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Environnement Protection des patrimoines

Deux modèles opposés pour le fleuve San Francisco

Posté le 27.01.2008 par djamazz
Deux modèles opposés pour le fleuve San Francisco

par Raúl Zibechi

Mondialisation.ca, Le 25 janvier 2008
Américas Program IRC

Le jeûne d’un évêque du Nordeste [1], de l’État de Bahia, cherche à attirer l’attention sur un des chantiers qui auront les plus grands impacts environnementaux et sociaux dans le Brésil de Lula.

« Pour l’amour du fleuve, pour l’amour du peuple riverain du San Francisco et du peuple du Nordeste », dit l’évêque de Barra âgé de 61 ans, Luiz Flavio Cappio. « Je suis en train de faire ce jeûne ». « Ce que Monseigneur Cappio revendique est simple et démocratique - dit Frei Betto [2], qui a fait partie du gouvernement de Lula da Silva -, que le gouvernement débatte de ce projet avec la société, surtout avec les riverains du fleuve San Francisco ».

Leonardo Boff [3], quant à lui, est à la tête d’un manifeste dans lequel il signale : « Nous rejetons l’actuel projet du gouvernement fédéral de dérivation du fleuve San Francisco » car « il n’est pas démocratique, puisqu’il ne démocratise pas l’accès à l’eau pour les personnes qui ont soif dans la région semi-aride ».

Le président Lula affirme que les travaux apporteront de l’eau à 12 millions de pauvres et qu’« entre l’évêque et les pauvres, je suis du côté des pauvres ». Son ministre de l’Intégration nationale, Geddel Vieira, accuse l’évêque d’être « l’ennemi numéro un de la démocratie ». C’est la première fois que les mouvements sociaux et d’éminents intellectuels se heurtent frontalement à Lula, sur un sujet qui ne permet pas deux lectures.

Le 27 novembre, l’évêque de Barra, dans l’État de Bahia, débutait sa deuxième grève de la faim contre le détournement du fleuve San Francisco. La première, il l’avait faite pendant 11 jours en 2005, pour les mêmes raisons mais il avait décidé d’y mettre un terme suite à l’engagement du gouvernement de Lula d’interrompre les travaux et d’ouvrir un débat avec la société. Une fois Lula réélu, fin 2006, la mise en œuvre du projet se poursuivit, toujours sans débat national.

Le jeûne de l’évêque a mobilisé la société civile. Cinq mille eprsonnes ont manifesté, à l’appel de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) et du Mouvement Sans Terre (MST), jusqu’à la localité de Sobradinho, sur les bords du fleuve où Cappio réalisa son jeûne. Les démonstrations de solidarité sont venues de tout le Brésil : étudiants, paysans, affectés par des barrages hydroélectriques, étudiants, féministes, syndicalistes, religieux et religieuses.

Le 11 décembre, le Tribunal régional fédéral de la 1ère Région a accepté une requête du ‘Conseil régional de recours hydriques’ et a ordonné de paralyser les travaux débutés en juillet par l’armée. Ce jour-là, la Conférence nationale des évêques se réunissait avec Lula. Face au manque de réponse favorable, le 14, elle a publié un communiqué d’appui au jeûne et à la prière de l’évêque.

Le 20 décembre, l’évêque a mis fin à son jeûne. Selon l’agence Adital, l’évêque Cappio est arrivé à la messe en chaise roulante et il a lu une lettre expliquant sa décision : « Après ces 24 jours, je termine mon jeûne, mais pas ma lutte qui est aussi la vôtre, qui est la nôtre. Nous avons besoin d’élargir le débat, de diffuser la véritable information, de faire croître notre mobilisation. Jusqu’à faire échouer ce projet de mort et conquérir le vrai développement pour la région semi-aride et le São Francisco ».

Le fleuve de « l’intégration nationale »

Le 26 septembre 2005, date de l’anniversaire du San Francisco, l’évêque Cappio – appartenant à l’ordre des Franciscains – commençait sa première grève de la faim ; il n’ingérait que de l’eau et une hostie par jour dans la chapelle de Cabrobó, dans l’État de Pernambuco. Ce n’était pas sa première action en faveur du fleuve. Le 4 octobre 1992, pour alerter les riverains des symptômes de mort du fleuve, le religieux avait entamé un pèlerinage de six mille kilomètres de l’origine à l’embouchure, qui lui avait pris un an et qui a été retranscrit dans le livre « El Rio San Francisco. Una caminata entre la vida y la muerte » (« Le Fleuve San Francisco. Une longue promenade entre la vie et la mort ») [4].

Le fleuve naît dans l’État de Minas Gerais (d’où il tire 75% de son débit), voisin des États de São Paulo et de Río de Janeiro, il traverse le Planalto et pénètre dans Bahia, en plein Nordeste, pour déboucher, après avoir parcouru 2 800 kilomètres, dans l’océan Atlantique, entre les États de Alagoas et de Sergipe. Il fut baptisé en 1501 par Amérigo Vespucci. En 1994, lors de la ‘Caravane pour la citoyenneté’ le long du fleuve San Francisco réalisée par Lula, le père Luiz Cappio fut présenté par son professeur de théologie, Leonardo Boff, à celui qui était alors candidat à la présidence.

Il s’agit d’un fleuve emblématique. Il fut baptisé comme « fleuve de l’intégration nationale » car il traverse plusieurs régions, unit des États distants tels que les riches du sud-est et les plus pauvres du nord, et il traverse des zones de différentes cultures : des régions industrielles, à la population majoritairement blanche et de classe moyenne, aux zones indigènes, afrobrésiliennes (quilombolas [5]) et paysannes.

L’objectif du détournement des eaux du fleuve San Francisco, qui seraient transvasées vers d’autres bassins, est celui d’apporter de l’eau dans une zone semi-aride comme celle du Nordeste, où la population souffre de pénurie pendant la période de sécheresse. Selon Lula, les travaux bénéficieront à quelques 12 millions de personnes de 391 municipalités dans quatre États (Pernambuco, Paraiba, Río Grande do Norte et Ceará).

Les critiques, y compris celles de plusieurs institutions officielles, affirment que les travaux sont trop chers : environ 3 milliards de dollars. Des travaux de cette envergure attirent « le commerce de l’eau », c’est-à-dire les entreprises qui construisent et investissent dans le secteur. L’Agence nationale des eaux, un organisme officiel, prétend qu’il existe des alternatives pour fournir en eau la population de la région sèche. Sur la base de ses propres études, elle suggère la réalisation de 530 petits et moyens chantiers qui peuvent approvisionner 1 356 municipalités de neuf États et 34 millions de personnes, avec un coût de seulement 3,6 milliards de réales contre les 6,6 milliards que demande le détournement.

Thomaz da Mata Machado, président du Comité du Bassin du fleuve San Francisco, affirme que le projet de détournement ne résoudra pas le problème de la sécheresse dans le Nordeste, comme l’affirme Lula. Au contraire, « elle concentre l’eau où il y en a déjà », au barrage de Castanhao, dans l’état de Ceará, où arrivera 85% des eaux transvasées. « On ne résout pas le problème en concentrant l’eau mais en la distribuant. Le projet n’apporte pas d’eau à la population dispersée ni aux petites villes. La transposition est un projet de l’élite du Ceará pour le développement économique ». [6]

Mais l’accusation la plus grave est que le projet « prétend utiliser de l’argent public pour favoriser les entreprises sous contrat, le commerce de l’agriculture, pour privatiser et concentrer dans les mains de certains – toujours les mêmes - les eaux du Nordeste, des grands réservoirs, additionnées à celles du fleuve San Francisco. » [7] Ces critiques affirment que 71% des eaux qui seront transvasées passeront loin des zones qui en ont le plus besoin, et que 87% de ces eaux seront destinées aux activités économiques hautement consommatrices en eau : culture d’arbres fruitiers par irrigation, élevage de crevettes et sidérurgie, toutes destinées à l’exportation.

De plus, des millions de pauvres qui vivent sur la rive du fleuve et qui survivent de la pêche et de l’agriculture familiale, seront lésés. En réalité, ils le sont déjà, car le fleuve San Francisco a été fragilisé par des travaux et des barrages comme celui de Sobradinho, très proche du lieu où l’évêque Cappio a réalisé son second jeûne. Les habitants demandent la revitalisation du fleuve, ce qui va à l’encontre du transvasement de ses eaux.

Mouvements, Église et gouvernement

« Ecoutez président, j’ai lutté ma vie entière pour vous voir assis là. Mais, malheureusement, après que Monsieur soit arrivé au pouvoir, il s’est transformé en otage des grands groupes économiques du Brésil et de l’étranger. Aujourd’hui, il est otage du capital. Il rejette ses origines. Il rejette le peuple qui l’a élu pour être le président des pauvres de ce pays », a affirmé Cappio à Lula lorsqu’il lui rendit visite à Brasilia il y a deux ans. [8]

Le ministre de Lula, Geddel Vieira, du Parti du Mouvement Démocratique (PMDB), a accusé l’évêque de « fondamentalisme » [9]. Il a dit qu’il refuse le dialogue, qu’une démocratie ne doit pas se plier devant le chantage d’un individu et qu’« ignorer les institutions, dans une démocratie, est un pêché mortel ». Il va plus loin : il l’accuse de faire du « terrorisme symbolique ». Une bonne partie de l’opinion publique et des intellectuels brésiliens soutiennent cette accusation [10].

Ceux qui soutiennent Cappio ne sont pas restés en marge. Le MST a lancé des mobilisations dans tout le pays, tout comme la Vía Campesina, la CPT et d’autres mouvements. La Commission nationale des évêques, l’autorité suprême de l’Église catholique, a publié un communiqué le 14 décembre : « Nous invitons les communautés chrétiennes et les personnes de bonne volonté à s’unir par le jeûne et la prière à don Luiz Cappio, pour sa vie, sa santé et par solidarité avec la cause qu’il défend » [11]. La lettre de la Conférence est arrivée à un moment opportun, lorsque le Vatican et les secteurs conservateurs de l’Église faisaient pression sur Cappio pour qu’il mette fin à son jeûne.

L’Église catholique a joué un rôle très important dans la résistance à la dictature militaire installée en 1964, et elle continue à défendre des causes progressistes aux côtés des mouvements sociaux. La Conférence a déclaré qu’un « gouvernement démocratique » doit accepter la décision judiciaire d’interrompre les travaux et a conclu : « Don Luiz Cappio met en lumière le choc entre deux modèles opposés de développement : d’un côté, le modèle participatif et défendable, qui valorise l’agriculture familiale et la préservation de la nature ; de l’autre, celui qui privilégie le commerce de l’agriculture et de l’eau, avec de sérieux préjudices environnementaux et sociaux, car il exploite le peuple et détruit les fleuves et les forêts. »

Boff rappelle à Lula que la manière dont ont été décidés les travaux est « arbitraire et autoritaire ». Le Congrès n’a pas été consulté comme le prévoit la Constitution et il existe 14 plaintes judiciaires qui démontrent des illégalités et des irrégularités encore non jugées par le Tribunal suprême fédéral. « Mais le gouvernement – dit Boff – a déployé l’armée pour débuter les travaux, abusant du rôle des forces armées, en militarisant la région ». Il termine sa lettre - manifeste en disant que l’alternative de Lula est fausse : « La véritable alternative est : entre les pauvres et le commerce de l’eau, nous sommes du côté des pauvres ».

Betto s’interroge : « Qui a vu un gouvernement faire un chantier de taille en faveur des pauvres ? ». Il se souvient que dans le Programme « Faim Zéro » [12] – auquel Betto participa – la construction d’un million de citernes était prévue pour capter les eaux de pluie dans le Nordeste mais seules 216 mille ont été construites. Il se souvient que le Parti des Travailleurs (PT), lorsqu’il était dans l’opposition, avait exprimé son désaccord avec le projet, mais lorsqu’il arriva au gouvernement il changea d’opinion. « Il changea pour se déguiser en parti des pauvres et de l’éthique. Il changea pour ressembler davantage à ses adversaires politiques » [13].

Les erreurs du gouvernement – la plus grave fut l’article du ministre Geddel Vieira, et l’intransigeance de Lula lorsque les évêques lui rendirent visite – ont modifié la situation. La lettre des évêques a constitué un tournant puisque le gouvernement n’est pas parvenu à isoler Cappio. Immédiatement, des « jeûnes solidaires » ont commencé dans les lieux les plus divers du pays. L’évêque est disposé à arriver jusqu’au bout. « Celui qui part pour la guerre est préparé pour lutter. Je suis préparé », a-t-il dit.

Lula n’avait jamais affronté une telle situation. Il peut faire quelque mauvais tours qui lui permettent de gagner cette bataille. Mais à long terme, il semble avoir perdu car, comme dit l’évêque Tomás Balduino, dirigeant de la CPT, « Lula a réalisé l’exploit historique de diviser la société brésilienne ». De cette division naît « une très belle union, qui grandit petit à petit comme une boule de neige à partir des rives du San Francisco. Il s’agit de la population pauvre et croyante qui se dirige, empressée, vers la chapelle de San Francisco pour recevoir la bénédiction de frère Luiz Cappio » [14].

Balduino croit, et il ne lui manque pas de raisons pour cela, que de la religiosité des plus pauvres, héritiers d’Antonio Conselheiro [15], « est en train de surgir une nouvelle conscience par l’intermédiaire des discussions, des promenades, des célébrations publiques et des pèlerinages autour du sanctuaire » où Cappio a fait son jeûne.
Notes:

[1] [NDLR] Couvrant 1 million de km² et représentant 12% du territoire national brésilien, la région du Nordeste comprend huit États et compte une population de trente millions d’habitants. Aujourd’hui, le Nordeste est souvent synonyme de pauvreté et de malnutrition.

[2] [NDLR] Frère dominicain brésilien, théologue de libération,a été récemment conseiller spécial du président Lula et coordinateur de la mobilisation sociale dans le cadre du programme Faim zéro.

[3] [NDLR] Théologien et écrivain brésilien.

[4] Brasil de Fato, p. 4.

[5] Au Brésil on appelle quilombolas les descendants d’esclaves noirs qui pour se libérer ont fui et se sont réfugiés dans des quilombos ou des républiques de noirs libres. La plus célèbre et la plus connue fut Palmares (1630-1695) qui eut avec Zumbí son leader le plus célèbre.

[6] Folha de Sao Paulo, 15 décembre 2007.

[7] Leonardo Boff, ob. cit.

[8] Fabia Lopes, ob. cit.

[9] Geddel Vieira Lima ob. cit.

[10] On peut le vérifier sur une page web de gauche comme Carta Maior : www.agenciacartamaior.com.br.

[11] Folha de São Paulo, 14 décembre 2007.

[12] [NDLR] Lors de son élection à la présidence du Brésil, M. Luis Inácio Lula da Silva a annoncé que son gouvernement accorderait la priorité absolue à l’éradication de la faim par la mise en œuvre du programme « Faim zéro », un projet intégré ciblé sur les ménages les plus vulnérables..

[13] Frei Betto, ob. cit.

[14] Tomás Balduino, ob. cit.

[15] A la fin du XIXème siècle dans le sertao de Bahia fut déclenchée une des plus sanglantes rebellions populaires de l’histoire du Brésil, appelée Guerre de Canudos. Le prédicateur Antonio Conselheiro arriva à Canudos en annonçant des changements et réveilla la colère des autorités politiques et religieuses. Il construisit une communauté avec 30 mille pauvres en guenilles qui résistèrent à l’armée. En 1897 les militaires incendièrent Canudos, tuèrent toute la population et égorgèrent les prisonniers.

Article original : IRC Programa de las Américas (http://americas.irc-online.org/), 17 décembre 2007.

Traduction : Stéphanie Tribondeau, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net).

Articles de Raúl Zibechi publiés par Mondialisation.ca



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La triste comédie de Bali

Posté le 13.01.2008 par djamazz
La triste comédie de Bali

de Aurélien BERNIER

"Les Parties ont reconnu l’urgence de la situation en matière de changement climatique et apportent maintenant une réponse politique aux alertes des scientifiques".

Si une échelle équivalente à celle de Richter permettait de mesurer la langue de bois, aucun doute que cette déclaration de M. Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, obtiendrait la note maximale. Cette affirmation d’un optimisme débordant à la sortie de la conférence de Bali est une totale contre-vérité. Le 15 décembre dernier, la clôture de la rencontre a marqué au contraire le décalage incroyable entre la gravité de la situation environnementale et la capacité des Etats à agir politiquement.

Comme on pouvait s’y attendre, rien de ce qui ressort de Bali ne permet de penser qu’un engagement chiffré et contraignant de réduction des gaz à effet de serre pourrait être accepté par les Etats-Unis ou par les pays émergeants comme la Chine et l’Inde. La première puissance mondiale tente même avec l’applomb qu’on lui connaît de contourner le cadre des Nations Unies pour négocier sur le climat. De nombreux commentateurs ont utilisé le terme de « sabotage ». Certes, le comportement des américains est une provocation, mais encore faudrait-il qu’il y ait quelque chose à saboter !

La première victoire, selon les officiels, est l’accord autour d’une « feuille de route » qui devra déboucher sur un Protocole de Kyoto bis d’ici fin 2009. Pas de quoi pavoiser lorsqu’on sait que l’intégralité du contenu du futur texte reste à écrire, et que le bilan de Kyoto se résume à dix années de perdues ! Avec ses objectifs dérisoires que de nombreux Etats n’atteindront vraisemblablement pas, le fameux protocole aurait besoin d’un succésseur qui marque une profonde rupture. Mais personne n’y croît une seconde, à juste titre. Les mêmes recettes seront conservées, comme le marché des droits à polluer – véritable aubaine pour la finance – ou les mécanismes incitatifs qui ont remplacé toute idée de réelle contrainte sur les entreprises. Avec une totale inefficacité environnementale, démontrée par les chiffres. Bali a d’ailleurs été l’occasion de constater que le transfert des technologies propres entre les pays développés et les pays en développement ne fonctionnait pas. Curieuse découverte dans un monde où le brevet s’impose jusqu’au domaine du vivant !

La question primordiale de la déforestation fut traitée avec une détermination et un courage équivalents. Que faire contre la dégradation des forêts ? Appliquer des sanctions économiques contre les Etats qui refusent d’agir ? Non, les 187 pays présents en Indonésie ont eu une bien meilleure idée : rémunérer le maintien des zones boisées. On paiera donc le fait de ne pas couper les arbres qui stockent le CO2, tout comme sera payé le reboisement. A chaque étape, la monétarisation de l’environnement s’accélère encore un peu plus.

Enfin, un fonds d’adaptation pour les pays qui seront les premières victimes du changement climatique est créé. Il sera alimenté par un prélèvement de 2% sur les projets du Mécanisme de Développement Propre (MDP). Le MDP est une disposition du Protocole de Kyoto qui prévoit de récompenser les investissements dans des pays en développement pour des projets émettant moins de CO2 que la moyenne. La récompense est constituée de « crédits d’émission », qui permettront aux industriels de continuer à polluer dans les pays développés ou de faire des profits sur le marché du carbone en les revendant. Les ressources des Etats les plus pauvres pour se protéger du changement climatique seront donc les miettes que laisseront des multinationales après s’être goinfrées du nouveau marché des MDP.

Cette fois encore, la communauté internationale a réaffirmé le choix de la voie néo-libérale pour tenter de gérer la crise climatique. En proposant la mise en place d’une « Taxe Tobin 2 » sur les flux financiers, M. Jean-Louis Borloo a joué à Bali un véritable rôle de révolutionnaire. Dans cette posture, le ministre français est aussi crédible qu’un SDF qui réclamerait mille euros aux passants, tant les négociations sont à des kilomètres de telles extrémités. Mais ce dépoussiérage de la revendication initiale d’Attac par un dirigeant de droite aura au moins le mérite de souligner à quel point les ONG sont globalement absentes ou à côté du sujet. Plus personne ne devrait sérieusement croire qu’il sera possible d’agir en matière d’environnement sans s’attaquer à la finance, au libre-échange, à cette mondialisation qui n’a jamais été que néo-libérale. Il faut le répéter : la rupture doit être économique. Puisque la comunauté internationale a déjà renoncé à l’envisager, c’est aux Etats courageux, s’il en existe, de prendre des mesures. Y compris de façon unilatérale.

http://abernier.vefblog.net

Conférence de Bali sur le climat : premiers jugements à chaud

Posté le 08.01.2008 par djamazz
Conférence de Bali sur le climat : premiers jugements à chaud

par Daniel Tanuro

Mondialisation.ca, Le 3 janvier 2008
Europe Solidaire sans frontières

Que penser du résultat de Bali ? Le fait que les objectifs chiffrés du GIEC n’ont pas été repris explicitement et directement dans la feuille de route conduit certains à parler de réunion pour rien, de victoire des USA, etc. C’est le sens de la chronique de George Monbiot dans le Guardian (« we have been suckered by the US, once again ») (17/12/07).

Cette analyse est contestable. Les médias se sont focalisés sur la question des recommandations chiffrées du GIEC et du bras de fer UE-USA concernant la référence à ces recommandations chiffrées dans la feuille de route. C’est un enjeu important, mais il peut produire un artefact. La conférence n’est pas un échec du point de vue de ses organisateurs. Elle a décidé d’élaborer un accord pour prendre le relais de Kyoto. L’intention affichée est de déboucher en 2009, à la quinzième conférence des parties (COP 15), sur un nouvel accord. Celui-ci devra fixer un « objectif de long terme » pour « renforcer la réalisation de la Convention » (UNFCCC) « dans le but de réaliser son objectif » (empêcher une dégradation dangereuse du climat). Cela nécessitera des « réductions profondes dans les émissions globales ». Le préambule souligne « l’urgence de répondre au CC comme indiqué dans le 4e rapport du GIEC ». Etc.

Le compromis n’est pas à l’avantage de Bush

La feuille de route de Bali a été signée par toutes les délégations présentes. Une lecture attentive révèle que le compromis avec les USA tourne principalement autour des points suivants :

Il n’y a pas de référence directe aux recommandations chiffrées du GIEC dans le corps du texte, mais une référence indirecte dans le préambule (sous forme d’une note de bas de page qui renvoie aux passages précis du 4e rapport du GIEC où les recommandations chiffrées sont formulées). La victoire des USA sur ce point est largement symbolique (pas seulement symbolique, on y reviendra plus loin).

La feuille de route maintient l’idée d’un traitement différencié des pays développés (ils devront accepter des « objectifs de réductions quantifiés ») et des pays en développement (ils devront entreprendre des « actions de mitigation »).

La formule pour les pays développés (« mitigation commitment OR actions ») laisse une marge de manoeuvre aux USA, qui refusent les contraintes de réduction. Mais c’est une marge de manoeuvre très limitée. En effet, tout de suite après, le texte pose clairement la nécessité d’« objectifs de réduction et de limitation quantifiés des émissions ». Il est précisé que ces objectifs doivent être « mesurables, rapportables et comparables ». Or, c’est précisément cela que les USA refusent depuis 10 ans…

Le compromis, en fait, n’est pas à l’avantage de Bush. Il anticipe plutôt sur le tournant prévisible de la politique climatique US lorsque Bush sera parti. Pour l’expliquer, trois facteurs semblent devoir être pris en considération :

1°) L’isolement croissant de la ligne Bush aux USA même. Alors que la conférence s’ouvrait, le Sénat US entamait la discussion de la proposition de loi Warner-Lieberman qui impose des réductions d’émissions à une série de secteurs représentant 80% de l’économie américaine [1]. Selon une étude de Mc Kinsey commanditée par Shell et une série d’entreprises du secteur de l’électricité, les USA peuvent réduire de moitié leurs émissions par rapport aux prévisions, d’ici 2030, pour un coût minimal, avec les technologies existantes, et en épargnant de l’argent dans 40% des cas (Business Week, 14/12/07). De plus en plus, les grandes entreprises veulent des quotas et un un plan à long terme.

2°) L’isolement croissant des Etats-Unis sur la scène internationale. Le 13e jour de la conférence, non prévu au programme, a été spectaculaire de ce point de vue. L’obstruction et l’arrogance US ont en effet provoqué une vraie levée de boucliers, notamment des représentants des pays du Sud. Interpellé quelques jours plus tôt sur le manque de leadership américain dans la lutte pour le climat, James Connaughton, chef du Conseil du Président sur la Qualité Environnementale, avait lancé aux journalistes que « le leadership implique que les autres se mettent en file et suivent ». Le représentant de la Nouvelle Guinée Papouasie a répliqué en séance plénière : « Si vous ne voulez pas diriger, laissez les autres s’en charger. S’il vous plaît, dégagez la voie. » La pression sur les Etats-Unis est devenue maximale lorsque l’UE a menacé de ne pas participer à la réunion des « grandes économies » proposée par Bush au G8 et convoquée à Hawaï prochainement) ;

Un tournant majeur : l’implication du Sud

3°) L’implication croissante du Sud, en particulier des grandes économies émergentes (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud). Le ton, de ce côté-là, a changé. Plusieurs représentants ont dit clairement leur volonté de participer à l’effort commun, mais dans le cadre de la « responsabilité différenciée ». La ministre de l’environnement du Brésil : « même si les pays en développement n’ont pas de responsabilité historique dans le changement climatique, ils doivent agir ». Le représentant de la Chine : « Etant donné la gravité sans précédent, l’ampleur et la profondeur des impacts du changement climatique, il ne peut être résolu par les efforts des seuls pays développés » (Le Monde, 18/12/07). Comme le notait le Christian Science Monitor : « Dans le passé, les pays industriels passaient des accords et pour l’essentiel ils présentaient les résultats aux pays en développement. Ce n’est plus le cas. A Bali, le « Groupe des 77 plus la Chine » (qui regroupe en fait 123 pays en développement) s’est affronté durement aux USA, notamment lorsque ceux-ci ont refusé un amendement relatif aux transferts de technologie et au financement de l’adaptation (Christian Science Monitor, 17/12/07).

En toile de fond de ces évolutions, on n’insistera jamais assez sur la solidité et le poids sans précédent que l’expertise scientifique concernant le climat exerce aujourd’hui sur les décideurs politiques. Les gouvernements qui freinent (USA, Canada, Japon, Russie, Nouvelle Zélande) ne peuvent plus arguer de l’incertitude scientifique. Il est très significatif qu’ils ne l’ont pas fait à Bali. Ces gouvernements sont dans une position inconfortable car ils n’ont plus que des considérations économiques ou géostratégiques à invoquer. En fin de compte, face à la gravité de la menace climatique, cela ne fait pas vraiment le poids, même dans un cénacle néolibéral.

Nouveaux défis, nouveaux dangers

Le jugement d’Hervé Kempf sur Bali, dans Le Monde daté du 18/12/07 [2] semble donc beaucoup plus proche de la réalité que celui de Monbiot : « Contrat rempli, écrit Kempf (…) Le schéma de l’accord planétaire qui se dessine pour Copenhague et la nouvelle attitude des pays du Sud signifient que la balle est maintenant dans le camp des pays riches. Il ne suffit plus d’invoquer des chiffres, mais de se mettre en situation de les respecter ». En effet. On n’est plus dans la situation de blocage du dossier. Bali nous fait entrer dans une situation de transition pouvant déboucher sur une politique sensiblement nouvelle, avec de nouveaux défis et de nouveaux dangers. Il faut en tenir compte et se préparer.

Quels défis, quels dangers ? Là-dessus, Hervé Kempf est muet. Par contre, George Monbiot dit vrai dans une certaine mesure quand il parle d’accord « pire que Kyoto »… même s’il ne dit pas en quoi cet accord serait pire. On pointera trois aspects :

1°) La non mention explicite des recommandations chiffrées du GIEC n’est évidemment pas sans conséquences. Cela ménage une possibilité de chipotage. Par exemple sur la question clé de la date de référence pour les réductions d’émission. Aux USA, la proposition de loi Warner-Lieberman [3] avance l’objectif de 70% de réduction... mais par rapport à 2005, pas par rapport à 1990. Arnold Schwarzenegger a déjà joué ce tour de passe-passe : le plan climat californien vise 25% de réduction en 2020… par rapport au niveau des émissions en 2020 sans plan. En fait, au-delà du chiffre choc de 25%, le résultat sera inférieur à ce que la Californie aurait dû atteindre en 2012 si elle avait ratifié Kyoto. Angela Merkel, lors du sommet du G8 à Heiligendamm, a parlé de même de 50% sans mentionner de date de référence. Tous comptes fait, l’Union Européenne n’est peut-être pas mécontente du fait que les recommandations chiffrées du GIEC ne soient pas mentionnées explicitement dans la feuille de route de Bali… La plus grande vigilance est de mise sur ce point, et sur d’autres du même genre.

2°) L’accentuation de la nature libérale de la politique climatique est sensible dans les décisions et les débats de Bali. A cet égard, il faut souligner que c’est bien un nouvel accord global qui va être négocié. Un accord dans le cadre de l’UNFCCC, certes. Mais un nouvel accord. Cela signifie que certains aspects relativement positifs du protocole de Kyoto [4] ne constituent plus d’emblée un acquis. Toute une série de questions sont donc à nouveau ouvertes. Par exemple : l’éligibilité des projets nucléaires dans le cadre du Mécanisme de Développement Propre, l’abolition des pénalisations pour non-respect des engagements par les parties, l’additionalité du MDP par rapport aux efforts « domestiques » de réduction des émissions, etc. Il s’agit évidemment de questions extrêmement importantes.

Un exemple de remise en cause d’un garde-fou inclus dans Kyoto est d’ailleurs déjà concrétisé par les décisions de Bali. Selon Kyoto, en effet, seuls les projets de plantations nouvelles d’arbres étaient générateurs de droits d’émission dans le cadre du MDP. La conférence de Bali a décidé d’étendre ce mécanisme à la protection des forêts existantes contre la déforestation, et même contre la dégradation. L’enfer, ici, est vraiment pavé de bonnes intentions vertes. C’est ce que ne comprennent pas les associations environnementales. On ne peut évidemment que se féliciter si un coup d’arrêt était donné à la destruction de la forêt tropicale, en Amazonie, dans le Sud-Est asiatique et ailleurs. Mais on ne peut pas se réjouir si ce coup d’arrêt génère des droits d’émission tellement bon marché qu’ils permettront aux économies capitalistes développées de différer, voire d’éviter à bon compte les efforts de réduction qu’elles devraient entreprendre. Or c’est de cela qu’il s’agit, et la protection de la forêt n’est qu’un prétexte. Selon Stern, la tonne de carbone générée par la protection des forêts existantes ne coûtera que 5 dollars (contre 10 actuellement dans le cadre du système européen d’échange de droits). La Banque Mondiale a déjà mis en place un fonds spécifique à cet effet. Face à un tel enjeu, gageons que les droits des communautés indigènes qui vivent de la forêt ne pèseront pas lourd. L’agriculture itinérante et le pâturage extensif dans les forêts claires, par exemple, risquent fort d’être considérés comme « déforestation » et « dégradation ». Il ne manque pas d’exemples qui le montrent concrètement, dès à présent [5].

Dans le même ordre d’idées, des voix se sont élevées à Bali pour que l’exportation dans les pays en développement des technologies de capture et séquestration du carbone (on injecte le CO2 dans un état supercritique dans des couches géologiques profondes) soit également générateur de droits dans le cadre du MDP. Par contre, les appels pour mettre fin au scandale des droits d’émission acquis à bon compte en brûlant le HFC-23 sont restés lettre morte, de même que les demandes de révision structurelle du système MDP en général, pour mettre fin à la fraude, à la corruption et aux abus [6] ]].

Lourdes menaces pour les plus pauvres

3°) Un troisième défi et danger concerne les pays les plus pauvres. Ils risquent fort de faire les frais, en cas d’accord entre les gouvernements des pays développés et les classes dominantes grands pays émergents. Les discussions et les décisions relatives au « Fonds d’adaptation » sont ici très révélatrices. Mis en place à Nairobi (2006), ce fonds d’adaptation concerne les pays les moins développés (PMD, selon l’euphémisme officiel). Ces PMD sont les principales victimes du changement climatique et n’ont pas les moyens financiers, technologiques et humains de s’y adapter. A Nairobi, il avait été décidé que le fonds d’adaptation serait alimenté par un prélèvement de 2% sur les projets dans le cadre du MDP. En soi, ce mécanisme de financement est injuste, parce qu’il fait dépendre les budgets disponibles pour l’adaptation des pays les plus pauvres du volume des investissements des pays développés dans les pays émergents (où sont localisés l’immense majorité des projets MDP), et pas des besoins des populations menacées.

Dans les circonstances actuelles, les budgets prévus selon ce mécanisme de financement sont insuffisants : selon les estimations de la UNFCCC, le fonds pourrait récolter 300 millions de dollars par an d’ici 2030. A titre de comparaison : les dégâts causés par le cyclone qui a dévasté récemment les côtes du Bangladesh se montent à 4-5 milliards de dollars. En fait, dans la logique de Nairobi, l’augmentation des moyens du fonds nécessiterait une extension du MDP… donc une remise en cause du principe d’additionalité du MDP par rapport aux mesures de réduction dans les pays développés, principe qui est inscrit dans le Protocole de Kyoto. Mais ce n’est pas tout : Bali a effet décidé que le fonds d’adaptation serait dirigé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), et que la Banque Mondiale serait associée à sa gestion. Les PMD se sont opposés à cette décision parce que le FEM fonctionne selon le principe « un dollar une voix », ce qui signifie que les baîlleurs de fonds – les pays riches - joueront un rôle déterminant dans la politique d’adaptation des pays les plus pauvres. Sur base de l’expérience des PMD avec le FEM, on peut s’attendre à ce que cette politique fasse des dégâts au moins aussi sérieux que ceux du changement climatique…

Conclusions provisoires

Que déduire de tout cela ? Essentiellement deux choses :

1°) Une mobilisation sociale pour le climat est plus que jamais nécessaire, à l’échelle mondiale. Les manifestations qui se sont déroulées dans divers pays le 8 décembre (et en Australie un mois auparavant) constituent un exemple et un point d’appui. Il s’agit de travailler à rassembler le front le plus large possible autour de l’idée simple que l’accord climatique en préparation doit s’inscrire intégralement dans les recommandations chiffrées du GIEC.

2°) Au sein de cette mobilisation unitaire, il est de plus en plus urgent de construire un pôle anti-libéral, qui couple la question du climat à la défense de la justice sociale et à la nécessaire redistribution des richesses. Entre Nord et Sud, mais aussi au sein des sociétés du Nord et du Sud.

Deux années nous séparent de la Conférence des Parties de Copenhague, en 2009. Ce seront deux années décisives. Pour le climat et pour une alternative au néolibéralisme.

Europe Solidaire, 20 décembre 2007.

Notes

[1] Llire sur ESSF Kyoto +10 : un climat de plus en plus libéral

[2] Voir sur ESSF : Climat : le temps de l’action

[3] Cf. « Un climat de plus en plus libéral », sur ESSF, op. cité.

[4] Lire sur ESSF L’après-Kyoto risque d’être très libéral…

[5] Lire sur ESSF Les nouveaux habits verts de la domination coloniale

[6] Sur le scandale du HFC-23 lire sur ESSF (tiré du Guardian, 2 juin 2007) [[->art6236

Articles de Daniel Tanuro publiés par Mondialisation.ca

Un bilan alarmant de l’état de santé de l’environnement mondial

Posté le 08.01.2008 par djamazz
20 ans après Brundtland: Un bilan alarmant de l’état de santé de l’environnement mondial

par Jules Dufour

Mondialisation.ca, Le 2 janvier 2008

La planète est dans un état critique. L'espèce humaine est menacée.

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) lançait le 25 octobre dernier GEO-4, une synthèse sur l’état de l’environnement mondial. Un ouvrage de 524 pages subdivisé en six sections principales correspondant à dix chapitres: 1) L’environnement pour le développement; 2) Le bilan et les grandes tendances de l’état de l’environnement 1987-2007; 3) Les perspectives régionales 1987-2007; 4) Les dimensions humaines des changements environnementaux; 5) Un regard vers 2015 et au-delà et 6) Soutenir notre avenir à tous. Au début de chaque chapitre deux pages rassemblent les principaux messages adressés aux gouvernements du monde sur les politiques à promouvoir en vue de restaurer l’environnement et sauver la Planète et l’Humanité.

GEO. Le contrôle de l'environnement

GEO-4 est le dernier d’une série de rapports intitulés : «L`avenir de l`environnement mondial (GEO)» «et institués en 1995 par le conseil d`administration du PNUE, pour réaliser l`une des missions du Programme, à savoir suivre l`état de l`environnement mondial. GEO, qui a`appuie sur de larges consultations mondiales, fournit des informations pour la prise de décisions, contribue au dispositif d`alerte rapide et renforce la capacité d`évaluation aux niveaux mondial et infrarégionales. GEO est aussi un processus de communication qui vise à sensibiliser le public sur les questions d'environnement et à fournir des options de la prise de décision» (http://www.unep.org/GEO/french/ ).

GEO-4. Un bilan 20 ans après Brundtland

GEO-4 évalue l’état actuel de l’atmosphère de la terre, de l’eau et de la biodiversité, décrit les changements intervenus au cours des deux dernières décennies et identifie les actions à mener en priorité. GEO-4 est le rapport de l’ONU le plus complet sur l’environnement réalisé jusqu’à maintenant. Il a été préparé par 390 experts et révisé par plus de 1 000 en provenance de tous les horizons dans le monde.

Source : http://www.unep.org/geo/geo4/images/GEO4_cover_highres.jpg

GEO-4 propose, en effet, un bilan des progrès réalisés dans la lutte contre les processus de détérioration et de destruction des écosystèmes terrestres et marins depuis la présentation du Rapport Brundtland devant l’Assemblée générale des Nations Unies en octobre 1987. Quel est le sort maintenant réservé à la Planète Terre et à ses habitants depuis que ce rapport a prescrit le paradigme de la «durabilité» devant permettre de sauvegarder les fondements du renouvellement de la Vie?

Selon le communiqué de presse mondial délivré à cette occasion, les problèmes plus graves de la planète persistent, notamment le changement climatique, le taux d’extinction des espèces et le défi consistant à alimenter une population croissante. Ces menaces « figurent parmi les nombreux problèmes qui n’ont pas été résolus et qui mettent l’humanité en danger » (unep.org/).

«GEO-4 reprend la déclaration de la Commission Brundtland selon laquelle le monde n’affronte pas des crises séparées…la «crise environnementale». La «crise du développement«, et la «crise de l’énergie» ne font qu’une. Cette crise n’inclut pas uniquement le changement climatique, les taux d’extinction et la faim, mais d’autres problèmes liés à la croissance de la population, à la hausse de la consommation des riches et au désespoir des pauvres. Voici quelques exemples retenus dans le rapport:

• le déclin des stocks de poisson;

• la perte de terres fertiles par le biais de la dégradation;

• une pression non durable sur les ressources;

• la baisse de la quantité d’eau douce disponible à partager entre les humains et les autres créatures et

• le risque que la détérioration de l’environnement ne franchisse des points de non retour».

«GEO-4 avertit aussi que nous vivons au-dessus de nos moyens. La population humaine est désormais si importante que «la quantité de ressources nécessaires pour la faire vivre dépasse les ressources disponibles…L’empreinte de l’humanité est de 21,9 hectares/personne, alors que la capacité biologique de la Terre est, en moyenne, seulement de 15,7 ha/personne…»

Le bilan 1987-2007

Depuis 1987, la population mondiale a augmenté de 34%. Plus de la moitié vit maintenant dans les milieux urbanisés, ce qui la soustrait de plus en plus du monde réel de la production alimentaire de base et de l’environnement naturel. Le commerce mondial a triplé et le revenu moyen par habitant a augmenté de 40%. En 2007, les disparités économiques et sociales sont de plus en plus prononcées; le revenu annuel d’un milliard de personnes vivant dans les pays riches dépasse 15 fois le revenu global des 2,3 milliards les moins riches de la planète. Les approvisionnements en énergie s’étiolent; les dégâts causés par une consommation excessive s’aggravent; un fleuve sur dix n’atteint plus la mer plusieurs mois par année; le bassin amazonien deviendrait plus sec; il abrite la moitié de la biodiversité de la planète.

L’atmosphère. Réchauffement global. Fonte des glaciers et des banquises. Hausse du niveau moyen des océans. Perte de productivité des écosystèmes

La température moyenne du globe a augmenté de 0,7 degrés Celsius depuis 1850 et de 1,4 degrés en Europe et on s’attend à une hausse de 1,8 à 4 degrés d’ici 2100. Cette augmentation des températures moyennes entraîne ainsi la fonte des glaciers et des banquises continentaux et locaux et on évalue que le relèvement du niveau moyen de la mer sera alors de l’ordre de un mètre d’ici 2100. La fonte de la banquise arctique s’est accélérée au cours des dernières années avec une diminution de un million de kilomètres carrés, soit près de 23% de sa superficie totale. En septembre dernier, en effet, les glaces ne recouvraient plus que quatre millions de km2 de l'océan Arctique, soit une diminution de 23 % par rapport au précédent record de 5,3 millions km2 qui avait été enregistré en 2005, selon Environnement Canada. La surface de glace qui a fondu correspond en gros à la taille de la province de l'Ontario ou d'un pays comme l'Afrique du Sud. (http://www.ledevoir.com/2007/12/28/170095.html).

La fonte complète de l’inlandsis du Groenland provoquerait une hausse de sept mètres du niveau moyen des océans, ce qui aurait des conséquences dramatiques pour plus de 60% de la population mondiale qui vit à moins de 100 kilomètres des littoraux et des estuaires (voir carte 1).

Carte 1. La fonte saisonnière du glacier du Groenland. Notez que les aires orangées et rouges sont celles où se produit la fonte saisonnière de la surface de la glace.(source : Steffen and Huff 2005 cliquez http://www.unep.org/geo/geo4/media/ (UNEP, 2007, p. 63).

Même avec l’application du Protocole de Montréal depuis 1988 le trou de la couche de l’ozone au-dessus de l’Antarctique est plus grand que jamais. Les niveaux d’ozone au sol augmentent dans tout l’hémisphère boréal. L’hyperconcentration de la population dans des mégalopoles telles que México, Sao Paulo, Le Caire et Jakarta, à l’instar des conditions qui prévalent dans la mégalopolis du Nord-est des USA, avec l’utilisation croissante de l’automobile, contribue à la détérioration de la qualité de l’air. Ainsi, deux millions de personnes meurent prématurément chaque année des pollutions de l’air intérieur et extérieur.

Le réchauffement global entraîne une augmentation des températures de l’eau de surface des océans, ce qui exerce également des conséquences néfastes sur les écosystèmes marins et, notamment, sur les récifs coralliens. Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC)), cité par enviro2B, «avec une élévation de la température des océans de 2 à 3 degrés par rapport à 1990, les coraux seront exposés à une «mortalité de grande échelle». Essentiellement due à un phénomène naturel, cette dégradation est accélérée par les activités humaines qui peuvent également fragiliser les récifs, les rendant ainsi plus sensibles aux phénomènes naturels. Selon Bernard Salvat, professeur à l’université de Perpignan, spécialiste de l’écologie tropicale, «sur une surface totale de 600 000 kilomètres carrés de récifs et lagons, on estime que 20 % des récifs coralliens ont été irrémédiablement détruits ou présentent peu de chances de récupération, 25 % sont dans un état critique, 25 % sont menacés, 30 % seulement sont dans un état satisfaisant» (enviro2b.com).

Pour faire en sorte de diminuer les impacts dus aux changements climatiques GEO-4 affirme qu’il est nécessaire de réduire les émissions de gaz en provenance de la consommation d’énergie, dans les transports et dans les secteurs de la production agricole et forestière. Il indique que peu d’efforts ont été déployés en ce sens depuis 1987 de sorte que les émissions ont augmenté à un rythme continu illustrant une réponse très timide aux engagements contractés dans le cadre du Protocole de Kyoto. Le rapport conclut que la consommation de l’énergie produite à partir des gisements de pétrole, de gaz et de charbon augmente sans cesse en raison de la croissance de la population mondiale qui consomme davantage de biens et de produits, voyage de plus et plus loin et tend à utiliser davantage l’automobile individuelle. En effet, «le parc automobile mondial a presque doublé au cours des deux dernières décennies. Il a dépassé en 2005 les 800 millions d’unités, soit une automobile pour huit habitants du globe (china.org)», le nombre de kilomètres parcouru par l’aviation civile a augmenté de 76% entre 1990 et 2000 alors que le tonnage maritime est passé de quatre à sept milliards de tonnes entre 1990 et 2005 selon le rapport. Il serait approprié d’ajouter à ces données celles de l’aviation militaire très grande consommatrice de pétrole.

Selon le rapport, les mesures visant à minimiser l’impact des émissions de gaz à effet de serre sont connues et rentables, mais elle exigent un réel leadership et de la coopération :

« Pour les changements climatiques des approches plus novatrices et équitables d'atténuation et d'adaptation sont requises et demandent des changements systémiques dans les patterns de consommation et de production. Tandis que les recherches et les efforts d'évaluation doivent se poursuivre, du leadership et de la collaboration internationale y compris les transferts technologiques et des mécanismes de financement efficaces sont nécessaires pour accélérer la mise en oeuvre des mesures à travers le monde. Le risque à long terme que font courir les émissions de substances persistantes dans le temps, surtout celles qui correspondent à des gas à effet de serre (CHGs), devrait nous inciter fortement à appliquer, dès maintenant, le principe de précaution » (GEO-4, 2007, p. 41).

L’eau. Les stress s’intensifient.

Dans son rapport de 1992, le PNUE, à la fin de son analyse de l’état des ressources hydriques dans le monde, soulignait le fait que la question de l’eau, comme le fut celle de l’énergie dans les années 1970, allait être au cœur des préoccupations de la population mondiale au cours des premières décennies du 21ième siècle (Tolba, M.K. et al., 1992).

Selon GEO-4, en effet, «2,6 milliards de personnes n’ont toujours pas, en 2007, d’installations d’assainissement appropriées. De plus, le rapport note que d’ici 2025, 1,8 milliard de personnes feront face à des pénuries d’eau même si l’accès à un meilleur approvisionnement en eau est passé de 78 à 82% de la population mondiale entre 1990 et 2000 et que le niveau d’accès à l’assainissement passait de 51 à 61%...La consommation d’eau va continuer d’augmenter entraînant, d’ici 2025, une augmentation des prélèvements de 50% dans le monde en développement et de 18% dans le monde développé».

Certaines régions sont fortement affectées par le manque d’eau et c’est, notamment, le cas du bassin méditerranéen, celui du sud de l’Afrique et celui de l’Asie du Sud-est qui assistent à des périodes de sécheresse plus longues. Dans l’ensemble du monde en développement, trois millions de personnes meurent à chaque année en raison de l’utilisation d’une eau polluée.

Selon un rapport de l’Université des Nations Unies rendu public en juin dernier « la désertification, exacerbée par les changements climatiques, représente « le plus grand défi environnemental de notre époque…Ce rapport prévient que sans des politiques pour la combattre, les gouvernements devront faire face à des migrations de populations en masse».

« La perte de productivité des sols et la dégradation de l'environnement pose une menace imminente à la sécurité internationale…Un tiers de la population de la planète, soit environ deux milliards de personnes, sont des victimes potentielles des effets de la désertification, affirme ce rapport». Ce dernier prévient qu'en conséquence ce sont près de 50 millions de personnes qui pourraient être déplacées dans les 10 prochaines années ».
(http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=14375&Cr=désertification&Cr1=UNU )

GEO-4 conclut que « Le bien-être de la population et la santé des écosystèmes, en plusieurs endroits, sont grandement affectés par les changements observés dans le cycle global de l’eau et ceci principalement en raison de la pression exercées par les activités humaines» (UNEP, 2007, p. 116) Il rappelle les éléments importants à considérer pour assurer le renouvellement des ressources hydriques : Le rôle fondamental des océans; la disponibilité en eau douce et son utilisation de même que la conservation des ressources aquatiques; l’application de pratiques d’aménagement du territoire qui respectent la dynamique des bassins versants; la dégradation de la qualité de l’eau continue de menacer la santé des humains et des écosystèmes; les écosystèmes aquatiques continuent d’être dégradés mettant en péril leur capacité à donner des services pour la production alimentaire ou pour le maintien de la biodiversité; enfin, le défi constant à relever dans la mise en valeur des ressources hydriques et des écosystèmes aquatiques visant à assurer un équilibre entre les besoins de l’environnement et les besoins pour le développement.

Les océans sont les grands régulateurs du climat global et un réservoir important de gaz à effet de serre. Le cycle de l’eau, selon le rapport, à l’échelle continentale, régionale ou océanique, est grandement affecté par les changements climatiques qui se produisent sur une longue période menaçant ainsi la sécurité humaine. Ces changements affectent les températures dans l’Arctique, les banquises et les glaces continentales y compris celles des glaciers locaux; ils affectent aussi le taux de salinité et d’acidification des eaux des océans, leur niveau moyen, les patterns de distribution des précipitations, les phénomènes climatiques de plus grande intensité et peut-être même la circulation océanique générale (UNEP, 2007, p. 116).

Aux phénomènes de raréfaction accentuée de l’eau dans certaines régions du globe mentionnées plus haut s’ajoutent ceux qui sont marqués par des événements climatiques extrêmes comme c’est le cas des ouragans tropicaux ou des tornades ou de tempêtes concentrant une grande quantité de précipitations dans un bassin, sur un versant montagneux ou dans une aire de faible extension non dotée par un couvert forestier protecteur. L’occurrence de ces événements est devenue maintenant la règle de sorte qu’il est bien difficile désormais d’établir des prévisions météorologiques fiables.

La biodiversité. Un taux d’extinction élevé

Bien que deux millions d’espèces aient été décrites jusqu’à maintenant, il existerait entre cinq et 30 millions d’espèces sur la surface terrestre. Les changements de la biodiversité actuelle sont les plus rapides dans l’histoire de l’humanité à cause de l’impact grandissant des activités humaines sur les zones de vie et, en particulier, sur les forêts humides tropicales, les autres espaces forestiers transformés en champs pour les cultures et sur les plaines littorales et les écosystèmes côtiers. Ce phénomène entraîne une augmentation rapide des taux d’extinction des espèces qui atteint aujourd’hui «une vitesse 100 fois supérieure à celle indiquée par les fossiles» (unep.org).

«Il est possible que les taux d’extinction atteignent la magnitude de 1000-10 000 fois ce que nous avons connu dans le passé. Plus de 16 000 espèces qui ont été identifiées sont considérées comme étant menacées. Parmi les différents groupes de vertébrés qui ont été évalués de façon exhaustive 30% des amphibiens, 23% des mammifères et 12% des oiseaux sont menacés d’extinction» (UNEP, 2007, p. 164).

Selon GEO-4, quelque 60% des «services biologiques» que les écosystèmes rendent à l’humanité sont dégradés ou utilisés de façon non viable. Cette conclusion corrobore celle du rapport sur l’évaluation des écosystèmes pour le Millénaire (PNUE, 2005). Les effectifs des vertébrés d’eau douce ont fondu de 50% entre 1987 et 2003, plus vite que les espèces terrestres ou marines (unep.org/Documents).

«Un signe de progrès est la hausse constante de zones protégées. Mais elles doivent être efficacement mises en place et gérées. Et la biodiversité (de toutes sortes, et pas seulement la «mégafaune charismatique» telle que les tigres et les éléphants) devra être conservée de plus en plus en dehors des zones de protection» (unep.org)..

Les stocks de poisson à la baisse

«La consommation a plus que triplé entre 1961 et 2001. Les prises ont stagné ou légèrement décliné depuis les années 1980. Les subventions ont créé des capacités de pêche excessives, selon les estimations supérieures de 250% à la capacité nécessaire pour capturer la production durable des océans (unep.org/Documents)».

Conclusion

Depuis la conférence sur l'environnement humain tenue à Stockholm en 1972 s'est développé un mouvement mondial en vue de freiner le processus de dégradation, de détérioration et de destruction des zones de vie et des communautés humaines qui en dépendent pour assurer leur survie. Presque quatre décennies pour une prise de conscience de plus en plus vive concernant les menaces posées par l'industrie et le mode de vie énergivore imposé par les pays riches sur les capacités intrinsèques de renouvellement des ressources vivantes. Près de 40 ans pour définir des stratégies, des plans d’actions et conclure et entreprendre l’application d’ententes globales et nous avons encore l’impression que l’on ne saisit pas encore très bien l’ampleur des menaces qui pèsent sur l’avenir de la Biosphère et de l’Humanité.

Les Sommets mondiaux qui se sont succédés pendant ces années, Nairobi en 1982, Rio en 1992, New York en 2000, Johannesburg et Monterrey en 2002 ont lancé, à chaque occasion, un appel aux gouvernements du monde pour qu’ils accordent désormais la priorité à la restauration de l’environnement, à la conservation des ressources vivante in situ, à la protection des écosystèmes les plus productifs et pour qu’ils conçoivent et appliquent des politiques qui puissent répartir de façon équitable les revenus tirés de la mise en valeur des ressources naturelles alimentaires, minérales, énergétiques, hydriques et aquatiques et ce en donnant suite aux engagements formulés dans les grandes conventions mondiales sur le changement climatique, sur la diversité biologique et sur la lutte contre la désertification.

À mi-chemin entre 2000 et 2015, date cible pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) le PNUE dépose son quatrième rapport sur la situation actuelle de l’environnement mondial et les perspectives de son avenir. Comme dans GEO-3, on retrouve dans la présente synthèse une esquisse des quatre futurs possibles de développement pour la Planète et l'Humanité d'ici 2050. Leur état va s’améliorer ou se détériorer en fonction du choix qui sera préconisé par les forces politiques et économiques dominantes qui contrôlent les gouvernements du monde. Ces quatre choix fondamentaux, scénarios ou futurs possibles sont les suivants.

1) L’adoption d’un modèle de société libéralisée, fondée sur le marché d’abord (Market First); avec ce scénario nombreux sont ceux «qui estiment que les dysfonctionnements déjà observés dans les systèmes sociaux, environnementaux et écologiques annoncent, pour l’avenir, des effondrements plus massifs et plus généralisés»; 2) La seconde alternative (Policy First) est l’application d’un modèle de gouvernance responsable des États dotés d’institutions imputables et propres à prendre en compte, à long terme, les coûts environnementaux et sociaux dans la définition des politiques de développement économique; 3) La troisième voie, celle de la conception du monde privilégiant les principes du marché et de la sécurité (Security First), semble celle qui régit présentement l’ensemble des activités humaines. Comme le premier scénario cette avenue est celle d’un ordre autoritaire établi à l’échelle mondiale par la force et la violence armée dans le but de protéger les marchés des plus puissants et des mieux nantis tout en maintenant l’Apartheid Nord-Sud; 4) La quatrième est celle de la durabilité (Sustainability First). Ce paradigme esquissé dans la stratégie mondiale de la conservation en 1980, puis dans le Rapport Brundtland rn 1987 et, ensuite, lors des Sommets mondiaux des vingt dernières années «est soutenu par des valeurs et institutions nouvelles et plus équitables. Une conception plus visionnaire de l’avenir s’impose, où les changements radicaux dans la façon dont les gens communiquent les uns avec les autres et avec le monde qui les entoure (plus de convivialité et plus de solidarité) encouragent l’adoption de politiques de développement durable et un comportement responsable des grandes entreprises. Il existe une collaboration beaucoup plus riche entre les gouvernements, les citoyens et les autres parties intéressées, dans les décisions prises sur les questions d’intérêt commun. Un consensus se dégage sur ce qu’il convient de faire pour satisfaire les besoins fondamentaux et réaliser les objectifs individuels sans compromettre le sort d’autrui ni les perspectives de la postérité» (PNUE, GEO-3, 2002, pp. 328-349).

L’application des scénarios deux et quatre permettrait de freiner les processus de destruction accéléré et d’envisager des solutions propres à neutraliser à long terme les activités ou projets de développement qui ne vont pas dans l’intérêt de la collectivité humaine considérée dans son ensemble. Le défi du 21ième siècle est de mettre fin à l’Apartheid Nord-Sud et, ainsi, au processus de concentration excessive de la richesse collective entre quelques mains. Si rien n’est fait pour aller en ce sens il est difficile d’envisager l’avènement d’un ordre économique mondial juste, une plus grande sécurité collective, la construction de la paix entre les nations et de voir l’ensemble du politique désormais voué au développement économique et social.

À titre indicatif, le rapport indique qu’avec le scénario Market First, 13% de toutes les espèces originelles disparaîtront entre 2000 et 2050 alors que le scénario Sustainability First assistera à une extinction moindre de l’ordre de 8%. La concentration des émissions de CO2 dans l’atmosphère atteindra 560 ppm en 2050 sous le scénario Market First alors qu’avec celui de la durabilité cette concentration sera de 460 ppm. On s’attend que le risque de dépasser certains seuils critiques augmente avec l’occurrence de changements majeurs et que ces changements peuvent s’opérer de façon plus subite que graduelle. Par exemple, pour GEO-4, les scénarios montrant un taux de prélèvements très élevés des ressources icthyologiques peut être accompagné par une baisse significative de la biodiversité marine nous conduisant ainsi vers un niveau de risque plus élevé dans l’effondrement des pêcheries vers 2050 (UNEP, 2007, p. 398).

Le rapport GEO-4 conclut que si “les gouvernements doivent être au premier plan, les autres acteurs sont tout aussi importants pour réussir à atteindre le développement durable. Nous comprenons mieux les défis actuels et le moment est venu d’agir rapidement afin de sauvegarder notre survie et celle des générations futures.” (PNUE, 2007, résumé).

Enfin, il importe de rappeler les conditions sine qua non pour assurer la sécurité de la Biosphère. Travailler sans relâche à l’entreprise du désarmement général et complet. Éduquer à l’environnement et à la résolution pacifique des conflits. Restaurer l’environnement et protéger la diversité biologique in situ. Éradiquer la pauvreté et, enfin, protéger les droits humains et les libertés fondamentales.

Selon le Directeur général du PNUE, A. Steiner, “Il y a eu assez d’avertissements depuis Brundtland. J’espère sincèrement que GEO-4 est le dernier. La destruction systématique des ressources naturelles a atteint un niveau auquel la viabilité économique des économies est en danger, et auquel la facture que nous passons à nos enfants peut se révéler impossible à payer”, a-t-il déclaré lors du lancement du rapport.

Références

ANNAN, K. 2000. " Nous les peuples ". Le rôle des Nations Unies au XXIe siècle. New York, Département de l'information, Organisation des Nations Unies. 91 pages.

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Sites Internet

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La désertification, un des plus grands défis à l'environnement, selon un rapport de l'ONU :

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Le parc automobile mondial a atteint 800 millions d'unités :

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Le réchauffement climatique fragilise les coraux :

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Rapport sur l’évaluation des écosystèmes pour le Millénaire. Avril 2005 : http://www.millenniumassessment.org/fr/About.aspx

UNEP. 2007. GEO-4. Global Environment Outlook : http://www.unep.org/geo/geo4/media/

Jules Dufour, Ph.D., est Professeur émérite à l'Université du Québec à Chicoutimi, Président de l'Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, Membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, Membre chevalier de l'Ordre national du Québec. Président du comité de coordination du Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent et membre de la Commission des Aires protégées de l'Union mondiale de la nature (UICN).

Articles de Jules Dufour publiés par Mondialisation.ca

Kokopelli: une invitation du futur

Posté le 30.12.2007 par djamazz
Ce texte est consultable sur le site de l'association (kokopelli.asso point fr) mais j'avais envie de le faire partager ici parce que nous sommes tous concernés. merci
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Kokopelli: une invitation du futur
à Semer la Vie
au coeur de l’extinction planétaire
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Nous sommes au coeur d’une extinction planétaire. Et il importe peu que cela soit la sixième ou la huitième extinction depuis que Gaïa, a émergé du cosmos il y a quelque 4 milliards d’années, une flambée de Conscience jaillissant du coeur de la galaxie pour s’incarner en un joyau bleu: la Terre.
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Et cette fois-ci, point de météore à l’horizon, c’est l’humanité qui sombre dans la démence: elle souille son nid, ce qu’aucune autre espèce planétaire n’est capable de faire. Vingt siècles de théologie de l’annihilation ont conduit l’humanité au bord du gouffre. Tous les jours des centaines d’espèces disparaissent, tous les jours des dizaines de milliers d’enfants meurent de faim. L’humanité s’est cancérisée et un manteau de désertification recouvre inexorablement la planète. La biosphère est à l’agonie et les événements de 2007 constituent un pas de plus sur le chemin vers l’extinction globale.
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* Le Titanic Agricole est en train de sombrer et les premières déferlantes du “tsunami alimentaire” que nous annoncions commencent à se faire sentir. Les prix sont à la hausse vertigineuse, les récoltes sont médiocres ou complètement anéanties et les stocks sont au plus bas ou inexistants. Cette crise alimentaire, Pierre Rabhi, le vice-président de l’Association Kokopelli, l’a évoquée depuis une quinzaine d’années. La nourriture se fera de plus en plus rare de par la désertification généralisée, de par la stérilisation des sols par l’agro-chimie, de par les bouleversements climatiques, de par l’augmentation de la population mondiale, de par la perte de la biodiversité agricole et de par la folie des nécro-carburants végétaux que certains inconscients (ou criminels) continuent de promouvoir en prétendant qu’ils ne mettent pas en danger la sécurité alimentaire. Ce sont, bien sûr, les pauvres qui dans un premier temps vont souffrir le plus de cette insécurité alimentaire grandissante, les pauvres de l’occident, en nombre sans cesse croissant et puis la petite paysannerie du sud, dont l’agriculture de subsistance a été éradiquée par la globalisation et par les agricultures industrielles du nord archi-subventionnées. De par l’épuisement des réserves, la “charité” de l’aide alimentaire risque même de décroître et puis de disparaître...
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* Les bouleversements climatiques se sont dramatiquement accentués: mais s’il est vrai que la banquise arctique est en pleine débâcle et prend l’eau, on assiste davantage à un changement climatique global qu’à un réchauffement. Ce serait même plutôt une disharmonie fondamentale des cinq éléments de la philosophie pérenne: quelque part sur la planète, il fait ou trop chaud, ou trop froid, ou trop humide, ou trop sec et le bois brûle.
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* La bulle financière et immobilière, qui est une insulte permanente à la misère humaine, n’a pas encore complètement éclaté parce que les grands gangsters de la finance internationale en ont décidé ainsi en sommant leurs banques régulatrices “d’injecter” en l’espace de quelques jours des centaines de milliards de dollars ou d’euros sans que les grands médias aient posé la moindre question pertinente quant à la nature, à l’origine et à la destination de ces liquidités injectées.
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* Et s’il était encore besoin d’un signe des temps: l’Abeille, une des quintessences de la co-évolution entre l’humanité et la nature, se meurt. L’abeille, dans sa générosité, non seulement confère à l’espèce humaine cinq de ses trésors (le miel, le pollen, la gelée, la propolis et le venin) mais elle constitue aussi l’un des vecteurs principaux de la pollinisation des cultures potagères, fruitières et fourragères. Les abeilles disparaissent de la planète et le syndrome d’effondrement des colonies sévit dans de très nombreux pays: les abeilles quittent la ruche sans laisser de traces. Les USA ont perdu, l’hiver passé, entre 60 et 90 % de leurs ruches, en fonction des régions. Les causes peuvent être multiples: pesticides, chimères génétiques, destruction des jachères, dégénérescence des races de par l’insémination artificielle des reines en laboratoire.... et la pollution électromagnétique. En effet, si la téléphonie mobile est capable de brûler le cerveau des êtres humains, les cobayes de l’industrie des télécommunications, elle est sans doute aussi capable de détraquer le système de navigation très sensible des abeilles. Ne serait-ce pas aussi, tout simplement, que les abeilles se fatiguent de l’homme et le désertent?
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La France, qui fut si belle et l’un des fleurons de l’agriculture, est maintenant une poubelle agricole et nucléaire génératrice de cancers. Que propose-t-elle face à ce marasme? Des réformettes à la sauce Grenelle! On comprend difficilement comment des fondations et des associations environnementales, dignes de ce nom, peuvent cautionner une telle farce et se compromettre dans le fossoyage du peu d’écologie vivante qui restait dans ce pays. L’origine du financement de certaines ne laissent aucun doute sur leurs motivations profondes et quant aux autres, peut-être en fait ne cherchent-elles qu’à pérenniser un système, fut-il mortifère, bien confortable pour leur existence. Il y aurait même une commission grenelle de biodiversité qui bien évidemment ne parlera que de grenouilles et de plantes messicoles mais ô grand jamais de biodiversité alimentaire pour ne pas fâcher la clique des multinationales agro-toxiques. Et pendant ce temps-là, l’Association Kokopelli est conviée devant les tribunaux... Que les semenciers industriels (qui ne cherchent qu’à imposer leurs semences hybrides dégénérescentes et leurs chimères génétiques) ainsi que leurs laquais d’Etat ne se méprennent pas: l’esprit de Kokopelli est immortel. Ils peuvent briser une structure associative mais comme le chantait le poète “vous n’aurez pas ma fleur, celle qui me pousse à l’intérieur”. Kokopelli est à l’image de la poésie: des paroles semées sur l’autel de la terre. Ce que nous avons semé depuis 14 ans a été semé, que ce soit dans le coeur de l’humus ou dans le coeur de l’humain. Kokopelli est un symbole éternel de fertilité qui émane du passé et qui répond à l’appel du futur: comment aider l’humanité, et toutes les autres espèces, à passer au travers de cette extinction globale; comment aider l’humanité à recouvrer le chemin vers la Sagesse Planétaire, pour libérer les Semences et l’Humus, certainement, mais aussi pour libérer la Conscience Humaine de cette erreur fondamentale qui semble y avoir été implantée depuis bien longtemps. Serait-ce l’illusion que l’homme puisse dominer la Nature?
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Kokopelli, dans les traditions Amérindiennes, est aussi un “trickster”: il ne joue pas le jeu, le jeu des conventions sociales stérilisantes, le jeu du complexe victime-perpétrateur à la base de tout le système occidental depuis 2000 ans, le jeu de l’esclavagisme économique. Kokopelli est un hérétique dans le sens Grec du terme, “heresia” ou “capacité de choisir”. L’Association Kokopelli ne joue ni le jeu d’un catalogue franco-français à la solde de l’agro-chimie, ni le jeu de dupe de la concertation avec des institutions politiques qui se moquent du bien-être des générations futures et de la survie même de l’espèce humaine et du reste de la biosphère. Kokopelli joue le jeu de la Fertilité (du latin, “fero”, porter). Et même si la prise de conscience globale ne provoque pas encore le raz de marée nécessaire pour contrecarrer le Titanic Agricole, nous sommes cependant témoins de la germination fructueuse des graines de possible, générées par les actions de Kokopelli, grâce au soutien de tous ceux qui nous ont rejoints pour “porter” le flambeau des Semences de Vie. Ensemble, en fertilisant les consciences, nous ensemencerons l’avenir.

Dominique Guillet - Octobre 2007

500 kilos "de carbone" par an et par habitant

Posté le 22.12.2007 par djamazz
500 kilos "de carbone" par an et par habitant

C’est le bilan carbone idéal. C’est-à-dire la quantité maximale que chacun devrait être autorisé à émettre chaque année pour ne pas menacer le climat.

Le 12/11/2007, par Louise Allavoine

Le Giec [1] a calculé qu’il ne faut pas dépasser une émission d’environ 3 milliards de tonnes équivalent carbone par année pour ne pas aggraver le changement climatique. Répartis entre les 6,5 milliards d’êtres humains peuplant la Terre, cette limite donne un plafond d’une demie tonne équivalent carbone par habitant et par an.

Or, selon le philosophe Fabrice Flipo [2], 500 kilos équivalents carbone correspondent à un aller-retour Paris New-York en avion ou 12 000 km en petite cylindrée ou encore la production de 700 kg d’acier, de 2 tonnes de ciment, de 5 tonnes de blé, de 60 kilos de boeuf, de 500 kilos de volailles ou d’un ordinateur portable et demi. Il va falloir choisir.

L’empreinte écologique est un second indicateur qui permet peut-être de mieux se rendre compte de la pression que nous exerçons sur la nature. Cet outil évalue "la surface productive nécessaire à une population pour répondre à sa consommation de ressources et à ses besoins d’absorption de déchets. A l’échelle d’une personne, l’empreinte écologique une estimation de la superficie nécessaire pour répondre à l’ensemble de ses besoins en ressources naturelles" selon la définition du WWF. La surface disponible par Terrien serait de 2 hectares. L’empreinte écologique d’un Français est de 7,3 ha et celle d’un américain 9 ha. Ce qui signifie que si les 6,5 milliards de Terriens vivaient au rythme occidental, il faudrait cinq planètes supplémentaires pour vivre durablement.

planter un milliard d’arbres en un an. Engagement tenu

Posté le 22.12.2007 par djamazz
1 milliard

C’est le nombre d’arbres plantés en 2007 grâce à la campagne "Plantons pour la Planète".

Le 04/12/2007, par Louise Allavoine

Novembre 2007, l’heure des comptes. L’année dernière à la même époque, promesse avait été faite à la convention des Nations unies sur le climat de planter un milliard d’arbres en un an. Engagement tenu. Le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) a annoncé, le 28 novembre, que le milliardième arbre avait été planté en Ethiopie.

Cette initiative, devenue un symbole de la lutte contre le réchauffement climatique, sonne comme un encouragement à l’heure où se déroule à Bali (Indonésie) la conférence internationale sur le climat. D’autant plus que celle-ci doit apporter de nouvelles issues à l’épineuse question de la déforestation.

Au niveau mondial, le déboisement se poursuit à un rythme effréné. Selon le PNUE, "13 millions d’hectares de forêt disparaissent chaque année, une superficie équivalente à la Grèce ou au Nicaragua". Le phénomène serait à l’heure actuelle responsable de 18 à 25% des émissions mondiales de CO2, plus que le secteur des transports.

La campagne d’un milliard d’arbres a pris modèle sur le combat de la militante écologiste kenyane, Wangari Maathai (prix Nobel de la Paix 2004), qui a fondé le mouvement de la Ceinture verte qui a planté plus de trente millions d’arbres pour prévenir l’érosion du sol.

Les premiers à s’engager ont été l’ONG Trees for life, une station de radio colombienne, Planète Urgence en France, la Fondation Prince Albert II de Monaco, la société Yves Rocher, Tree-Nation à Barcelone, une société de mode espagnole, Kannarosa, le Great Rift Valley Trust ainsi que le Service des Eaux et Forêts au Maroc.

Dans le trio de tête des pays planteurs, on trouve l’Ethiopie avec plus de 700 millions d’arbres plantés, suivie du Mexique avec 217 millions et de la Turquie avec 150 millions. L’initiative continue au-delà du milliard initialement visé. Alors, plantons.

Liens : L’initiative Plantons pour la Planète sur le site du Programme des Nations unies pour l’Environnement.

Le pétrole flambe, la planète tremble

Posté le 22.12.2007 par djamazz
Le pétrole flambe, la planète tremble

A plus de 98 dollars le baril, la dépendance au pétrole coûte cher. L’addition environnementale est encore plus salée.

Le 08/11/2007, par Walter Bouvais

De record en record, le cours du baril de pétrole flirte avec le seuil historique et hautement symbolique des 100 dollars. Dans les dernières heures, et pour la première fois de son histoire, le cours du brut léger (Light Sweet Crude Oil) a franchi la barre de 98 dollars sur la bourse d’échanges des matières premières de New York (NYMEX).

Parmi les explications : les tensions géopolitiques, le niveau plutôt faible des stocks américains alors que les spécialistes redoutent un hiver rigoureux dans l’hémisphère nord, mais aussi la pression des spéculateurs. Ces derniers tendent à amplifier les mouvements de hausse et de baisse, et en fonction de leurs choix d’investissement, le franchissement du seuil de 100 dollars ne se fera peut-être pas immédiatement.

Quoi qu’il en soit, tout semble indiquer que répondre à la demande croissante d’or noir dans les prochaines années deviendra de plus en plus complexe. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) table, dans son scénario « tendanciel », sur une demande d’environ 116 millions de barils de pétrole par jour à échéance 2030. Or, rien n’indique que la production pourra suivre le rythme de cette demande effrénée.

Pétrole brut contre propos bruts de décoffrage

Le Financial Times rapporte ainsi des propos « bruts de décoffrage » tenus par Christophe de Margerie, le directeur général du groupe pétrolier français Total, qui vont à l’encontre de cette vision « optimiste » de l’AIE : « 100 millions de barils par jour est désormais une perspective optimiste. (...) Ce n’est pas mon opinion, c’est celle de l’industrie, ou celle de ceux qui ont pour habitude de parler clairement, honnêtement, plutôt que dire ce que leur auditoire souhaite entendre », assène Christophe de Margerie.

Plusieurs conséquences sont alors à redouter. D’abord, une poursuite de la hausse des prix, et un retour de l’inflation (ce que redoute déjà la Banque centrale européenne). Ensuite, un risque de ralentissement de l’activité économique dû à cette hausse du prix du pétrole (et d’autres matières premières, plus généralement).

Carburants lourds... de conséquences

Tout cela aura, parallèlement, un impact sur l’environnement. Reprenons le scénario de l’AIE (116 millions de baril par jour). Celui-ci implique une augmentation des émissions de CO2 de 55% entre 2004 et 2030 ! On sait déjà que la planète, aujourd’hui en surchauffe, ne tiendrait pas un tel choc.

Mais il y a plus grave. Si le prix du pétrole augmente et que la demande reste forte, les producteurs chercheront à mettre en oeuvre de nouvelles techniques d’exploitation. Un excellent article de Business Week (29 octobre 2007) fait le point sur les « carburants alternatifs » : gaz et charbon liquéfiés, biocarburants, pétrole superlourd et schistes bitumeux. Aujourd’hui ces matières premières fossiles représentent autour de 2 millions de barils par jour (2% de la production mondiale). En 2030, leur production pourrait dépasser 10 millions de barils/jour (entre 9 et 10% de la production, selon les prévisions). Ces carburants sont encore plus émetteurs de CO2 que le pétrole.

Inflation, tensions géopolitiques, crises économiques et suicide environnemental : c’est le monde que nous promet un baril de pétrole autour de 100 dollars aujourd’hui.

L’objet "qui tue" : cette semaine, le t-shirt

Posté le 22.12.2007 par djamazz
L’objet "qui tue" : cette semaine, le t-shirt

Le 15/11/2007,

Il se vend chaque année près de 260 millions de tee-shirts en France. Fabriquées pour leur très grande majorité sur le continent asiatique, ces pièces de textile rendues célèbres par les GI au cours de la Seconde Guerre mondiale font le tour de la planète avant d’atterrir sur nos étals. Tout commence en fait dans les champs de coton, chinois, américains, pakistanais ou indiens : les quatre plus gros producteurs au monde. Pour la culture, il faut labourer, engraisser puis pulvériser les sols. Selon l’ONG WWF, il faut compter environ « 150 m² de terres et 230 grammes d’engrais pour obtenir un seul kilo de fibres ». Plus impressionnant encore, « 2 000 litres d’eau, notamment lors de l’étape de culture de coton, sont nécessaires à la fabrication d’un seul tee-shirt ». Certains plans d’eau du monde, comme la mer d’Aral entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, ont été à 95% asséchées en raison de cette monoculture.

Il faut ensuite procéder au filage du coton. C’est l’étape du blanchiment et de l’anoblissement des fibres. Le futur tee-shirt pique alors une tête dans des bains successifs de savon et d’eau oxygénée avant de filer au stade suivant, consacré à la confection. La pièce est découpée, puis passe par la case thermofixation. L’heure est venue pour les millions de tonnes de tee-shirts de voir du pays. Au choix : le camion, l’avion ou le bateau.

Les écoconsommateurs sont torse-nu

A ce stade, chaque étoffe aura visité pas moins de trois continents. Le premier lors de la culture du coton, le second lors de sa confection et le troisième pour la commercialisation. Glissé dans un emballage – un film plastique –, le vêtement prend alors la direction des rayons des magasins. Mais son impact environnemental n’est pas terminé. Bien au contraire. Car le tee-shirt entre dans sa phase d’utilisation, l’étape la plus consommatrice en énergie : le lavage représente 60 % de l’impact environnemental de bout d’étoffe. Le chiffre est encore plus élevé si on y ajoute le séchage et le repassage du textile. Usé, le tee-shirt n’en a pas pour autant terminé avec les kilomètres. Collecté via les ONG, il entame l’ultime phase de son cycle de vie.

Peu recyclées, ces fripes prennent la direction de l’Afrique et y retrouvent une seconde vie. Difficile, dans ce contexte, de jouer les écoconsommateurs, à moins de se promener torse nu. Quelques pistes cependant : du coton biologique et équitable, moins de lavage dans une machine économe de classe A, un fil à linge ou de l’huile de coude pour laver à la main.

La grippe aviaire: une aubaine pour "Big Chicken" *

Posté le 22.12.2007 par djamazz
La grippe aviaire: une aubaine pour "Big Chicken" *

par GRAIN

Mondialisation.ca, Le 11 avril 2007
Grain

La crise de la grippe aviaire continue de faire rage. Il y a un an, alors que les gouvernements s’entêtaient à mettre en place des équipes de surveillance dans les zones humides et que l’Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) montrait d’un doigt accusateur l’abondante volaille élevée à la ferme en Asie et en Afrique, GRAIN et d’autres groupes faisaient remarquer que c’était bien l’élevage de volaille industriel à large échelle et le commerce mondial de la volaille qui propageaient la grippe aviaire - et non les oiseaux sauvages ou ceux de basse-cour. Aujourd’hui, tout le monde le sait, même si on ne fait pas grand chose pour contrôler la source industrielle du problème, et les gouvernements continuent à débiter impudemment la théorie de l’oiseau sauvage afin d’échapper à leurs responsabilités. Il y a à peine quelques semaines, les autorités moscovites ont attribué aux oiseaux migrateurs un cas de grippe aviaire aux abords de la ville – au beau milieu de l’hiver russe.

Cependant, un aspect bien plus sinistre de la crise de la grippe aviaire commence à devenir plus apparent. L’année dernière, nous alertions sur le fait que la grippe aviaire servait à favoriser les intérêts de puissantes compagnies, mettant en danger les moyens d’existence et la santé de millions de personnes. Aujourd’hui, plus que jamais, l’agrobusiness utilise cette calamité pour consolider ses chaînes alimentaires ferme-usine-supermarché alors que ses concurrents des petites fermes sont criminalisés. De leur côté, les sociétés pharmaceutiques exploitent les bonnes volontés investies dans la base de données mondiale des échantillons de grippe pour profiter des marchés captifs prêts à tout pour avoir des vaccins. Deux agences des Nations Unies – la FAO et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) – sont au centre de cette affaire, utilisant leur stature internationale, l’accès aux gouvernements et le contrôle sur les financements des donateurs pour favoriser les programmes des compagnies.

Mise à mort du secteur de l’élevage à petite échelle.

Les autorités chargées de s’occuper de la grippe aviaire reconnaissent enfin le rôle joué par le commerce de la volaille dans la propagation du virus. Avec beaucoup de retard. La première vague de grippe aviaire en Asie du Sud-Est – Vietnam, Thaïlande, Cambodge, Laos et Indonésie – s'est produite dans des élevages industriels intensifs confinés. Cependant aucune enquête approfondie n’a jamais été menée expliquant pourquoi cette maladie s’est déclenchée précisément dans ces fermes-là et comment elle s’est propagée à partir de là. La même chose est arrivée en Turquie et en Egypte, où les oiseaux sauvages et les volailles de basse-cour ont rapidement été incriminés tandis que les compagnies avicoles qui fournissaient en oiseaux les marchés et les producteurs de « basse-cour» au moment où la maladie faisait rage à travers toute l’industrie, n'étaient pas inquiétées. Même en Corée du Sud, où une volaille saine élevée en plein air peut picorer aux abords de fermes touchées par la maladie, les autorités sont obsédées par le rôle joué par les oiseaux sauvages. Ce n’est qu’en février dernier au Royaume-Uni que le mythe des grandes exploitations « biosécurisées » a volé en éclats et que le voile dissimulant les nombreuses voies de propagation de la grippe aviaire à travers les élevages industriels transnationaux a été levé. Les autorités locales ont tout d’abord accusé les oiseaux sauvages de la contamination survenue dans un grand élevage industriel appartenant au géant de la volaille industrielle Bernard Matthews et la compagnie a rejeté les informations diffusées par les médias sur un lien possible avec ses activités en Hongrie, déclarant que celles-ci étaient éloignées de la zone où la grippe aviaire s’était récemment déclenchée en Hongrie. Mais les deux explications se sont effondrées lorsqu’un inspecteur assermenté a trouvé un emballage dans les locaux de la compagnie anglaise prouvant que la viande provenant d’un abattoir de la zone infectée par la grippe aviaire en Hongrie avait effectivement été traitée dans l’exploitation anglaise juste avant le déclenchement de la crise.

Maintenant retournons à l’épicentre asiatique de la crise, où le message aux éleveurs de volaille est toujours « Grandissez, grandissez vraiment ou disparaissez » En 2006, conformément à un programme signé entre son gouvernement et les Nations Unies, le Vietnam a présenté un plan de 10 ans qui, selon les termes de son Ministre de l’agriculture, vise à transformer son secteur avicole en « une industrie moderne et à grande échelle en termes d’élevage, d’abattage et de consommation.» Le gouvernement a commencé par interdire la volaille vivante dans les centres urbains, mettant fin à des milliers d'élevages en basse-cour. Ensuite, de nouvelles réglementations sur le commerce et l’abattage de la volaille dans les zones résidentielles sont entrées en vigueur. Les petits marchés et les bouchers ont fermé, et les abattoirs ont été déménagés dans quelques installations autorisées à la périphérie des villes. A Ho Chi Minh ville, plus de 200 marchés locaux vendaient des poulets avant la crise de la grippe aviaire ; aujourd’hui les poulets ne peuvent être vendus légalement que dans les supermarchés et dans les “points de vente” des exploitations industrielles. Le nombre d’abattoirs dans la ville a chuté de 50 à trois. Ces changements entraînent la ruine des petits producteurs car les supermarchés et les nouveaux abattoirs ne vendent que de la volaille certifiée selon des normes auxquelles les petits éleveurs ne peuvent se conformer. Les trois ou quatre compagnies qui contrôlent la production industrielle vietnamienne de volaille ne détiennent donc pas seulement les marchés urbains, elles disposent également pour leurs activités florissantes de production et d’abattage d’une force de travail à bas prix constituée de paysans contraints à l'exode rural.

La restructuration est vite devenue une aubaine pour la compagnie qui a probablement été la première à introduire la grippe aviaire au Vietnam. « Charoen Pokphand (CP) réussira à transformer une crise en occasion de se développer,» déclare Sooksunt Jiumjaiswanglerg, président de CP Vietnam Livestock. La multinationale géante basée en Thaïlande, qui fournit des chaînes d’alimentation rapide d’Asie comme KFC, contrôle près de 80 % de la production industrielle vietnamienne de poulet et prévoit une croissance de 30 % par an dans le pays. Au Vietnam, CP est le principal fournisseur de la chaîne de supermarché BigC appartenant à un français et en voie d’ouvrir plus de 100 de ses propres boutiques CP Fresh Mart et 200 à 300 échoppes de poulets rôtis CP.

Cependant, dans un pays où on estimait qu’environ 80 % de la production avicole était, du moins jusqu’à récemment, entre les mains de petits producteurs et où plus de 70 % des ménages vietnamiens élevaient de la volaille, on ne s’étonnera pas que de nombreux éleveurs de volailles indépendants prennent le risque de continuer clandestinement. Phan Anh Tam est un petit éleveur de canards élevés en plein air, il vient de la province de Tay Ninh au Sud-Ouest du Vietnam, et son élevage entier a été abattu pendant la crise de 2003. Interviewé à la chaîne IPS News, il explique qu’il n’avait pas trop le choix, hormis celui d'enfreindre la nouvelle loi et de continuer son élevage. “S’ils veulent les tuer, qu’ils tuent donc mes enfants, car ces canards sont les seuls moyens de les nourrir,” dit ce père de cinq enfants.

Malgré leur statut d’"expert", ceux qui essaient de proscrire la volaille de basse-cour ne s’appuient sur aucun élément tangible. La seule étude scientifique vérifiée par des pairs visant à comparer les risques encourus entre les fermes familiales et les exploitations industrielles, reposant sur des données recueillies lors de la vague de grippe aviaire de 2004 en Thaïlande, a conclu que « les volailles de basse-cour risquent bien moins d’être infectés (par la grippe aviaire) que les poules au pot, poules pondeuses ou cailles des opérations à échelle commerciales." Ni ces "experts" ni les autorités ne suivent leurs conseils, répondant aux besoins de la grande majorité des personnes touchées. Si des éleveurs désobéissent aux ordres de tuer leurs volailles, ce n’est pas parce qu’ils ne comprennent pas les dangers potentiels de la maladie, mais parce que leurs moyens d’existence sont en jeu et que compensés ou non, ils n’ont pas les moyens d’acheter dans les supermarchés.

C’est la raison principale pour laquelle la FAO et l’industrie ont tellement de mal à imposer des approches normalisées. La Thaïlande a agi uniquement de manière à protéger ses activités exportatrices, c'est pourquoi elle a évité la vaccination et s'est concentré sur l’abattage de masse et la restructuration. La Chine et le Vietnam, contre l’avis international, ont opté pour une vaccination en masse. D’autres pays, comme le Nigeria, font du sur-place s'efforçant de chercher un moyen de plaire aux donateurs et à l’industrie sans déclencher une révolte dans les populations, dont les moyens d’existence et la sécurité alimentaire dépendent des systèmes traditionnels de production de volailles.

L'application de la recette rencontre des problèmes en Indonésie

Les choses deviennent particulièrement délicates en Indonésie où la grippe aviaire fait le plus de dégâts. D’un coté, le gouvernement central tente d’apaiser les donateurs et les grandes entreprises en suivant l’exemple vietnamien et thaï. Il a préconisé l’abattage de masse et l’interdiction des oiseaux vivants, loi qui est entrée en vigueur le 1er février 2007 à Jakarta et dans les neuf autres provinces où la grippe aviaire est la plus installée. Le Ministre de la Santé, Siti Fadilah Supar, a même déclaré que les interdictions couvriraient bientôt tout l’archipel. Les nouvelles réglementations pour l'élevage, l’abattage et la vente au détail de la volaille se décident aussi en coulisses entre l’industrie, le gouvernement et les agences des Nations Unies. Illustrant bien ce qui va se passer, Jakarta a déjà indiqué les sites pour le déménagement des abattoirs, les locaux de stockage et les marchés aux volailles. Et utilisant des mots qui auraient être aussi bien prononcés par son homologue vietnamien, le ministre de l’Agriculture Anton Apriyantono a déclaré aux journalistes, « les élevages de volailles pourraient éventuellement être intégrés aux abattoirs. Et de l'autre côté, le gouvernement laisse la grande industrie tranquille. Pour les exploitations commerciales à grande échelle – où malgré leurs dénégations répétées, la grippe aviaire reste un problème – tout est facultatif. Pire encore, le gouvernement et le public ne peuvent pratiquement rien faire hormis ‘accepter’ ce que l’industrie leur dit car il existe toujours un texte de loi qui empêche les inspections de l’exploitation sans la permission de la compagnie. Si une telle loi existait au Royaume-Uni, nous n’aurions jamais connu l'origine de l'important cas de contamination dont ce pays vient de souffrir.

Bien entendu, les mesures imposées par le gouvernement indonésien ne s'accordent pas du tout avec la vie quotidienne de la population. C'est ainsi que beaucoup de monde n’en tient tout simplement pas compte. D'où le recours fréquent du gouvernement à l’armée pour les imposer de force. A Jakarta, à peine 24 heures après l’entrée en vigueur de l’interdiction, on pouvait acheter des oiseaux vivants presque partout.

« Les pratiques traditionnelles d'élevage de la volaille sont profondément ancrées dans notre culture et elles sont cruciales pour les moyens d'existence de la population," explique Riza Tjahjadi de la Fondation Biotani Indonesia installée à Jakarta. "Le gouvernement aura vraiment beaucoup de mal s'il s'attend à ce que les gens abandonnent leurs oiseaux et leurs marchés de proximité pour les poulets congelés des supermarchés."

En effet, les gens commencent à se mobiliser. Le 27 février 2007, Sebindo (Serikat Buruh, syndicat informel des travailleurs d'Indonésie) a organisé une manifestation lors d'une réunion du Parti démocrate de la lutte d'Indonésie, dirigé par l'ancienne présidente Megawati Sukarnoputri. La manifestation faisait partie de la campagne de Sebindo pour qu'une information plus réaliste soit donnée au public sur la grippe aviaire et pour pousser le gouvernement à mener des actions plus cohérentes. Ils ont accusé à la fois le gouvernement et les médias d'avoir diffusé une version profondément erronée du problème.

Avec l'ordre d'abattage en masse, disent-ils, "La petite industrie avicole de l'Indonésie a été déclarée l'ennemie et jugée coupable". C'est ainsi que le pays est en train de persécuter son peuple et ses propres traditions. De plus, avec l'ordre de déplacer et d'intégrer l'industrie avicole, le gouvernement pousse délibérément le pays dans la dépendance vis à vis de quelques grosses fermes industrielles et des importations de l'étranger, sans garantie non plus que ce choix épargnera le pays de la grippe aviaire. Dans l'ensemble, il est dit de manière pernicieuse au pays qu'il n'a à s'en prendre qu'à lui-même, détruire son secteur et ses traditions avicoles et compter à la place sur l'industrie avicole transnationale, alors que la meilleure solution d'après le syndicat est de promouvoir une vie plus saine et une véritable biosécurité.

Dans les îles, les gouvernements locaux, face à la résistance populaire, ignorent aussi les directives centrales en provenance de Jakarta. Le gouverneur de Java du Centre, avec les éleveurs et les vendeurs de volailles menaçant de manifestations de masse, a jusqu'à présent refusé de mettre en application la directive centrale d'interdire et d'abattre les oiseaux de basse-cour, invoquant les conséquences sur la sécurité alimentaire des populations. A Yogyakarta, le parlement provincial est aux prises avec les vétérinaires, les agriculteurs et les étudiants du Forum Peduli Perunggasan Indonesia (Forum des préoccupations pourla volaille indonésienne) qui protestent sur ses mesures, demandent un rejet de la politique d'abattage en masse et soutiennent l'élevage de volaille en basse-cour et la diversité des volailles.

Il est évident que l'agrobusiness souffre, au moins à court terme, quand un cas de grippe aviaire est déclaré. Mais, que ce soit en Indonésie ou en Russie, en Inde ou en Egypte, les gouvernements et les diverses agences internationales sont rapidement venues au secours de l'industrie, et se sont même arrangées pour transformer la crise de la grippe aviaire en opportunité pour les plus grosses entreprises de renforcer leur contrôle sur le long terme. Ces entreprises, de CP en Thaïlande à Tyson aux Etats-Unis, ont fait beaucoup d'efforts pour s'assurer que cela se passe ainsi. En Octobre 2005, les plus grosses compagnies avicoles du monde se sont réunies pour former le Conseil avicole international, afin de rapidement défendre et mettre en avant une position unie sur la politique à mener pour la grippe aviaire. Il existe aussi la Commission internationale de l'œuf, un lobby d'entreprises qui possède un mandat similaire et un fonctionnement pas adhésion. Ces deux organisations ont des statuts officiels et des accords formels avec des organismes influents comme la FAO et l'organisation mondiale de santé animale, ce qui leur octroie une influence directe sur l'organisation de la politique à mener pour la grippe aviaire. Les petits producteurs et vendeurs de volaille n'ont pas accès à ces organismes; ils ont été totalement laissés en dehors des processus de décision, à la fois aux niveaux national et international, et cela se voit.

La privatisation de la grippe aviaire: l'ultime menace sur la santé

Les mêmes tensions affectent l'aspect qui concerne la santé humaine dans la crise de la grippe aviaire. Le 9 février 2007, la nouvelle éclata dans les médias internationaux que l'Indonésie avait interrompu la livraison des échantillons du virus local H5N1 (grippe aviaire) à l'OMS. Quand l'histoire est arrivée, le gouvernement indonésien avait appris qu'une firme australienne, CSL, était en train de développer un vaccin contre la grippe aviaire basé sur les échantillons provenant d'Indonésie, que Jakarta avait livrés à l'OMS, sans information ni demande d'autorisation. Pour se venger, raconte-t-on ensuite, Jakarta avait fermé la porte à l'OMS, symbole mythique de la coopération internationale dans la lutte contre tout risque de pandémie de grippe aviaire, et conclu à la place un accord privé avec une grosse compagnie pharmaceutique étasunienne, Baxter International, qui avait accepté de produire et de fournir des vaccins à l'Indonésie aux conditions du gouvernement.

Partout dans le monde, mais surtout en Occident, les populations condamnent et dénoncent l'Indonésie pour cette manœuvre. Le gouvernement a très vite été accusé de cupidité, d'avoir fait une erreur, de manquer de perspicacité et d'être nationaliste, comme si on disait que l'Indonésie était obligée de donner pour que d'autres puissent vendre. Vu de Jakarta, c'est très offensant. C'était de nouveau comme à l'époque coloniale.

Quand les choses se sont calmées, et que l'OMS et le ministre de la Santé indonésien ont signé un accord de paix en termes de relations publiques , il est devenu clair que beaucoup de gens n'avaient pas compris ce qui se passait et ce qui était en jeu.

L'Indonésie n'était pas le premier gouvernement à cesser d'envoyer des échantillons du virus de la grippe aviaire à l'OMS. La Chine l'avait déjà fait. D'ailleurs, l'Indonésie n'a cessé d'envoyer que les échantillons physiques du virus à partir de son territoire. Elle n'a pas cessé de collecter le matériel et d'envoyer les données à Genève. Manifestement, Jakarta n'était pas en train d'essayer de prendre le reste du monde en otage, mais d'essayer de résoudre un problème national urgent.

Le problème pour le gouvernement indonésien est qu'il a besoin d'un approvisionnement suffisant en vaccins pour traiter la question de santé publique qui représente une bombe à retardement sur laquelle il est assis. C'est l'Indonésie qui a été le plus touché de tous les pays par le virus H5N1. Le virus est à l'état endémique maintenant dans sa volaille; les gens continuent d'en mourir (38% de tous les cas rapportés d'êtres humains morts de la grippe aviaire dans le monde sont indonésiens), et c'est le quatrième pays le plus peuplé du monde. Ce qui est en jeu est tout simplement considérable. Le gouvernement a calculé que l'approvisionnement global de tout traitement sera nécessairement limité; qu'il ne peut et ne pourra pas s'offrir la plupart des vaccins, en particulier pendant la période de pénurie que toute pandémie entraîne; et qu'il a besoin d'un vaccin développé à partir de souches locales de la grippe pour une plus grande efficacité. Le système de l'OMS, à cet égard, ne conduit nulle part pour un pays comme l'Indonésie. L"organisation demande à ses pays membres d'envoyer des échantillons de tous les cas isolés de grippe aviaire, humains et animaux. Les échantillons sont conservés dans quatre centres collaborant avec l'OMS, basés comme par hasard dans les pays riches (Royaume uni, Japon, Etats-Unis et Australie), et les données alimentent une base de données protégée par un mot de passe, installée (est-ce étonnant?) aux Etats-Unis. On demande donc à un pays comme l'Indonésie de fournir gratuitement des échantillons de virus et de laisser les gros fabricants de produits pharmaceutiques accéder aux informations pour qu'ils produisent des médicaments dont ils détiendront les droits de propriété. C'est exactement ce qui s'est passé avec CSL. Le déséquilibre de pouvoir inhérent à ce système est choquant.

Lorsque l'Indonésie a dit "plus jamais", elle disait "c'est injuste". Ce n'est pas juste que les pays pauvres fournissent la "matière brute", gratuitement, à une entreprise pharmaceutique mondiale qui concentre le pouvoir du marché et tire des profits considérables par le biais de ses privilèges de monopole appelés brevets, en particulier quand ce sont les pays pauvres qui affrontent les plus gros problèmes de santé publique. Ce que l'Indonésie a réclamé par conséquent, comme d'autres pays qui se battent avec la crise de la grippe aviaire, comme la Thaïlande, c'est que l'OMS et les autres organismes les aident à développer la capacité de produire leurs propres vaccins eux-mêmes. Le brevet, que les pays en développement sont obligés d'accepter et auquel ils doivent se conformer, empêchera toujours que ça se passe comme ça. C'est ce que le brevet est censé faire: réprimer ("réguler") la concurrence. C'est pourquoi les géants des produits pharmaceutiques comme Syngenta, Novartis et Pfitzer se battent avec tant d'acharnement actuellement en Inde, en Thaïlande et aux Philippines, pour empêcher, autant que possible, la licence obligatoire et la fabrication générique. Il s'agit d' un pur problème d'opposition entre des intérêts commerciaux bornés et des intérêts publics larges. Quand les pays en développement, conduits par la Thaïlande, ont essayé de changer le système de distribution des échantillons de grippe aviaire de l'OMS en juin dernier afin qu'il soit limité à des objectifs non-commerciaux, il leur a été opposé un "non" catégorique.

Aujourd'hui on commence à dire que "D'accord, l'Indonésie a marqué un point. Tout vaccin contre une pandémie de grippe aviaire devrait être partagé. Et la technologie pour produire ce vaccin devrait aussi être partagée. La grippe aviaire est un problème de 'santé publique' qui demande une réponse allant dans le sens du 'bien public'." C'est juste. Et en Indonésie, des groupes comme le Syndicat Sebindo insistent catégoriquement pour que tout vaccin pour les êtres humains contre la grippe aviaire soit gratuit, et non vendu. Mais cela n'arrivera pas, ou nous retomberons sans arrêt dans ce dilemme, sauf si les gens contestent vraiment le système des brevets, qui n'apporte pas grand chose à la santé mais dont l'objectif est d'enrichir encore plus les PDG des compagnies pharmaceutiques et leurs actionnaires. Demain, quand des laboratoires vont breveter le virus H5n1 lui-même, les gens crieront certainement que c'est un crime. Mais demain, ce sera trop tard.

Punir les pauvres

La réponse à la crise de la grippe aviaire se déroule comme un programme d'ajustement structurel. Ici aussi, le monde des affaires et les organismes internationaux se servent d'une calamité, favorisée par les modèles qu'ils ont eux-mêmes mis en place, pour augmenter les profits des entreprises et faire avancer des réformes encore plus profondes qui presseront encore davantage les pauvres. Mais, tout comme les organisateurs des fameux programmes d'ajustement structurel qui ont tellement dévasté les pays du Sud, les autorités qui gèrent la crise de la grippe aviaire sont en train aussi de perdre toute légitimité. De plus en plus de gens sont convaincus que les réponses officielles à la grippe aviaire ont moins à faire avec la santé publique qu'avec les pouvoirs politiques. Et la résistance locale se construit petit à petit, engendrant des tensions entre les différents niveaux du gouvernement qui doivent faire face à la colère de leur population et les organismes internationaux où les lobbies des entreprises sont bien établis. C'est la raison pour laquelle des moyens plus importants sont déployés actuellement, y compris la force militaire et les sanctions économiques, pour imposer les directives centrales

La vision que prônent les entreprises, c'est à dire des élevages industriels et des abattoirs entièrement intégrés, produisant à la chaîne des volailles standardisées pour les étalages des supermarchés –déjà baptisé système du "Big chicken" pour le degré de contrôle qu'il implique – est plus que jamais enfoncée dans le crâne des décideurs. La menace d'une pandémie de grippe aviaire met en œuvre cette vision plus vite et plus profondément qu'elle ne l'aurait été sans elle. Mais les souffrances que cela cause à ceux qui sont broyés par les réformes, sans parler des risques que cela pose pour la santé de toute la planète, sont considérables. Le revers de la médaille de la manne que cela représente pour les entreprises, c'est la destruction des systèmes traditionnels d'élevage et la biodiversité de la volaille dont dépendent des centaines de millions de personnes pour leur sécurité alimentaire et leurs moyens d'existence. En agissant ainsi, cela sape aussi les bases d'une solution à long terme pour la grippe aviaire. Comme nous allons commencer à le voir en Indonésie et ailleurs, les gens n'ont pas d'autre choix que de résister.
Contributions: Riza Tjahjahdi et les bénévoles de Biotani Foundation Indonesia ont généreusement apporté leur aide à ce rapport par leurs recherches de données de base.

* Le terme 'Big Chicken' vient de Wendy Orent, une anthropologue et auteure d'ouvrages scientifiques des Etats-Unis.(ndt: Il fait référence au "Big Brother" du roman 1984 de George Orwell, personnage qui symbolise le contrôle totalitaire de la société par un état policier)

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