Politique
Posté le 04.06.2008 par djamazz
'Tempête artificielle autour de l'annulation d'un mariage', par le magistrat Jean-Pierre Rosencveig
Jean-Pierre Rosencveig, magistrat au tribunal de Bobigny, explique sur son blog pourquoi l’affaire du mariage annulé pour cause de non virginité est une totale désinformation. Manipulez, manipulez... il en restera toujours quelque chose !
"Rarement une décision de justice aura fait contre elle une telle unanimité que ce jugement du TGI de Lille annulant un mariage à la demande du mari qui avait découvert lors de la nuit de noce que son épousée n’avait pas la virginité à laquelle il s’attendait. L’époux se plaignait de la tromperie sur une qualité essentielle de celle qui était devenue sa femme.
Des égéries du droit des droits des femmes ont démarré au quart de tour à l’image d’Elizabeth Badinter qui s’offusque de ce que la virginité des femmes puisse encore être une référence et qui sans craindre l’emphase et l’excès déclare avoir « honte de la justice française ». La secrétaire d’Etat aux droits des femmes affirme avoir été révulsée toute la journée par cette décision. Fadila Amara secrétaire d’Etat à la politique de la ville et ancienne présidente de « Ni putes, ni soumises » n’est pas la dernière à manifester son indignation, Sihem Habchi actuelle présidente de l’association affirmant pour sa part que cette décision équivaut à « une véritable fatwa contre la liberté des femmes « (sic). Pour le conseiller juridique de l’Elysée – Dominique Paillé – si on tient la décision pour légale il faut changer la loi au plus vite. A gauche comme à droite le discours public commun est de s’offusquer contre cette décision considérée comme une décision rétrograde qui ramènerait les femmes à devoir venir vierges au mariage.
La seule voix divergente est celle de la garde de sceaux Rachida Dati, interpellée sur la légalité de cette décision de justice et invitée à la combattre. On invite la Chancellerie à faire appel ou à engager un recours dans l’intérêt de la loi devant la Cour de Cassation. En l’état elle s’y refuse.
Et bien évidemment, cette voix dissonante cristallise elle-même la critique voire entraîne dans les médias des attaques indignes et choquantes tirées de l’histoire personnelle de la ministre.
Il est évident que le fait que la mariée ne soit plus vierge, pas plus que celui que le marié ait eu des relations sexuelles avant mariage, ne saurait être au XXI° siècle un argument pour annuler un mariage. On aurait même tendance à penser qu’il est souhaitable que les deux époux aient pu avoir une vie riche et pleine avant se marier, de se poser, de s’engager solennellement avec la femme ou l’homme de leur vie. On ne doit pas oublier qu’avec l’allongement de la durée de la vie ils peuvent sans trop de difficultés atteindre les noces d’or dès lors qu’ils franchissent le cas fatidique des 5 ans et quart de mariage période où se cristallisent un maximum de crises conjugales débouchant sur le divorce.
Il est tout aussi évident qu’on ne doit pas négliger que pour une partie de la population – y compris de jeunes filles - la donne machiste reste forte : pour ceux là il faut que les femmes arrivent vierges au mariage. On sait même que certains ” vendent” - 8000 euros pour le dernier chiffre que j’ai repéré dans mon cabinet - cette virginité. Tout cela est suranné, condamnable, complètement en opposition avec l’idée des droits humains universels. Chaque femme, chaque homme doit être libre de sa vie affective et sexuelle et doit pouvoir se marier ou pas.
On sait la pression qui pèse sur certaines jeunes filles qui ne peuvent pas assumer devant leur famille de n’être plus vierges et d’avoir eu des relations sexuelles hors ou avant mariage. Des officines fleurissent en France comme à l’étranger pour reconstituer des hymens afin de pouvoir retrouver place dans la communauté ou ne pas la perdre !
Comment ne pas être choqué de cette pression communautaire ? Et il serait hâtif de ne viser qu’une communauté… On sait que certains médecins sont régulièrement sollicités pour délivrer des certificats de virginité notamment dans des milieux catholiques ou musulmans. Comment ne pas être indigné de constater que bien évidemment ce sont d’abord sinon essentiellement les femmes qui subissent cette pression ? Pour les hommes on continue à penser que c’est plutôt un bon point qu’ils aient vécu avant le mariage.
On doit entendre ces sensibilités qu’on ne partage pas, on doit les combattre. Et la loi a consacré certaines avancées dans le champ privé comme celle qui veut qu’un époux puisse être poursuivi pour viol s’il abuse de sa femme. Le droit général d’entretenir des relations sexuelles ne soulage pas de l’obligation de demander une autorisation ponctuelle !
Mais dans cette affaire la désinformation est majeure. Ainsi comment titrer “un mariage cassé pour faute de chasteté” (Métro 30 mai 2008) ?
La question posée aux juges lillois n’était pas celle de la virginité au mariage ou celle de la chasteté avant la mariage, mais celle de savoir, pour annuler un mariage, si la mariée avait trompé son époux sur un élément essentiel.
Le mari l’affirme, la jeune femme l’admet.
C’est ce mensonge qui veut annulation du mariage qui rappelons-le est un contrat, certes encadré par la loi (avoir 18 ans sauf dispense du procureur, donner personnellement son consentement , être de sexes différents, etc.), mais est bien d’abord une convention entre un homme et une femme qui désirent unir leur vie.
Pour des raisons qui sont les siennes l’époux voulait s’unir à une femme n’ayant jamais connu bibliquement d’autres hommes ( ah le mythe de la virginité !) et, on le suppose, à une femme appelée à ne point en connaître d’autres hommes dans le temps du mariage. C’est un projet de vie comme un autre. Certaines veulent des enfants ou refusent d’en avoir.
Après tout la femme aurait pu avoir également une telle exigence et avancer le souci d’être la seule femme de son homme.
On pourrait imaginer à l’inverse un homme qui souhaiterait une femme expérimentée pour ne pas supporter l’inexpérience !
L’épousée n’ignorait pas les attentes de son futur ; elle devait savoir que c’était essentiel pour lui au point de ne pas lui dire la vérité de face quitte à assumer une rupture. Elle admet devant les juges avoir trompé sur ce point son époux. Avait-elle été forcée à se marier ?
De la même manière un mariage aurait encouru l’annulation si la femme soucieuse d’avoir des enfants et qui ne l’avait pas caché à son futur apprenait que, se sachant stérile, son époux lui avait caché cette donnée essentielle.
Les juges ont déjà annulé un mariage dans un cas où un conjoint avait caché qu’il avait déjà été marié ou un autre qu’il avait été condamné dans une affaire de droit commun ; dans d’autres cas on a retenu que l’un des conjoint avait trompé l’autre sur sa nationalité ou sur son aptitude à avoir des relations sexuelles normales.
En droit - article 180 du code civil - on parle de « qualité essentielle de la personne », mais chacun aura compris qu’en l’espèce, peu importe pourquoi, référence religieuse ou autre, les deux époux s’étaient accordés sur un point, l’un trompant sciemment l’autre sur ce sujet.
Certains jettent des cris d’orfraie en prétendant que la virginité ne peut pas faire l’objet de convention. J’avoue pour le coup ne pas comprendre. On est dans le strict registre privé.
Des futurs époux y attachent un intérêt ; d’autres pas. La société n’a pas à intervenir sur ce terrain. Et en l’espèce elle n’intervient pas sur ce sujet, mais sur le mensonge au moment de conclure ce contrat fondamental pour la vie de chacun qu’est le mariage, pour ses conséquences et sachant qu’on n’en sort quand même pas aisément.
Etant observé que si l’un – en l’espèce Madame - ne peut pas assumer sa vie passée face à celui avec lequel elle entend s’unir et si celui-ci attache une importance à ce point à ce sujet, l’union est mal embarquée. Si ce n’est pas une annulation de mariage, c’est un divorce qui se profile. A moins qu’on n’oblige (comment ?) les époux à rester mariés et vivre ensemble ?
La ministre de la justice a donc raison de se positionner comme elle l’a fait sur la question de principe qui était posée.
Beaucoup sont allés un peu vite en commentaires avec des propos incendiaires et démesurés. On est dans un procès privé, entre personnes douées de discernement, d’une trentaine d’années si je ne m’abuse pour le mari, une vingtaine pour l’épouse. Cette dame, dans un premier temps, a sûrement pensé que son mari ne réagirait pas comme il l’a fait en constatant qu’elle n’était pas vierge ; apparemment elle n’a pas réussi à le convaincre de passer outre. Peut-être en fin de compte l’a-t-elle échappé belle de ne pas rester mariée à un homme à ce point attaché à de telles valeurs machistes !
De là à crier au retour de l’obscurantisme il y a un plus qu’un pas. J’aimerais savoir ce que font tous ceux qui vilipendent cette décision pour aider au quotidien les femmes de France encore prisonnières des pressions qui pèsent sur elles et pour faire entendre aux hommes qu’une femme n’est pas un objet d’appropriation.
On a hâte de voir une femme engager un procès pour annulation de mariage en excipant que son conjoint n’est pas à l’égal de ce que qu’il lui avait laissé miroiter. Un tel procès rééquilibrera peut être les plateaux de la balance.
En tous cas la décision de Lille me semble juridiquement imparable si l’on s’attache seulement aux dires des principaux concernés. On est dans un procès civil où l’ordre public n’est pas troublé. Il faut s’attacher à ce qui aux yeux des intéressés est essentiel et surtout au fait que l’un a tenté de tromper l’autre sur une question essentielle aux yeux de chacun et de nature à rendre la vie commune impossible.
Il n’y a pas matière à changer la loi sur l’annulation du mariage. ll n’y a pas regression du statut des femmes. On ne peut pas parler de repudiation. Peut être même, comme l’avance la ministre de la justice, certaines femmes mariées contre leur gré trouveront là matière à se libérer.
Reste qu’une question qui me tarabuste : si sur tous les sujets de société qui émergent les termes sont autant pipés, comment parviendront nous à y apporter de vraies et bonnes réponses ? "
http://jprosen.blog.lemonde.fr/2008/05/31/annulation-dun-mariage-le-cri-des-ex-vierges-256/
CAPJPO-EuroPalestine
Mardi 03 Juin 2008
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Posté le 20.06.2008 par djamazz
Attention à Ehud Barak !
Le ministre de la « défense » israélien, actuellement en visite de deux jours à Paris, où il vient planifier la prochaine guerre contre l'Iran, est certainement l'homme le plus dangereux au Moyen Orient.
Attention à Ehud Barak !
Le ministre de la « défense » israélien, Ehud Barak, est définitivement l'homme politique le plus dangereux au Moyen Orient. Ahmadinejad ne peut que rêver d'avoir les pouvoirs déjà aux mains de Barak : politique et militaire, conventionnel et non conventionnel. Netanyahu et d'autres hommes politiques israéliens d'extrême droite disent ce qu'ils pensent et sont catalogués comme étant des extrémistes, donc ils sont en permanence surveillés. Barak est plus extrémiste que Netanyahu, mais c'est un extrémiste qui le dissimule.
La personne qui a détruit le processus d'Oslo et initié la deuxième Intifada, la personne qui a démoli le camp de la paix israélien de l'intérieur en répandant le mythe de « l'offre généreuse » rejetée par les Palestiniens, en persuadant les israéliens qu'il avait « démasqué » Arafat, et qu'il n'y avait pas de partenaire palestinien – cette personne continue de s'appeler elle –même « le chef du camp de la paix israélien ».
C'est l'un des traits les plus dangereux de Barak : sa tendance à mentir, se présentant lui-même comme l'opposé de ce qu'il est réellement. ( c'est nous qui soulignons en gras)
Barak n'a pas changé. Comme l'a annoncé, le Yediot Aharonot (quotidien israélien ndlt) il y a juste quelques mois de cela : « le dirigeant du parti travailliste est plus à droite que Netanyahu » (le 10 août 2007). Barak a décrit la reprise des discussions de paix comme « une fantaisie », a dit « il n'y a pas de différence entre le Hamas et le Fatah »; promis »je n'enlèverai aucun barrage en Cisjordanie » ; et répété son vieux Mantra : « il n'y a aucune chance d'un accord avec les Palestiniens. »
En fait, Barak s'est opposé en permanence au Sommet d'Annapolis. Son opposition s'est transformée en soutien réservé quelques semaines avant sa tenue, quand il est devenu évident que la rencontre ne serait rien de plus qu'une opération pour la photo souvenir. Par-dessus le marché, pour être sûr que rien ne sortirait de ce processus nouvellement lancé, Barak a appelé à plusieurs reprises à relancer les négociations de paix avec la Syrie en parallèle à celle avec les Palestiniens. Un sale tour caractéristique de Barak : pousser à reprendre les discussions avec la Syrie permet à Barak d'améliorer son image d'homme de paix alors qu'il agit sciemment pour saboter toute perspective de paix. Dans un rapport officiel écrit à l'époque ou il était premier ministre en 2000, et récemment obtenu par le quotidien en hébreu Haaretz (13/12/07), le chef du bureau de Barak écrivait que résumer les négociations avec la Syrie avait mené à une méfiance extrême et un raidissement du côté palestinien, et, de plus, l'équipe israélienne avait été incapable de gérer simultanément les négociations sur les deux fronts. En d'autres termes, reprendre les négociations avec la Syrie est une démarche pour faire en sorte que celles menées avec les Palestiniens n'aboutissent pas, et Barak utilise cette sale carte de jeu pour la deuxième fois.
Barak avait promis de quitter la coalition d'Olmert après la publication (2007 ndlt) du rapport de la Commission Winograd (sur la guerre menée par Israël en 2006 contre le Liban ndlt), qui a fait porter la responsabilité de l'échec à Ehud Olmert (qui n'a pas démissionné malgré la sévérité des accusations contre lui ndlt). Ensuite il a laissé entendre via ses « aides » qu'il ne tiendrais pas sa promesse (Barak ne parle jamais aux médias ; il envoie ses « aides » pour faire part de ses intentions, de sorte que personne ne peut le tenir pour responsable de ce qu'il dit). C'est fort probable que la logique perverse utilisée par Barak le conduira à revenir occuper le bureau de premier ministre par le biais d'une « petite guerre ». Une fois qu'Olmert sera complètement discrédité (à l'échec de la guerre du Liban se sont ajoutés les soupçons de corruption qui pèsent actuellement sur lui ndlt), Barak, en tant que ministre de la défense, peut espérer bénéficier d'une nouvelle guerre réussie – une grande opération contre Gaza « qui se rapproche de plus en plus « comme Barak le répète inlassablement, une guerre contre la Syrie, une attaque contre l'Iran, ou une combinaison de tout cela. Une telle guerre serait une raison excellente de ne pas respecter sa promesse de quitter la coalition : après tout ce serait « irresponsable » de quitter le gouvernement alors qu'une guerre est imminente.
Barak sait mieux que quiconque comment précipiter Israël dans la guerre, même dans le dos du gouvernement si besoin est : après tout c'est le jeune général Barak qui au début des années 80 avait recommandé à ses supérieurs dans l'armée d'utiliser la tromperie pour embobiner le gouvernement et le public israélien pour qu'ils soutiennent la guerre contre le Liban.
Ran HaCohen 27/12/07 –www.antiwar.com
Traduction Mireille Delamarre www.planetenonviolence.org
Ran HaCohen est professeur d'université et critique littéraire au Yediot Aharonot. Il publie régulièrement des analyses pointues sur la situation au Moyen Orient sur le site américain Antiwar.
Information complémentaire
Actuellement, le premier ministre israélien Ehud Olmert est très affaibli et donc Barak a le champ libre. Ce dernier s'est rendu récemment à Washington dans le cadre de préparatifs militaires conjoints contre l'Iran. Il est en visite à Paris pour planifier, par étapes, une attaque contre l'Iran comme il l'annonce ci-dessous. Effectivement, dans un entretien accordé au journal le Monde, publié en ligne le 19/06/08 sous l'intitulé « Ehud Barak : l'Iran est un défi pour le monde » il affirme que :
Les Iraniens sont déterminés à continuer de défier le monde entier, à tricher, tromper et aller vers une capacité nucléaire militaire. Le rapport des services secrets américains était faux, point final, et je suis confiant : nous le démontrerons avec le temps. Il y a beaucoup à faire, à la fois en matière de sanctions sur les transactions financières et sur les capacités de raffinage. Cela devrait passer par des actions diplomatiques relevant du chapitre VII de la Charte de l'ONU. Mais d'autres façons de ralentir l'effort (iranien) devraient être envisagées. Nous disons qu'aucune option ne devrait être retirée de la table. Cela nécessite une certaine préparation, une planification.
Ainsi donc, il projette sur l'Iran ses propres vices (tricherie, tromperie), y ajoutant une grosse touche d'arrogance, typiquement israélienne, pour ce qui est du rapport des services secrets américains. Mais surtout, tout est dit ici en ces quelques mots, sur les préparatifs de guerre, pour une fois « en direct » sans ses « aides « habituels.
Lors de la dernière rencontre Bush Sarkozy à Paris, rien ou presque n'a filtré de ce qui s'est réellement conclu entre les deux va t-en guerre. La politique actuelle de la Maison Blanche vis-à-vis de l'Iran c'est d'aller jusqu'aux limites du possible – « brinkmanship » comme on dit dans le langage de politique étrangère américaine depuis des décennies, une politique extrêmement dangereuse et menaçante pour la paix mondiale. L'accord conclu avec Sarkozy, c'est d'aligner la politique étrangère de la France concernant l'Iran sur celle des US (« brinkmanship »), qui est elle-même alignée sur celle de Tel Aviv. Ce qui s'est mis en place à Paris, c'est une politique bilatérale (comme il existe un politique bilatérale entre Tel Aviv et Washington). Actuellement, les activités politiques sont concentrées sur des sanctions économiques mais la menace de l'utilisation de la force militaire contre l'Iran sera répétée en boucle de manière volontairement ambiguë, non seulement pour faire pression sur l'Iran, mais aussi pour préparer l'opinion publique à une telle éventualité. Une opération de psyop qui vise à neutraliser toute opposition à cette guerre (lassitude des opinions et résignation qu'on peut constater avec l'effritement du mouvement anti-guerre, pourtant très actif avant l'attaque contre l'Irak). Les pièces du puzzle d'une attaque sont mises progressivement en place, avec le concours actif des médias, dont en France, le Monde, le Figaro …. Cette fois la France non seulement ne s'y opposera pas, comme elle a pu s'opposer à la guerre contre l'Irak, mais avec Nicolas Sarkozy au pouvoir, et une opposition somnolente, voire consentante, surtout en matière de politique étrangère, elle pourrait y participer activement.
Psyop/Propagande américano-sioniste contre l'Iran
Jeudi 19 Juin 2008
http://www.planetenonviolence.org/index.php?action=article&id_article=968482
Commentaires articles
Posté le 26.06.2008 par djamazz
La chronique d'une guerre annoncée contre l'Iran
La pression anglo-américaine s'accentue sur la Turquie
par Cem Ertür
Mondialisation.ca, Le 23 juin 2008
Couvrant la période de mars à juin 2008, cet article va tenter de mettre en évidence les principales pressions politiques exercées par les gouvernements américain et britannique sur la Turquie en raison de leurs plans de guerre contre l'Iran. Cet article est complémentaire à un article antérieur intitulé « Est-ce que la Turquie sera encore complice d'une autre guerre contre un autre pays voisin? » [1]
La chronique d'une guerre annoncée contre l'Iran – La pression anglo-américaine s'accentue sur la Turquie
« [Le Moyen-Orient] pourrait connaître un très bel avenir:… un lieu propice à l'innovation et à la découverte, dirigé par des hommes et des femmes libres. Au cours des dernières années, nous avons vus naître les débuts prometteurs de ce projet. La Turquie, une nation dont la majorité de la population est de confession musulmane, est une démocratie moderne et prospère. L'Afghanistan, sous la direction du président Karzai, parvient à triompher des Talibans et à construire une société libre. L'Iraq, sous la direction du premier ministre Maliki est en voie de créer une démocratie multiethnique. » Discours du président des États-Unis, George W. Bush (Forum économique mondial, à Charm el-Cheikh, le 18 mai 2008) [2]
La Turquie a été le dernier arrêt du vice-président des États-Unis Dick Cheney lors de sa tournée au Moyen-Orient en mars dernier. La couverture de l'événement par la presse turque donnait l'impression que M. Cheney n'avait fait aucune demande au président de la Turquie, ni au premier ministre ni au chef d'état major, en regard de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient et/ou en Afghanistan. Compte tenu de l'évidente hostilité anglo-américaine qui s'accentue continuellement sur tous les fronts face à l'Iran, ce n'était pas très plausible. En fait, tous les indices laissent entendre depuis lors le contraire.
Peu de temps après la visite de M. Cheney, la société américaine RAND Corporation a publié un rapport sur les relations américano-turques:
« Compte tenu de ses intérêts au Moyen-Orient et compte tenu des tensions dans les relations américano-turques, on doit s'attendre que la Turquie soit dorénavant toujours réticente à permettre aux États-Unis d'utiliser ses bases [militaires], en particulier la base aérienne [US] d'Incirlik, pour y entreprendre des opérations de combat au Moyen-Orient… Il est peu probable que la Turquie soutienne les politiques américaines visant à isoler l'Iran et la Syrie ou à renverser les régimes de ces deux pays. » [3]
Plusieurs visites de hauts responsables américains se sont succédées à la suite [de celle de] M. Cheney. En avril, l'ambassadeur américain auprès de l'Agence internationale de l'énergie atomique (l'AIEA) Gregory Schulte, a fait des commentaires au sujet des missiles balistiques Shahab-3 de l'Iran:
« Les Shahab-3 peuvent frapper presque partout en Turquie et au Moyen-Orient et les missiles à longue portée pourraient atteindre des régions plus éloignées en Europe. » [4]
Le mois suivant, lors d'une conférence tenue à Washington, l'ambassadeur de Turquie aux États-Unis Nabi Sensoy s'est fait l'écho à M. Schulte:
« L'Iran a élaboré des programmes (nucléaires) clandestins pendant plus de deux décennies et ces programmes représentent « une menace pour la Turquie ainsi que pour les États-Unis. » [5]
La visite impériale de la Reine Élizabeth
Lors d'une conférence de presse avec son homologue turc Ali Babacan en avril à Londres, le ministre britannique des affaires étrangères David Miliband, a déclaré:
« Nos relations bilatérales sont vraies, excellentes et très estimées… La Turquie a un rôle essentiel à jouer dans les questions régionales, telles que dans le conflit en Irak et dans les préoccupations qui entourent le programme nucléaire iranien. » [6]
Le mois suivant, la reine Elizabeth II et M. Miliband ont fait une visite d'État en Turquie. Le 13 mai, Elle a donné un discours à l'occasion d'un banquet d'État à Ankara:
« Pour nous, la Turquie est plus importante aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été... À l'étranger, la Turquie occupe une position unique tel un pont entre l'Est et l'Ouest à un moment crucial pour l'Union européenne et pour le monde en général ... [Monsieur le Président Abdullah Gul], vous jouez un rôle clé dans la promotion de la paix, dans la stabilité politique et le développement économique auprès d'un certain nombre de pays très instables. » [7]
Ces deux déclarations font étrangement penser au discours de Tony Blair trois mois avant que ne soit officiellement lancée l'ultime invasion de l'Iraq:
« Je pense que c'est un moment très important et passionnant pour l'Union européenne et pour la Turquie et je crois que nous avons une occasion historique d'envoyer un signal clair à l'effet que l'Union européenne veut de la Turquie dans la famille européenne à titre de partenaire à part entière. » [8]
La chronique d'une guerre annoncée contre l'Iran – La pression anglo-américaine s'accentue sur la Turquie
Comme toujours, pour les médias turcs et internationaux il ne s'agissait uniquement que d'une visite amicale de la Reine qui n'avait pas d'autres objectifs que celui de soutenir l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.
L'écoute d'un récital du Coran avec la tête couverte dans une mosquée située à Bursa (qui est la première capitale de l'Empire Ottoman), a remué même ceux qui en d'autres temps sont profondément anti-religieux.
Tout aussi symbolique, mais encore plus révélateur, fut la réception qu'Elle a tenue pour le président turc Abdullah Gul [9] à bord d'un porte-avions de la Marine Royale à Istanbul [10]. En fait, le porte-avions HMS Illustrous était sur le chemin du retour suite à « l'Opération Orion 08, » un exercice naval regroupant plusieurs pays et réalisé dans le golfe Persique en guise de répétition à une éventuelle guerre contre l'Iran. [11] [12]
Retournons en octobre 2007 lorsque le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue britannique M. Gordon Brown ont signé « l'Accord de partenariat stratégique entre la Turquie et le Royaume-Uni. » Les points suivants de ce document révèlent la similitude frappante de la politique étrangère du Royaume-Uni et des États-Unis à l'égard de la Turquie:
« Le renforcement de la coopération face à la menace terroriste que représentent le PKK,… Al-Qaida et les autres groupes extrémistes. » « Le soutien du processus du Conseil de sécurité des Nations Unies à l'égard de l'Iran, y compris l'application intégrale des mesures imposées. » « La poursuite de la coopération entre les forces armées du Royaume-Uni et de la Turquie et le soutien mutuel dans les forums de l'OTAN. » « La coopération… pour s'assurer que l'OTAN peut appliquer pleinement les ententes convenues au Sommet de Riga de 2006. » [13]
Il est également important de se rappeler ce que le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband, qui est souvent considéré comme le successeur de M. Brown, a déclaré lors du cinquième anniversaire de l'invasion de l'Irak en mars 2003 que:
« Je pense que la guerre en elle-même a été une remarquable victoire. Tout s'est déroulé beaucoup mieux que ce que la plupart des gens ne le croyaient. » [14]
La déclaration suivante, faite un mois plus tôt, rend sa position sur les éventuelles guerres anglo-américaines claire comme de l'eau de roche:
« Je crois que les discussions entourant la guerre en Irak ont occulté le débat visant à promouvoir la démocratie dans le monde. Je comprends les doutes concernant l'Iraq et l'Afghanistan, de même que les grandes préoccupations au sujet des erreurs commises. Mais mon argumentation se résume à dire que nous ne devons pas laisser les discordes sur ces conflits masquer notre intérêt national, qu'importe notre impulsion morale, en soutenant les mouvements favorables à la démocratie… Dans les années 1990… la gauche semblait se contredire sur l'opportunité d'atteindre cet objectif et leur scrupule à utiliser des moyens militaires. En fait, l'objectif de répandre la démocratie doit être un projet très progressiste; les ressources nécessaires doivent amalgamer toutes les forces, les douces et les violentes. » [15]
Les pressions des États-Unis sont désormais à leur plus fort
Au début du mois de juin, « l'Accord de coopération concernant l'usage pacifique de l'énergie nucléaire entre la Turquie et les États-Unis » est entré en vigueur:
« L'accord fournit un cadre global de coopération nucléaire à des fins pacifiques entre les États-Unis et la Turquie en vertu des conditions et des contrôles de non-prolifération prévus. » [16]
Le 5 juin, la Maison Blanche a annoncé la nomination du vice conseiller à la Sécurité nationale James Jeffrey Franklin à titre d'ambassadeur des États-Unis en Turquie. En sa qualité d'ancien principal sous-secrétaire d'État adjoint aux Affaires du Proche-Orient, M. Jeffrey a joué un rôle de premier plan dans la politique concernant l'Irak et il co-présidait l'ancien « Groupe de politique et d'opérations Iran-Syrie » [17]:
« Le fameux Groupe de politique et d'opération - Iran-Syrie - Policy and Operation Group (ISOG), créé en début de l'année 2006, composé de responsables de la Maison Blanche, du département d'État [US], de la CIA et du département du Trésor, avait pour mandat de déstabiliser la Syrie et l'Iran, et de parvenir à faire un "changement de régime". » [18]
Le jour de sa visite aux États-Unis où il se rendait principalement pour participer à la réunion des Bilderberg (pour la cinquième fois [19]), le ministre turc des Affaires étrangères Ali Babacan a tenu une conférence de presse avec son homologue américaine Condaleezza Rice:
« Question: Madame la Secrétaire, qu'attendez-vous de la Turquie – qu'elle augmente la pression sur l'Iran au-delà des sanctions de l'ONU?
Rice: Tous les États membres ont l'obligation d'appliquer les termes de ces résolutions et d'utiliser toutes les instances qu'ils ont avec les Iraniens pour insister sur le fait que les Iraniens doivent s'acquitter de leurs obligations que leur a imposées le Conseil de sécurité des Nations Unies.
Babacan: La Turquie applique les résolutions du Conseil de sécurité. Tant que la communauté internationale aura une position commune, la Turquie appliquera ces décisions. » [20]
Le même jour, de retour en Turquie, le chef d'état-major général des Forces armées turques Yasar Buyukanit dans son discours d'ouverture au symposium international à Istanbul, intitulé « Le Moyen-Orient: Son avenir incertain et les problèmes de sécurité, » a été beaucoup plus direct:
« Jusqu'à la mi-2003, l'Iran a construit des installations nucléaires et a poursuivi l'enrichissement de l'uranium en le dissimulant aux yeux de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Il a approuvé les inspections de l'AIEA, mais il ne l'a pas fait par le biais d'un processus constitutionnel. L'Iran doit nous donner l'entière confiance que son programme nucléaire se fait exclusivement à des fins pacifiques. L'adoption de politiques sensées par l'Iran, qui permettrait d'éviter de nouveaux problèmes auxquels est confrontés la région, est très importante pour rétablir la paix et la stabilité au Moyen-Orient. » [21]
Toutefois, M. Buyukanit n'a pas été aussi prompt à répondre lorsque lui a été adressée une question concernant un récent reportage publié par la presse au sujet des forces armées turques qui envisagent d'étendre le champ d'application des "unités irrégulières de guerre" qui fonctionnent comme une "contre-guérilla". Le reportage dévoile que « des préparatifs très secrets concernant des méthodes de lutte clandestine pourraient être utilisées lors d'opérations menées de concert avec nos forces armées lors d'une éventuelle violation de l'intégrité territoriale du pays par une force ennemie. » [22] M. Buyukanit a alors répondu:
« C'est un très vieux concept qui remonte à la Guerre froide et qui n'est plus valable: Si, dans le contexte de l'OTAN et du Pacte de Varsovie, la Turquie avait été envahie par les Soviétiques, alors il y aurait eu de la résistance dans les zones occupées. Cela n'a plus lieu d'être, nous n'avons plus de telles structures puisqu'il n'est plus nécessaire d'en avoir. En fait, qui voudrait envahir la Turquie? » [23]
En dépit de ce langage évasif, il est clair que M. Buyukanit se réfère à l'article V de la Charte de l'OTAN, [24], qui prévoit que les membres de l'Alliance doivent venir en aide à un allié qui est attaqué. Selon le rapport de la société RAND Corporation cité plus haut:
« La Turquie est le seul membre de l'OTAN qui fait face à la menace d'une attaque extérieure (Iran, Syrie). La Turquie est donc très préoccupé par le fait que l'article 5 (la défense collective) demeure toujours le centre de la mission de l'Alliance et que l'emphase mise sur la gestion de cette crise n'affaiblisse pas cet engagement de défense collective prise par l'Alliance. » [3]
Faire appel à l'article V pour recourir à la guerre n'est jamais arrivé... Un autre rapport de la RAND Corporation publié en 1992 révèle jusqu'à quel point cette propagande est ancienne :
« La guerre du Golfe [de 1991] et ses suites ont simplement confirmé et renforcé la nouvelle volonté entourant les ambitions régionales d'un accroissement des arsenaux à l'intérieur des frontières de la Turquie, à tout le moins comparable à la menace sans cesse croissante posées par les armes de destruction massive ... La perspective de voir l'Iraq représenter à nouveau une menace conventionnelles ou non conventionnelle à la Turquie est une source évidente de préoccupations, en ce sens que la Turquie joue un rôle prépondérant dans la coalition contre Bagdad… Par-dessus tout et à long terme la Turquie est confrontée à des risques pour la sécurité face à l'Iran, avec ses visées belliqueuses en Azerbaïdjan et son vif intérêt pour la technologie nucléaire et les missiles balistiques, et la Syrie… Les États-Unis, tant sur le plan bilatéral que par son rôle au sein de l'OTAN, demeure la meilleure garantie à la sécurité de la Turquie en ce qui concerne les risques les plus dangereux auxquels la Turquie sera confrontée à long terme… » [ 25]
Le 17 juin, le quotidien turc Hurriyet a rapporté l'échange suivant:
« Récemment, l'ambassadeur [sortant] des États-Unis en Turquie Ross Wilson a rendu visite au ministre turc de l'énergie [Hilmi Guler] pour lui demander de mettre fin aux accords énergétiques [pétrole et gaz] conclus avec l'Iran. Le ministre de l'énergie a rejeté la demande sur la base d'absence d'une autre source alternative [d'approvisionnement]. Lorsque Wilson a suggéré d'acheter de l'énergie en provenance de l'Iraq, le ministre turc lui a signifié son désaccord face à cette volonté que l'Irak puisse représenté une alternative en indiquant que l'Iraq n'avait pas de réserves de gaz. Il a dit: « Un oiseau dans la main vaut mieux que deux oiseaux sur un arbre. » En réponse, l'ambassadeur Wilson a déclaré «dans un court laps de temps, il est possible que l'oiseau brûle avec la branche, sur laquelle il est posé. » [26]
Deux jours plus tard, dans un entretien avec le quotidien turc Aksam, l'ambassadeur d'Israël en Turquie Gabby Levy a affirmé que les armes de l'Iran représentent une menace pour l'ensemble du Moyen-Orient. [27]
D'autre part, dans une autre interview récente avec le même journal, le membre du Congrès des États-Unis Mark Kirk a présenté un autre volet de désinformation qui vise à réconforter le public de plus en plus anxieux et sceptique de la Turquie. Il a fait valoir que, depuis le rejet de la motion parlementaire de mars 2003 (visant à permettre aux troupes américaines d'utiliser le sol turc pour envahir l'Irak), l'importance de la Turquie a diminué de 90%. Lorsqu'il fut interrogé sur ce que les États-Unis attendent de la Turquie lors d'une éventuelle attaque contre l'Iran, il a déclaré:
« Les États-Unis s'attendent que la Turquie n'interfère en quoi que ce soit. Telle que la Belgique. » [28]
Pendant ce temps, un processus politique parrainé par les États-Unis est entré dans sa phase finale et il onsiste à avertir l'ensemble de la classe politique de la Turquie à se conformer aux règles établies. Ce processus vise, sans relâche, à fs'assurer qu'un gouvernement totalement obéissant soit au pouvoir avant de lancer la prochaine guerre anglo-américaine contre l'Iran et peut-être contre la Syrie.
NOTES
[1] Est-ce que la Turquie sera encore complice d'une autre guerre contre un autre pays voisin?
Par Cem Ertür, CASMII, 24 Février 2008
http://www.alterinfo.net/La-guerre-annoncee-contre-l-Iran
[2] President Bush Attends World Economic Forum
by George W. Bush, Whitehouse.gov, 18 May 2008
http://www.whitehouse.gov/news/releases/2008/05/20080518-6.html
[3] Turkey as a US Security Partner
by F. Stephen Larrabee, RAND Corporation, April 2008
http://rand.org/pubs/monographs/2008/RAND_MG694.pdf
[4] United States and Turkey: Strategic Allies for Global Challenges
by Gregory L. Schulte, U.S. Department of State web site, April 29, 2008
http://vienna.usmission.gov/080428_turkey.html
[5] Turkish Ambassador to U.S. Calls Iran "a threat to Turkey as well as to the US"
by Andrew Cochran, Counterterrorism Blog, 19 May 2008
http://counterterrorismblog.org/2008/05/turkish_ambassador_to_us_calls.php
[6] Britain praises "excellent" ties with Turkey in London talks
Monsters and Critics, 14 April 2008
http://www.monstersandcritics.com/news/uk/news/article_1399838.php/Britain_praises_"excellent"_ties_with_Turkey_in_London_talks
[7] Text of The Queen's speech at the State Banquet in Turkey, 13 May 2008
British Monarchy web site, 13 May 2008
http://www.royal.gov.uk/output/Page6254.asp
[8] Blair presses for Turkey's EU membership
BBC News, 12 December 2002
http://news.bbc.co.uk/1/hi/uk_politics/2567451.stm
[9] International Visitor Leadership Program Alumni.
U.S. Department of State web site
http://exchanges.state.gov/education/ivp/alumni.htm
[10] Illustrious welcomes The Queen for Istanbul Royal Reception
UK Ministry of Defence web site, 16 May 2008
http://www.mod.uk/defenceinternet/defencenews/historyandhonour/illustriouswelcomesthequeenforistanbulroyalreception.htm
[11] 5th Fleet Focus: Order of Battle
Information Dissemination, 10 May 2008
http://informationdissemination.blogspot.com/2008/05/5th-fleet-focus-order-of-battle_10.html
[12] Carrier deployment adds to Iran war fears
PSCA International, 2 November 2007
http://www.pscainternational.org/news_story.asp?id=4281
[13] Turkey UK Strategic Partnership 2007/08
British Embassy web site, 25 October 2007
http://www.britishembassy.gov.uk/servlet/Front?pagename=OpenMarket
/Xcelerate/ShowPage&c=Page&cid=1107296213134&a=KArticle&aid=1188506830446
[14] Building peace in Iraq harder than expected, says Miliband
by Richard Norton-Taylor, Guardian, 21 March 2008
http://www.guardian.co.uk/world/2008/mar/21/iraq.iraq
[15] 'The democratic imperative' Aung San Suu Kyi lecture by Rt Hon David Miliband
by David Miliband, British Embassy web site, 12 February 2008
http://www.britishembassy.gov.uk/Files/kfile/Miliband,0.htm
[16] Statement on U.S.-Turkey Agreement for Nuclear Cooperation (123 Agreement)
by Sean McCormack, US Mission to Italy web site, 2 June 2008
http://italy.usembassy.gov/viewer/article.asp?article=/file2008_06/alia/a8060302.htm
[17] US unit works quietly to counter Iran's sway
by Farah Stockman, Boston Globe, 2 February 2007
http://www.boston.com/news/world/articles/2007/01/02/us_unit_works_quietly_to_counter_irans_sway/
[18] "Islamic Terrorists" supported by Uncle Sam: Bush Administration "Black Ops" directed against Iran, Lebanon and Syria
by Michel Chossudovsky, Global Research, 31 May 2007
http://www.globalresearch.ca/index.php?aid=5837&context=va
[19] Bilderberg 2008 Attendee List
American Free Press
http://www.americanfreepress.net/html/bilderberg_list_2008.html
[20] Remarks With Turkish Foreign Minister Ali Babacan After Their Meeting
U.S. Department of State web site, 5 June 2008
http://www.state.gov/secretary/rm/2008/06/105690.htm
[21] Buyukanit'tan onemli tespitler
Ihlas Haber Ajansi, 5 June 2008
http://www.iha.com.tr/Haber/detay.aspx?nid=24215&cid=8&haber=Buyukanittan-onemli-tespitler
[22] Genelkurmay'in yeni kontrgerilla plani
by Mehmet Baransu, Taraf, 2 June 2008
http://www.taraf.com.tr/haberv.asp?HaberNo=9362
[23] Buyukanit'tan Ilimli Islam aciklamasi
Hurriyet, 5 June 2008
http://arama.hurriyet.com.tr/arsivnews.aspx?id=9105243
[24] The North Atlantic Treaty
NATO web site, 4 April 1949
http://www.nato.int/docu/basictxt/treaty.htm
[25] Bridge or Barrier? Turkey and the West After the Cold War
by Ian O. Lesser, The RAND Corporation, 1992
http://www.rand.org/pubs/reports/2006/R4204.pdf
[26] ABD'de konusulan Turkiye-1
by Nagehan Alci, Aksam, 9 June 2008
http://www.aksam.com.tr/haber.asp?a=120570,11
[27] 'Turkiye'de sistem cok guclu, bu krizi de kolaylikla cözer'
by Nagehan Alci, Aksam, 19 June 2008
http://www.aksam.com.tr/yazar.asp?a=121357,10,5
[28] The Black Sea oil fields may make Turkey energy independent
by Emrullah Uslu, Jamestown Foundation, 17 June 2008
http://jamestown.org/edm/article.php?article_id=2373153
Article original en anglais publié le 21 juin 2008: http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9407
Traduit par Dany Quirion pour Alter Info
Articles de Cem Ertür publiés par Mondialisation.ca
Posté le 10.02.2008 par djamazz
La Résistance du peuple palestinien est admirable
Le Guide suprême de la Révolution islamique a qualifié d'admirable la Résistance de la nation palestinienne devant les pressions économiques et les agressions du régime sioniste. Lors d'une audience accordée vendredi aux commandants et au personnel de la force de l'Air de l'armée iranienne, l'honorable Ayatollah ol-Ozma Khamenei a rappelé que la seule voie censé sauver le peuple palestinien réside dans la résistance. « Les Palestiniens doivent rester vigilants face aux complots des ennemis qui visent à diviser le peuple et le gouvernement élu palestinien. », a-t-il mis en garde. Le Guide suprême a souligné ensuite que le blocus de Gaza et le massacre de ses habitants est l'œuvre des politiques erronées de la Maison Blanche. « Il incombe aux gouvernements islamiques d'agir pour la levée du blocus de Gaza. Le peuple et le gouvernement égyptiens ont, entre autres, un grand devoir envers cette affaire et toutes les nations musulmanes doivent aider l'Egypte à pouvoir accomplir ce devoir. », a-t-il renchéri. Et d'ajouter : « Dans les circonstances où les habitants de Gaza vivent sous le feu et baignent dans leur sang, une tragédie qui est l'impact de la visite régionale du Président américain, les négociations entre les pays de la région et les Etats-Unis ou le régime sioniste ne sont guère efficaces. » Plus loin dans ses propos, le Guide suprême de la Révolution islamique a affirmé que la résistance et la marche en avant de la nation iranienne, pendant toutes ces 29 dernières années, font l'honneur de l'Ordre islamique. « A la lumière de la Révolution islamique, l'humiliation a cédé la place à la gloire, la dépendance amère et avilissante de l'époque du despotisme à l'indépendance ainsi que la soumission absolue aux étrangers à la résistance et à l'honneur. », a réitéré l'honorable Ayatollah ol-Ozma Khamenei. « C'est grâce à la Révolution islamique que la nation iranienne est devenue une nation inspiratrice et vénérée, et que l'ordre de la République islamique est un ordre puissant dont toutes les puissances régionales et internationales n'ont qu'à reconnaître la grandeur. », a souligné le Guide suprême de la Révolution islamique.
Samedi 09 Février 2008
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Posté le 10.02.2008 par djamazz
Les racines de la crise au Tchad
Le Tchad est un État africain qui pour beaucoup représente le pont entre le Nord et l'Ouest africain avec l'Afrique centrale. Sans aucun doute cette position géographique n'a pas été exempte de conflits depuis qu'il a obtenu son indépendance, en 1960. La succession de guerres civiles, les interférences d'acteurs étrangers, comme ses voisins la Libye ou le Soudan, ou la France et les USA depuis l'Occident, ainsi que les violents changements de régime ont laissé « le pays détruit et dévasté » en de nombreuses occasions.
AUTEUR: Txente REKONDO
Traduit par Gérard Jugant, révisé par Fausto Giudice
Cet État africain, fruit une fois de plus de l'aléatoire et capricieuse « architecture étatique » du colonialisme, est le cinquième pays le plus grand du continent africain, avec plus de deux cent groupes ethniques et plus de cent langues, et surtout une mosaïque ethnique et religieuse. Il est certain qu' historiquement le Tchad a été divisé en deux zones, l’une principalement consacrée au pâturage, avec une population musulmane et de langue arabe dans le Nord et l'Est (certains les regroupent dans ce qu'on appelle la zone « Nord »), tandis que l'autre est fondamentalement agricole, avec des africains animistes ou chrétiens, et connue comme « le Sud ».
Cette division a donné lieu à des interprétations erronées concernant les racines des conflits successifs qui ont altéré la vie du pays. Il est certain que cette division a existé, la preuve de cela étaient les attaques des tribus du Nord pour faire des esclaves dans le Sud. Les grands empires du Nord, avec leur organisation centralisée, n'avaient pas de difficultés pour s'imposer aux groupes sociaux moins structurés du Sud. L'apparition du colonialisme français marquera un nouveau cap dans le contexte du pays.
S'ils mirent fin officiellement au trafic d'esclaves, les Français « amenèrent avec eux un autre système d'exploitation », qui tira partie des antagonismes existants. Ainsi ils classèrent les terres fertiles du Sud comme « Tchad utile », en opposition au Nord qui était perçu comme « inutile ». L'idéologie colonialiste du « diviser pour régner » sera mise en scène sera appliquée, et les changements sociaux générés par le colonialisme « exacerberont la polarité Nord-Sud ».
Si cet affrontement est important pour comprendre les événements du Tchad, il serait simpliste d'attribuer tous les maux à cette situation. La complexité du Tchad et surtout la fragmentation sociale doivent aussi être pris en compte. Et là surgit ce que certains analystes africains définissent comme le « factionnalisme » de la société tchadienne, qui aurait d'importantes répercussions sur le système politique. Lié à cela il y a aussi le caractère nettement militariste des diverses factions.
L'usage de la violence et la formule de la prise ou de la conservation du pouvoir par les armes est un des piliers fondamentaux de la réalité tchadienne. Un universitaire africain souligne que « le factionnalisme plus que l'ethnicité est la force qui configure la lutte de pouvoir au Tchad. Les factions minent la capacité de l'État à réguler l'ordre social, ce qui fait que l'État est incapable de satisfaire aux besoins de base de la population, ce qui stimule les clivages ethniques, qui conduisent finalement au factionnalisme ».
Pour cela au-delà de la dichotomie Nord-Sud, ce cercle vicieux serait dans une bonne mesure le responsable de la violence et du chaos qui dévaste le Tchad depuis des décennies. Mais en même temps, cette potentialité du factionnalisme à conditionner la vie du pays ne pourrait pas se comprendre sans la fragilité des institutions étatiques et la militarisation même de la confrontation politique. Ainsi à l'affrontement Nord-Sud il faudrait ajouter l'affrontement entre Saras et non Saras, entre Arabes et Toubous, entre les Saras eux-mêmes (comme la majorité des groupes, ceux-ci se divisent aussi en clans et sous-clans, et en de nombreuses occasions surgissent les affrontements pour des motifs hiérarchiques, mais en d'autres ils peuvent s'unir pour affronter un ennemi commun) ou les Toubous.
Nous trouvons un exemple dans les événements qui ont eu lieu à partir de 2005, quand le président Idriss Deby a décidé de changer la Constitution pour pouvoir se présenter à un troisième mandat. Cette mesure a entraîné un nombre important de désertions dans son cercle proche et « par conséquent la configuration des groupes armés a changé drastiquement avec l'arrivée d'anciens collaborateurs présidentiels qui ont formé leurs propres mouvements ». Le cas des frères Erdimi, Tom et Timane, en est une illustration. Les deux appartiennent à la même ethnie que le président Deby, les Zaghawas (ils sont même ses neveux, NdR), et maintenant ils sont ses adversaires.
Le troisième facteur, après les différences ethniques et le factionnalisme, nous le trouvons dans l'intervention étrangère. Si cela s'est déjà produit dans le passé, l'apparition de réserves énergétiques, pétrolières surtout, au Tchad a augmenté le rôle intéressé de ces acteurs. L'inter-relation entre les conflits du Tchad, du Soudan et de la République Centrafricaine génère des causes structurelles dans les trois cas. Des attaques frontalières entre groupes de ces États, l'appui des gouvernements à des groupes insurgés des autres États et surtout « l'existence de gouvernements d’exclusion » dans les trois cas apportent de l'instabilité à l'ensemble de la région.
Le Soudan et le Tchad sont une preuve de plus de l'arbitraire et du rôle intéressé des pouvoirs coloniaux, divisant les groupes en deux frontières antérieurement inexistantes. La zone ouest soudanaise et l'est du Tchad ont été séparés et altérés par ces mesures. Les appuis des gouvernements de ces pays à des groupes armés qui de leur propre territoire attaquent le voisin a été la tendance générale des dernières décennies et la base de l'affrontement entre les deux gouvernements.
La Libye a aussi maintenu son influence au Tchad, les querelles au sujet de la bande d’Aouzou ayant marqué les affrontements du passé. Alors les puissances occidentales s'affrontèrent à la Libye, appuyant le Tchad, c'était la période pan-arabe de Kadhafi, qui appuyait les groupes rebelles tchadiens. A la suite du virage panafricaniste du leader libyen, ce dernier se présente actuellement dans un rôle de médiateur dans la résolution des conflits.
L'État français aussi est un acteur majeur, depuis son rôle colonisateur jusqu'à aujourd'hui il a utilisé sa présence militaire pour intervenir de manière ininterrompue au Tchad, appuyant les uns ou les autres en fonction des intérêts de Paris. L'influence française se maintient dans le pays, quoique dans les derniers temps l'apparition des USA et de la Chine ait affaibli en partie sa position.
Les USA ont appuyé militairement les différents gouvernements du Tchad dans le but de freiner le rôle de Kadhafi dans la région. Postérieurement, l'apparition de pétrole a ajouté à cet intérêt la défense d'accords commerciaux pour l'exploitation énergétique du Tchad ainsi que le rôle du gouvernement dans la « guerre contre le terrorisme » dans la région du Sahel, toujours plus volatile. Dans cette conjoncture ni la France ni les USA ne désirent un changement brusque de la situation, la première pour les conséquences que cela aurait au Darfour, et Washington parce que cela pourrait devenir un terrain favorable à l'intervention de mouvements islamistes radicalisés.
Finalement, dans ce puzzle apparaît la Chine, qui a obtenu que le gouvernement du Tchad rompe ses relations avec Taiwan, devenant ainsi son associé privilégié depuis 2006. Le gouvernement tchadien cherche par ce moyen à neutraliser l'appui chinois au Soudan et à profiter en même temps de la politique africaine du géant asiatique.
Dans cette région coexistent différents intérêts et réalités qui font que l'instabilité locale peut affecter des paramètres régionaux et internationaux. La fragmentation sociale de certains pays, l'héritage colonial, la militarisation de la vie politique, la lutte pour le pouvoir au delà des fidélités ethniques, et la présence et l'intervention d'acteurs étrangers constituent le dangereux cocktail qui provoque la souffrance de peuples entiers et à la vue des ultimes événements, à suivre les mêmes règles, on voit mal une solution se dégager à court et à moyen terme.
Source : Rebelion
Article original publié le
Sur l’auteur 6 Février 2008
Gérard Jugant et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.
URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=4618&lg=fr
Posté le 07.11.2007 par djamazz
« Quoi qu’ils fassent, les USA perdront la guerre d’Irak »
jeudi 13 septembre 2007
Gabriel Kolko - Antiwar.com
11 septembre 2007 « Les USA perdent les guerres en Irak et en Afghanistan pour les mêmes raisons qu’ils ont perdus tous leurs précédents conflits. Ils ont un avantage numérique et en puissance de feu, comme toujours, mais cela n’est finalement pas significatif sur le moyen et le long terme. » L’historien Gabriel Kolko répond aux question du Spiegel.
— Les évaluations longtemps attendues sur le « surge » [1] sont maintenant là. Est-ce que cela a réussi ? Y a-t-il des raisons d’optimisme en Irak ?
Le général David H. Petraeus et l’ambassadeur américain Ryan C. Crocker feront lundi au Congrès des rapports sur les « progrès, » mais les sceptiques sont bien plus nombreux que ceux qui pensent que la stratégie de Bush en Irak est en train de réussir. Ceux-là diront que les attaques des Chiites contre les Sunnites à Bagdad ont décru, mais n’ajouteront pas que Bagdad a été largement vidée, en de nombreux endroits, de ses habitants sunnites, ni qu’ils avaient fui bien plus tôt, et que c’est là, la raison des « succès » qui peuvent être montrés au Congrès, et non pas l’accroissement de la présence américaine. Bien évidemment, la plupart de ces statistiques ont été reçues avec scepticisme.
Les critères [benchmarks] militaires mais tout spécialement les critères politiques, que l’administration disait tellement cruciaux, et qu’elle avait utilisé pour justifier le « surge » de 28 500 soldats n’ont pas été atteint estime le Government Accountability Office (GAO) selon le rapport publié fin août. Dans son état original, non expurgé, le GAO affirmait que seuls 3 critères sur les 18 requis par le parlement avaient été atteints : la violence n’a jamais été aussi élevée, la reconstruction est affectée par la corruption, à la fois du côté irakien et américain. Les Chiites et les Sunnites sont opposés comme jamais, s’assassinant les uns les autres. Des lois cruciales, comme celle sur le pétrole, n’ont pas encore été promulguées, et de nombreux changements politiques vont encore intervenir. Et ainsi de suite. De ses neufs objectifs sécuritaires, deux seulement ont été atteints. Les efforts du Pentagone et de la Maison Blanche pour adoucir les critiques du GAO ont échoué.
— Qui a bénéficié du désordre ?
La situation est pire que jamais, et cette nation artificielle - créée après la première guerre mondiale de façon impulsive - se fracture. Le surge, comme un irakien l’a déclaré « isole les zones les unes des autres... et créée des points de contrôle permanents. C’est ce que j’appelle un échec. » Le bilan des victimes civiles en août dernier a été plus élevé qu’en février. Comme Bush père le craignait après la première guerre du golfe, géopolitiquement, c’est l’Iran qui émerge comme pouvoir régional plus puissant que jamais, de plus en plus dominant dans la région. Les nombreuses mise en gardes officielles d’Israël avant la guerre avertissant que tel serait le résultat d’un conflit avec l’Irak et du renversement de Saddam Hussein se sont vérifiées.
— Comment décririez vous la situation de Bush, de la Maison Blanche, aujourd’hui. Quelles options a-t-elle ?
L’administration Bush se trouve confrontée à un dilemme fatal. Son aventure irakienne va de plus en plus mal, les Américains vont sans doute voter contre les Républicains à cause de cela, et la guerre est extrêmement coûteuse au moment où l’économie commence à connaître un problème majeur. La cote de popularité du président est désormais la pire depuis 2001. Il n’y a que 33% des Américains pour approuver sa politique et 58% veulent diminuer le nombre de soldats, immédiatement ou rapidement. 55% veulent qu’une législation fixe une date limite de retrait. En Afghanistan également, la guerre contre les talibans va mal, et les efforts affligeants de l’administration Bush, utilisant la puissance considérable de l’armée américaine pour réorganiser le monde de façon inconséquente, sont en train d’échouer. L’Amérique est parvenue à s’aliéner de plus en plus ses anciens alliés, qui désormais redoutent son désordre et son imprévisibilité. Par dessus tout, l’opinion américaine est moins décidée que jamais à tolérer le style de Bush.
— Qu’est-ce qui a mal tourné ? La guerre était-elle perdue depuis le début ? Comment l’armée et le gouvernement US qui dépensent 3 milliards par semaine en Irak peuvent-ils perdre la guerre ?
Les USA perdent les guerres en Irak et en Afghanistan pour les mêmes raisons qu’ils ont perdus tous leurs précédents conflits. Ils ont un avantage numérique et en puissance de feu, comme toujours, mais cela n’est finalement pas significatif sur le moyen et le long terme. C’était le cas dans de nombreux cas où les Américains n’étaient pas impliqués, et cela explique le résultat de nombreuses luttes armées durant les siècles passés indépendamment des protagonistes, car elles ont toujours été déterminées par la puissance socio-économiques et la force politique des différents camps. C’était le cas par exemple en Chine après 1947 et au Vietnam après 1972, mais ce sont loin d’être les seuls. Les guerres sont plus déterminées par les facteurs socio-économiques et politiques que par tout autre facteur, et c’était vrai bien avant que les Américains ne tentent de régler les affaires du monde. Les conflits politiques ne trouvent pas de solution par les interventions militaires et ceux qui ne peuvent se résoudre par des moyens politiques pacifiques ne changent rien au fait que l’usage de la force est inadapté. C’est encore plus vrai aujourd’hui avec la diffusion des technologies militaires. Washington refuse d’entendre cette leçon tirée de l’histoire moderne.
— Quelle est la situation de l’armée américaine. Est-elle unie pour cette guerre ?
Certaines critiques parmi les plus pertinentes faites contre les simplismes grossiers qui ont guidé ces politiques interventionnistes ont été émises par l’armée, en particulier après l’expérience du Vietnam qui l’a traumatisée. Mon ouvrage sur la guerre du Vietnam a été acheté par de nombreuses bibliothèques dans les bases de l’armée, et les journaux militaires en ont parlé de façon détaillée, et avec respect. La déclaration faite fin juillet par le nouveau chef de l’Etat Major l’amiral Michael G. Mullen, disant que si les politiques échouent à changer considérablement « quelque soit le nombre d’hommes et quelque soit la durée cela ne fera pas grande différence, » reflète ce courant réaliste qui existe parmi les penseurs militaires depuis quelques décennies. (Le fait qu’il agisse en fonction de cette hypothèse est une autre question et dépend largement de considérations qui échappent à son contrôle.) Mais les hauts gradés restent extrêmement divisés au sujet de cette guerre, et de nombreux officiers considèrent le général Petraeus - le commandant en chef en Irak - comme un opportuniste qui fera en fin de compte ce que Bush lui ordonne.
L’amiral William J. Fallon, qui commande les forces américaines dans la région et est le supérieur de Petraeus, a exprimé publiquement son scepticisme sur la politique du président en Irak. L’armée, tout spécialement, n’a pas assez d’hommes pour mener une guerre prolongée, et si les USA maintiennent ce niveau de troupes après le printemps 2008, elle fera face à une crise. Elle sera contrainte de ne pas respecter son engagement de ne pas maintenir plus de 15 mois les soldats en Irak, d’accroître la mobilisation de la Garde Nationale, et ainsi de suite, et perdra la guerre quoi qu’elle fasse.
— S’il y a des voix critiques dans l’armée, pourquoi ne sont-elles pas écoutées ?
Tout comme la CIA, l’armée comprend dans ses rangs quelques penseurs stratégiques affûtés, qui ont fait leur apprentissage lors d’expériences amères. Les analyses de l’Institut des Etudes Stratégiques de l’armée - pour en nommer un parmi d’autres - sont souvent très pertinentes et critiques.
Le problème, naturellement, c’est qu’il y a peu - ou pas - d’hommes au niveau décisionnel qui prêtent attention aux réflexions critiques que l’armée et la CIA produisent en permanence. Il n’y a pas de pénurie de compétences parmi les analystes des institutions mais le problème est que les politiques sont rarement formulées à partir de connaissances objectives, et que cela pèse sur eux comme une contrainte. Les ambitieux, qui sont nombreux, disent ce que leurs supérieurs ont envie d’entendre et ne les contredisent que rarement, voire jamais. L’ancien directeur de la CIA, Georges Tenet en est le plus bel exemple. Ce que la CIA mettait en avant à l’attention du président ou de Donald Rumsfeld correspondait à ce qu’ils voulaient entendre. Les hommes et les femmes qui s’élèvent aux plus hauts niveaux ont effectué un compromis finement pesé entre l’ambition et la capacité de contredire leurs supérieurs en leurs présentant des faits. Le désordre total en Irak, pour prendre un exemple, était prévu. Si la raison et la clarté avaient prévalu, le rôle de l’Amérique dans le monde serait complètement différent.
— Qu’en est-il des forces de sécurité irakiennes ? Sont-elles capables de prendre la suite des Américains ?
L’armée irakienne et la police qui doivent remplacer les Américains sont fortement infiltrées par les Chiites loyaux à Moqtada Sadr et autres. Les estimations varient, mais au moins un quart de ces forces n’est absolument pas fiable. Lorsque Paul Bremer a été envoyé comme proconsul en Irak en mai 2003, il a décidé unilatéralement de purger complètement l’armée des officiers loyaux à Saddam. Bush voulait encore vaguement conserver l’armée intacte, mais la tâche de sa reconstruction s’est avérée trop difficile pour ses successeurs. L’administration américaine utilise maintenant les mêmes tribus sunnites avec lesquelles Saddam travaillait, principalement en achetant leur loyauté. Il est très significatif que Bush lors de sa dernière visite en Irak ait choisi d’aller dans la province d’Anbar plutôt qu’à Bagdad. Ceci reflétait le fait que le gouvernement de Nouri Al Maliki n’est désormais plus l’outil ad hoc pour réaliser les objectifs des USA.
— Comment Washington prévoit de mettre fin à la guerre ?
Il règne à Washington la confusion la plus complète quant aux moyens de mettre fin à ce bourbier. Les objectifs sont similaires mais les moyens pour y parvenir sont de plus en plus changeants, confus, et plus la victoire devient insaisissable, plus cette administration semble pathétique. Le surge est un échec pour la majorité, plutôt conservatrice, des experts de politique étrangère et dont 80% ont servi un gouvernement. A leur avis, la conduite de la guerre par l’administration est lamentable. En fait c’est un désastre.
(JPG)
Gabriel Kolko
Entretien de Gabriel Kolko avec John Goetz, pour le Spiegel, septembre 2007
Gabriel Kolko est historien. Il est l’auteur de "Anatomy of a War : Vietnam, the United States, and the Modern Historical Experience".
Posté le 19.04.2008 par djamazz
Jeu géopolitique risqué : Washington joue le Tibet à la roulette avec la Chine
Global Research, par F. William Engdahl, le 10 avril 2008
Attisant les flammes de la violence au Tibet juste à un moment sensible de leurs relations et dans la période préparatoire des jeux olympiques en Chine, Washington a manifestement tranché pour un jeu géopolitique à haut risque avec Beijing. Cela fait partie d'une stratégie d'escalade dans la déstabilisation de la Chine, lancée ces derniers mois par l'administration Bush. Cela comprend aussi l'essai de déclencher une Révolution Safran contre la Chine dans la région voisine du Myanmar (Birmanie), l'amenée au Darfour des troupes de l'OTAN dirigées par les États-Unis, où les compagnies pétrolières de Chine mettent en valeur des réserves pétrolières potentiellement énormes. Cela inclut des manœuvres de contre-attaque à travers l'Afrique riche en ressources minières et des efforts acharnés pour transformer l'Inde en nouvelle grande base avancée des États-Unis déployée contre la Chine sur le sous-continent asiatique, même si les signes suggèrent aujourd'hui que le gouvernement indien est très prudent à ne pas bouleverser ses relations avec la Chine.
L'opération actuelle au Tibet a apparemment obtenu le feu vert en octobre de l'année dernière, quand George Bush et le Dalaï Lama ont convenu de se rencontrer pour la première fois publiquement à Washington. Le Président des États-Unis n'ignore pas l'importance des enjeux d'une telle insulte pour Beijing. En acceptant d'être présent quand le Congrès a décerné sa médaille d'or au Dalaï Lama, Bush a aggravé son offense envers le plus important partenaire commercial des États-Unis.
L'expression du soutien immédiat de George Bush, de Condi Rice, du Français Nicolas Sarkozy et de la chancelière allemande Angela Merkel, envers les moines cramoisis du Tibet, a pris récemment des dimensions absurdes. Mme Merkel a annoncé qu'elle boycotterait les jeux olympiques d'été en août pour protester contre le traitement des moines tibétains par Beijing. Ce que son secrétaire de presse avait omis, c'est qu'à l'origine, elle n'avait même pas prévu d'y aller.
Son annonce a été suivie par celle du Premier Ministre de Pologne, le pro-Washington Donald Tusk, qui devrait lui non plus ne pas y assister, avec Vaclav Klaus, le Président tchèque pro-États-Unis. Qu'ils aient prévu à l'origine d'y aller est incertain, mais ça a fait des gros titres considérables dans la presse.
La récente vague de protestations violentes et d'attaques contre les habitants chinois Han, documentée par des moines tibétains, a commencé le 10 mars, quand plusieurs centaines de moines ont marché sur Lhassa pour exiger la libération d'autres moines prétendument détenus pour la célébration de la remise de la médaille d'or du Congrès en octobre dernier. Les moines ont été rejoints par d'autres moines dans une marche de protestation contre l'autorité de Beijing lors du 49ème anniversaire du soulèvement tibétain contre la domination chinoise.
Le jeu géopolitique
Comme le gouvernement chinois lui-même l'a clairement fait remarquer, la soudaine éruption de violence anti-chinoise au Tibet, un nouvel épisode des activités dirigées par le Dalaï Lama en exil, a été calculée de manière suspecte à la veille des futurs jeux olympiques pour tenter de braquer les projecteurs sur le dossier des droits de l'homme de Beijing. Les jeux olympiques à Beijing sont vus là-bas comme une reconnaissance majeure de l'arrivée d'une nouvelle Chine prospère sur la scène mondiale.
Les acteurs d'arrière-plan qui agissent dans la « Révolution Cramoisie » du Tibet confirment les heures supplémentaires faites par Washington durant les derniers mois pour préparer une autre de ses infâmes Révolutions Colorées, en excitant les protestations publiques destinées à embarrasser au maximum Beijing. Les acteurs sur le terrain et en dehors du Tibet sont les habituels suspects, liés au Ministère étasunien des Affaires Étranges, dont la National Endowment for Democracy (NED, fondation nationale pour la démocratie), la Freedom House (communauté de la liberté) de la CIA à travers son président, Bette Bao Lord et son rôle dans le Comité International pour le Tibet, ainsi que la Fondation Trace, financée par la fortune de George Soros par l'intermédiaire de sa fille, Andrea Soros Colombel.
Wen Jiabao, le Premier Ministre chinois, a accusé le Dalaï Lama d'avoir orchestré les derniers troubles pour saboter les jeux olympiques « afin d'atteindre son objectif inqualifiable, » l'indépendance du Tibet.
Bush a téléphoné à son homologue chinois, le Président Hu Jintao, pour faire pression en faveur de pourparlers entre Beijing et le Dalaï-Lama en exil. La Maison Blanche a dit que Bush « a fait part de ses préoccupations au sujet de la situation au Tibet et a encouragé le gouvernement chinois à s'engager dans un dialogue positif avec les représentants du Dalaï Lama et permettre l'ouverture aux journalistes et aux diplomates. »
Selon un porte-parole de Qin Gang, le Ministère des Affaires Étrangères, le Président Hu aurait déclaré à Bush que le Dalaï Lama devait « cesser de saboter » les jeux olympiques de Beijing avant de prendre une décision sur des entretiens avec le chef spirituel tibétain en exil.
Les bizarres amis du Dalaï Lama
En Occident, l'image du Dalaï Lama a été si enjolivée, qu'il est considéré pratiquement comme un dieu dans de nombreux milieux. Bien que la vie spirituelle du Dalaï Lama ne soit pas notre centre d'intérêt, il est intéressant de noter brièvement les cercles qu'il a choisi de sillonner de manière privilégiée dans sa vie.
Le Dalaï Lama se rend dans ce qui peut être seulement appelé des milieux politiques conservateurs. Ce qui est généralement oublié aujourd'hui, c'est que durant les années 30, les Nazis, dont le chef de la Gestapo Heinrich Himmler et d'autres hauts dirigeants du Parti Nazi, considéraient le Tibet comme le site sacré des survivants de l'Atlantide perdue, le berceau de la « pure race nordique. »
À 11 ans, déjà désigné Dalaï Lama, il se lia d'amitié avec Heinrich Harrer, membre du Parti Nazi et officier craint des SS de Heinrich Himmler. Loin de l'innocente image de lui dans le populaire film d'Hollywood avec Brad Pitt, Harrer était membre du gratin SS à l'époque où il rencontra le Dalaï Lama âgé de 11 ans et devint son tuteur dans le « monde extérieur au Tibet. » Bien que seul le Dalaï Lama connaisse le contenu des leçons privées de Harrer, les deux sont restés amis jusqu'à la mort d'Harrer à l'âge avancé de 93 ans en 2006. (1)
Il va de soi que ses liens d'amitié ne définissent pas à eux seuls son caractère, mais c'est intéressant dans le contexte de ses amis ultérieurs. En avril 1999, avec Margaret Thatcher et George HW Bush, directeur de la CIA et Président, le Dalaï Lama a demandé au gouvernement britannique de libérer Augusto Pinochet, l'ancien dictateur fasciste du Chili et client de longue date de la CIA, qui visitait l'Angleterre. Le Dalaï Lama a insisté pour que Pinochet ne soit pas forcé d'aller en Espagne, où il était recherché pour passer en jugement pour crimes contre l'humanité. Le Dalaï Lama avait des liens étroits avec Miguel Serrano (2), chef du Parti National Socialiste du Chili, adepte d'un truc appelé hitlérisme ésotérique. (3)
Attribuons pour le moment la demande du Dalaï Lama à l'instruction religieuse. Ce qui est incontestable, c'est qu'il est entouré et financé en grande partie, depuis sa fuite en exil en Inde en 1959, par les États-Unis et divers services d'espionnage occidentaux avec leurs troupeaux d'ONG. C'est l'ordre du jour de Washington, des amis du Dalaï Lama, qui est pertinent ici.
La NED à nouveau au travail. . .
Comme le note l'écrivain Michael Parenti dans son ouvrage, Friendly Feudalism: The Tibet Myth (Aimable féodalité: Le mythe du Tibet), « dans les années 50 et 60, la CIA soutenait activement la cause tibétaine avec armes, formation militaire, argent, soutien aérien, et toutes sortes d'autres formes d'aide. » L'American Society for a Free Asia des États-Unis, une façade de la CIA, a fait connaître au public la cause de la résistance tibétaine, avec le frère aîné du Dalaï Lama, Thubtan Norbu, jouant un rôle actif dans le groupe. Le deuxième frère aîné du Dalaï Lama, Gyalo Thondup, a mis sur pied une opération d'espionnage avec la CIA en 1951. Selon Parenti, elle a été développée plus tard en unité de guérilla entraînée par la CIA, dont les recrues étaient parachutées à l'arrière du Tibet. (4)
Selon des documents du renseignement étasunien rendus publics à la fin des années 90, « pendant une grande partie des années 60, la CIA a fourni au mouvement tibétain exilé jusqu'à 1,7 millions de dollars par an pour des opérations contre la Chine, avec une subvention annuelle de 180.000 dollars pour le Dalaï Lama. » (5)
Avec l'aide de la CIA, le Dalaï Lama s'est enfui à Dharamsala en Inde, où il vit à présent. Il continue aujourd'hui à recevoir des millions de dollars de soutien, pas de la CIA, mais de façon plus anodine de l'organisation façade de la CIA financée par le Congrès, la NED. Dans toutes les Révolutions Colorées, la NED, soutenue par les États-Unis, a joué un rôle déstabilisateur, depuis la Serbie jusqu'à la Géorgie, en passant par l'Ukraine et le Myanmar. Ses finances vont aux médias de l'opposition et aux campagnes de relations publiques mondiales qui popularisent ses candidats favoris de l'opposition.
Comme dans les autres Révolutions Colorées récentes, le gouvernement étasunien attise les flammes de la déstabilisation contre la Chine en finançant les organisations protestataires de l'opposition à l'intérieur et à l'extérieur du Tibet par l'intermédiaire de son bras, la NED.
La NED a été fondée sous l'administration Reagan au début des années 80 sur recommandation de Bill Casey, alors directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), suite à une série de dévoilements à grande publicité d'assassinats et de déstabilisations de régimes hostiles par la CIA. La NED a été conçue pour se présenter comme une organisation indépendante, non gouvernementale, une démarche éloignée de la CIA et de ses organismes gouvernementaux, afin d'être sans doute moins voyante. Le premier président de la NED, Allen Weinstein, a expliqué au Washington Post que « Beaucoup de ce que nous [la NED] faisons aujourd'hui, était fait secrètement par la CIA il y a 25 ans. » (6)
William Blum, l'historien spécialisé dans le renseignement étasunien, déclare : « La NED a joué un rôle important dans l'affaire Iran-Contra des années 80 en finançant les éléments clés du ténébreux « Projet Démocratie » d'Oliver North. Ce réseau privatisait la politique étrangère étasunienne, faisait la guerre, faisait circuler des armes et des drogues, et était engagé dans d'autres activités tout aussi charmantes. En 1987, un porte-parole de la Maison Blanche a déclaré que ceux de la NED « dirigeaient le Projet Démocratie. » (7)
La plus importante organisation en faveur du Dalaï Lama, pour l'indépendance du Tibet, est aujourd'hui International Campaign for Tibet (ICT, campagne internationale pour le Tibet), créée à Washington en 1988. ICT reçoit des fonds de la NED depuis au moins 1994. En 2005, ICT a décerné son prix annuel, Light of Truth (lumière de la vérité), à Carl Gershman, fondateur de la NED. D'autres lauréats d'ICT sont la fondation allemande Friedrich Naumann et le leader tchèque Vaclav Havel. Le conseil d'administration d'ICT est peuplé d'anciens fonctionnaires du Ministère étasunien des Affaires Étranges, notamment Gare Smith et Julia Taft. (8)
Une autre organisation étasunienne particulièrement active contre Beijing, Student for a Free Tibet (SFT, étudiants pour un Tibet libre), a été créée en 1994 à New York comme un projet du Comité US Tibet et financé par la NED et ICT. La SFT est plus connue pour le déploiement d'une bannière de 150 mètres en haut de la Grande Muraille de Chine, appelant à un Tibet libre, et accusant Beijing d'allégations de génocide au Tibet entièrement non étayées. Elle a apparemment l'art de bien dramatiser pour se rallier les étudiants naïfs.
La SFT était parmi les cinq organisations qui ont proclamé le 4 janvier dernier le début d'un « soulèvement du peuple tibétain » et ont fondé ensemble un bureau provisoire chargé de la coordination et du financement.
Harry Wu est un autre éminent défenseur du Dalaï Lama contre Beijing. Il est devenu tristement célèbre pour avoir prétendu faussement sur Playboy en 1996, dans une interview qu'il avait enregistré sur bande vidéo, qu'un prisonnier dont les reins avaient été ôtés par chirurgie alors qu'il était vivant, avait ensuite été repris et fusillés. La bande a été diffusée par la BBC. Le film de la BBC ne montrait rien de la sorte, mais le mal était fait. Combien de personnes vérifient les vieilles archives de la BBC ? Wu, un professeur retraité de Berkeley qui a quitté la Chine après son incarcération en tant que dissident, est à la tête de la Laogai Research Foundation, une organisation exonérée d'impôt, financée principalement par la NED (9).
Parmi les projets apparentés, le financement de la NED par le gouvernement étasunien soutient aussi le journal Tibet Times, dirigé de l'extérieur depuis la base du Dalaï Lama en exil à Dharamsa en Inde. La NED finance aussi le Tibet Multimedia Center pour « diffusion de l'information concernant la lutte pour les droits de l'homme et la démocratie au Tibet, » lui aussi à Dharamsala. Et la NED finance le Tibetan Center for Human Rights and Democracy.
En bref, les empreintes digitales du Ministère des Affaires Étranges et de la communauté du renseignement des États-Unis sont partout sur la soudaine montée du mouvement Libérez le Tibet et sur les attentats contre les Chinois Han en mars. La question qui se pose est pourquoi, et surtout pourquoi maintenant ?
Les trésors de matières premières du Tibet
Le Tibet est d'importance stratégique pour la Chine, pas seulement pour sa situation géographique à cheval sur la frontière de l'Inde, le tout dernier allié de Washington contre la Chine en Asie. Le Tibet est aussi un trésor de minéraux et de pétrole. Le Tibet contient quelques-uns des plus grands gisements d'uranium et de borax, la moitié du lithium du monde, les plus grands gisements de cuivre d'Asie, d'énormes gisements de fer, et plus de 80.000 mines d'or. Les forêts du Tibet sont les plus grandes réserves de bois d'œuvre à disposition de la Chine ; depuis 1980, la valeur des arbres abattus et pris par la Chine est estimée à 54 milliards de dollars. Le Tibet recèle aussi quelques-unes des plus grandes réserves pétrolières de la région. (10)
Sur la frontière de la Région Autonome du Tibet et de la Région Autonome Ouïgour du Xinjiang, existe aussi une grande région pétrolière et minière, le Bassin de Qaidam, connu sous le nom de « bassin des trésors. » Ce bassin renferme 57 types de ressources minières différentes, dont des réserves avérées de pétrole, de gaz naturel, de charbon, de sel brut, de potassium, de magnésium, de plomb, de zinc et d'or. La valeur potentielle de ces ressources minières se monte à 15 billions de yuans, soit 1,8 billions de dollars. Les réserves avérées de potassium, de lithium et de sel brut de ce bassin sont les plus importantes de Chine.
Et, situé comme il l'est sur le « toit du monde, » le Tibet dispose peut-être des sources d'eau les plus précieuse de la Terre. Le Tibet est la source des sept plus grands fleuves d'Asie, qui alimentent en eau deux milliards de gens. « Celui qui contrôle l'eau du Tibet dispose d'un levier géopolitique super puissant sur l'ensemble de l'Asie.
Mais le principal intérêt de Washington pour le Tibet aujourd'hui est sa capacité à servir de levier pour déstabiliser et faire chanter le gouvernement de Beijing.
La non-violence de Washington comme forme de guerre
Depuis le 10 mars, les médias occidentaux ont passé les événements survenus au Tibet sans trop se soucier de leur véracité ni de les vérifier indépendamment par recoupement. La plupart des photos montrées dans les journaux européens et étasuniens et à la télévision ne sont pas exactement de l'oppression de lamas ou de moines tibétains par des militaires chinois. Dans la plupart des cas, les photos de l'AFP ou celles de Reuters montrent des Chinois Han battus par des moines tibétains appartenant à des organisations paramilitaires. Dans certains cas, des stations de télévision allemandes ont passé la vidéo d'un passage à tabac qui n'était même pas au Tibet, mais plutôt à Katmandou avec la police népalaise. (11)
La complicité des médias occidentaux sous-entend tout simplement un peu plus que les agissements autour du Tibet font partie d'une tentative de déstabilisation bien orchestrée de la part de Washington. Ce que peu de gens savent, c'est que la NED a aussi contribué avec la mal nommée Institution Albert Einstein de Gene Sharp, par l'intermédiaire du colonel Robert Helvey, à encourager les protestations estudiantines sur la place Tiananmen en juin 1989. Telle qu'elle se décrit elle-même, l'Institution Albert Einstein est spécialisée dans « la non-violence comme forme de guerre. » (12)
Le colonel Helvey était auparavant avec la Defense Intelligence Agency stationnée au Myanmar. À Hong Kong, Helvey a formé les leaders estudiantins de Beijing aux techniques des manifestations de masse utilisées dans l'incident de la place Tiananmen en juin 1989. On pense qu'il est maintenant conseiller en ces mêmes techniques de désobéissance civique pour le Falun Gong. Helvey, théoriquement retraité de l'armée en 1991, travaillait avec l'Institution Albert Einstein et la fondation Open Society de George Soros bien avant cette date. Dans son rapport annuel de 2004, l'Institution Albert Einstein de Helvey admettait conseiller les gens au Tibet. (13)
Avec l'émergence d'Internet et de la téléphonie mobile, le Pentagone a affiné une toute nouvelle forme de déstabilisation pour changer les régimes politiques. Jonathan Mowat, un chercheur de faits derrière la vague de révolutions colorées, la décrit ainsi :
Ce que nous voyons est l'application civile de la doctrine de la « révolution dans les affaires militaires » du Ministre Donald Rumsfeld, qui dépend du déploiement de petits groupes très mobiles, « activés en temps réel » par le renseignement et les communications. Le plan militaire est constitué d'escouades de soldats prenant le contrôle des quartiers d'une ville à l'aide des écrans vidéo des « casques de renseignement, » qui leur donnent une vue d'ensemble instantanée sur leur environnement. Des bandes de jeunes, convergeant vers les intersections visées, dialoguant en permanence avec des téléphones cellulaires, constituent l'application civile de cette doctrine.
Ce parallèle ne devrait pas surprendre puisque l'US Army et la National Security Agency ont subventionné le développement d'Internet, de la téléphonie cellulaire, et de plates-formes logicielles. Dès leur création, ces technologies ont été étudiées et mises à l'épreuve dans le but de leur trouver un usage optimal dans un nouveau type de guerre. La « révolution » dans la guerre, telle que le permettent ces nouveaux instruments, a été poussée à l'extrême par plusieurs spécialistes de la guerre psychologique. Bien que ces militaires utopistes travaillaient en haut lieu (chez RAND Corporation, par exemple) depuis très longtemps, ils n'ont fait au plus, avec la victoire des Néo-conservateurs au Pentagone de Donald Rumsfeld, que prendre la direction de quelques-unes des plus importantes structures de l'appareil du commandement militaire des États-Unis. (14)
L'objectif du contrôle de la Chine
La politique de Washington a utilisé et raffiné ces techniques de « non-violence révolutionnaire, » et les opérations de la NED ont incarné une série de projets de coups d'État « démocratiques » ou en douceur, dans le cadre d'une stratégie plus large qui cherche à couper la Chine l'accès à ses réserves pétrolières et gazières vitales.
La citation attribuée dans les années 70 au Ministre des Affaires Étranges de l'époque, Henry Kissinger, un partisan de la géopolitique britannique dans un contexte étasunien, vient à l'esprit : « Si vous contrôlez le pétrole, vous contrôlez les nations entières. . . »
La tentative de Washington d'utiliser le Tibet pour déstabiliser, sans doute avec l'aide silencieuse de ses amis britanniques et des autres services de renseignement amis des États-Unis, fait partie d'un schéma limpide.
Il comporte la « Révolution Safran » de Washington pour tenter de déstabiliser le Myanmar. Il inclut l'effort en cours pour faire entrer des troupes de l'OTAN au Darfour, afin de bloquer l'accès de la Chine aux ressources pétrolières stratégiques, là-bas et partout en Afrique. Il comprend les démarches pour fomenter des troubles en Ouzbékistan et au Kirghizistan, afin d'interrompre le nouveau projet de pipeline au Kazakhstan pour l'énergie vitale de la Chine. En Asie, pour des raisons géographiques évidentes, l'ancienne Grande Route de la Soie passe par Tachkent en Ouzbékistan et Almaty au Kazakhstan, dans une région cernée de grandes chaînes de montagnes. La maîtrise géopolitique de l'Ouzbékistan, du Kirghizistan et du Kazakhstan, permettrait de contrôler les éventuels oléoducs entre la Chine et l'Asie Centrale, tout comme l'encerclement de la Russie commande les pipelines et les autres liens entre elle et l'Europe Occidentale, la Chine, l'Inde et le Moyen-Orient, où coule le flux pétrolier ininterrompu, venant d'Iran, d'Arabie Saoudite et des autres pays de l'OPEP, dont dépend la Chine.
Derrière la stratégie d'encerclement de la Chine
Dans ce contexte, une analyse révélatrice du New York Council on Foreign Relations, faite par Zbigniew Brzezinski dans la question de septembre-octobre 1997 de son magazine Foreign Affairs, mérite d'être citée. Brzezinski, un protégé de David Rockefeller et disciple du fondateur de la géopolitique britannique, Sir Halford Mackinder, est aujourd'hui conseiller en politique étrangère du candidat à la présidentielle Barack Obama. En 1997, il écrivait de manière révélatrice :
L'Eurasie est le siège de la plupart des États du monde politiquement autoritaires et dynamiques. Tous les prétendants historiques au pouvoir mondial sont originaires d'Eurasie. Les candidats les plus peuplés du monde à l'hégémonie régionale, la Chine et l'Inde, sont en Eurasie, comme le sont tous les challengers potentiels à la primauté politique ou économique des États-Unis. Après les États-Unis, les six plus grandes économies et dépenses militaires suivantes sont là-bas, comme le sont toutes les puissances mondiales ouvertement nucléaires sauf une, et toutes les clandestines sauf une. L'Eurasie compte 75 pour cent de la population du monde, 60 pour cent de son PNB, et 75 pour cent de ses ressources énergétiques. Collectivement, le potentiel de la puissance eurasienne éclipse même celle des États-Unis.
Jeu géopolitique risqué : Washington joue le Tibet à la roulette avec la Chine
L'Eurasie est le super continent axial du monde. Une puissance qui domine l'Eurasie exercerait une influence déterminante sur deux des trois régions les plus productives économiquement, l'Europe Occidentale et l'Asie de l'Est. Un coup d'œil sur la carte suggère aussi qu'un pays dominant en Eurasie contrôlerait presque automatiquement le Moyen-Orient et l'Afrique. Avec l'Eurasie servant maintenant d'échiquier géopolitique décisif, il ne suffit plus de façonner une politique pour l'Europe et une autre pour l'Asie. Qu'advient-il de la répartition du pouvoir quand la masse continentale eurasienne aura une importance décisive sur la prédominance mondiale des États-Unis. . . (15)
Cette déclaration, rédigée bien avant que les États-Unis ne mènent le bombardement de l'ex-Yougoslavie et l'occupation militaire de l'Afghanistan et de l'Irak, ou ne soutienne le Pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan, fait circuler la rumeur de déclarations de Washington pour « débarrasser le monde de la tyrannie » et répandre la démocratie, dans un contexte quelque peu différent de celui généralement évoqué par George W. Bush ou les autres.
Il s'agit de domination mondiale, et non pas de démocratie. Il ne faut pas s'étonner que des puissances telles que la Chine ne soient pas convaincues qu'il soit dans leur intérêt national de donner à Washington un pouvoir aussi écrasant, pas plus que la Russie ne pense que ce serait un pas vers la paix de laisser l'OTAN bouffer l'Ukraine et la Géorgie et installer des missiles étasuniens sur le pas de la porte de la Russie « pour que les États-Unis se défendent contre la menace d'une attaque nucléaire iranienne. »
La menée de la déstabilisation du Tibet par les États-Unis s'inscrit dans le cadre d'une réorientation stratégique de grande importance. Elle arrive au moment où l'économie étasunienne et le dollar, toujours monnaie de réserve mondiale, sont dans leur plus mauvaise passe depuis les années 30. Il est lourd de sens que l'administration étasunienne envoie à Beijing le banquier de Wall Street, l'ancien président Goldman Sachs, et le Ministre des Finances Henry Paulson, en plein milieu de son travail pour embarrasser Beijing au sujet du Tibet. Washington joue littéralement avec le feu. La Chine a dépassé depuis longtemps le Japon en tant que plus gros détenteur de réserves de devises étrangères, actuellement de l'ordre de 1,5 billions de dollars [1,68 billions selon un article récent dans Asia Times, NDT], majoritairement investies en titres de dette du Trésor étasunien. Paulson sait bien que Beijing pourrait décider de mettre le dollar à genoux en vendant sur le marché seulement une petite partie de la dette des États-Unis qu'il possède.
Notes
1 Ex-Nazi, Dalai's tutor Harrer dies at 93 (Harrer, l'ancien nazi tuteur du Dalaï Lama est mort à l'âge de 93 ans), The Times d'Inde, 9 Janvier 2006 :
http://timesofindia.indiatimes.com/articleshow/msid-1363946,prtpage-1.cms
2 Goodrick-Clarke, Nicholas, Black Sun : Aryan Cults, Esoteric Nazism and the Politics of Identity (Cultes ariens, Nazisme ésotérique et politique de l'identité), New York University Press, 2001, p. 177.
3 Colin Goldner, Mönchischer Terror auf dem Dach der Welt Teil 1: Die Begeisterung für den Dalai Lama und den tibetischen Buddhismus (Terreur monastique sur le toit du monde Partie 1: L'enthousiasme pour le Dalaï Lama et le bouddhisme tibétain), 26 mars 2008, extrait du livre du Dalai Lama: Fall eines Gottkönigs (L'affaire d'un Dieu Roi), Alibri Verlag, nouvelle édition à paraître en avril 2008 :
http://www.jungewelt.de/2008/03-27/006.php
4 Michael Parenti, Friendly Feudalism: The Tibet Myth (Aimable féodalité: Le mythe du Tibet), juin 2007 :
http://www.michaelparenti.org/Tibet.html
5 Jim Mann, CIA funded covert Tibet exile campaign in 1960s (La CIA a financé secrètement la campagne d'exil du Tibet dans les années 60), The Age (Australie), 16 septembre 1998.
6 D. Ignatius, Innocence Abroad: The New World of Spyless Coups (Innocence à l'étranger: le nouveau monde de coups d'État sans espion), The Washington Post, 22 septembre 1991.
7 William Blum, The NED and 'Project Democracy' (La NED et le Projet Démocratie), Janvier 2000 :
http://www.friendsoftibet.org/databank/usdefence/usd5.html
8 Michael Barker, 'Democratic Imperialism': Tibet, China and the National Endowment for Democracy (Impérialisme démocratique : Tibet, Chine et NED), Global Research, 13 août 2007 :
http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=6530
9 Ralph McGehee, Ralph McGehee's Archive on JFK Place, CIA Operations in China Part III (Opérations de la CIA en Chine, partie III), 2 mai 1996 :
http://www.acorn.net/jfkplace/03/RM/RM.china-for
10 US Tibet Committee, Fifteen things you should know about Tibet and China (Quinze choses que vous devriez savoir sur le Tibet et la Chine) :
http://ustibetcommittee.org/facts/facts.html
11 Colin Goldner, Mönchischer Terror auf dem Dach der Welt Teil 2: Krawalle im Vorfeld der Olympischen Spiele (Terreur monastique sur le toit du monde Partie 2 : Émeutes à la veille des jeux olympiques), op cité en (3).
12 Jonathan Mowat, The new Gladio in action ? (Nouvelle action Gladio ?), Online Journal, 19 mars 2005 :
http://onlinejournal.com/artman/publish/printer_308.shtml
13 Ibid.
14 Ibid.
15 Brzezinski, Zbigniew, A Geostrategy for Eurasia (Une géostratéfgie pour l'Eurasie), Foreign Affairs, 76:5, septembre-october 1997.
F. William Engdahl est associé de recherche au Center for Research on Globalization et auteur du livre récemment publié, « Seeds of Destruction: The Hidden Agenda of Genetic Manipulation. » Il est aussi auteur du livre traduit en français, « Pétrole, une guerre d'un siècle : L'ordre mondial anglo-américain. »
Original : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=8625
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info
Mercredi 16 Avril 2008
Posté le 04.06.2008 par djamazz
" Il y a un vrai ménage à faire dans le Fatah "
Entretien avec Ala Saadi, Vice-Président de l'organisation
par Julien Salingue
Mondialisation.ca, Le 30 mai 2008
Le blog de Julien Salingue
Flyer de la Shabiba aux élections de l'Université de Béthléem
Ala Saadi, 27 ans, est le Vice-Président de l’organisation de jeunesse du Fatah, Shabiba, en Cisjordanie. Il est également l’un des secrétaires du Fatah pour la ville de Jénine. Dans cet entretien il revient sur les élections étudiantes en Cisjordanie et sur la campagne de la Shabiba. Il expose ensuite sa vision des choses quant aux nécessaires changements, tant stratégiques qu’organisationnels, qui devraient s’opérer au sein du Fatah.
Quel bilan tires-tu des résultats des élections étudiantes dans les Universités de Cisjordanie ?
Pour Shabiba c’est une victoire importante. Pour la première fois depuis bien longtemps nos listes sont arrivées en tête dans l’ensemble des Universités 1. Cela montre que nous avons su faire une bonne campagne et que les étudiants nous ont fait confiance.
Justement j’ai eu l’occasion de me rendre dans plusieurs Universités à l’occasion des élections. J’ai trouvé que le matériel de campagne et les mots d’ordre de Shabiba étaient particulièrement radicaux et offensifs vis-à-vis d’Israël. Ce qui m’a en partie surpris étant donné qu’Abu Mazen conduit actuellement des négociations avec le gouvernement israélien…
Je vois de quoi tu parles. Je sais que tu étais notamment à Béthléem 2 et à Hébron au moment des élections. A Béthléem nous avons choisi trois figures du Fatah pour illustrer notre campagne : Abu Jihad 3, Marwan Barghouthi 4 et Abu Ammar [Yasser Arafat].
Nous avons choisi Abu Jihad car c’est une figure très populaire de l’histoire de la lutte du peuple palestinien et que les élections se déroulaient au moment de l’anniversaire de son assassinat par Israël. C’était donc un moyen non seulement de rappeler ce qu’est le Fatah mais aussi de se souvenir d’un de ses grands dirigeants.
C’est pour le même genre de raison que nous avons décidé de mettre en avant Marwan Barghouthi. Lui aussi est une figure de notre lutte et il a été arrêté à peu près 6 ans jour pour jour avant les élections à Béthléem. C’est aujourd’hui le leader palestinien le plus populaire, notamment chez les jeunes.
Quant à Abu Ammar… Pas besoin de t’expliquer que c’est la figure du combat pour l’indépendance, que les Palestiniens n’oublieront jamais.
A Hébron nous avons choisi de mettre, sur nos affiches et nos tracts, uniquement des drapeaux palestiniens et des images de l’Intifada, qui symbolisent aussi, mais d’une autre façon, notre combat.
Peut-être aussi que les « grandes figures » du Fatah ne sont pas aussi populaires dans une ville ou le Hamas a remporté 9 sièges sur 9 lors des élections législatives de 2006…
Ecoute : une des forces de notre campagne est justement d’avoir su nous adapter aux réalités locales et de changer notre image et notre discours selon le moment où se déroulaient les élections et le lieu où elles se tenaient. A l’Université d’Abu Dis nous avons mis en avant la figure de Fayçal al-Husseini 5. Il a été un des leaders de l’OLP à Jérusalem, or l’Université d’Abu Dis est proche de cette ville et de nombreux étudiants y résident. Donc c’est une figure très populaire chez eux.
C’est justement parce que nous avons su avoir une bonne image, un bon discours, et que nous nous sommes adaptés selon les Universités, que les gens nous ont entendu et que nous avons pu emporter les élections en battant le Hamas.
Le Hamas ne s’est pas présenté partout : à Béthléem, Abu Dis et Jénine ils n’ont pas déposé de listes car ils craignaient des pressions sur leurs candidats, voire des arrestations.
Oui, je sais qu’ils racontent ça. Mais ce sont des mensonges. Nous leur avons dit et répété qu’ils n’auraient aucun problème et qu’ils pourraient faire leur campagne sans souci.
La vraie raison est autre. Le Hamas a une stratégie politique, un projet, une vision. Ils sont même, de ce point de vue, mieux organisés que le Fatah. Ils veulent être l’organisation majoritaire chez les Palestiniens. Et pour eux il n’est pas question de perdre des élections universitaires en Cisjordanie et d’avoir l’air d’être plus faible que le Fatah. En disant qu’ils craignent d’être arrêtés, ils espèrent au contraire attirer la sympathie des gens.
Les Universités où ils ne se sont pas présentés sont les Universités dans lesquelles ils savaient qu’ils allaient perdre. Ils ont organisé des enquêtes d’opinion et se sont présentés dans les Universités d’Hébron et de Bir Zeit, où ils étaient majoritaires dans les sondages. Mais même là ils n’ont pas gagné. Et ils ont été très surpris. S’ils avaient vraiment craint d’être arrêtés, pourquoi se seraient-ils présentés dans ces Universités ? C’est de la propagande, rien de plus.
Je comprends bien ce que tu veux dire mais tout de même, des arrestations ont eu lieu : en avril près d’une centaine de militants du Hamas ont été arrêtés en Cisjordanie, dont plusieurs dizaines de jeunes et d’étudiants… Et le lendemain des élections de Bir Zeit, c’est Murad As-Sanuri, la tête de liste du Hamas, qui a été interpellé à la sortie de l’Université…
Je suis au courant de certaines de ces arrestations mais je ne pense pas qu’elles étaient liées aux élections étudiantes. Et puis il ne faudrait pas oublier qu’à Gaza le Hamas a une attitude totalement anti-démocratique vis-à-vis du Fatah…
Emblème du FatahRevenons à votre campagne : Abu Jihad, Marwan Barghouthi, des images de l’Intifada… Tout cela suggère que l’orientation de la Shabiba est très combative. Ce sont des symboles forts : la lutte, voire même la lutte armée. Pourtant cela ne semble pas être aujourd’hui la ligne politique de la direction du Fatah et du Président Abu Mazen (qui ne figurait sur aucune de vos affiches), qui prônent seulement la négociation…
Tu dois savoir qu’il n’y a pas eu d’élections dans le Fatah depuis plus de 20 ans. Les leaders n’ont en réalité pas changé depuis plus de 40 ans. C’est un vrai problème. Aujourd’hui il y a plein de jeunes cadres, une nouvelle génération de leaders, à qui on n’a jamais donné sa chance. Ce sont des gens qui sont actifs, qui réfléchissent, et qui proposent des stratégies permettant de combiner le combat politique, la lutte armée et les négociations.
Il faudrait que les choses changent et que cette nouvelle génération puisse réellement prendre part aux décisions dans le Fatah, en étant notamment intégrés à ses instances dirigeantes.
Tu as fait remarquer qu’Abu Mazen ne figurait pas sur nos affiches. C’est tout simplement parce qu’il n’est pas aussi populaire que ceux que nous avons choisis. Abu Mazen n’a par exemple rien à voir avec Abu Ammar. Quand on allait lui demander de l’aide ou un service, Abu Ammar était toujours disponible, à l’écoute, et il aidait les gens. Abu Mazen est quelqu’un que l’on ne peut pas rencontrer, il met des semaines à envoyer des réponses, écrites, et en général négatives.
Marwan Barghouthi est un leader qui s’adresse aux gens, qui regarde vers le « bas ». Abu Mazen ne regarde que vers le « haut ». Il fait de la politique et du business. Il travaille seulement avec et pour le groupe qui l’entoure, qui représente les riches Palestiniens, la bourgeoisie. Pas pour le peuple.
Tu fais donc partie de ces gens du Fatah qui sont très critiques vis-à-vis de la direction de l’Autorité Palestinienne…
Attention je t’arrête… Je ne suis pas comme ces vieux dirigeants du Fatah qui dénoncent l’Autorité Palestinienne pour prendre leur place et faire la même chose. Crois-moi il y en a beaucoup.
Il y a un vrai ménage à faire dans le Fatah, et c’est à la jeune génération de s’en charger et de prendre des responsabilités. Je vais te donner un exemple : il y a deux ans la campagne de la Shabiba pour les élections universitaires à Abu Dis avait coûté 500 000 shekels [90 000 euros]. Nous soupçonnions un responsable du Fatah, influent dans la Shabiba à Abu Dis et donc en charge du suivi de la trésorerie de la campagne, d’avoir détourné de l’argent. Cette année je me suis moi-même rendu à Abu Dis pour m’occuper des dépenses : la campagne nous a coûté 160 000 shekels, soit trois fois moins ! Et nous avons fait plus de voix…
Comme quoi c’est possible, si les jeunes prennent des responsabilités, d’en finir avec un certain nombre de pratiques qui ont fait beaucoup de tort au Fatah et à l’Autorité Palestinienne et qui ont été exploitées par le Hamas.
Outre ce renouvellement dont tu parles, quels autres changements souhaiterais-tu voir survenir dans le Fatah ?
Il faut que nous redevenions une vraie organisation politique. La défaite aux élections législatives a eu au moins un effet positif : le Fatah a découvert qu’il ne pouvait se confondre avec l’Autorité Palestinienne.
L’Autorité Palestinienne, c’est le Gouvernement, la Présidence… C’est donc quelque chose qui doit représenter tous les Palestiniens. Le Fatah est un parti politique, qui doit se distinguer de l’Autorité. Nous devons avoir notre propre direction, notre propre programme, notre propre stratégie, distincte et surtout indépendante de l’Autorité Palestinienne.
Je risque de me répéter mais de tels changements ne seront possibles que si les nouvelles générations sont associées à la direction. Ce sera d’ailleurs l’un des enjeux et l’un des débats principaux lors de notre Congrès qui va enfin avoir lieu, dans quelques mois, à la fin de l’été ou à l’automne.
Une dernière question : depuis sa prison Marwan Barghouthi a, il y a quelques semaines, appelé à arrêter les négociations car elles ne menaient nulle part. Est-ce une nouvelle orientation politique ou une opération concertée avec Abu Mazen ?
Plutôt ta deuxième proposition… Enfin disons qu’il s’agit de réagir à ce qui s’est passé lors de la visite d’Abu Mazen aux Etats-Unis en avril. Il avait demandé au Président Bush de faire pression sur Olmert lors de sa visite en Israël pour les commémorations de l’Indépendance. Abu Mazen voulait que Bush mentionne le problème des colonies et parle de l’Etat palestinien dans son discours à la Knesset. Bush a refusé.
Marwan [Barghouthi] a alors réagi en disant que dans ces conditions cela ne servait à rien de négocier. Mais il ne s’agit pas de dire que les négociations sont abandonnées. Il s’agit plutôt d’essayer de « faire pression », avec nos moyens car nous sommes très isolés, et de dire que nous ne sommes pas prêts à accepter n’importe quoi.
Nous verrons comme les choses évoluent et si cette « menace » fonctionne. Si ce n’est pas le cas il sera peut-être alors temps d’aller au-delà des mots.
Notes
1. Au moment de l'entretien : Béthléem, Abu Dis, Bir Zeit, Jénine, Hébron. A noter que par la suite, à Bir Zeit, le Fatah, arrivé en tête des élections (25 sièges) a été mis en minorité au Conseil par un bloc constitué du Hamas (19 sièges), du FPLP (5 sièges), du Jihad Islamique (1 siège) et du PPP (1 siège).
2. Voir mon article sur les élections de Béthléem sur http://juliensalingue.over-blog.com/article-18842294.html
3. Abu Jihad, de son vrai nom Khalil al-Wazir, membre fondateur du Fatah, ancien n°2 de l'OLP, responsable de son aile militaire, assassiné par Israël le 16 avril 1988.
4. Marwan Barghouthi, un des fondateurs de la Shabiba, dirigeant du Fatah en Cisjordanie, inspirateur des Brigades des Martyrs al-Aqsa, arrêté par Israël en avril 2002 et condamné à la prison à vie.
5. Fayçal al-Husseini, membre de l’OLP, important acteur de la Première Intifada, membre du Commandement National Unifié du soulèvement, nommé au Haut Commandement du Fatah en 1994, représentant de l’OLP à Jérusalem (à la Maison de l’Orient) à partir de 1996, décèdé en mai 2001.
Julien Salingue: Doctorant en science politique et enseignant à l'Université Paris 8.
Julien Salingue est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. Articles de Julien Salingue publiés par Mondialisation.ca
Posté le 10.02.2008 par djamazz
Ali Benhadj, cofondateur du Front islamique du salut (FIS, dissous)
"Il faut trouver, d'urgence, une solution politique en Algérie"
LE MONDE | 08.02.08 | 14h50 • Mis à jour le 08.02.08 | 14h50
ALGER ENVOYÉE SPÉCIALE
L'Algérie est secouée depuis plusieurs mois par des attentats kamikazes revendiqués par Al-Qaida au Maghreb islamique. Comment réagissez-vous à ces attaques ?
Rien n'assure qu'il s'agisse d'Al-Qaida. Plusieurs membres du gouvernement algérien disent qu'ils ont eux-mêmes des doutes. Je crois, pour ma part, qu'Al-Qaida a une existence dans les médias en Algérie, non sur le terrain. Mais cela arrange le pouvoir de le faire croire, comme les Etats-Unis qui lui donnent une importance surdimensionnée.
Qu'il s'agisse ou non d'Al-Qaida, vous ne condamnez donc pas explicitement ces attentats kamikazes ?
La solution n'est pas de critiquer ou de condamner. Il faut régler le problème à la racine, c'est-à-dire trouver une solution politique. On ne peut pas se contenter d'une réponse strictement sécuritaire et transformer Alger en une gigantesque caserne. J'ai transmis des propositions au président Bouteflika. Il ne m'a pas répondu. Je suggère un congrès qui rassemblerait tous les partis politiques, FIS compris, pour discuter des problèmes de l'Algérie. Et si le pouvoir refuse de discuter avec moi, qu'il le fasse avec d'autres, des personnalités qui ont une dimension nationale ou historique.
A qui pensez-vous ?
Je pense à des figures comme Aït Ahmed (dirigeant du Front des forces socialistes, FFS), ou Taleb Ibrahimi (président du parti Wafa, non légalisé), Mouloud Hamrouche (ex-premier ministre, réformateur), Abdelhamid Mehri (ex-secrétaire général du Front de libération nationale, FLN, ancien parti unique), ou encore Ali Yahia Abdenour (avocat et ex-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme). Il y a des points communs entre ces hommes : ils appellent tous à une solution politique, et ce sont de vrais démocrates. Ils veulent que tous les partis et le peuple participent à la conduite de l'Algérie, et pas seulement un petit groupe qui s'est accaparé toutes les richesses.
Si vous arriviez au pouvoir aujourd'hui, seriez-vous toujours favorable à la création d'un Etat islamique ?
Nous croyons toujours à une république islamique, basée sur les préceptes du Coran et de la sunna du Prophète, selon lesquels le pouvoir doit être choisi par le peuple. Nous sommes pour le multipartisme et voulons combattre l'injustice sociale ainsi que les atteintes aux libertés. Quant aux relations avec les pays étrangers, elles doivent se faire sur la base d'intérêts réciproques, dans la transparence et le respect.
A ce propos, j'ai été très choqué d'entendre le président français déclarer, il y a quelques jours, qu'il soutenait ceux qui avaient commis le coup d'Etat de 1992 en Algérie, alors que le FIS (Front islamique du salut) avait gagné démocratiquement, par les urnes. Selon M. Sarkozy, l'Algérie menaçait d'être dirigée par les talibans ! C'est une insulte et de la provocation ! On ne peut pas transposer en Algérie ce qui se passe en Afghanistan. Le président français commet une ingérence dans les affaires intérieures algériennes et est mal renseigné sur le FIS : ceux qui ont été élus sous notre étiquette en 1990 et 1991 étaient des intellectuels, pas des talibans ! Quand il est allé en Arabie saoudite - pays où l'on coupe la main des voleurs -, M. Sarkozy n'a pas traité le roi Abdallah de taliban !
Beaucoup tentent d'assimiler le FIS à Al-Qaida. Mais le FIS a été créé en 1989, donc bien avant Al-Qaida, qui est né en 1998. Nous ne nous en sommes donc pas inspirés et n'avons pas le même cheminement.
Qu'est devenu votre fils Abdelqaha