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ce blog d'informations relate des faits et des opinions très diverses dans le respect du cahier des charges du...
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Par djamazz, le 24.11.2009
et pour appuyer ces propos, avez-vous un argument ?...
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Par Raph, le 24.11.2009
bof, tous ces imposteurs seront bientôt très éprouvés par dieu, la majorité d'eux disparaitra, leur monde maud...
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Par gg, le 01.11.2009
ron paul ? un autre robot de la haute finance ?
on s inquiete de briser le dollard et les vies humaines qu o...
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Par justicier, le 19.10.2009
c est l horreur commise par ces monstres genocidaires qui emploient tous les moyens pour exterminer les pauvr...
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Par justicier, le 16.10.2009
les pays d’afrique et d’amérique latine ont-ils d’autres choix que de compter sur eux-mêmes? de savoir placer ...
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Par Saïd LOUKIL, le 11.10.2009
salam ! la grandeur humaine chez certains hommes celebres n a rien a voir avec leurs origines !! dieu guide v...
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Par justicier, le 09.10.2009
didier votre commentaire temoigne de votre humanisme et votre sens de justice ! faut agir autour de vous pour ...
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Par justicier, le 09.10.2009
salam !! parler d honneur avec des sionistes ?? des gens depourvus de tout humanisme ; des monstres maudits ...
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Par divine, le 09.10.2009
bonjour,
je suis francais et j'ai honte des positions politique de mon pays, ils ne pense pas plus loin que...
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Par didier, le 27.09.2009
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Date de création : 04.10.2007
Dernière mise à jour :
24.11.2009
6369
articles
De Staline à Gorbatchev, comment finit un empire Extraits de Postface par Domenico Losurdo | |
Mondialisation.ca, Le 15 novembre 2009 | |
[…] Voilà pourquoi la politique extérieure de Gorbatchev, consistant à démanteler spontanément les points de force de l’Etat dont il était le dernier dirigeant, attend (et attendra peut-être longtemps encore) son historien et, auparavant, son interprète. On a parfois l’impression d’être face à deux personnalités différentes, en lutte entre elles, enfermées dans la même personne. Le dirigeant qui, en novembre 1987 encore, revendique la justesse du choix du « pacte » d’août 1939, est difficilement la même personne qui écrit sur « La Stampa » du 3 mars 1992 : « Aujourd’hui nous pouvons dire que tout ce qui est arrivé en Europe orientale ces dernières années n’aurait pas été possible sans la présence de ce pape, sans le grand rôle, politique aussi, qu’il a su jouer ». Paroles que Carl Bernstein, protagoniste en son temps du Watergate et auteur, en février 1992, de l’enquête sur le « pacte secret » entre Reagan et Wojtyla pour appuyer massivement Solidarnosc et, du coup, faire sortir de ses gonds le régime communiste polonais, a défini en avril 1992, dans sa première correspondance pour "Il Sabato", comme un « dévoilement d’un des plus grands secrets du vingtième siècle ». | |
Articles de Domenico Losurdo publiés par Mondialisation.ca | |
Le président Mahmoud Ahmadinejad a déclaré jeudi que le respect du Coran est la principale clef de la survie des musulmans et de l'Oumma islamique. Le peintre ne peint pas sur une toile vierge, ni l’écrivain n’écrit sur une page blanche, mais la page ou la toile sont déjà tellement couvertes de clichés préexistants, préétablis, qu’il faut d’abord effacer, nettoyer, laminer, même déchiqueter pour faire passer un courant d’air issu du chaos.
Gilles Deleuze, Félix Guattari, Qu’est-ce que la Philosophie ?, Editions de Minuit, 1990
DOUCE FRANCE, aux extraits naturels de plantes, sodium, aqua, glycerin, vaseline, alcohol, etidronic acid, benzyl salicylate, prunus, citronnellol, eugenol, petrolatium, ne pas avaler, ne pas laisser à la portée des enfants, éviter tout contact avec les yeux.
Philippe Adam, France audioguide, Inventaire-Invention, 2007
Il y a plusieurs manières de s’opposer littérairement à Nicolas Sarkozy. La première est ce qu’on appelle le pamphlet, la déclaration de haine – car assurément cet homme, la politique qu’il mène, les intérêts qu’il défend, les valeurs et l’imaginaire qu’il véhicule, les mots qui sortent de sa bouche, ses intonations, sa voix, sa gestuelle, ses regards, ses sourires – ses rictus – et sa démarche, bref tout ce qu’il représente, cette arrogance, ce culte de l’argent et des puissants, cette exaltation du sentiment national, ce dégoûtant amour de la France, ces minables rêves de grandeur, ces rappels à l’ordre, au travail, à la famille et à la patrie, ce mépris pour tout ce qui n’est pas blanc, masculin, marié, chef de famille et d’entreprise, toute cette politique, cette éthique et cette esthétique microfasciste [1] qu’il met en œuvre et en scène dans la moindre de ses paroles, la moindre de ses mimiques, le moindre de ses haussements d’épaule, le moindre de ses râclements de gorge, ne mérite rien d’autre qu’une profonde, légitime, indiscutable haine. Une haine sacrée, qui devrait être sublimée, esthétisée, chantée interminablement par les plus grands poètes tant que la bête immonde n’est pas terrassée.
Mais on peut aussi se détourner de cette haine juste et nécessaire, ignorer la personne de Nicolas Sarkozy et combattre par le réalisme. Le principe est simple : Nicolas Sarkozy assoit son pouvoir sur le mensonge et l’occultation du réel, par conséquent le simple fait de montrer le réel constitue un acte de résistance. Le simple fait de raconter la vraie vie des ouvriers, des immigrés, des femmes, des musulmans, de leurs voisins blancs, des chômeurs, des précaires, des mal-logés, des cheminots, des grévistes, des filles voilées exclues de l’école, des émeutiers, des détenus ou de tous ceux qu’on nomme les délinquants, le seul fait de raconter l’abjection que furent la conquête et l’empire colonial, le seul fait de raconter dans un récit, un roman, une chronique, un carnet de voyage, ce qu’est vraiment aujourd’hui la vie d’un paysan malien, d’une paysanne malienne, d’un citadin Sénégalais, d’une Togolaise, d’une Camerounaise, dans leurs pays ou en France, le simple fait de montrer ce qu’est vraiment la vie d’un Irakien ou celle d’une Palestinienne, constitue un acte de résistance contre la mythologie libérale et coloniale sarkoziste [2].
France audioguide emprunte un autre chemin. Nulle mention de Nicolas Sarkozy, nulle description du chômage, de la précarité, de la violence policière ou des expulsions de sans-papiers – d’autres livres s’en chargent, et ils ne sont pas inutiles. Ici, il ne s’agit pas d’attaquer Nicolas Sarkozy sur ce qu’il dit ou fait, ni de dire ce qu’il ne dit pas, ni de montrer ce qu’il s’évertue à cacher. Il s’agit de s’emparer des objets sarkoziens – et plus précisément du plus sarkozien des objets [3] : cette abstraction à la fois vide et trop pleine qu’est la France, avec ses déclinaisons : la terre, le terroir, le patrimoine, la légende dorée, les Grands Hommes – et de produire, avec ces objets, une autre rhétorique et d’autres affects : autre chose que la fameuse fierté d’être français. Comme certains philosophes, sociologues, historiens ou activistes luttent pour démythifier, décoloniser, désétatiser et dénationaliser non seulement l’histoire de France mais aussi les politiques publiques et les rapports sociaux actuels, Philippe Adam est de ceux qui, en usant des moyens spécifiques de la littérature, travaille à démythifier et dénationaliser notre vie imaginaire et affective, et notamment notre rapport le plus intime, et en apparence – trompeuse – le moins médiatisé par le politique, au pays, au paysage et au patrimoine.
France
Il est en effet des mots qu’on ne peut, dans certaines situations historiques, manier à sa guise, des mots qui nous projettent qu’on le veuille ou non dans le politique : par exemple le mot Juif dans la France de 1940, ou le mot Esclave dans un pays esclavagiste. Même si ces mots ne sont pour nous que des métaphores, même si nous prétendons ne pas faire de politique, même si nous refusons d’en faire, même si très sincèrement nous nous situons ailleurs, même si par exemple nous brodons littérairement sur le thème du Juif Errant dans un conte philosophique, ou si nous parlons du judaïsme d’un point de vue théologique, le simple fait d’employer le mot Juif et de le faire en 1940, alors qu’une politique antijuive criminelle se déploie à très grande échelle, nous positionne d’office dans un camp politique : résistance ou collaboration. Soit l’usage littéraire que nous faisons du mot Juif déconstruit et démolit la mythologie raciste des nazis et de leurs collaborateurs, soit il la nourrit, soit il ne fait ni l’un ni l’autre mais alors ce désengagement prend, dans un tel contexte, la signification d’une dénégation, d’un consentement, d’une complicité avec le pire.
Il en va de même pour le mot France : nous avons atteint depuis plusieurs mois un tel niveau dans la névrose nationale que l’emploi de ce mot dans un texte littéraire – et a fortiori dans son titre – est nécessairement politique : l’écrivain qui parle de la France à la fin des années 2000 ne peut être que sarkoziste ou antisarkoziste, il n’y a pas de milieu. Est-ce chez Philippe Adam une conviction, une conscience, une intuition ? En tout cas il le sait manifestement, et ce que dans son livre il fait – nous allons voir comment – du signifiant France est, l’air de rien, profondément et joyeusement antisarkoziste.
Audioguide
En ce temps-là l’air n’était ni trop chaud, ni trop froid…
En ce temps-là les saisons étaient douces…
Ici tombèrent nos amis…
Ici s’élevaient les ruines d’un temple…
Ici étaient deux statues…
Ici se trouvait la place où…
C’est dans cette rue que…
Ainsi débute chacun des soixante et onze fragments qui composent le livre. Tantôt en quelques lignes tantôt en quelques pages, chacun de ces fragments nous projette sur un site – le mot revient à plusieurs reprises, dans l’audioguide de Philippe Adam comme dans tout audioguide qui se respecte. Car, comme son nom l’indique, ce n’est pas d’un roman qu’il s’agit mais d’un audioguide, c’est-à-dire d’un texte destiné à être lu, enregistré et écouté, à l’aide d’un casque audio, à l’occasion d’une visite de – de quoi donc, au fait ? De la France, justement. L’ensemble du paysage est visité, rien ne manque : jardins, peupliers, fontaines, églises, chapelles, cimetières, cellules des Carmélites, tavernes, ateliers des artisans, arrière-cours, pensionnat des jeunes filles, stade municipal, courts de tennis, mairie, tribunal, guillotine, remparts de la ville, toilettes publiques. Et comme dans tout audioguide digne de ce nom, chaque lieu est un lieu de mémoire. Chaque lieu, comme on dit dans les audioguides, a une histoire. Nous voici donc conviés à revivre la fête des blés, la fête des vins, les fêtes de la nouvelle année, les fêtes foraines, les foires, les combats de monstres et d’animaux, les pèlerinages, les tournois de football, l’inauguration du canal, la messe du dimanche, le mariage de la petite et autres récits de hauts-faits ou de bons mots.
De cette matière, on peut faire beaucoup de choses, le meilleur et le pire. Guide Vert, Guide Michelin, Lonely Planet, Gérard de Nerval [4], Marcel Pagnol, Jean-Pierre Pernaut, Nicolas Sarkozy… On peut être folklorique, patriotique, épique, poétique, bucolique, mélancolique. On peut aussi produire tout autre chose, en injectant à doses variables, au coeur du patrimoine et de « l’identité nationale », des violentes décharges d’inquiétante étrangeté. C’est ce que propose cet audioguide très singulier.
Inventaire / Invention
Ce faisant, l’audioguide remplit, plus consciencieusement qu’aucun des autres livres qui la composent, le cahier des charges de la collection Inventaire / Invention, dans laquelle il est publié. Car c’est bel et bien un inventaire qu’il dresse – un état des lieux, des paysages, des bâtiments, des monuments , des ruines, des fouilles archéologiques même – mais ces lieux sont inventés, comme sont inventés les personnages et les anecdotes qui s’y rattachent et qui en constituent, dans les deux sens du mot, la légende.
Comme beaucoup d’inventaires – ceux de Prévert, ceux de Perec, ceux de Nino Ferrer – l’inventaire de Philippe Adam est souvent comique. Par l’excès dans l’énumération, par l’hybris dans le souci de précision et d’exhaustivité, par l’attention scrupuleuse au détail insignifiant, par les juxtapositions incongrues, il nous fait rire. Et comme il s’agit d’un inventaire inventé, un autre ressort comique est activé, un ressort assez classique mais qui fonctionne parfaitement ici : il consiste à inventer des noms de famille, de villages, de lieux-dits, de forêts, des histoires, des anecdotes, dont le caractère fictif voire invraisemblable est ostensible mais qui présentent par ailleurs tous les attributs de la vérité la plus triviale, parmi lesquels : la banalité et la profusion de détails inutiles. Le rire naît, assez mécaniquement, de cette contradiction, de ce choc entre la vérité la plus vraie et la fiction la plus fictive – tout sonne à la fois faux et « trop vrai », faux parce que trop vrai, trop beau et trop vrai pour être vrai – mais il naît aussi de la distorsion entre l’énoncé – des noms qui nous sont parfaitement inconnus, et pour cause puisqu’ils sont fictifs – et l’énonciation – ces noms sont évoqués comme s’ils étaient connus de tous. Qu’on nous permette donc ici de présenter les héros de France Audioguide : Madame Kerguelec, Madame Le Saznec, les Mignard, Emilie Granlay, Pierre Lepetit, Émile Lecat, Clément Curieux, Raymond Roulaud, Hyppolite Le Fol, Antoine Chardonnet, Jean-René Maxime, Germain Loison, le Vicomte René Édouard de Villiers du Terrage, les ingénieurs Desmoulins et Néchaux, Raoul Fulgent, Geneviève Saint-Prix, Juliette Millepoix, le roi Alfred VII et le prince Eugène XVIII.
Ces noms de personnages sont par ailleurs comiques en eux-mêmes, tant ils sont non seulement vraisemblables mais aussi profondément et caricaturalement français. Sans doute ce rire est-il un peu bête, mais justement, rire bêtement de la France, en France, en 2009 – je veux dire : sous Nicolas Sarkozy – est une activité très intelligente, une véritable ascèse, un salutaire exercice d’hygiène personnelle et de salubrité publique.
Déception
La première phrase, celle qui ouvre la visite guidée, est au sens fort la matrice de tout ce qui va suivre :
À cet endroit furent entreprises des fouilles qui ne donnèrent pas grand-chose, confirmant l’intuition de ceux qui ne s’étaient jamais demandé ce qu’il pouvait y avoir en dessous.
La plupart des étapes suivantes de la visite fonctionnent suivant un même dispositif déceptif : solennité des deux ou trois premiers mots de la phrase, promesse d’un récit édifiant – en l’occurrence : promesse d’une découverte archéologique, et du récit épique à laquelle renverrait la pièce découverte – puis une fin de phrase qui opiniâtrement s’évertue à nous faire déchanter – par exemple, ici : les fouilles ne donnent rien. Le site 4, de la même manière, suit un lent decrescendo :
Ici s’élevaient les ruines d’un temple qui eut peut-être ses fidèles, ses adeptes et ses curieux mais où, de toute façon, plus personne n’allait et dont il ne reste rien, aujourd’hui, absolument rien, le visiteur découvrant peu à peu un espace vide, plat, offrant une vue bien dégagée sur la ville.
Quand il n’est pas devenu vide, le lieu visité s’avère inhospitalier, ou sans intérêt, ou un peu petit – les remparts de la ville sont par exemple décrits, avec une fierté qui ne dissipe pas loin s’en faut le ridicule, comme une Muraille de Chine miniaturisée – et ce qu’on apprend en fin de compte de chacun de ces lieux, c’est qu’il ne s’y est à peu près rien passé, ou rien d’intéressant, en tout cas rien de glorieux :
Ici la ville investit 5 sous pour un baquet à laver les cottes de maille, 40 pour la réparation des brancards, 12 pour l’entretien des jardins de l’évêché ainsi qu’une subvention spéciale accordée pour nettoyer et aérer les sarcophages, suite aux plaintes et récriminations des voisins. (Site 20)
Sauf erreur, le 10 avril 1903, la ville comptait 1 604 chevaux, 1 mulet, 37 ânes, 10 moutons, 6 truies et 50 jeunes porcs, 6 taureaux bientôt en âge de se reproduire et de combattre (Site 23)
Au 7bis de la rue Couronne vécut Germain Loison, dont tout le monde aimait la compagnie. (site 49)
Il arrive que la déception soit encore plus radicale puisque sur certains sites, comme le 31, il ne se passe absolument rien :
Ici, les yeux clos, dorment des rois, et allongées tout contre leur dépouille des reines attendent, attendent, elles attendent, jetant parfois un coup d’œil aux gisants les plus proches pour voir si, de leur côté, il ne se passerait pas de temps en temps quelque chose.
L’audioguide en vient même à nous raconter ce qui aurait pu avoir lieu mais n’a finalement pas eu lieu – et qui n’a pas eu lieu pour des raisons elle mêmes sans grandeur ni intérêt :
Ici aurait dû s’étendre la fête foraine qui fut interdite après que le conseil municipal eut jugé, à quinze voix contre sept, que le mélange des montagnes russes, des gaufres, de la grande roue, des chichis et des barbes à papa, constituait un danger pour la santé publique. (Site 33)
Ou bien il nous raconte ce qui a eu lieu mais est tellement navrant – par exemple : le mariage de la petite – qu’il vaut mieux parler de ceux qui n’en furent pas que de ceux qui en furent :
On avait invité le frère, qui ne vint pas, l’oncle et sa femme, retenus pour cause d’un marché près de Provins, des amis de la petite qui se trouvaient malades le jour de la cérémonie (…) (Site 17)
L’audioguide ne cesse donc de nous suggérer qu’il n’y a au fond, sur la France, rien à raconter – comme si la phrase d’ouverture avait valeur de métaphore, l’intuition juste consistant bien à ne pas se demander ce qu’il peut bien y avoir là-dessous. Si l’on doit résumer à grands traits, la France n’a pas mieux à nous proposer, en guise de grands hommes, que des voisins, des parents, des petits commerçants, des notables locaux ou des absents, en guise de grandes actions il n’y a que la routine – le travail, la messe, les mariages, la fête de Nouvel An – et en guise de bons mots ou de sentences méritant l’immortalité ne subsiste que la parole la plus vulgaire, dans tous les sens du terme – ce qu’il y a de plus commun, ce qu’il y a de plus trivial, ce qu’il y a de plus grossier :
Alors là, franchement, heureusement qu’il y a des gens comme vous ! entendit-elle ici même, le site devenant à juste titre célèbre pour la qualité, la douceur et l’amabilité de ses voix. (Site 37)
C’est là, précisément là, dans ces toilettes municipales à présent protégées, classées et interdites au public, que fut écrit pour la première fois Merde à celui qui lira, trouvaille souvent reprise, jamais égalée. (Site 50)
Tout s’avère de toute façon pas terrible, pas glorieux, pas joli-joli, en deçà de nos espérances ou en tout cas de la promesse implicite que porte tout audioguide. Tout est moins grand que prévu, moins propre même, et moins sérieux :
Un bouquet de fleurs fanées porté juste à hauteur de l’endroit où, sur sa chemise, il y avait une tache, Justin donna ici rendez-vous à Paulette, qui ne vint pas, cherchant comme elle l’écrivit le soir même dans son journal intime daté du 13 août 1920, à rencontrer plutôt des garçons sérieux. (Site 40 )
C’est en somme tout le drame français qui se rejoue de page en page, de phrase en phrase, et même souvent à l’intérieur de la phrase : ça commence comme du mythe national et ça finit en comédie bouffonne, en brève de comptoir ou en ragot villageois, en tout cas en eau de boudin ou en ce que vous voulez mais toujours en beaucoup plus petit et en beaucoup moins reluisant que ça avait commencé. Et c’est cette déception, ou plutôt la répétition mécanique de cette déception, qui, comme dans un Buster Keaton ou un Laurel et Hardy, provoque le rire. Nous rions en lisant l’audioguide comme nous pouvons parfois rire, lors d’une soirée, quand un convive s’enferre au-delà du raisonnable dans des efforts aussi pathétiques que vains pour amuser l’assistance, ou dans le récit interminable d’une histoire qui n’a strictement aucun intérêt. Un rire plutôt bête et méchant, là encore, mais irrésistible et salutaire en ces temps de nationalisme exacerbé, vu que c’est ici la France qui tient le rôle du fâcheux, du convive ridicule, pas drôle et pas intéressant.
Dans cette mécanique, il y a toutefois de la variation, donc de la littérature. Comme dans un Columbo, où l’on connaît dès l’ouverture le coupable et où seule nous captive la question de savoir comment le socratique inspecteur va l’amener à se démasquer, nous comprenons très vite en lisant l’audioguide que le cher pays de notre enfance n’est pas bercé de tendre insouciance, qu’il est même immanquablement et désespérément décevant, mais une véritable incertitude renaît, à chaque page, sur chaque nouveau site, quant à la nature de la déception, c’est-à-dire quant aux formes de la négation – va-t-on tomber sur du rien ou sur du presque rien, ou bien du petit, du médiocre, du mesquin, du dégoûtant, du sordide, du morbide ? – et quant à ses modalités et son rythme – la déception vient-elle par décharge fulgurante, dès les premiers mots de la phrase (1), s’insinue-t-elle au contraire tout au long du paragraphe, par progression (2) ou par effet d’accumulation (3), ou nous tombe-t-elle dessus sur le mode du coup de théâtre, en fin de visite, dans les derniers mots de la dernière phrase d’un paragraphe qui avait presque réussi à nous élever au-dessus du marasme (4) ?
(1) Ici glissa Juliette Millepoix, dont la jambe gauche se brisa, laissant la malheureuse boiteuse et à jamais seulette, perpétuellement triste, portant un regard mauvais sur toute chose, à commencer par cette maudite jambe qu’elle devrait dorénavant porter plus qu’elle ne la porterait. (Site 65)
(2) En ce temps-là les saisons étaient douces, tellement qu’on les sentait passer comme des caresses, des mains qui peu à peu se faisaient plus nombreuses, plus douces, plus nombreuses et plus lourdes, et chaque année plus lourdes, et chaque année plus nombreuses, pesantes au point qu’on finissait par doucement s’incliner, voyant de plus près la terre, voyant de plus près le sol, et bientôt ne voyant plus rien, s’allongeant alors pour se laisser une dernière fois câliner. (Site 26)
(3) Passé au détecteur de métaux, le site regorgeait de petites pièces jaunes et de petites pièces blanches salies, souillées et légèrement verdies par le temps, pièces qui furent toutes soigneusement numérotées, lavées puis passées à la brosse, laquelle découvrait à chacun de ses mouvements davantage du front dégarni d’un homme au visage affreux, traversé d’une longue cicatrice allant du sommet du crâne à la base du nez où ses deux yeux stupidement louchaient. (Site 9)
(4) Il a regardé devant lui, a regardé derrière puis, voyant qu’il n’y avait personne, il s’est arrêté au 5 de cette même rue, a cette fois regardé à droite, regardé à gauche avant de se décider à sonner en priant pour qu’on lui ouvre vite, ce qui advint, pas aussi vite qu’il l’aurait souhaité mais quand même, vite, et là, prenant les airs d’un prophète offrant à Dieu tous ses troupeaux, d’un ministre remettant une légion d’honneur ou d’un premier communiant s’offrant corps et âme à la Sainte Vierge, il a tendu trois billets de 1 000 à Melle Gilberte avant de passer au bidet comme tout le monde. (Site 32)
Temps perdu
Il existe différentes manières de célébrer le banal, le quotidien, le petit et l’insignifiant, soit en le grandissant artificiellement, en s’armant de considérations philosophiques – La grandeur n’est pas là où on le croit, la vraie vie est ici-bas, il y a plus dans un sourire d’enfant que dans tous les livres, rien ne vaut une petite marche, pieds nus sur le sable [5] – soit en inventant une petite musique censée en restituer le charme [6]. L’audioguide, au contraire, ne sort pas l’insignifiant de son insignifiance : la petitesse reste sans charme, la mort rôde un peu partout et le travail du négatif a ceci de particulier – et, là encore, d’antisarkozien – qu’il ne produit aucune dialectique et aucun dépassement. Le négatif n’est pas un simple moment voué à être dépassé, la souffrance n’est pas un moyen nécessaire pour atteindre une joie plus profonde, la destruction n’est pas le prélude d’une reconstruction, la mort n’ouvre sur aucune résurrection. Travailler plus n’est pas gagner plus mais perdre plus sa vie à la gagner. Et quand par miracle tout se passe à peu près bien, on ne décolle pas de la plus profonde médiocrité et du plus mortel ennui. La fête villageoise se déroule par exemple
sans incident notable, le maire lisant bien son discours, mais peut-être un peu trop lentement, l’eau coulant dans le bon sens, mais peut-être un peu trop vite, les vannes s’ouvrant et se refermant à leur rythme qui fut jugé parfois trop rapide, parfois trop lent, et la fanfare ayant de son côté joué ses morceaux sans fausse note, ou presque… (Site 57)
Au moins, alors, cette médiocrité pourrait-elle produire une jouissance nostalgique, ne serait-ce que dans certains segments socio-économiques, ethniques et générationnels du lectorat – Ah, moi aussi j’ai joué à la marelle sur la place du village avec un clocher, moi aussi les terrasses, la fraîcheur des fontaines, l’ombre des treilles aux senteurs de myrtille, le crépitement d’un bon vieux feu de bois, l’odeur de la craie blanche sur le tableau noir, la messe, les discours du Maire, mon premier amour, ma première surprise-partie… – comme en produisent, même si ce n’est pas leur objectif unique, le Je me souviens de Georges Perec et ses différentes déclinaisons. Il n’en est rien. Aucun effet-madeleine proustien dans l’audioguide, ou plus exactement : aucun effet-madeleine qui ne soit aussitôt gâté, comme si la madeleine était rassie au point d’être immangeable. Il faut imaginer France audioguide comme une réminiscence proustienne ratée, un Je me souviens foireux qui ne produirait que de la déception ou du malaise – mais encore une fois d’une manière tellement systématique et mécanique que l’expérience devient burlesque. Une Recherche du temps perdu détraquée, prenant plaisir à décrire une jeune femme
filant aux toilettes, prise d’un petit écœurement qu’elle soulageait, ses doigts fins caressant du bout des ongles la glotte, les amygdales, l’œsophage d’où remonteraient une à une, en masses compactes, gluantes et glaireuses, des barres de chocolat aux amandes, aux raisins, à la pâte d’amande, aux noisettes,à la menthe, au lait, praliné, à l’orange, au nougat, au vomi. (Site 31)
En cela l’audioguide rappelle De beaux restes, le premier roman de Philippe Adam, qui déjà nous montrait un revival complètement détraqué, déréglé et morbide [7]. Le message est finalement analogue : le revival de la grandeur de la France est tout aussi improbable, pathétique, glauque, foiré que l’était dans De beaux restes le revival du vrai tango à l’ancienne. Max Gallo [8] a beau multiplier les manifestes aux titres aussi explicites que ridicules (L’âme de la France ! Une histoire de la Nation, des origines à nos jours ! Fier d’être français ! L’Amour de la France expliqué à ma fille ! Même Philippe Adam n’aurait pas osé), il nous inspire, en lieu et place du rêve et de l’élan qu’il voudrait générer, le même effroi mêlé de pitié que le délire du narrateur cancéreux, en phase terminale, du premier roman de Philippe Adam.
Ensemble, tout n’est pas possible
Ensemble tout devient possible nous ment Nicolas Sarkozy. Riches ou pauvres, patrons ou employés, nous devons tous nous unir entre Français, et cette union engendrera des miracles [9]. Dans l’audioguide, non seulement tout n’est pas possible ensemble, mais on pourrait même dire : il n’est pas possible du tout d’être ensemble. Toutes les possibilités de vie commune ont l’air d’avoir été épuisées, chacun semble épuisé par son prochain, nous ne sommes de toute façon pas ensemble et nous ne l’avons jamais été. Divisions, chamailleries, jalousies, humiliations publiques, rancoeurs privées, haines remâchées, fourberies, traquenards, guet-apens, empoisonnements, c’est tout le refoulé du Tous ensemble sarkozien qui réapparaît – et c’est par là que l’audioguide retrouve, à sa façon, l’option réaliste :
On s’ennuyait avec eux. Dans cette façon si particulière qu’on avait de les saluer en leur demandant des nouvelles qu’ensuite on n’écoutait pas, dans cette précipitation qu’avaient leurs interlocuteurs à leur donner raison, à ne pas leur rendre leurs invitations (…) ils sentaient bien qu’entraient le désir de fuir, l’envie de les rayer de la carte, de les jeter par-dessus bord, eux, les cinquièmes roues d’un carosse qui, chaque jour, leur passait sur les pieds. (Site 38)
Arrière-cours où s’étendaient le linge et les arrière-pensées, et la petite du second file un mauvais coton, disait Mme Kerguelec, mais celle du troisième ne vaut pas mieux, répondait Mme Le Saznec, on l’aurait vu traîner près des étangs en bonne compagnie, et pas seulement près des étangs, aussi derrière la gare, ajoutait une autre, et pas seulement en bonne compagnie, aussi en très mauvaise compagnie, disait une autre (…) (Site 23)
Tavernes dont nul ne sortait indemne, soit que la tête tourne au point de donner des nausées accompagnées de renvois et d’hallucinations, soit que l’argent faisant subitement défaut, l’envie d’un dernier godet s’en trouve on ne peut plus contrariée, de violentes querelles opposant alors les convives qui sortaient les fourches et se menaçaient de leurs couteaux à bois, de leurs serpes, ou tout simplement de leurs mains, qu’ils avaient petites, rougeaudes et trapues comme des verges. (Site 6)
Dans ces pages, c’est à Freud que nous fait penser Philippe Adam – le Freud du Malaise dans la civilisation, prenant un évident plaisir à froidement nous rappeler les mauvaises pensées, la cruauté, la pulsion d’agression qui perdurent sous le vernis de la civilisation :
Combats de monstres et autres curiosités, cirques où s’affrontaient des taureaux et des chiens, où l’on venait en famille voir le spectacle de sangliers lutter contre des ours, des coqs se crever les yeux, où l’on misait sur des duels de bouledogues, espérant qu’au passage on serait les témoins de l’accident qui emporterait la main du dresseur dans la gueule du tigre, du contretemps qui laisserait l’éleveur désemparé au milieu de ses taureaux furieux et prêts à charger, rêvant que le toréador se fasse étriper ou qu’un ours un peu moins pataud que les autres s’échappe, monte les gradins et s’ouvre la voie dans le public à grands coups de pattes, grandes giclées de sang. (Site 24)
Ici se trouvait la place où, les mains liées, torse nu, à genoux et la nuque prise entre deux grosses bûches, les condamnés à l’humiliation s’exposaient aux insultes des passants qui ne se privaient pas de les traiter d’ânes bâtés, d’andouilles et parfois même, quand la colère et l’indignation dépassaient vraiment les bornes, de couillons, de tordus, d’enflures, de raclures de bidet, pauvre merde, tu vas voir, salaud, on va te trouer la peau. (Site 25)
Même l’amour – la seule chose qui compte selon le catéchisme sarkozien [10] – n’est pas un refuge :
Ici vivaient les Mignard qui n’étaient guère causants, à peine le bonjour, deux mots aux commerçants, elle toujours habillée en noir, sombre et triste veuve d’un mari qui allait pourtant lui survivre, et qui ne se priverait pas, une fois resté seul, d’ouvrir bien grand la bouche pour dire tout le mal qu’il pensait d’elle, racontant là qu’elle n’était bonne à rien, ici qu’elle lui avait toujours fait honte, la vomissant sur tous les toits et sur tous les comptoirs de la ville, disant qu’elle puait le tabac froid, qu’elle lui avait fait perdre les plus belles années de sa vie et qu’il aurait dû partir, la laisser là sans attendre qu’elle prenne les devants, qu’elle lui avait tout de même légué de l’herpès, des chancres et des hémorroïdes en guise d’adieu, qu’elle l’avait littéralement dégoûté des femmes (…) (Site 58)
Anamnèse
Ce qui est drôle, dans l’audioguide, est aussi son économie paradoxale : le propos est aussi laconique et euphémique sur l’essentiel qu’il est incontinent sur l’inessentiel. En même temps qu’il élève des faits insignifiants au rang d’événements grandioses, dignes du plus grand sérieux, de la narration la plus laborieuse et des descriptions les plus méticuleuses (1), l’audioguide n’accorde qu’un mot en passant aux rares vrais événements (2) :
(1) Des familles se pressaient à l’entrée de la chapelle ; c’était dimanche, elles s’étaient habillées, et le petit Lucien était pressé de montrer à Dieu sa nouvelle veste jaune.(…) Emilie Granlay avait mis du velours noir et du rouge à lèvres, Antoine Chardonnet un pantalon de lin. (Site 27)
(2) Grands travaux, chantiers, bruits de pelles et de marteaux, camions, grues et semi-remorques envahissant toutes les routes, soulevant la poussière, roulant, portant des gravats, semant du goudron, des tôles et des bouts de verre, on y va, toi tu transportes le sable, moi je décharge le sable, toi tu montes la grue, moi j’en tombe, tu coules une chape de béton, et moi je suis dedans, bref, on avance, on se remue, on fait tout ce qu’il faut, quoi. (Site 29)
Ce qui est mis en scène ici, c’est une dénégation, une incapacité bien française à problématiser le réel social : quand enfin se produisent des ruptures dans le flux cyclique des saisons, du labeur quotidien et des réunions de famille, quand adviennent en somme des événements, des accidents, des scandales (je tombe de la grue, puis je suis dans la chape de béton), ils sont traités comme des faits minuscules et anecdotiques, des détails sans importance qui viennent s’insérer au milieu de la phrase, entre deux virgules, dans la routine du travail (toi tu montes la grue, bref on avance). Ils viennent même se fondre dans la phrase, s’y engloutir comme le corps de l’ouvrier est englouti dans le béton. Cet engloutissement, qui est à la fois une réalité et – par métonymie – le symbole le plus radical de l’injustice sociale, se démultiplie : à l’anéantissement physique (la mort d’une part, mais aussi la disparition du corps) s’ajoute l’effacement des traces et l’organisation de l’oubli (ce glaçant bref on avance, version contremaître sympa de l’injonction policière Circulez y’a rien à voir) – et cette négation est exhibée par la structure et le rythme de la phrase. L’écriture opère en somme un travail d’anamnèse, en venant nous rappeler non seulement qu’on meurt au travail dans notre Douce France, mais aussi que cette Douce France ment – par omission, dissimulation, effacement de la violence sociale. En s’appropriant ainsi, pour la caricaturer et la pousser à sa limite, cette façon de traiter le non-événement comme un événement et l’événement comme un non-événement, Philippe Adam nous fait rire, mais il nous dit aussi beaucoup, à la fois sur les audioguides, dont tout le livre est une brillante parodie, et sur la France, où ces inversions de priorité et ces tours de passe-passe historique sont une spécialité nationale. D’autres éclairs de ce type traversent à l’occasion le texte, et viennent nous rappeler juste en passant, de manière ostensiblement dissimulatrice, une réalité violente, brutale, hideuse, en bref tout le refoulé du récit national, notamment les rapports de classe, la violence d’État, le colonialisme :
Ouvriers alignés, baissant la tête, tenant entre leurs mains les casquettes offertes par Monsieur le directeur. (Site 59)
Ici s’élevait la guillotine. À deux pas, la prison. Et c’est bête, mais je n’ai rien à dire, pensait-il, la langue tirée sur la feuille où il était supposé noter ses dernières paroles. (Site 62)
D’une fillette aussi mal élevée et d’un fils ayant cette tête-là, disait-elle, personne ne voudrait, même les colonies les refuseraient, on me les renverrait comme deux lettres mal adressées.(Site 41)
Du mécanique dans du mourrant
L’audioguide est en somme une traduction rigoureuse, dans une langue très écrite, presque précieuse, d’une vérité que des lascars, bien placés pour le savoir, résument parfois d’une manière plus concise, mais qui elle aussi possède sa force, sa poésie et sa vérité :
La France, c’est tout pourri !
Car tout pourrit bel et bien dans l’audioguide. La saleté, les mauvaises odeurs, la sueur ou les relents de vin mal digéré viennent gâcher la fête et nous rappeler à notre condition de mammifère voué à la mort. Un mot revient, obsédant : tout est mauvais – regard mauvais, mauvaise compagnie, mauvaise concience, mauvais moment, mauvais coton, mauvaise haleine, mauvaise odeur, sans oublier la fameuse Secte des Mauvais Apôtres. Le lait des vaches du site 23 est tiède, blanchâtre et crémeux, indigeste, écœurant, et au sens le plus rigoureux du terme, tout ou presque pue la mort :
Quand le soleil se levait, on était déjà debout ; quand il se couchait, on était déjà mort, et les nouvelles générations reprenaient gaiement la tâche laissée en plan par les aînés, tel maudissant son père d’avoir sorti les chèvres sans se soucier de les traire, tel autre constatant qu’il manquait la corde au puits où il avait pourtant bien décidé de se pendre, tous ruminant des vengeances qui condamneraient la ville à n’être plus qu’un tas de cendres, une arène, une étable où les bouses l’emporteraient de très loin sur le foin. (Site 3)
Ici l’odeur était terrible. Aux chairs mortes s’ajoutaient la sueur et la mauvaise haleine des tanneurs, et le cuir, parfois, pourrissait avant d’avoir été porté. (Site 11)
Ici d’un bout de bois on savait faire un mur, de deux planches un salon, de trois cartons sortait la chambre à coucher des enfants, les bouteilles en plastique faisaient une cabine de douche quand elles ne servaient pas de toilettes, on pissait dedans, la nuit, et l’un remplissait son litre de Coca-Cola, l’autre ses trois quarts d’Evian, rien ne finissait à la poubelle, tout en sortait, on vidait, on nettoyait, on se levait de bonne heure, poussant devant soi un chariot de supermarché, un sac en plastique avait sa valeur, on faisait des cannes à pêche avec des morceaux de cageots rafistolés, des essuie-mains avec des prospectus ramassés dans les boîtes à lettres, on avait des chaussures sans semelle ni lacet, on se lavait parfois les pieds, on les faisait prendre l’air, les chaussettes posées sur les bords d’une vieille machine à laver qui servait d’habitude de frigo, et on remettait les vêtements, ils sentaient mauvais, nous ne sentions pas bons, chez nous sentir le propre voulait dire avoir trouvé quelque chose, une serviette de bain entre un sac d’épluchures et une rangée de coquilles d’huîtres, un vieux déodorant mal fini, laissant encore échapper quelques bouffées d’anti-odeur quand on appuyait sur le bouton après avoir bien agité le tube, et donc on puait, mais ça allait, quand même, certains jours, ça allait. (Site 34)
Le négatif, le délabrement, la mort se font d’ailleurs de plus en plus envahissants au fil des pages :
Fêtes de la nouvelle année, et comme d’habitude les plus vieux en profitent pour rassembler leurs plus vieux souvenirs tandis qu’assise à leurs pieds la marmaille peine, elle aussi, à retenir ses selles. (Site 10)
Et que dire de la belle-famille, du gendre à moitié scrofuleux, du père aux trois-quarts diabétique tenant le bras de la mère toute molle et toute décharnée, le père ne lâchant le bras de la mère que pour la remise des anneaux (…) (Site 17)
Des gamins jouant à faire glisser leurs petits corps gracieux sur la glace des marais ne restent à présent que les patins en os d’ours. (Site 45)
Malheurs réels, malheurs redoutés, malheurs fantasmés, minuscules avanies et grandioses catastrophes finissent par se mêler dans un final tragi-comique :
Désastres en tous genres qui laissaient pressentir l’imminence de malheurs bien plus grands, poussières nucléaires, brusques retombées de la nuit, ralentissements de la planète, fonte des glaces, fonte des continents, réveil surprise de tous les volcans, catastrophes, gels au mauvais moment, soleils mal placés, inondations de toutes les terres visibles, viande d’âne à midi, engloutissements, pannes d’ascenseurs, désertification des lieux habitables, hausses simultanées du niveau de la vie et du niveau de la mer, envolée des œufs, encore des embouteillages sur l’autoroute A6, encore un accident, encore aux urgences, encore et encore et encore au secours. (Site 70)
D’un désespoir furtif restent quelques rides à la surface de l’eau, un pli au détour des branches, quelque chose qui voudrait se prolonger, s’accrocher comme une ombre suivant pas à pas le long cortège des têtes mortes et des corps ensevelis, toutes choses enfouies, recouvertes, tellement passées qu’elles sont maintenant sans importance, la pluie promenant goutte à goutte et de strate en strate les nouvelles d’en dessus, ceux d’en dessous les recevant comme un poids qui viendrait s’ajouter pour rien sur leurs tonnes et leurs tonnes d’ossements, pauvres squelettes, déambulateurs laissés là pour seconder à tout hasard l’éternité. (Site 71)
D’être français il n’y a donc pas lieu d’être fiers, nous dit l’audioguide, ensemble tout ne devient pas possible, travailler plus ne fait pas gagner plus et de toute façon nous allons tous mourir. Rien de très exaltant donc, et pourtant paradoxalement – mais est-ce tellement paradoxal ? – cette finitude franco-française – telle en tout cas que Philippe Adam la met en scène, dans une microfiction en forme d’inventaire inventé qui constitue, au plan formel, l’exact antipode des grandiloquentes envolées sarkoziennes – est, autant qu’inquiétante, profondément et délicieusement comique. Si vous ne trouvez pas ça drôle, si vous ne voyez pas quel plaisir on peut retirer d’autant de petitesse et de misère, ce n’est pas grave : ce livre n’est pas pour vous. Mais si votre âme est à ce point accablée d’optimisme, de fierté nationale et de grandeur de la France qu’un peu, rien qu’un peu de petitesse, de médiocrité, d’insignifiance et de pessimisme vous fait l’effet d’un soulagement, alors l’audioguide vous remplira de joie.
p class="signature">Pierre Tevanian, 11 novembre
[1] Suivant la formule de Gilles Deleuze et Felix Guattari. Cf. Gilles Deleuze, Pourparlers, Minuit, 1990 et Felix Guattari, La révolution moléculaire, 10-18
[2] C’est pour avoir produit un texte de ce type (« Insécurité sous la plume d’un barbare », www.lmsi.net) que Hamé, membre du groupe de rap La Rumeur, est depuis cinq ans poursuivi en justice par… Nicolas Sarkozy. Les textes de La Rumeur constituent d’ailleurs une combinaison particulièrement réussie de ces deux premiers registres – pamphlet et chronique réaliste – beaucoup plus par exemple que les récents (bons) livres d’Alain Badiou (De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Éditions Lignes, 2007) et Alain Brossat (Bouffon Imperator, Éditions Lignes, 2008), finalement plus analytiques que pamphlétaires.
[3] En seulement six discours de campagne du candidat Sarkozy, le mot Français revient 212 fois et le mot France 395 fois. Cf. CVUH (collectif de vigilance sur les usages publics de l’histoire), « L’histoire par Nicolas Sarkozy : le rêve passéiste d’un futur national-libéral », www.cvuh.free.fr
[4] Cf. Gérard de Nerval, Promenades et souvenirs, Folio, Gallimard, 2005
[5] Un représentant parmi d’autres de ce registre : André Comte-Sponville
[6] Cf. par exemple Philippe Delerm, La première gorgée de bière, Gallimard, 1997
[7] Philippe Adam, De beaux restes, Editions Verticales, 2002
[8] Académicien, courtisan et porte-plume de Nicolas Sarkozy. Auteur de romans historiques et de livres d’histoire romancée.
[9] Ce Tous ensemble sarkoziste est donc l’exact opposé du Tous ensemble de gauche. Le Tous ensemble de gauche est le Tous ensemble des dominés : il signifie que les pauvres ont sur les riches un avantage, le nombre, et que par conséquent l’union seule peut faire leur force ; ils ont par ailleurs les mêmes intérêts de classe, et peuvent donc se battre tous ensemble. Or, c’est précisément sur la dénégation des rapports de classe – mais aussi bien des rapports sociaux de sexe et de la discrimination raciste – que repose le Tous ensemble sarkoziste, qui est un Tous ensemble national (explicitement) et ethnique (par sous-entendus insistants). Cf. Pierre Tevanian, « United colors of Travail Famille Patrie », Mouvements, n°52, décembre 2007.
[10] « L’amour c’est la seule chose qui compte » (Nicolas Sarkozy, cité par Yasmina Reza dans L’aube, le soir et la nuit, Flammarion, 2007). « Ne pas être capable de partager l’amour, c’est se condamner à être toujours seul » (Nicolas Sarkozy, Discours à la Jeunesse française, 18 mars 2007).
Le Petit Robert nous en donne plusieurs définitions :
1. « Originaire de la péninsule arabique » ; les exemples donnés sont les « tribus » et les « chevaux » arabes...
2. « Des populations arabophones »...
3. Dans le langage courant : « Personne originaire du Maghreb ».
4. « Issu de la civilisation arabe ».
Ces définitions sont très intéressantes car elles établissent des liens entre des éléments tout à fait inattendus : un peuple ? Une civilisation ? Un groupe linguistique ?
Les mots et l’utilisation qu’on en fait révèlent à de nombreux égards notre vision du monde. Qu’est-ce à dire ? Il existerait dans le monde un peuple qui serait solidaire au nom d’une hypothétique origine commune. Au nom d’une langue qu’il ne pratique pas partout de la même manière... Des membres de ce groupe peuvent-ils s’« intégrer » à « notre » société ? Comment est-ce possible s’ils possèdent en eux une caractéristique transmissible de générations en générations, qui les pousse irrémédiablement à être solidaires des membres d’un autre groupe ?
Evidemment il n’est pas question de dire que ce mot est insignifiant : Maxime Rodinson, Jacques Berque entre autres spécialistes du « monde arabe » ont parfaitement délimité géographiquement et culturellement leur objet d’étude.
Mais qu’en est-il d’un Gilles Kepel, qui autorisé par sa connaissance de la langue arabe, établit des rapports vertigineux entre des situations politico-économiques aussi différentes que celles de l’Arabie du VIIe siècle et le périurbain français du XXIe siècle ? L’exemple de ce « spécialiste » très souvent invité à la télévision pour au choix donner son avis sur l’endroit où se cache Ben Laden ou pour parler de « l’islam de banlieue » est assez significatif du flou idéologique qui caractérise cette notion d’arabité, dans la mesure où pour l’idéologie journalistique la plus répandue elle est très liée à la religion musulmane avec laquelle elle constitue une civilisation à part entière (arabo-islamique).
Or, nombreux sont les véritables spécialistes du Maghreb et du Machrek (notions géographiques beaucoup plus claires pour le coup !) qui nous invitent depuis quelques temps à relativiser, voire à détruire cette notion de civilisation arabo-islamique : Georges Corm explique dans Le Proche-Orient éclaté que cette idée repose sur une approche très simpliste de l’altérité : puisqu’en gros ils parlent tous l’arabe, eh bien, ce sont des arabes qui forment une unité autour d’une religion constituant un « fait social total » qui permet de tout expliquer : sociologie, économie, politique... D’où l’autorisation que se donne un Kepel à partir de sa seule connaissance de la langue arabe (qu’il s’empresse toujours de rappeler modestement) de parler de domaines aussi divers en n’épargnant aucun raccourci, aucune simplification vertigineuse.
Maxime Rodinson s’étonnait il y a quelques années dans Islam, Politique et Croyances, du fait que de nombreux prétendus spécialistes mélangaient ainsi les genres uniquement lorsqu’il était question d’objets d’études touchant à une altérité quelque peu perçue comme problématique : il ne viendrait en effet à l’esprit de personne d’expliquer par exemple la politique de Louis XIV uniquement en se fondant sur une analyse des Evangiles... Nous savons lorsqu’il est question de nous que tout ne peut s’expliquer par les idéologies en général et par la religion en particulier : pourquoi en irait-il autrement pour les musulmans ?
Pour Georges Corm, la civilisation arabo-islamique a historiquement existé, mais elle ne recouvre aujourd’hui qu’une réalité très relative, comparable en cela à la civilisation gréco-latine dont nous sommes en partie héritiers. Mais comme les italiens ne sont plus tout à fait des romains, les algériens par exemple ne peuvent plus aujourd’hui être assimilés complètement à un prétendu groupe « arabo-islamique » qui fonctionnerait comme une totalité organique.
Et pourtant... Qu’est-ce que « l’épicier arabe » par exemple a réellement « d’arabe » ? Qu’a-t-il en commun avec le roi Fahd, Sindbad et Ali Baba ? Il parle souvent berbère, n’est certainement pas originaire de la péninsule arabique et en ce qui concerne la civilisation arabe, il en est la plupart du temps aussi proche que le vendeur de pizzas l’est de Cicéron.
Qu’en est-il de moi-même, Français né en France, professeur de français qui n’ai jamais migré, mais qui suis pourtant souvent considéré comme un « immigré de deuxième génération » ?
Il est possible d’être « musulman » éventuellement, « algérien » même, si en vertu des accords d’Evian je désire garder la nationalité de mes parents, « maghrébin » à la limite, si on lie cela à ma nationalité algérienne, « arabophone » si je choisis cette langue en option à la fac, mais « arabe » ?
En réalité cette appélation d’arabe appliquée aux maghrébins date de la période coloniale. Tout comme les berbères ont été appelés ainsi par leurs envahisseurs ( berbère de barbarus, c’est à dire « barbare » ), les habitants de ce qui s’appelle aujourd’hui l’Algérie étaient en effet en grande partie arabophones... De là à considérer qu’ils appartenaient avec les moyen-orientaux à un seul et même peuple à partir d’une caractéristique linguistique ! Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans ce cas précis, la connaissance d’une langue confère une sorte de nationalité : il serait plaisant que l’on appliquât la même méthode avec les immigrés francophones...
Toujours est-il que les Belges ou les Québécois francophones ne sont pas à proprement parler français : la nation française n’est malheureusement pas uniquement fondée sur la francophonie. Pourquoi en serait-il autrement de « l’arabophonie » ? Pourquoi les « arabes » eux-mêmes en grande partie prétendent se reconnaître dans cette notion d’arabité alors même que chacun sait que la Ligue Arabe ne sert à rien et que ce n’est pas l’Arabie Saoudite qui règlera le problème palestinien de sitôt ?
Maxime Rodinson et Edward Saïd, entres autres, montrent comment les représentations identitaires sont largement tributaires de rapports de forces : notre perception de l’autre est plus ou moins acceptée, répandue, chez « nous » et chez « les autres » en fonction de notre puissance : les algériens sont « arabes » grâce à Bugeaud et les Français auraient été tout simplement « chrétiens » si l’émir Abdelkader avait été vainqueur...

Dans une problématique très proche puisque liée elle aussi aux rapports entre identité et domination, Fanon a montré par exemple comment l’image que le colon avait du noir pouvait être répandue et acceptée même chez de nombreuses personnes d’origine africaine.
Aujourd’hui dans certaines parties du monde de nombreux hommes politiques et idéologues ont intérêt à faire exister la « civilisation arabo-islamique » : il faut bien que « notre civilisation démocratique », ultra libérale et chrétienne, ait un ennemi à combattre. Il faut bien qu’il y ait un « choc des civilisations » pour pouvoir dominer légitimement cette altérité foncièrement rétrograde, arriérée, obscurantiste et dangereuse.
« Chez nous », il faut bien qu’il existe un peuple responsable de toute la misère humaine pour cacher la violence de notre politique dite d’intégration. Il est même tout à fait naturel que certains généraux algériens « luttant durement contre le péril islamiste » (même si cela passe par tirer sur des manifestants pour rétablir la « démocratie » ) soient amis avec nos « intellectuels » nationaux préoccupés par ce même danger dans nos banlieues.
Le plus grave c’est que cet attirail pseudo-scientifique dont les Kepel et compagnie sont les gourous qui occupent en permanence tous les médias donne une sorte de légitimité intellectuelle à ce qui n’est en fait, il faut bien le reconnaître, qu’un simple racisme : est en fait considéré comme « arabe » tout basané aux cheveux frisés... Certains traits physiques confèrent des attributs moraux transmissibles de générations en générations qui empêchent, qui freinent irrémédiablement l’« intégration » de ces « populations ».
Que faire de ce qu’on fait de moi ?
Ceci étant posé, quoi que je fasse dans ce pays, en dépit de mon lieu de naissance et de résidence, malgré mon appartenance juridique à la communauté nationale française, quels que soient mes positionnements politiques, mes dispositions philosophiques et morales, mes idées métaphysiques et religieuses, je risque fort, de par un certain nombre de stigmates que je porte, d’être perçu irrémédiablement et désigné par un nombre assez important de personnes comme un « Arabe » et un musulman.
Que puis-je y faire ? Après avoir constaté le peu de fondement scientifique de cette notion d’arabité, après avoir approuvé les observations éclairantes de Georges Corm sur les limites de la notion de « civilisation arabo-islamique », qu’ai-je vraiment réglé au juste ?
Il faut se rendre à l’évidence : la désignation de certains groupements ethnico-nationaux par le terme « arabe » pose de nombreux problèmes, les personnes effectivement perçues et désignées ainsi existent bel et bien : cette communauté formée d’individus différents ayant le point commun d’être victimes de la même stigmatisation existe de fait et l’énonciation de l’illégitimité scientifique de l’emploi du terme arabe n’a malheureusement aucune valeur performative. Que dois-je donc faire de ce terme et de ce qu’il implique ?

1. Dire et répéter que je ne suis pas un Arabe ?
Et préciser exactement mes croyances métaphysiques pour établir si oui ou non en termes théologiques et sociologiques je puis encore être considéré comme appartenant à la Oumma ? Quelles seraient les incidences sociales et culturelles de ce positionnement ? Si l’œuvre magistrale d’Ibn Khaldun et l’histoire des peuples de « l’Afrique septentrionale » n’intéressent que très rarement les personnes qui me voient comme un Arabe, si les subtilités scolastiques opposant Hassan al Bassri à Ibn Hanbal ne sont que très rarement le fort de ceux qui me demandent si oui ou non je fais le Ramadan, à quoi puis-je m’attendre et à quelles réactions je serais confronté si je décidais de discuter sérieusement, en termes scientifiques, les nuances de ces concepts ?
Lorsqu’une personne perçue comme Noire a constaté qu’il n’existait en biologie aucune définition scientifiquement valable de la race noire mais que demeurait tout de même, évidemment, le racisme qui touchait certaines personnes partageant un certain nombre de stigmates, elle peut aussi se rendre compte que « le fait d’être noir » existe bel et bien et que le mot « race », non pas en tant que catégorie biologique (dont la validité scientifique a depuis longtemps été réfutée) mais comme une situation sociale précise (celle des personnes stigmatisées à cause de leur couleur de peau) peut avoir une utilité certaine pour rendre compte d’expériences particulières :
« Montrer que la « race » est une catégorie imaginaire plutôt qu’un produit de la nature ne signifie pas qu’elle serait une pure mystification. (…) Elle est une catégorie valide d’analyse sociale, à l’instar d’autres catégories sociales comme la « nation » ou le « genre », notions tout aussi imaginaires, comme le souligne l’historien Thomas Holt, au sens où elles sont historiquement et politiquement construites et sous-tendues par des relations de pouvoir qui ont changé dans le temps. Les « races » n’existent pas en elles-mêmes, mais en tant que catégories imaginaires historiquement construites ». [1]
Puisque le fait d’être noir existe malgré le caractère fictionnel de la « race noire », à quoi rimerait le fait pour un Noir de répéter qu’en vertu des avancées récentes de la biologie, il n’est pas noir ?
En plus du caractère absurde d’un tel énoncé, on le percevra à coup sûr comme un être honteux d’être ce qu’il est, à savoir un être perçu de toute façon, quels que soient les progrès de la biologie, comme un Noir. Il s’agirait donc d’un Noir ne voulant pas être noir. Voulant être « Blanc » ? Vouloir sortir d’une catégorie fictive pour accéder à une autre ! Car si les perceptions sociales ayant de grandes incidences dans le réel ne se soucient que très rarement de validité scientifique, et dans la mesure où le Noir est perçu comme tel de par une pulsion humaine visant à catégoriser irrémédiablement l’altérité, « on » [2] ne voudra jamais se contenter d’une réponse scientifiquement valide ne lui permettant pas de se positionner par rapport aux fantasmes mis en œuvre à la vision d’un être qu’il perçoit comme un Noir. Irrémédiablement, la réfutation d’une désignation, quelles que soient ses fondements et ses motivations, impliquera l’entrée (ou sera reçue comme l’expression d’une volonté d’entrer) dans une autre catégorie.
En somme, le refus d’une catégorie sociale au nom d’arguments scientifiques valides n’a pas l’effet recherché … et il pourrait même avoir l’effet inverse.
Si je dis à Brice Hortefeux en toute naïveté que je ne suis pas un Arabe – même si c’est en pensant très fort à Ibn Khaldun – il risque fort d’interpréter mon énoncé comme l’expression d’une honte d’être ce que je suis – un homme perçu comme un Arabe – et comme une volonté d’être autre chose, c’est-à-dire un membre de la communauté nationale telle qu’un ministre UMP la conçoit : catholique, buvant de la bière et mangeant du cochon. Dans la mesure où je ne corresponds pas à ce « prototype » (pour reprendre le terme exact employé récemment par Hortefeux face au militant UMP Amine Benalia-Brouch), et comme je ne tiens absolument pas à renoncer à mon amour pour le Berkoukes, je vois bien qu’un positionnement socio-culturel se contentant de se fonder sur des constats scientifiques sans tenir compte des réalités sociales structurant fortement les imaginaires, risque fort d’avoir les effets inverses de ceux que je recherchais initialement.

2. Prendre acte ?
Je suis en effet obligé de tenir compte de certaines réalités : l’histoire des mu’tazilites n’intéresse que très peu de monde et je risque fort d’être à côté de la plaque si je me lance dans une dissertation sur la prédestination et le libre arbitre lorsque derrière telle interrogation sur mes pratiques religieuses, se cache en fait une volonté de savoir quel genre d’arabe je suis...
Or, même si je reste très critique envers la pertinence de la notion d’arabité dans de nombreux énoncés, je ne peux y renoncer pour désigner précisément certaines expériences sociales que je partage avec un certain nombre d’individus partageant avec moi certaines caractéristiques. Comme je ne tiens pas de sitôt à changer mes dispositions vis-à-vis de la culture dite arabe, je ne renoncerai pas à me considérer comme tel ne serait-ce que pour bien signifier par là que je ne veux pas appartenir à la communauté nationale telle la voient de nombreux racistes. Ma conception de la nationalité française n’exclut pas une certaine forme d’arabité en tant que réalité sociale ainsi que l’islamité : pour bien signifier que tout en étant français je considère Zakaria Ahmad comme un des meilleurs compositeurs du XX siècle, que Ahmad Shawqi reste pour moi un des plus grands poètes de l’histoire littéraire mondiale et que rien ne m’émeut plus que les textes de Bayram al Tounssi chantés par Um Kalthum – dont la voix surpasse en beauté et en finesse celles de nombreuses cantatrices que préfèrent sûrement Brice Hortefeux et Fadéla Amara – je tiens à dire que je suis un Arabe. Et tant que l’islam sera considéré comme « la religion la plus con » par les écrivains à la mode, je refuserais de discuter sérieusement de métaphysique et je me proclamerai, sans hésitation, « musulman ».
Yasser Arafat, Mister Palestine for ever par René Naba | |
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Mondialisation.ca, Le 7 novembre 2009 | |
Paris, 7 novembre 2009. Rien, absolument rien, ne sera épargné à celui que l’on a surnommé parfois, à juste titre, « le plus célèbre rescapé politique de l’époque contemporaine », et ce prix Nobel de la Paix, un des rares arabes à se voir attribuer un tel titre, boira la coupe jusqu’à la lie. L’implosion politique de Mahmoud Abbas, le 5 novembre 2009, à six jours de la commémoration décès de Yasser Arafat justifie a posteriori le scepticisme du chef historique des Palestiniens à l’égard des pays occidentaux et porte condamnation de la complaisance de son successeur à l’égard de la duplicité occidentale, en même temps qu’elle révèle la servilité de la diplomatie américaine et de son chef, Hillary Clinton, secrétaire d’état, à l’égard d’Israël. Carbonisé par ses atermoiements dans l’affaire du rapport Goldstone sur Gaza et par la rebuffade américaine à propos des colonies de peuplement, la renonciation de Mahmoud Abbas à une nouvelle mandature présidentielle apparaît d’autant plus cruellement pathétique qu’elle s’est accompagnée d’une cinglante leçon de courage que lui ont asséné de jeunes palestiniens en opérant, non sans risque, une percée dans le mur d’apartheid à l’occasion de la commémoration du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, une action qui a retenti comme un camouflet à Mahmoud Abbas et à Israël, un défi à la léthargie des instances internationales, un cadeau posthume à Yasser Arafat, initiateur de la lutte armée palestinienne. Retour sur une vie de combat à l’occasion de la commémoration du 5 ème anniversaire de la mort de Yasser Arafat à l’hôpital militaire de Clamart (région parisienne), l’homme sans lequel la Palestine aurait été rayée de la carte du monde.
I. Le keffieh palestinien, c’est lui. Le keffieh palestinien, c’est lui. Son portrait en lunettes noires et Keffieh, en couverture du magazine «Time», dans la foulée du premier fait d’armes palestinien contre l’armée israélienne, lors de la légendaire bataille d’Al-Karameh, le 20 mars 1968, provoquera un choc psychologique majeur au sein de l’opinion internationale, contribuant grandement à la prise de conscience de la lutte du peuple palestinien pour la reconnaissance de son identité nationale. Plusieurs dizaines de fedayin palestiniens, sous le commandement direct de Yasser Arafat présent dans le camp assailli, se laisseront ce jour là décimés sur place forçant l’armée israélienne à battre en retraite sous le regard impassible de l’armée jordanienne, demeurée durant la première phase de la bataille l’arme au pied dans la vallée du Jourdain. La bataille d’Al Karameh tire son nom, par un curieux clin d’oeil du destin, du lieu de la localité d’Al Karameh, la bourgade où s‘est déroulée ce fait d’armes. Acte fondateur du combat palestinien sur le plan international, elle sera perçue et vécue comme «la bataille de la dignité retrouvée» en ce qu’elle lavera dans l’imaginaire arabe la traumatisante défaite de juin 1967, infligeant aux israéliens des pertes humaines plus importantes que celles subies sur le front jordanien un an plus tôt (1). Elle galvanisera longtemps la jeunesse arabe dans son combat politique et propulsera la lutte du peuple palestinien au sein de la jeunesse du Monde. Par sa portée symbolique, elle passera à la postérité pour l’équivalent palestinien de l’antique bataille des Thermopyles (2), en ce qu’elle signait par le sang et le sacrifice suprême l’esprit de résistance des palestiniens et leur détermination à prendre en main leur propre combat. Publiée par la revue américaine, la photo du chef palestinien jusque là anonyme popularisera et le porte-parole de la cause palestinienne et le symbole de l’identité palestinienne. Elle précipitera la mise à l’écart de son calamiteux prédécesseur Ahmad Choukeiry et propulsera, dans le même temps, le Keffieh, la coiffe traditionnelle palestinienne, au rang de symbole universel de la révolution. Le Keffieh, à l’origine en damier noir et blanc, sera décliné depuis lors dans toutes les couleurs pour finir par devenir le point de ralliement de toutes les grandes manifestations de protestation à travers le monde de l’époque contemporaine. «Tout cela était possible à cause de la jeunesse (…), d’être le point le plus lumineux parce que le plus aigu de la révolution, d’être photogénique quoi qu’on fasse, et peut-être de pressentir que cette féerie à contenu révolutionnaire serait d’ici peu saccagée: les Fedayine (les volontaires de la mort) ne voulaient pas le pouvoir, ils avaient la liberté», prophétisait déjà en ces termes l’écrivain français Jean Genêt, un de leur nombreux compagnons de route de l’époque, qu’il immortalisa dans son inoubliable reportage sur le massacre des camps palestiniens de Sabra-chatila, dans la banlieue de Beyrouth. (Cf. Jean Genêt «Quatre heures à Sabra-chatila», in Revue d’Etudes Palestiniennes, N° 6 Hiver 1983). Dans une séquence historique arabe riche de personnalités charismatiques, (décennies 1960 -1970), Gamal Abdel Nasser (Egypte), Hafez Al-Assad (Syrie), Houari Boumediene (Algérie), Saddam Hussein (Irak), Faysal d’Arabie, beaucoup lui en tiendront rigueur de sa popularité et de son prestige. Israël, d’abord et toujours, constamment, sans répit, voudra neutraliser la charge explosive de la mystique révolutionnaire que le mouvement national palestinien véhiculait au sein du tiers monde.
Dans le camp arabe, le Roi de Jordanie, Hussein le Hachémite, s’appliquera en premier, en septembre 1970, à le mettre au pas dans un épouvantable bain de sang, le premier du supplice palestinien, alors que les autres pays arabes s‘emploieront à limiter sa marge de manœuvre, en infiltrant la centrale palestinienne, l’Organisation de Libération de la Palestine, de mouvements fantoches, désormais fossiles, à l’instar d’Al-Saika pro syrienne, du Front de Libération Arabe pro-irakien ou du Front de libération de la Palestine pro égyptien ou encore de la duplicité marocaine qui compensait un soutien affiché à la cause palestinienne par une collaboration souterraine avec les services marocains. De tous les grands pays arabes, seule l’Algérie accordera un soutien sans faille à la guérilla palestinienne, «Zaliman kana aw Mazloum», oppresseur qu’il soit ou opprimé, selon l’expression du président Boumediene (3). La guerre d’octobre 1973 et la destruction des fortifications israéliennes de la ligne Bar lev, le long du Canal de Suez, mettront en sourdine les conflits interarabes donnant du répit à la guérilla palestinienne, dégageant la voie à l’envol de Yasser Arafat sur la scène internationale. Prenant par surprise New York au saut du lit, Yasser Arafat débarque le 13 novembre 1974 d’un avion spécial algérien dans la métropole américaine pour s’adresser, fait sans précédent dans les annales diplomatiques, devant l’assemblée générale des Nations unies, présidée à l’époque par le fringant ministre de affaires étrangères de Boumediene, Abdel Aziz Bouteflika. Fraîchement sacré par ses pairs arabes porte-parole exclusif des Palestiniens, le chef de l’OLP plaide la cause de son peuple, inexistant juridiquement, et inaugure solennellement une stratégie combinant la lutte armée et l’action diplomatique – «le fusil et le rameau d’olivier», selon sa formule, pour retrouver une patrie, la Palestine, rayée depuis un quart de siècle de la géographie politique. Dans ce discours répercuté depuis la plus grande ville juive du Monde jusqu’aux confins de la Péninsule arabique, le dirigeant palestinien, dix ans après la fondation de son mouvement au Caire, en 1964, évoque timidement la possibilité d’une coexistence judéo arabe. Arafat est au Zénith, secondé par la nouvelle puissance pétrolière arabe révélée par la guerre d’octobre 1973. Dans la brèche ouverte par l’OLP, dix sept mouvements de libération africains se verront reconnaître le statut d’observateur à l’ONU. Cinq d’entre eux, ceux de Guinée portugaise, d’Angola, de Mozambique, de Zimbabwe notamment conduiront quelques années plus tard leur pays à l’indépendance.
L’euphorie sera de courte durée. Six mois après son sacre onusien, la guerre éclate à Beyrouth, sombre présage, le 13 avril 1975, dans la quinzaine qui voit la chute de Pnom-Penh et de Saigon, les deux bastions américains en Asie. A son corps défendant, Arafat s’y engouffre, puis inexorablement s’embourbe dans ce qui n‘était au départ qu’une guerre inter factionnelle et qui se transformera en première guerre civile urbaine de l’époque contemporaine. Les rebondissements de ce conflit à projection régionale et internationale vont faire voler en éclats, au fils de sept années (1975-1982), la cohésion libanaise, la cohabitation libano palestinienne et la solidarité arabe. Douze ans après le septembre noir jordanien (1970), où les bédouins du Roi hachémite s’étaient donnés à cœur joie contre les Fedayine palestiniens, les Israéliens se livrent, à leur tour, à une chasse aux Palestiniens, dans Beyrouth, haut lieu de la contestation arabe, assiégée sous le regard impavide des dirigeants arabes. Pour la deuxième fois de son existence, Yasser Arafat, au prix de prodiges diplomatiques et d’une résistivité à tout crin, se sort d’un siège militaire dans lequel voulaient l’enterrer ses ennemis. Les Etats-Unis, meilleurs alliés d’Israël dans le Monde, paient le tribut le plus lourd de la radicalisation du Proche-orient. En deux ans, 1982-1984, l’ambassade des Etats-Unis à Beyrouth Ouest, le quartier général des Marines, puis la mission américaine dans le réduit chrétien, seront tour à tour balayés par des attentats meurtriers, la cellule Moyen-orient de la CIA décapitée, de même que le quartier général des Français, ainsi que le quartier général phalangiste des milices chrétiennes.
Premier coup de semonce, Issam Sartawi, l’homme de l’ouverture pro-occidentale, est assassiné, puis, fait inconcevable à l’époque, deux des plus fidèles lieutenants d’Arafat -Abou Saleh et Abou Moussa- entrent en dissidence, plus grave encore, le chef de l’OLP, fait unique dans l’histoire, est expulsé de Syrie en juin 1983. Le président Assad ne décolère pas, malgré les bons offices de l’Algérie, du Sud Yémen et de l’Union soviétique. Par quatre fois cette année, Arafat est contraint, à l’automne 1984, de renoncer à convoquer le parlement palestinien en vue de se faire confirmer son leadership et éviter l’atrophie de la centrale palestinienne. Par crainte de scinder définitivement son mouvement, mais faute aussi de trouver l’hospitalité d’un pays pour y tenir ses assises. Une situation paradoxale pour un chef jadis incontesté d’une organisation reconnue par cent dix Etats. Paradoxale pour le symbole même de l’exil du peuple palestinien de se vouer à la recherche d’un refuge pour ses parlementaires en exil, cruelle ironie de l’histoire, illustration tragique du drame palestinien. L’invasion du Koweït par l’Irak, en 1990, fera fondre sur lui le souffle du boulet. Plutôt que de se ranger dans un camp conte un autre et accentuer la division du Monde arabe, Arafat choisira d’endosser le rôle de médiateur entre Saddam Hussein et le Roi Fahd d’Arabie, talonné par l’Egyptien Hosni Moubarak trop heureux par son activisme belliqueux de restaurer le rôle moteur de l’Egypte sur la scène diplomatique arabe et justifier sa fonction de sous traitant régional de la diplomatie américaine. L’homme, pour son audace, se verra gratifier du Prix Nobel de la paix, le 14 octobre1994, en compagnie des co-auteurs israéliens de l’accord d’Oslo, le premier ministre Itzhak Rabin et le ministre des affaires étrangères Shimon Pères. Conclu le 13 septembre 1993, l’accord d’Oslo devait conduire à l’autonomie de la bande de Gaza et la zone de Jéricho (Cisjordanie) avant de déboucher cinq ans plus tard sur la proclamation d’un Etat palestinien. Il ne tiendra pas un an.
II. La coupe jusqu’à la lie En 1995, Benyamin Netanyahu, le chef de Likoud, nouveau premier ministre israélien, freinera l’application de l’accord avant de le vider complètement de sa substance dans l’indifférence des pays occidentaux. En toute impunité. C’est une nouvelle descente aux enfers pour Yasser Arafat dont le Nobel sera de peu de poids face aux avanies que les alliés occidentaux d’Israël vont lui infliger régulièrement. Rien, absolument rien, ne sera épargné à celui que l’on a surnommé, parfois, à juste titre, «le plus célèbre rescapé politique de l’époque contemporaine», et ce prix Nobel de la Paix, un des rares arabes à se voir attribuer un tel titre, boira la coupe jusqu’ à la lie. C’est ainsi qu’à l’occasion des cérémonies marquant le 50eme anniversaire de la fondation des Nations Unies, Yasser Arafat, fraîchement auréolé des accords israélo-palestiniens d’Oslo et du Nobel de la paix (1993), celui qui symbolise pour la grande majorité des siens la renaissance du peuple palestinien, le symbole de la revendication nationale palestinienne, va être rabroué d’une cérémonie à New York, fin octobre 1995, comme un vulgaire intrus. Suprême infamie, l’interdit proviendra du sulfureux du Maire de New York, Rudolph William Louis Giuliani III, un italo-américain, au motif que les mains du dirigeant palestinien étaient souillées du sang d’américains. Comme si les américains n’avaient pas sur la conscience la mort de palestiniens. Comme si les américains n’avaient pas sur la conscience l’extermination des indiens d’Amérique, dont l’éradication a permis à ce fils d’immigrés italiens de prospérer à New York sur la terre de leurs ancêtres spoliés. Comme si des responsables américains n’avaient pas durant la Deuxième guerre mondiale, pour préparer le débarquement en Italie, pactisé avec la mafia d’origine italienne surchargée de sangs d’innocentes victimes américaines. Un autre dirigeant arabe, un chef fier, le président Soleimane Frangieh, débarquant à New York, en novembre 1974 pour parrainer la première grande campagne diplomatique de Yasser Arafat, avait eu droit à une fouille humiliante de la part de la brigade canine de l’office de lutte contre les stupéfiants. L’outrage fit du président libanais, le dirigeant politique arabe le plus résolument antiaméricain. Et cette tradition s’est perpétuée avec sa descendance. Au vu de ces expériences, il parlait difficile de blâmer ceux qui, à l’habit diplomatique, continuent de préférer le treillis. Loin s’en faut qu’il s’agisse d’une simple coquetterie vestimentaire. Fidel Castro, par exemple. Le dirigeant cubain, un des derniers survivants de l’épopée révolutionnaire de l’après guerre, a eu droit à une ovation de douze minutes pour cinq minutes d’intervention devant l’assemble générale de l’ONU à l’occasion du 50 me anniversaire de la fondation de l’organisation internationale, alors que le président William Clinton, pour un discours de 17 minutes n’a eu droit, en cette circonstance, qu’à des applaudissements de circonstance. La suite est connue et porte condamnation de l’Occident et de ses pratiques déshonorantes: la pression finale mise par Bill Clinton, en 1999, pour arracher un accord israélo-palestinien en vue de redorer la fin de son mandat éclaboussé par le scandale Monika Lewinsky. Décrié par ses ennemis, dénigré par ses faux frères arabes, Arafat, seul contre tous, face au déchaînement médiatique sur les prétendues offres généreuses de Ehud Barak, ne cédera pas, sur rien. Deux ans plus tard, les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyper puissance américaine mettent au goût du jour la thématique de la «guerre conte le terrorisme», une aubaine pour son implacable ennemi Ariel Sharon et son disciple américain George Bush qui diaboliseront à outrance Yasser Arafat pour en faire l’incarnation du mal absolu, quand bien même le commanditaire de l’opération, Oussama Ben Laden, le chef d’Al Qaïda, n’était autre que l’ancien sous traitant des américains, celui là même qui aura détourné vers l’Afghanistan des milliers de combattants musulmans pour faire la guerre aux soviétiques, les principaux alliés alors de Yasser Arafat du temps du siège de Beyrouth en 1982. 2003, l’invasion américaine de l’Irak offre à Ariel Sharon l’occasion de confiner Yasser Arafat dans sa résidence administrative, avec la complicité honteusement passive des pays occidentaux, et, toute honte bue, certaines des plumes les plus réputées du Monde arabe, tels des mercenaires de la presse, participeront à la curée. Calfeutré dans sa luxueuse résidence londonienne à l’abri du risque et du besoin, Jihad el Khazen, le plus en vue des journalistes pétro monarchiques, directeur du journal «Al-Hayat» et caution palestinienne du journal saoudien, réclamera ainsi la démission non du boucher de ses compatriotes palestiniens de Sabra-chatila, le général Ariel Sharon, ou de son complice George Bush, du trublion libyen ou des gérontocrates du Golfe, tous les fossoyeurs de la cause nationale arabe, mais, paradoxalement, la démission de Yasser Arafat, le chef assiégé du mouvement palestinien, celui là même qui était alors à portée des fûts des canons des chars israéliens, le symbole de sa résistance nationale, la légende vivante du combat arabe. Illustration pathologique de la décomposition mentale d’une fraction de l’élite intellectuelle arabe gangrenée par les pétrodollars monarchiques, sa prescription saugrenue est intervenue le 18 mai 2004 au lendemain de la destruction du camp palestinien de Rafah par l’aviation israélienne, moins d’un mois après les assassinats extrajudiciaires des chefs charismatiques du mouvement islamique palestinien Hamas, Cheikh Ahmad Yacine et Abdel Aziz Al-Rantissi. Elle lui vaudra de la part de l’étoile montante du journalisme arabe, l’éditorialiste vedette d’«Al-Qods Al-Arabi», Abdel Bari Atwane, un robuste rappel à l’ordre déontologique sur les règles élémentaires de la décence dans le combat politique.
Dix huit mois de réclusion n’entameront pourtant pas la volonté de résistance du chef palestinien, qui décédera le 11 novembre 2004, sans n’avoir cédé rien sur rien, sur aucun des droits fondamentaux de son peuple, pas plus sur le droit de disposer de Jérusalem comme capitale que sur le droit de retour de son peuple dans sa patrie d’origine. Mieux, comme un intersigne du destin, son bourreau, Ariel Sharon, sera réduit, treize mois plus tard, le 5 janvier 2006, à un état végétatif de mort-vivant, transformé en «légume» selon le jargon médical, plongé dans un coma, à l’image de sa politique belliciste. Sa stature sans commune mesure avec son terne successeur, Mahmoud Abbas, un bureaucrate affairiste sans envergure, sans charisme, hante toujours la conscience occidentale, cinq ans après sa mort. Elle conduira les dirigeants occidentaux, sans crainte du ridicule, à de pathétiques contorsions: Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat américain, en tournée au Moyen-Orient, de même que son prédécesseur républicain Condoleeza Rice, tel un rituel immuable, fleurissent régulièrement à chacun de leur passage à Beyrouth la tombe de Rafic Hariri, l’ancien premier ministre libanais assassiné, mais persistent à négliger à leur passage à Ramallah (Cisjordanie), le mausolée de Yasser Arafat. Il en est de même de Nicolas Sarkozy, autoproclamé «ami du peuple palestinien», qui contournera Ramallah, le siège du pouvoir légal palestinien, pour rencontrer Mahmoud Abbas à Jéricho, lors de son voyage en juin 2008. Comme si un Prix Nobel de la Paix palestinien constituait une monstruosité infamante, comme si le porte étendard de la revendication nationale palestinienne était pestiféré même au delà de la mort. Qu’il est dérisoire de contourner sa conscience par un chemin de traverse. Pathétique de se voiler la face devant ses propres forfaitures: George Bush et Condoleeza Rice ont rejoint depuis belle lurette les oubliettes de l’histoire et leur compère Ariel Sharon a déserté depuis longtemps la mémoire des hommes, mais le mausolée de Yasser Arafat trône, lui, toujours devant le siège de l’autorité palestinienne, objet de l’hommage régulier de tout un peuple, comme une marque de gratitude indélébile à l’égard de son combat pour la renaissance de la nation palestinienne.
Au hit parade du leadership palestinien, Yasser Arafat pâtissait de l’aspect théâtral de certains de ses comportements, et sur ce créneau là, Abou Ammar était supplanté par deux personnalités aussi discrètes qu’efficaces: Georges Habbache, le charismatique dirigeant de l’organisation marxisante Front populaire de Libération de la Palestine, à la voix de stentor, d’une rigueur de vie exemplaire, le médecin des pauvres d’où son surnom «Al Hakim», l’ancien chef du mouvement nationaliste arabe, tombeur du protectorat britannique d’Aden (Yémen du sud), et Khalil Wazir, alias Abou Jihad, commandant en chef adjoint de la guérilla palestinienne, et, à ce titre, l’animateur clandestin de l’Intifada palestinienne. Mais Yasser Arafat focalisera à lui seul la totalité de l’ostracisme israélo américain, concentrant sur sa personne les vexations infligées à travers lui au peuple palestinien, sans doute en raison du fait qu’il passera à la postérité pour avoir été l’homme sans lequel la Palestine aurait été rayée de la carte du monde. L’implosion politique de Mahmoud Abbas, le 5 novembre 2009, à six jours de la commémoration décès de Yasser Arafat justifie a posteriori le scepticisme du chef historique des Palestiniens à l’égard des pays occidentaux et porte condamnation de la complaisance de son successeur à l’égard de la duplicité occidentale, en même temps qu’elle révèle la servilité de la diplomatie américaine et de son chef, Hillary Clinton, secrétaire d’état, à l’égard d’Israël. Carbonisé par ses atermoiements dans l’affaire du rapport Goldstone sur Gaza et par la rebuffade américaine à propos des colonies de peuplement, la renonciation de Mahmoud Abbas à une nouvelle mandature présidentielle apparaît d’autant plus cruellement pathétique qu’elle s’est accompagnée d’une cinglante leçon de courage que lui ont asséné de jeunes palestiniens en opérant, non sans risque, une percée dans le mur d’apartheid à l’occasion de la commémoration du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, une action qui a retenti comme un camouflet à Mahmoud Abbas et à Israël , un défi à la léthargie des instances internationales, un cadeau posthume à Yasser Arafat, initiateur de la lutte armée palestinienne. L’Etat palestinien qui se profile désormais inéluctablement à l’horizon, compensation au rabais des turpitudes occidentales à l’égard du peuple palestinien innocent, retentit aussi rétrospectivement comme le triomphe posthume de Yasser Arafat, un hommage rétroactif au combat du chef historique du mouvement national palestinien, un hommage au porteur du keffieh palestinien, le symbole de l’identité palestinienne, promu désormais au rang de symbole universel du combat contre l’oppression.
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René Naba est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. Articles de René Naba publiés par Mondialisation.ca | |

Sur le plan africain, toutes les guerres qui s'y jouent, leurs ficelles sont menées par les grands tenants de marionnettes de part le monde, par les dirigeants d'un Occident raciste, colonisateur et usurpateur, qui a recours à ses liges, implantés sur place, pour mener son Jeu ! Affamer les Africains et extirper leurs trésors, est le critère. Est-ce cela la réconciliation de tous ces leaders-imposteurs, pour mener un Jeu autre, mieux performé pour contraindre, harceler et opprimer davantage ? Susciter des guerres entre les communautés locales est devenu traditionnel, à ne citer que : la création d'un problème Berbère en Algérie, pour scinder le pays ; celle du Darfour, où toute la communauté presque est "porteuse" du Qur'ân, le connaissant par cœur ; ou celle entre les minorités coptes ou chrétiennes et les grandes majorités musulmanes en Egypte et ailleurs. De quelle réconciliation s'agit-il ?
Sur le plan christianisme, de quelle réconciliation peut-on parler ? Toutes les églises, dont le nombre dépasse les trois cent bifurcations, tous membres du Conseil Œcuménique des Eglises, se font la guerre dans leur course fanatique de l'évangélisation du monde... Est-ce la réconciliation de tous ces frères séparés sur des problèmes de fond, de credo, pour en faire l'Eglise Universelle, qui est désigné ? Est-ce pour chanter à l'unisson en une seule évangélisation, pour mieux essorer les peuples africains et leur imposer une inhumaine inculturation, une foncière infiltration pour mieux soustraire leurs entrailles et mener leur complète éradication ? Le rôle infâme de l'Eglise et son intervention meurtrière dans le Rwanda, où des « pères » et des « sœurs » s'avérèrent être des incendiaires, en attisant les flammes dans des hangars fermés, pleins d'africains réfugiés, n'est point oublié ! Pour ne rien dire de l'autre rôle infâme de l'Eglise et l'affaire du préservatif, causant la mort de milliers d'africains contaminés du Sida ? Réconciliation de qui ou de quoi, de nouveaux assassins, ou d'un néo-colonialisme ?!
Sur le plan de la guerre menée par le Vatican contre l'Islam, nul n'ignore la rage obsessionnelle avec laquelle il marche tel "un rouleau compresseur" (d'après le Monde) sur l'Islam pour l'éradiquer. Nul n'ignore l'arsenal de moyens mis en action pour anticiper cette éradication. Un éventail dont l'étendue va des membres du clergé, à tous les laïcs, en passant par les innombrables Missions, Organisations, Institutions, mass média, Internet, hommes politiques, touristes, bref, officiellement : aucun chrétien n'échappe à cette participation imposée à tous les adeptes par le Concile Vatican II. Inutile d'ajouter qu'on trouve aussi une jeunesse missionnaire et, pire encore, des enfants missionnaires, ce qui révèle une hystérie obsessionnelle ! Même les nouvelles technologies de communication ne font pas exception, et leur utilisation est au service du magistère de l'Eglise, pour développer une culture d'évangélisation, et imposer "la seule parole susceptible de sauver l'homme", comme le pape ne cesse de le répéter de vive voix ou par écrit. Va-t-il enfin réconcilier foi et raison pour admettre que ces musulmans, qu'il veut arracher à leurs croyances, ont le droit d'aimer et de tenir ferme à leur religion ?! Drôle de réconciliation qui ne va point de paire avec la furie de la nouvelle évangélisation qu'il impose!
Il ne serait point superflu de rappeler, ici, les travaux de recherches de l'Institut Westar, aux Etats-Unis, sous le titre de "Jesus Seminar", où plus de deux cent professeurs spécialistes des Textes bibliques, se sont réunis durant des années, et ont finit par prouver que 82 % des paroles attribuées à Jésus, il ne les a pas prononcées, et que 86 % des actes qui lui sont attribués, il ne les a point commis ? Avec des Textes à ce point manipulés, on n'a pas le droit d'outrager un Texte Révélé, la Vraie Parole de Dieu demeurée intacte depuis sa Révélation jusqu'à nos jours, pour imposer des credo formés à travers les Conciles, le long des siècles. Il suffit ici de rappeler tous les efforts qui se mènent, de la part de d'Eglise, depuis des siècles, pour manipuler le Qur'ân. D'un côté, ils s'épuisent à émietter la langue arabe, d'un autre côté, à vouloir coûte que coûte "lire le Qur'ân en utilisant les méthodes de la critique littéraire moderne"… le lire "selon la méthode de l'analyse rhétorique !
Est-il nécessaire de montrer que tous les procédés d'analyse auxquels l'Occident est parvenu dans ses études linguistiques, sont en rapport direct avec ses langues, d'origine latine, alors que l'arabe est une langue sémitique ? Comment peut-on se permettre une dérive pareille à moins que le but ne soit un sabotage prémédité, à ne citer que le travail qu'assume l'Institut Oasis et tant d'autres ?!
Tel qu'on le voit, dès le titre, cette Assemblée semble être réunie pour une raison tout à fait différente que cette prétendue "réconciliation", et je n'ajoute même pas le reste du titre parlant de paix. Car quelle paix peut-il y avoir quand on fait face aux néo Conquistadors et au néo colonialisme" ?
La réponse ne se laisse point attendre sur le vrai but de cette Assemblée. Il est révoltant de lire, le 27 octobre, sur un des sites vaticanais, que les Pères synodaux, à la fin de leur réunion, "rendent grâce à Dieu pour l’abondance des ressources naturelles de l’Afrique". Que viennent faire ici les ressources naturelles ? Tristes remerciements, puisque c'est pour une raison économico-politique que cette Assemblée "religieuse" s'est réuni, car il est dit nettement : "Les ressources minières africaines valent 46 200 milliards de dollars" et qu' "avec 12% de cette somme, l’Afrique pourrait financer la construction d’infrastructures au niveau européen". Ce qui pose d'emblé le vrai but escamoté sous un titre fallacieux, car il s'agit d'une proie bien grasse à s'accaparer !
D'après une enquête publié par David Beylard, économiste congolais, sur “Les Afriques” (revue économique panafricaine), il s'avère que le montant total des richesses africaines serait de l’ordre de 46 200 milliards de dollars, note-t-il : “La valeur financière des gisements africains de matières premières, jusque-là découvertes, est de 46 200 milliards de dollars ! Pourquoi l’Afrique ne réussit-elle pas à valoriser une semblable richesse qui équivaut à 13 fois le rendement annuel de la Chine ? Un patrimoine largement suffisant pour transformer le continent en une des premières puissances mondiales”. Ce manque du développement de l’Afrique, dans son ensemble, demeure le modèle économique fondé sur des finances spéculatives, que l'Occident ethnocentriste et usurpateur sait bien mener. Voilà un exemple que l'auteur ne manque pas d'avancer :
“Des sociétés minières sans moyens conséquents, parfois sans personnel, ni bureaux, appartenant à des actionnaires anonymes, immatriculées dans des paradis fiscaux, parviennent, avec force promesses et mises en scène, à convaincre des gouvernements africains de leur confier des concessions minières gigantesques. Une fois le contrat en poche, ces sociétés se précipitent sur des bourses peu regardantes, généralement canadiennes, pour valoriser leurs titres africains et empocher de coquettes plus values avant même qu’un seul gramme de minerai ne soit extrait de la concession qui leur a été confiée”..
Ce qui veut dire qu'en pratique, on crée sur la carte une richesse garantie par les ressources africaines, sans que celles-ci soient réellement exploitées et, ce qui plus est, sans qu’elles apportent de réels bénéfices aux vrais propriétaires, aux africains. Une situation plus que scandaleuse, quand on pense que le système financier international, vraie sangsue discriminatoire, continue d’exiger le paiement des intérêts accumulés sur les dettes contractées par les pays africains, par l'intermédiaire de leur Institution le Fond Monétaire International !
A quoi il ne serait pas inutile d'ajouter cette citation tirée d'une des interventions de l'Assemblée : "Selon une étude effectuée par une société de consultation spécialisée dans les investissements en Afrique, il y a dans le continent africain 10 millions de gisements de matières premières (aussi bien dans la terre ferme qu’en mer), mais seulement 100 000 sont exploités. 9 millions 900 mille gisements, soit 90% du total, ne sont pas mis en valeur. Bien plus, elles sont connues et même cataloguées dans une banque de données, qui se targue des technologies satellitaires et informatiques les plus avancées".
Il n'est donc pas étonnant de lire comme conclusion finale de cette Assemblée : "Pour sa part l’Église cherchera à instituer dans les différentes nations du continent un système de formation dans la gestion des ressources naturelles”. Ce qui veut dire : plus d'interférence, plus d'ingérence, pour mieux s'accaparer de ces ressources-aubaines !
Ce n'est donc ni à une réconciliation ni à une paix quelconque qu'on a affaire, mais à un double néo-colonialisme. Un néo-colonialisme économique, vécu, et qui sera davantage mené dans une exploitation anarchique des ressources naturelles masquant le pillage planifié des richesses ; et un néo-colonialisme moral, qui consiste à maintenir les pays africains sous perfusion financière, moyennant une aliénation éthico politique, en imposant aux peuples africains les critères du dévergondage européen, débridé, poussés à l'extrême, systématisés par des instances diverses.
A ceux qui se demanderaient : comment le Vatican, la plus puissante Institution religieuse au monde, se lancerait-il dans une aventure aussi ignominieuse qu'inhumaine ? Il suffit de voir annoncé qu'en 2002, le déficit consolidé du Vatican s'élevait à 13.5 millions d'Euros, et cela malgré ses revenus inimaginables. Mais il suffit de lire ce que Tony Bushby écrit sur "The Papal Billions", de penser à l'affaire de la Banque Ambrosiano, pour voir à quel degré s'étend la corruption maffieuse dans cette cité, ce reliquat des anciens Etats Pontificaux et de la controverse dite "la question romaine". Un Etat crée le 11 février 1929, comme représentation temporelle du Saint-Siège, dont la seule et unique raison d'être est cette immuable volonté de maintenir les deux épées à n'importe quel prix, quitte à éradiquer les peuples de tout un Continent !
Il y a des conclusions à tirer et des rapprochements à faire voir l’article l’entretien que le pape Benoît XVI a accordé à M. François Fillon qui a été reçu par le Vatican comme un chef d'Etat. Lors de cette rencontre historique le Vatican affirme son intention de poursuivre sur "la bonne voie du dialogue et de la collaboration entre Paris et le Vatican", et les deux interlocuteurs abordèrent les questions internationales, à savoir : la situation au Proche-Orient et dans quelques pays africains, avec une référence au "Synode pour l'Afrique" qui se déroule actuellement au Vatican. A quoi s'ajoute l'Encyclique "Caritas in Veritate", son influence et son contexte en ce qui concerne la crise économique et les nouvelles règles à établir pour la bonne marche de l'économie, spécialement à l'égard des pays les plus pauvres.
N’est-ce pas le signe de la fin de la Paix Clémentine ou paix de l’Eglise dans l’espace laïc national et le renouveau de la Pax Romana dans l’espace des autres : exporter les contradictions internes vers l’extérieur soumis au feu du canon et à la devise des légionnaires : « soumettez ceux qui résistent et domptez les superbes » des pays d’Afrique et d’Asie.
Zeinab ABDELAZIZ 5 / 11 / 2009
http://liberation-opprimes.net/
«Doutez de tout et surtout de ce que je vais vous dire.»
Bouddha
Pour en comprendre les enjeux, voici un extrait du chapitre 2 de Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Fayard, 2001 et 2007).
Le conflit se noue (1917-1939)
Un monde s’effondre. La première guerre mondiale entre dans sa dernière année. Des empires séculaires, celui des Ottomans - le turc -, l’empire austro-hongrois, n’y survivront pas. La Russie tsariste est déjà morte et les bolcheviks s’apprêtent à prendre le Palais d’hiver et à instaurer un régime dont la durée de vie coïncidera avec ce que les livres d’histoire désignent comme le XXe siècle. Nous sommes le 2 novembre 1917 et lord Arthur James Balfour, ministre du puissant empire britannique, met la dernière touche à sa lettre. Hésite-t-il un instant à y apposer son paraphe ? Est-il saisi d’une sombre prémonition ? Sans doute pas, car le texte, plus connu sous le nom de « déclaration Balfour », a été longuement débattu par le gouvernement de Sa Majesté. Celui-ci déclare qu’il « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif ». La déclaration qui, dans une première version, évoquait « la race juive », précise que, pour la réalisation de cet objectif, « rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays ». Comment créer un foyer national juif sans affecter les populations locales arabes ? Cette contradiction, la Grande-Bretagne ne pourra jamais la résoudre et elle sera à l’origine du plus long conflit qu’ait connu le monde contemporain.
La lettre de Balfour est adressée à lord Walter Rothschild, un des représentants du judaïsme britannique, proche des sionistes. Qu’est-ce que le sionisme ? J’y reviendrai dans le prochain chapitre. Bornons-nous pour l’instant à dire que ce mouvement réclame « la renaissance nationale du peuple juif » et son « retour » sur la terre de Palestine. La déclaration Balfour répond à plusieurs préoccupations du gouvernement de Londres. Alors que la guerre s’intensifie sur le continent, il s’agit de se gagner la sympathie des juifs du monde entier, perçus comme disposant d’un pouvoir considérable, souvent occulte. Cette vision, ironie de l’histoire, n’est pas éloignée de celle des pires antisémites qui détectent, partout, « la main des juifs ». Le premier ministre britannique de l’époque évoque dans ses Mémoires la puissance de « la race juive », guidée par ses seuls intérêts financiers, tandis que Lord Balfour lui-même avait été le promoteur, en 1905, d’un projet de loi sur la limitation de l’immigration en Grande-Bretagne, qui visait avant tout les juifs de Russie. Mark Sykes, un des négociateurs des accords qui partagèrent le Proche-Orient en 1916, écrivait à un dirigeant arabe : « Croyez-moi, car je suis sincère lorsque je vous dis que cette race [les juifs], vile et faible, est hégémonique dans le monde entier et qu’on ne peut la vaincre. Des juifs siègent dans chaque gouvernement, dans chaque banque, dans chaque entreprise. »
La déclaration Balfour s’adresse particulièrement aux juifs américains, soupçonnés de sympathie pour l’empire austro-hongrois, et aux juifs de Russie, influencés par les organisations révolutionnaires qui ont renversé le tsar au printemps 1917. Nombreux sont favorables à ce que la Russie signe une paix séparée. Londres espère éviter ce « lâchage ». Balfour évoque même la mission qui serait confiée aux juifs en Palestine : faire que les juifs du monde se comportent « convenablement » ! Ce calcul échouera puisque, dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917, les insurgés bolcheviks s’emparent du pouvoir à Petrograd et appellent à la paix immédiate.
Mais la Grande-Bretagne, en confortant le mouvement sioniste, vise un objectif plus stratégique, le contrôle du Proche-Orient. Le dépeçage des vaincus est négocié entre Paris, Londres et Moscou, alors même que la victoire n’est pas acquise. En 1916, sont signés entre Paris et Londres, puis ratifiés par le tsar, les accords connus sous le nom de Sykes-Picot (Mark Sykes et Georges Picot sont deux hauts fonctionnaires, l’un britannique l’autre français) qui définissent les lignes de partage et les zones d’influence au Proche-Orient. Pour Londres, la Palestine « protège » le flanc est du canal de Suez, ligne vitale entre les Indes, le fleuron de l’empire, et la métropole. Le parrainage accordé au sionisme permet au gouvernement britannique d’obtenir un contrôle total sur la Terre sainte.
Mais les Britanniques ne se sont pas contentés de promesses au mouvement sioniste, ils en ont fait aussi aux dirigeants arabes. Le calife ottoman (il exerce son autorité sur les territoires arabes du Proche-Orient et il est « le commandeur des croyants ») s’est joint en 1914 à l’Allemagne et à l’empire austro-hongrois. Il a même lancé un appel à la guerre sainte contre les infidèles. Pour riposter, Londres suscite une révolte des Arabes contre l’empire ottoman, animée par un dirigeant religieux, le chérif Hussein de La Mecque. En échange, Hussein obtient l’engagement britannique d’appuyer l’indépendance des Arabes. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient... Comment, en effet, concilier l’indépendance arabe et la création d’un foyer national juif ? La révolte arabe deviendra célèbre dans une version bien déformée forgée par un des agents britanniques qui y jouèrent un rôle capital, Thomas E. Lawrence, dit Lawrence d’Arabie. Ce récit, « Les Sept piliers de la sagesse », sera porté au cinéma par David Lean et Peter O’Toole dans le rôle de Lawrence.
Le Proche-Orient sera donc partagé entre la France et la Grande-Bretagne. Créée en 1920, la Société des Nations (SDN), l’ancêtre des Nations unies, ne regroupe alors que quelques dizaines d’Etats, pour l’essentiel européens. Elle invente le système des « mandats » que la charte de la SDN définit comme suit : « Certaines communautés, qui appartenaient autrefois à l’Empire ottoman, ont atteint un degré de développement tel que leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement, à la condition que les conseils et l’aide d’un mandataire guident leur administration jusqu’au moment où elles seront capables de se conduire seules. » Ainsi des peuples considérés comme « mineurs », auraient besoin de tuteurs pour accéder, un jour peut-être, à la majorité...
Le 24 juillet 1922, la SDN octroie à la Grande-Bretagne le mandat sur la Palestine. Le texte prévoit que la puissance mandataire sera « responsable de la mise à exécution de la déclaration originairement faite le 2 novembre 1917 par le gouvernement britannique et adoptée par [les puissances alliées], en faveur de l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif ». Les fils du chérif Hussein, étroitement contrôlés par Londres, s’installent sur les trônes d’Irak et de Transjordanie (pays créé par les Britanniques à l’Est du Jourdain), tandis que les territoires libanais et syrien tombent dans l’escarcelle de la France. L’Egypte, formellement indépendante depuis 1922, reste sous occupation britannique.
Tous les acteurs du drame palestinien sont en place : la puissance dominante, la Grande-Bretagne, qui souhaite maintenir son contrôle sur une région stratégique, riche en pétrole dont le rôle économique et militaire grandit ; le mouvement sioniste, fort de son premier grand succès diplomatique, et qui organise l’immigration en Palestine ; les Arabes de Palestine, que l’on ne désigne pas encore sous le nom de Palestiniens, et qui commencent à se mobiliser contre la déclaration Balfour ; enfin, les pays arabes, pour la plupart sous influence britannique et qui vont s’impliquer graduellement dans les affaires palestiniennes.