant sept ans ambassadeur de Singapour auprès des Nations Unies, dont une mission de 2 ans en tant qu’ambassadeur auprès du Conseil de sécurité lorsque Singapour occupait un siège temporaire au Conseil de sécurité, Mahbubani est un multilatéraliste convaincu et un fervent partisan de l’institution et de l’esprit des Nations Unies bien qu’il reconnaisse qu’elles ont besoin d’une réforme radicale. Mais il faut reconnaître quelle considérable innovation et quelle amélioration l’ONU a représentées dans l’histoire de l’humanité. Mahbubani lance un appel passionné à ses lecteurs: «Je vous en prie, trouvez un exemplaire de la Charte des Nations Unies et lisez-la.» (p. 250)4. L’ONU doit être réformée, renforcée, relégitimée. C’est une demande très exigeante qui n’est défendue activement à l’heure actuelle par aucun leader politique. Je suis cependant d’accord avec Mahbubani quand il écrit que dans la situation actuelle agitée, il est préférable de réformer et de renforcer les institutions existantes plutôt que d’essayer de créer quelque chose ex nihilo. La roue est inventée, elle a juste besoin d’être réparée.
Désoccidentaliser la Banque mondiale, le FMI et l’OMC
Il en va de même des institutions financières internationales. Bien qu’on ait de bonnes raisons de douter qu’aucune des trois plus importantes – la Banque mondiale, le FMI et l’OMC – ne subsistera jusqu’à la prochaine décennie, Mahbubani estime qu’il est d’une importance capitale de les conserver. Mais, bien entendu, il faut les transformer et les désoccidentaliser. Il ne faut plus que les postes de directeur de la Banque mondiale et du FMI ne soient attribués automatiquement à des Américains ou à des Européens, comme si c’était écrit dans l’Evangile; ils doivent être globalement ouverts à des talents du monde entier. Il est également important que la Banque mondiale n’ait plus son siège à Washington DC et dissémine ses employés dans les pays où elle opère.
L’esprit internationaliste tel qu’il s’incarne dans la Charte des Nations Unies doit donc être maintenu, voire revivifié. L’auteur intitule son dernier chapitre «Pragmatisme». Le pragmatisme, celui auquel Deng Xiaoping a eu recours pour opérer la remarquable transformation de la Chine, est «le meilleur guide pour avancer dans le nouveau siècle» (p. 279) qui sera, Mahbubani nous le rappelle, «un des plus complexes de l’histoire de l’humanité» (p. 272).
Développer des relations personnelles approfondies
Et le meilleur moyen de servir la cause du pragmatisme serait que les Etats-Unis étudient la civilisation perse et acceptent sa réalité actuelle et ses aspirations futures: «Par conséquent, un grand pas pragmatique que l’Amérique pourrait faire consisterait à regarder au-delà du voile de la théocratie islamique et à essayer de développer une meilleure compréhension de la culture et de la civilisation perses. Elle devrait établir des relations diplomatiques avec le gouvernement et développer des relations personnelles approfondies avec la société iranienne. […] L’Amérique devrait investir en Iran et même lui proposer un accord de libre-échange» (p. 274).
«Mieux vaut discuter que faire la guerre»
J’ai passé quelque temps en Iran en 2006 et je dois dire que je suis absolument d’accord avec Mahbubani dans ce qu’il propose et lorsqu’il écrit que «l’engagement aide ceux qui désirent ouvrir et réformer la société iranienne» (p. 216). Comme il le souligne, pendant la guerre froide, les relations diplomatiques et les dialogues ont été maintenus avec Moscou et les autres capitales importantes. Le fait que les Etats-Unis et l’Europe aient entretenu des relations diplomatiques avec l’URSS et ses satellites n’impliquait pas qu’ils approuvaient les goulags et bien d’autres mesures totalitaires ou les violations des droits de l’homme. Les relations ont été maintenues pour des raisons pragmatiques de saine et intelligente diplomatie. Des compromis ont finalement été trouvés qui ne l’auraient probablement pas été sans dialogue. La tendance actuelle à ne pas «reconnaître» ses ennemis – Iran, Cuba, etc. – est absurde. Comme le disait un autre grand pragmatiste, Winston Churchill: «Mieux vaut discuter que de faire la guerre.»
En conclusion, il devrait être évident que les Occidentaux qui poussaient Mahbubani à ne pas publier son ouvrage avaient absolument tort. Il faudrait qu’en Occident, le plus grand nombre de personnes le lisent et réfléchissent à ses thèses. Il faudrait le faire connaître aux leaders occidentaux et – dans l’idéal – obliger le président américain à le lire. •
1 Transferts secrets de personnes soupçonnées de terrorisme et enlevées par la CIA (n.d.t.)
2 La traduction française Le drame de l’Asie: une enquête sur la pauvreté des nations, a paru au Seuil en 1976. (n.d.t.)
3 Association des nations de l’Asie du Sud-Est (n.d.t.)
4 On la trouvera sur le site des Nations Unies: www.un.org/french/aboutun/charte/txt.html. On peut également l’obtenir gratuitement en s’adressant à l’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL), 3003 Berne (Tél.: +41-31-325 50 50 / Fax: +41-31-325 50 58).
(Traduction Horizons et débats)
Jeudi 28 Août 2008
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Posté le 29.08.2008 par djamazz
Algerie : Plaidoyer pour vision nouvelle de société
Il faut bien convenir que, dans la pratique, l´orientation future de l´élève est avant tout affaire de tradition familiale et de considérations économiques de classe".
Piaget.
Algerie : Plaidoyer pour vision nouvelle de société
"L´Iran a envoyé une deuxième fusée dans l´espace et a lancé son premier satellite le 17 août ", se réjouit le webzine iranien Tabnak, qui diffuse également des photos et une vidéo de l´événement. Le gouvernement a annoncé le lancement de la fusée Safir-e Omid (Messager de l´espoir), fabriquée en Iran, et la mise en orbite d´un satellite d´essai. L´Iran avait déjà réussi une telle prouesse le 4 février 2008 à l´occasion de l´inauguration du premier centre spatial iranien. A terme, les autorités souhaitent mettre en orbite un satellite de communication. Voilà un pays musulman qui démontre a contrario - au même titre que l´Indonésie ou la Malaisie- que l´Islam est innocent des étiquettes faites en Occident visant à le ghettoïser comme une religion passéiste, figée, sans lendemain. La prouesse technologique de l´Iran et de ses scientifiques, au-delà de l´appréciation sur la nature du régime, est à saluer. L´Occident ne veut d´un Islam que sanguinaire. A titre d´exemple, l´Iran embarrasse beaucoup les pays occidentaux.
Pour eux, tous les moyens sont bons pour empêcher l´Iran de devenir une nation scientifiquement performante. Lu dans un journal: " D´autres nouvelles venues d´Iran risquent de renforcer cette inquiétude. Ahmad Mighani, commandant des forces aériennes, a annoncé la création d´une nouvelle génération d´avions de combat capables de voler pendant 3000 kilomètres sans ravitaillement, rapporte le Tehran Times. Selon la même source, l´armée iranienne aurait réussi à développer un radar d´une portée de 1000 kilomètres".(1)
Un autre pays qui revient de loin est la Chine: le succès d´organisation a aussi été un succès de communication à l´occasion de l´exceptionnelle cérémonie d´ouverture. L´homme, qui marche dans le ciel et allume le feu, était une belle illustration du rêve de l´humanité. Mais cette cérémonie, plus confucéenne que maoïste, a surtout valorisé le message chinois pour ce début de XXIe siècle: "La Chine a besoin du monde, le monde a besoin de la Chine." Des grandes découvertes à la protection de la planète, les Chinois ont mis en scène le patrimoine commun de l´humanité. La mobilisation de la population chinoise dont notamment un million de volontaires, avec les succès du patriotisme sportif, a naturellement renforcé la cohésion nationale du pays. La cohésion fut le troisième succès.
Ces exemples sont pris à bon escient pour expliquer que ce qui nous arrive n´est pas une fatalité. On peut prétendre à ce degré de développement. Notre problème est en nous-mêmes, nous n´avons pas su inculquer des valeurs. Il n´est pas interdit de croire que l´errance identitaire mène à l´errance religieuse. Le mal est en nous si notre tissu social n´était pas en miettes, la main de l´étranger n´a nulle part où se mettre. Le délire victimaire, cache notre incapacité à nous prendre en charge tous autant que nous sommes. Il vient alors que le projet pour une société apaisée, bien dans sa peau, revendiquant ses repères identitaires et pluriels, son essence spirituelle fera que l´Algérie ira vers l´avenir avec une mentalité de vainqueur.
Qu´avons-nous fait depuis 1978?
Le développement du pays a véritablement démarré avec les plans triennaux et quadriennaux qui, ont donné à l´Algérie,une assise industrielle, scientifique. Il faut se souvenir que l´Algérie était partie de rien: un pays exsangue, une économie délabrée,10.000 villages détruits, à peine 500 étudiants. A cette époque le capital "Jeunesse" avait une signification en terme d´ambition pour le pays. De 1965 à 1978, date de la mort de Boumediène. l´Algérie a engrangé, en 13 années, l´équivalent de 22 milliards de dollars. Ce qui a permis d´asseoir une industrie chimique, une industrie mécanique, une industrie sidérurgique. 30 ans après, il ne nous reste que l´outil de raffinage (22,5 millions de tonnes) et pétrochimique. Depuis 1979, l´Algérie a engrangé près de 400 milliards de dollars dont 54 milliards de dollars pour la seule année 2007 et dit-on, dans les 80 milliards ou un peu moins en 2008. Qu´avons-nous fait qui marque effectivement la période? Il semblerait que l´Algérie dispose actuellement d´un matelas de 120 milliards de dollars qui fondent comme neige au soleil, le taux de chômage est élevé, il y a de plus en plus de "harragas" tentés par l´aventure de l´immigration. L´Algérie n´a jamais autant vendu de pétrole pour acheter des gadgets et pourtant elle est redevenue cruellement sous-développée. Où sont les emplois pérennes promis et qui devaient permettre la mise en route de la machine économique? Les rares emplois visibles sont ceux générés par les showrooms des voitures importées pour 2,5 milliards de dollars, sans aucune création de richesse. Les emplois créés par les dollars de la rente algérienne l´ont été pour les travailleurs en Chine, au Japon, en Corée, en France, en Turquie...
Une immigration bien comprise a une valeur ajoutée indéniable. Que veut dire cette sollicitaiton inutile de l´immigration, que vise-t-on à travers la mise à disposition de psychologues de m´as tu vu, quelles sont les retombées de la mascarade? On s´ocupe de personnes qui sont là de passage et qui n´ont pas été sensibilsées à la détresse de leur pays. Au contraire, on leur donne l´impression que l´Algérie est une vache à lait, on peut en user et en abuser impunément sans contre partie. Quand on compare l´état d´esprit des autres nations qui ont une migration, on se prend à rêver. Il y a quelques années, de passage en Tunisie, ayant fait une emplette, j´avais proposé au vendeur de le payer en francs.Il s´excuse et devant moi il télephone à la banque pour avoir le cours du jour. Cette leçon de civisme, ce patriotisme économique pour reprendre l´expression de Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, n´est pas le fort de la majorité des Algériens. Notre émigré, à qui il ne faut rien demander, change le minimum au prix fort et participe acivement à l´affaiblissement de la monnaie locale. De plus, il faut savoir que la nouvelle émigration choisit de moins ne moins l´Algérie comme destination touristique. Ils prefèrent-à juste titre- confier leurs euros aux Tunisiens ou aux Marocains. Il est vrai que le tourisme, chez nous, est une vue de l´esprit par manque de cap et de rigueur. Chez nous, on pousse le ridicule jusqu´à mettre à la disposition des enfants émgrés des aires de jeux pour les faire patienter. Dans le même temps, les "restés au pays" ont le droit de baver à distance. C´est vraiment cela la solidarité: un sac de semoule et un bidon d´huile comme viatique pour le mois de Ramadhan. Non, les Algériens méritent mieux que cela!!
On l´aura compris: la société est hors-jeu. Là comme ailleurs, il n´y a pas de plan directeur et cette ambition est orpheline du fait que la société ne participe pas. Il n´y a pas de cap mobilisateur, il y a au plus des logiques sectorielles. A titre d´exemple, la politique énergétique algérienne est à créer. Au moment où de par le monde, chaque calorie disponible est bien utilisée, dans notre pays, la production débridée nous donne l´illusion de l´aisance, chacun gaspille allègrement, avec cette mentalité de "Anta´e al bailek", traduction: "Je peux donc couler la baraque. "Car tout ce qui est cher ailleurs- eau et énergie- est chez nous, gratuit. Il n´y a pas de stratégie énergétique. Ce cap tracé à titre d´exemple, outre le fait qu´il nous oblige à bouger et à tordre le coup à cette mentalité paresseuse de rentier, donnera à n´en point douter une espérance à ce pays. Les jeunes par millions et les diplômés par centaines de milliers ne se sentent pas concernés par le devenir du pays. Ils tracent leur stratégie dans laquelle l´Algérie est absente. Qu´aurons-nous à présenter à cette jeunesse quand la rente ne sera plus là? Qu´on se le dise: rouler en voiture, voire en 4x4 et accrocher un portable à son oreille n´est pas un signe de développement, mais celui d´une fuite en avant et du m´as-tu-vu.
L´Algérie n´ayant plus de rente, ayant perdu son savoir- et son savoir faire-verra son bazar fermé, avec, on l´aura compris, la fermeture des banques privées, des dizaines de showrooms des concessionnaires de voitures, des opérateurs téléphoniques, généreux pour sponsoriser l´achat de drapeaux, qui n´auront plus de devises à exporter. L´économie de bazar nous fait voguer d´Istanbul à Singapour. Nos repères référentiels ont subi une rotation de 180°, le Sud-Est asiatique n´est plus ce simple attrait exotique mais bien plus. Si Taïwan a été la devancière à envahir nos souks de gadgets manufacturés, d´où l´on continue à importer le fil à coudre, les aiguilles et le dé à coudre, l´Inde mystique nous dame définitivement le pion avec ses industries de l´automobile, du logiciel, elle gère même notre sidérurgie. La Chine construit nos aéroports, nos autoroutes et soigne nos malades. La Malaisie, la Thaïlande, Bornéo sont bien sortis de leur torpeur économique, pourtant les chances de départ étaient bien plus à notre avantage. N´y a-t-il point de sursaut d´orgueil?
Peut-on encore se permettre 40.000 sociétés d´import-import? et seulement 200 qui exportent! Gavés à l´envie de bananes sud-américaines et de raisin espagnol, de melons de Sao-Paulo - à qui on a payé un voyage de 15.000 km pour qu´il atterrisse dans notre assiette augmentant dangereusement la concentration de Co2. Nous ne sommes pas prêts à nous réconcilier avec nos agrumes et nos dattes. Nous avons perdu le goût des saisons, des pommes "´anta´e el bled " que les marchands vous présentent en dernier et vous cataloguent dans le bas de gamme social quand vous demandez à en acheter! A ce rythme, nous achèterons leurs "clones " ailleurs et en euro! La rente ne peut en aucun cas être viagère, notre pays sera importateur d´énergie après 2030, il en importera, mais avec quoi?
Reconstruire l'école
Le pays n´a jamais eu autant de ressources matérielles et pourtant la société algérienne semble s´installer dans les temps morts. A quoi sert de former et d´avoir des jeunes diplômés pétillants si, en définitive, c´est l´Europe et l´Amérique du Nord qui en profitent? En définitive, devant les mutations rapides du monde dont nous sommes loin, nous peinons à entrer dans la modernité, si ce n´est par des méthodes d´effraction qui ne sont pas basées sur une analyse objective des apports et des contraintes.
Ajoutez à cela le parcours atypique de la solidarité dans ce pays qui fait dans la diversion à la manière d´un calife: il distribue semble-t-il d´une façon discrète, entendons par là que le citoyen lambda n´a pas le droit de savoir le devenir des deniers, dont une grande partie sont volés aux générations futures dans cette fuite débridée vers le pompage incompréhensible du pétrole et du gaz, loin des besoins réels du pays. Une question: pourquoi s´agiter pour voir s´il faut ou pas mettre en place un fonds souverain pour drainer les 150 milliards de dollars dont non ne sait pas quoi faire! Et si on laissait le pétrole là où il est, le gaz là où il est pour n´en sortir que l´essentiel? Et si on commençait à réfléchir pour bâtir une Algérie du XXIe siècle en phase avec tous les défis multidimensionnels qu´elle a à relever?
Une pénible affaire mérite d´être rapportée: voilà des enseignants que le ministère de l´Education a " utilisés " pendant de longues années, à qui il a confié la fine fleur de ce pays pour la former et il s´aperçoit un beau matin qu´ils sont contractuels et qu´ils doivent passer un concours! Sur quoi pourrait-on s´interroger?. Sur ce qu´ils ont fait: c´est trop tard pour les critiquer, la responsabilité qu´ils ont dans le délitement de l´école, est, de loin, partagée notamment par le corps enseignant. Sur ce qu´ils n´ont pas fait? La tutelle -titularisation ou pas- aurait dû les considérer comme des enseignants qui ont des droits notamment le droit, de se perfectionner. Les contractuels demandent une permanisation dans leurs postes de travail Pour eux: "Le ministère de l´Education nationale avait procédé à une opération d´intégration des enseignants contractuels en 1993. La même procédure s´est répétée en 2001, alors pourquoi ne pas la refaire en 2008." Nous y voilà! encore une fois, on titularise les enseignants à l´ancienneté. Comment la tutelle a laissé pendant des années ces contractuels en les recrutant sur des " promesses " de titularisations massives comme par le passé? S´il est vrai et j´en suis profondément convaincu qu´il ne peut y avoir de titularisation ad vitam aeternam qui amènerait l´enseignant à s´installer d´une façon paresseuse dans sa fonction et à bien se caler pour atteindre patiemment la retraite, se sachant indéboulonnable. L´Ecole de par le monde a subi des bouleversements profonds notamment concernant la performance -en permanence- des enseignants. Il serait opportun de se convaincre qu´il ne peut y avoir de régularisations massives. Elles se feront, selon la force de frappe de chacun avec naturellement le voeu que chacun réussisse. Cette évaluation ne peut pas se faire immédiatement, elle prendrait le visage de la mascarade que nous connaissons tant. Il est nécessaire d´abord et pour le plus grand bien de nos enfants que les enseignants soient performants, le seul secret est de les " revamper " dans des formations spécifiques appropriées. Les tripatouillages concernant les points de bonification sont, en fait, une façon détournée de régulariser sans perdre la face des deux côtés.
L´un des chantiers les plus nobles et prioritaires est donc celui de la reconstruction de l´école en acceptant un vrai débat pour enfin savoir quels sont les enjeux à proposer au peuple en lui disant la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Une société apaisée pourra, alors, se protéger culturellement, pourra aller vers le progrès avec l´assentiment de tous ses fils. Alors, alors seulement, le peuple se remettra au travail, réhabilitant ainsi les valeurs, inculquant dans ce monde plus volatile que jamais, la valeur du travail bien fait, des traditions non ankylosantes mais qui, bien comprises, permettront de libérer l´Algérienne et l´Algérien en leur donnant des réflexes de vainqueur.
A l´orée du mois de " Ramadhan el Mouadham ", nous devons prendre conscience que nous avons tous autant que nous sommes une responsabilité vis-à-vis de ce pays. Toute la sagesse de nos dirigeants, c´est de faire la chasse aux certitudes et d´enfin militer pour la vérité et l´honnêteté en toutes choses. Nous devons faire preuve d´imagination et éviter les vérités incantées et la vision passéiste d´une Algérie de Novembre 1954 que nous avons fini par galvauder en la " mettant à toutes les sauces ". A force d´expliquer tout et ne juger qu´à travers ce prisme, aussi prestigieux soit-il, les gouvernants ont réussi à " fabriquer " des " nihilistes " et qui ne croient plus à rien, préférant vivre dans " leur réel ". A cette jeunesse, seule vraie rente de ce pays, et qui a perdu ses illusions, nous devons redonner l´espoir qu´il y a une sortie de tunnel possible.
1.Iran: Des ambitions spatiales qui inquiètent Courrier international 18 août 2008
Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnique Alger
Jeudi 28 Août 2008
vdida2003@yahoo.fr
Posté le 29.08.2008 par djamazz
Mahmoud Ahmadinejad: « avant le 2025 nous aurons emmené le pays à la place où il doit être »
Le président d'Iran a déclaré que le pays doit se transformer en modèle pour les autres pays d'ici le 2025 et qu'avant cette date « nous pouvons emmener à Iran la où il doit être ».
Mahmoud Ahmadinejad a fait ces déclarations aujourd'hui mercredi dans le cadre du séminaire National des Personnalités auquel a assisté le cabinet du gouvernement et les jeunes de la nation.
Après avoir évoqué les mots du guide suprême qui a déclaré que « d'aucune manière le talent des iraniens ne saurait être inférieur à la moyenne mondiale », Mahmoud Ahmadinejad a déclaré « que le guide suprême a sûrement parlé ainsi par considération pour les autres. »
Mahmoud Ahmadinejad a souligné à nouveau une autre affirmation du guide suprême, affirmant que « la prochaine décennie est la décennie du progrès » et a poursuivi : « nous pourrons avancer si nous progressons sur la base de la justice et du monothéisme, et, s'il n'y a pas de justice, les talents ne fleuriront pas».
Mahmoud Ahmadinejad évoque l'importance des consultations de l'Iran dans l'Organisation de Coopération de Shanghai
Mahmoud Ahmadinejad: « avant le 2025 nous aurons emmené le pays à la place où il doit être »
Avant de s'envoler pour Douchanbe, capitale du Tadjikistan, pour prendre part au sommet de l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), le président d'Iran a déclaré que « nous sommes au seuil d'importants changements sur la scène internationale » et que la participation de l'Iran dans ce sommet et les consultations qui y « sont très importantes et déterminantes».
Sur les rencontres qu'il aura au Tadjikistan avec quelques chefs d'État, il a déclaré qu'avec ces derniers il abordera des affaires à caractère bilatéral, régional et international ».
Mahmoud Ahmadinejad a révélé qu'une autre partie de son agenda à Douchanbe consiste à organiser une réunion trilatérale entre l'Iran, le Tadjikistan et l'Afghanistan, trois pays « qui possèdent une culture commune » et dont la langue persane « est la cristallisation des liens culturels profonds de ces trois nations. »
Mahmoud Ahmadinejad a quitté aujourd'hui mercredi midi Téhéran à destination de Douchanbe afin de prendre part un sommet organisé par l'OCS. Le président voyage accompagné d'Ali Akbar Velayati, conseiller auprès du guide suprême pour les Affaires Internationales, et de Parviz Davoudi, vice-président. Il est prévu que demain jeudi il donne une conférence à l'occasion de ce sommet de deux jours qui s'ouvrira demain.
En 2001, la Chine, le Khazakhstan, la Russie, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan ont annoncé par un communiqué conjoint la formation de l'OCS.
L'Iran, l'Inde, le Pakistan et la Mongolie sont présents à l'OCS au titre d'observateurs.
Jeudi 28 Août 2008
http://www2.irna.ir/ http://www2.irna.ir/
Posté le 28.08.2008 par djamazz
Droit international humanitaire et impunité : le cas des Etats puissants
Conférence
Mondialisation.ca, Le 27 aout 2008
Paris, 6 septembre 2008, 9h-13h
Palais Bourbon, 128, Rue de l’Université, Paris 7ème
Comité d'organisation: Nils Andersson, Daniel Iagolnitzer, présidents de l’ADIF, Arnaud Develay
L’ADIF, Association pour la défense du droit international humanitaire (France), participera le 5 septembre 2008, aux côtés de l’ONG Nord-Sud 21, à un des ateliers de la conférence des Nations Unies organisée à l’UNESCO du 3 au 5 septembre pour les ONG, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. En complément, l’ADIF organise le 6 septembre de 9h à 13h, au Palais Bourbon une réunion sur le thème
Droit international humanitaire et impunité : le cas des Etats puissants
avec la participation de Ramsey Clark, ancien ministre de la justice des Etats-Unis, un des principaux opposants depuis de longues années aux politiques d’agression et de violation des droits humains des gouvernements des Etats-Unis, Ilan Pappe, historien et fondateur de l’Institut pour la paix Givat Haviva, et Curtis Doebbler, avocat, défenseur des droits humains devant de nombreuses cours en Afrique, Europe, Amérique et aux Nations Unies.
Le programme inclura les exposés suivants (par ordre alphabétique) suivis de discussions et débat (certains des exposés seront présentés en anglais avec possibilité de traduction simultanée) :
Ramsey Clark
Violations du droit international et impunité: le cas des Etats-Unis
Curtis Doebbler:
Ce qui est nécessaire pour rendre le droit international humanitaire réellement efficace, combattre l’impunité
Daniel Iagolnitzer, président de l’ADIF
Vraie justice internationale ou justice à sens unique ?
Ilan Pappe
Impunité des Etats puissants: le cas du conflit Israël-Palestine
Inscription
Nous vous invitons cordialement à la réunion du 6 septembre. Etant donné la participation de hautes personnalités internationales, nous vous encourageons vivement à venir. Merci d’envoyer dès à présent un message "pour inscription à la journée du 6 septembre, nom, prénom, adresse, activité" et toute information complémentaire que vous souhaiteriez à
adif@laposte.net
Document d’identité nécessaire pour l’entrée dans les locaux de l’Assemblée Nationale. En vue de l’organisation pratique, merci de préciser le cas échéant si vous souhaitez une traduction simultanée des exposés présentés en anglais.
Posté le 27.08.2008 par djamazz
La vérité tolérante
À gauche : Une vérité dérangeante À droite : Un mensonge rassurant
À gauche : Une vérité dérangeante À droite : Un mensonge rassurant
La vérité c'est :
ce que l'on aime entendre
et la meilleure vérité c'est
celle qu'on entend et croit.
Ni l'une ni l'autre ne sont nécessairement vraies.
Ma Vérité et votre Vérité peuvent être différentes
donc l'un de nous peut se tromper.
Cependant,
permettez-moi de vous rappeler que :
1.
Les Arabes sont plus tolérants que la plupart des civilisations.
2.
L'Islam est plus tolérant que le christianisme et le judaïsme.
3.
Les Palestiniens sont plus tolérants que les Israéliens.
4.
Israël menace plus la paix que l'Iran
La Corée, l'Afghanistan, la Libye et la Syrie....réunis.
5.
George Bush menace plus la paix mondiale
que
Poutine, Kadhafi, Kim, Ahmadinejad
Batman et Mugabe.....réunis.
6.
George Bush a plus fait pour la promotion du terrorisme
que Ben Laden et Mickey Mouse,
réunis.
7.
Le judaïsme est plus intolérant
que l'ex-Afrique du sud blanche.
8.
Quand les Arabes régnaient en Espagne,
celle-ci est devenue l'espace le plus tolérant en Europe.
9.
Les Juifs vivant parmi les Arabes
n'ont jamais ressenti le besoin de créer leur propre "pays"
grâce à la tolérance arabe.
10.
Si vous désapprouvez ma Vérité
créez la vôtre... et confrontez-vous à moi.
Raja Chemayel
tolérant mais avec des limites
Le dernier crime
La vérité tolérante
il a remplacé "l'homme de paix"
Pour mémoire :
nous avons noté que Paul Wolfowitz a été renvoyé
non pas parce qu'il avait planifié l'invasion de l'Irak
mais pour avoir surpayé sa maîtresse/secrétaire
Pour mémoire :
nous notons que Ehud Olmert va être renvoyé
non pas pour avoir massacré Jénine, ou bombardé Beyrouth
ou étranglé Gaza....
mais pour avoir accepté des pots-de-vin
d'un millionaire juif US.
Conclusion :
le dernier crime cache tous les autres !!
Sherlock Hoummous
C'est moi, Raja !
un Arabe-Libanais-Chrétien par naissance, un Musulman par culture , et un démocrate par nature
Lundi 25 Août 2008
Raja Chemayel
http://arabefrustre.blogspot.com/ http://arabefrustre.blogspot.com/
Posté le 27.08.2008 par djamazz
Vidéo : Unité pour la vérité sur le 11 septembre
United For Truth - 08 - NWO 911 9/11 9-11 nine eleven
par United for truht
Mondialisation.ca, Le 26 aout 2008
United for Truth
Vidéo pour la réouverture d'une enquête sur le 11 septembre:
http://www.dailymotion.com/Moizzze/video/x6hoa8_united-for-truth-08-nwo-911-911-911_news
Voir également l'appel à la manifestation (7 septembre 2008) pour la réouverture d'une enquête sur le 11 septembre:
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=9939
Articles de United for truht publiés par Mondialisation.ca
Posté le 27.08.2008 par djamazz
Appel à une manifestation européenne pour la réouverture des enquêtes sur le 11 Septembre
par United for Truth
Mondialisation.ca, Le 26 aout 2008
United for Truth
Lettre ouverte des coordinateurs
Salut et bienvenue,
Nous sommes deux artistes belges, un producteur néerlandophone (25 ans) et un percussionniste francophone (41), qui aimons cette planète et la Vie. Les quelques personnes nous aidant et nous-mêmes avons une vie professionnelle à plein temps. Nous trouvons inacceptable et absurde le fait qu'existe des classes entre lesquelles les écarts se creusent à l'extrême. Certains ayant plusieurs fois le montant de la dette du tiers monde sur leur compte bancaire, tandis que les autres se cherchent un avenir sous forme de prêts hypothécaires ou autres, afin d'avoir un toit au-dessus de leur tête. D'autres tentent de survivre tout simplement…
Parce que la concentration du pouvoir aux mains d'une élite transnationale a entraîné et permis le dévoiement total de la structure globalisée, nous somme trop occupés à (sur)vivre noyés dans la désinformation de la société du spectacle qui nous empêche de raisonner et d'agir. Aujourd'hui une classe cooptée de "dirigeants" détournent et usurpent le bien public, le système financier, le système éducatif, de soins à grande échelle et bien sûr nos médias.
Le 11 septembre 2001 cette élite, appuyé par le complexe militaro-industriel, a dépassé la limite une fois de plus. A la télévision et en direct, les lois de la physique et les procédures légales d'enquêtes furent ignorées ou réinventées. Des tours d'acier, de béton et de verre qui s'effondrent à la vitesse de la chute libre ... De même que la troisième tour (WTC7) qui ne fut pas percutée par un avion! Immédiatement et sans aucune preuve l'accusé fut désigné: Ben Laden. Pourtant de nombreux délits d'initiés et autres manœuvres financières (assurances) ont précédé les attaques, de même que l'attaque du pentagone a permis , en détruisant précisément l'aile où étaient conservés les documents et fichiers relatifs, d'effacer les preuves d'un détournement massif d'argent par la défense (des trillions de $!).
Mais l'objectif principal c'était vous! Instiller auprès des téléspectateurs la peur, celle du nouvel ennemi officiel : l'Islam.
Ce jour là, nos "démocraties occidentales" ont fait un pas de plus vers un régime fasciste global. Ce "Nouvel Ordre Mondial" annoncé et souhaité par tant de dirigeants rêvant d'une humanité "pucée électroniquement", contrôlée dans chacun de ses mouvements et actions... Depuis le 11 Septembre la "guerre contre le terrorisme" sert d'alibi à l'élite et de prétexte à ses guerres qui rapportent des sommes colossales aux entreprises privées occidentales. Ces guerres qui ont déjà coûté la vie à plus de 1,5 millions de citoyens innocents d'Afghanistan et d'Irak. Ces guerres visent en fait le contrôle des champs d'opium, des oléoducs en Afghanistan et des champs de pétrole en Irak. Et les voilà qui se préparent maintenant à "apporter la démocratie" en Iran!
Certains se battent pour l'annulation de la dette du tiers-monde, d'autres pour les sans-papiers, l'eau potable ou l'environnement…Nous voulons faire le lien, unir pour faire la différence, pour créer un rapport de force (ou de farce) et en finir avec la structure qui permet ou provoque tout cela : le système financier aka " les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvre"…Ensemble nous pouvons bâtir de nouvelles alternatives ne menaçant ni l'humanité, ni la planète. Ensemble nous pouvons faire échouer leurs plans en refusant de les exécuter, tout simplement!
C'est pourquoi nous organisons ce rassemblement pacifique face au Berlaymont à Bruxelles le dimanche 7 septembre 2008. Ce sera l'endroit idéal pour se rencontrer et exiger des réponses de ceux qui se prétendent nos dirigeants et/ou nos serviteurs.
Si vous ou votre organisation approuve notre plate-forme merci de nous contacter. Nous avons besoin de votre aide!
Nous condamnons toute forme de racisme, fascisme, intégrisme et extrémisme. Nous sommes les (pires) ennemis de Big Brother: nous agissons et pensons par nous mêmes.
Julez Edward & Olivier "Durruti" Galand
Voir la vidéo : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=9940
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©© CopyLeft 2008 · Produced by Julez Edward
Articles de United for Truth publiés par Mondialisation.ca
Posté le 26.08.2008 par djamazz
De 'l'antisionisme' à l'Islam
Selon une information mise en ligne dimanche matin par le site Internet Arouts 7, le professeur Uriel Davis, une des figures emblématiques de l'ultragauche israélienne, vient de se convertir à l'islam, lors d'une cérémonie qui s'est déroulée au tribunal musulman Chaari, situé dans la ville arabe de Baaqa el-Rarbiah, et a épousé, la semaine dernière, à Ramallah, une activiste du Fatah, en présence d'une cinquantaine de responsables de l'Autorité palestinienne.
Né à Jérusalem en 1943, arabisant et spécialiste d'études islamiques, Davis, qui a appelé la jeunesse israélienne a refusé de servir dans les rangs de Tsahal dès les années soixante et s'est toujours considéré comme un «palestinien hébreu antisioniste» , a notamment dirigé l'ILHCR (Israeli League for Human and Civil Rights).
Auteur d'essais intégralement consacrés à des exercices de «déconstruction» d'Israël, et aux titres dépourvus de la moindre ambiguïté - parmi lesquels "Israel: An Apartheid State" (1987), "Apartheid Israel: A Critical Reading of the Draft Permanent Agreement, known as the Geneva Accords" (2003), ou encore "Apartheid Israel: Possibilities for the Struggle Within" (2004) – Uriel Davis est par ailleurs membre du Conseil national palestinien.
Source: http://www.israel-infos.net/article.php?id=1552
Lundi 25 Août 2008
Posté le 24.08.2008 par djamazz
Est-ce que ces Israéliens sont des “citoyens” ou simplement des terroristes et des criminels ?
Les colons israéliens ne se contentent pas de vivre sur un territoire illégalement occupé et d'y construire des colonies illégales. Ils ne se contentent pas d'être autorisés à traîner dans les rues armés jusqu'aux dents… ils tuent, ils mutilent et torturent les citoyens et les enfants palestiniens sans répondre de leurs actes alors que les FOI, les grands médias et le monde «civilisé» ne semblent pas le remarquer.
Par Cherifa Sirry
Les colons israéliens fabriquent maintenant leurs propres roquettes artisanales qu’ils tirent sur les Palestiniens parce qu'ils ne veulent pas qu’Israël se retire de l'un des quelconques territoires occupés ou qu’il fasse des concessions aux Palestiniens en vue d'arriver à un accord de paix.
En ce qui les concerne, toute personne vivant entre le Nil et l'Euphrate doit partir pour que les "saints" colons puissent piller leurs terres, leurs maisons et leurs propriétés comme ils l'ont toujours fait au cours de l'histoire et vampiriser leurs victimes jusqu'à ce qu’ils explosent.
Le 21 Juillet dernier, les colons israéliens ont tiré 2 roquettes artisanales à proximité d'une école dans le village de Burin, qui est situé entre 2 colonies illégales. Ces roquettes étaient nommées «Sharon 1» et «Sharon 2'. C’est en effet approprié.
L'ensemble des FOI n’est pas suffisant pour les colons. La terre qui a été accordée à Israël par l'ONU, ainsi que les terres annexées illégalement par Israël au cours des différentes guerres qu’il a lancées contre ses voisins, n'est pas non plus suffisante pour les colons.
Ces vampires extrémistes, brutaux et mauvais sont en train d'élaborer leurs propres roquettes afin de conserver et d'étendre leurs colonies illégales au regard du droit international et contre tout accord, résolution et convention internationale qui régissent ou s'appliquent au conflit israélo-arabe.
L'ONU condamnera-t-elle les actions des colons israéliens ? Je ne le crois pas. Elle ne les a jamais condamnés pour n’importe lequel de leurs précédents crimes horribles, alors pourquoi les condamnerait-elle maintenant pour la fabrication de leurs propres roquettes ?
L'ONU pourrait même justifier les actions des colons comme étant des "mesures de «légitime défens" tout comme elle a justifié la quasi-totalité des actions d'Israël comme étant de la "légitime défense" depuis 60 ans. Il semble qu'Israël et ses colons ont besoin de faire exploser l’ensemble du Moyen-Orient et au-delà dans leur quête de "paix" et de poursuite de la "légitime défense".
Ces dernières années, des colons israéliens ont constamment et régulièrement attaqué des civils palestiniens, ils les ont enlevés, torturés, tués et mutilés, ils ont brûlé leurs champs ou scié leurs oliviers.
Des colons ont tout simplement viré les Palestiniens de leurs terres et de leurs maisons en utilisant des moyens extrêmement violents : ils leur ont jeté des pierres, ils leur ont donné des coups de couteau et ont volé leur argent et des bijoux en or. C’est un comportement absolument criminel. C'est du TERRORISME.
Pourtant, ces colons n’ont jamais été tenus pour responsables de leurs actes. Leurs actions ne sont jamais mentionnées dans les journaux.
Le mois dernier, Ehud Olmert a du quitter la scène sous les sifflets des colons alors qu'il donnait un discours dans lequel il suggérait qu’Israël devait rendre à la Syrie le Golan occupé en échange de la paix. Olmert, qui n'est rien moins que le Premier ministre israélien, n'a même pas été autorisé à terminer son discours.
Des colons lui ont crié dessus et ont sorti leurs pancartes indiquant que le Golan était "une terre israélienne souveraine" (imaginez !). Et le Premier ministre israélien n’a pas pu continuer, il a dû se taire et changer de sujet.
Le gouvernement israélien a fait une grave erreur en permettant à ces colons d’avoir autant de pouvoir parce que maintenant l'armée israélienne a le devoir supplémentaire de protéger Israël de son propre peuple… les colons israéliens.
Plus l’armée israélienne a de fronts, plus c’est une bonne nouvelle pour le monde arabe… et nous ne devons pas oublier que le mouvement des 'refuzniks’ se développe de plus en plus et que le propre fils d’Ehud Olmert est l’un de ses principaux membres !
De plus en plus de fronts à combattre ..
De plus en plus de refuzniks ..
De plus en plus de d'émigration et de moins en moins d'immigration...
De plus en plus de Palestiniens ...
Le renforcement de ses voisins ...
Et…
Au revoir Israel
Source : http://www.wakeupfromyourslumber.com
Traduction : MG pour ISM
Dimanche 24 Août 2008
le lien pour visualiser la vidéo
http://www.alterinfo.net/Est-ce-que-ces-Israeliens-sont-des-citoyens-ou-simplement-des-terroristes-et-des-criminels-_a23144.html
Posté le 24.08.2008 par djamazz
Et la France profonde découvre qu'elle est en guerre
par Fausto Giudice
Mondialisation.ca, Le 22 aout 2008
Basta !
Le 20 Août, en pleines vacances, alors que le bon peuple de France se traînait nonchalamment entre les pages bondées et les écrans de télé pour suivre les prouesses des athlètes à Pékin, tentant de maîtriser le stress qui commençait à le prendre à l’idée qu’il allait bientôt devoir reprendre le chemin du « travailler plus pour gagner moins », la nouvelle a éclaté comme un coup de tonnerre dans un ciel serein : 10 valeureux jeunes soldats français sont morts dans le lointain Afghanistan, dans une embuscade tendue par les horribles Talibans à 50 km à peine de Kaboul. Ce qui a porté à 22 le nombre de soldats français tués depuis 2002. ce qui est peu par rapport aux 100 soldats britanniques tués. Et n’est rien par rapport aux milliers d’Afghans tués. Et par Afghans, j’entends hommes armés, hommes désarmés, femmes, enfants, vieillards.
Et le bon peuple a ainsi découvert que son armée était engagée en Afghanistan, et qu’elle y faisait la guerre. Il aura fallu six ans pour que les Français se rendent compte qu’ils étaient, à leur corps défendant, engagés dans une guerre.
Une guerre mondiale ?
Pas tout à a fait.
Une guerre locale ?
Pas non plus.
Non, une « guerre des mondes ».
Deux mondes s’opposent dans les montagnes et les plaines d’Afghanistan : d’un côté, il y a les bons, la « Coalition » regroupant 70 000 soldats d’une quarantaine de pays. Officiellement, ils ne sont pas là pour faire la guerre, mais pour faire la paix, pour reconstruire le pays et, surtout, pour libérer les femmes, ces malheureuses Afghanes enfermées dans des voiles-cages. De l’autre côté, il y a les « méchants », les barbus, les « terroristes », les « talibans », « Al Qaïda ». Donc, ces soldats sont aussi là pour combattre le terrorisme. C’est ce que George Bush appelle « la guerre mondiale contre le terrorisme », « Global war against terror ». Sauf que les "terroristes" afghans bénéficient apparemment du soutien d'une très grande partie d ela population.
Depuis six ans que cette guerre dure, l’opinion française s’en est fichue comme de sa dernière culotte, de cette guerre qui n’est pas une guerre. La gauche et l’extrême-gauche n’ont pas organisé une seule manifestation. Rien, rien, rien. Silence radio et consensus total. Cela n’a guère été différent en Espagne et en Italie, où la gauche institutionnelle a retiré ses troupes d’Irak pour mieux les engager en Afghanistan. Il y a eu plus de remous en Allemagne, au Danemark, en Suède, en Norvège et au Canada, mais sans grandes incidences sur le cours des choses : « j’y suis, j’y reste », telle est la devise de la Coalition baptisée ISAF/FIAS.
De fait, les alliés des USA sont chargés de boulot du soutien logistique et civil, en quelque sorte du « service au sol » pour les boys US qui, eux, font le sale boulot, ou du moins sont censés le faire, c’est-à-dire prenant sur eux de commettre crimes de guerre et autres bombardements de population civiles avec des bombes à l'uranium appauvri.
Les Français et les Européens, eux, tentent de garder les mains propres et essayent plutôt de creuser des puits et d’accoucher des femmes.
Mais qu’allaient donc faire les soldats français dans cette galère,, se demande soudain M. Dupont-Durand. Un « travail indispensable », a répondu le Président. Et son ministre Bockel d’appeler à « l’union nationale », disant que l’heure n’était pas aux critiques.
C’est que la gauche et l’extrême-gauche semblent s‘être soudain réveillées : le PCF et la LCR demandent un retrait des troupes, le PS se contente de dire qu’il faudrait « rééxaminer la mission des soldats français en Afghanistan ». Le Front national est le plus virulent dans la dénonciation de cette guerre qui ne dit pas son nom.
Le 21 Août 1968, il y a exactement quarante ans, les chars soviétiques et est-allemands du pacte de Varsovie pénétraient dans Prague, mettant fin à un printemps trop court. Les jeunes Tchèques écrivirent sur les murs : « Lénine, réveille-toi, ils sont devenus fous » et chantèrent aux soldats soviétiques une chanson de leur composition dont le refrain disait : « Ivan, rentre chez toi, Natacha t’attend ».
Les résistants afghans devraient aller écrire sur les murs des baraquements français à Kaboul : « Jaurès, réveille-toi, ils sont devenus fous. »
Jean Jaurès, l’homme qui osa dire non à l’Union sacrée pour la guerre en 1914 et le paya de sa vie. Jean Jaurès, que le candidat Sarkozy se fit fort de citer dans ses discours écrits par Henri Guaino.
Et les résistants afghans pourraient chanter : « Kevin, rentre chez toi, Jessica t’attend ».
Articles de Fausto Giudice publiés par Mondialisation.ca