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Economie

La carte maîtresse du subprime : Résister aux banques

Posté le 02.07.2008 par djamazz
La carte maîtresse du subprime : Résister aux banques

webofdebt.com, Dr Ellen Brown, 26 juin 2008

« Si le peuple américain permet toujours aux banques privées de contrôler l'émission de sa monnaie, d'abord par l'inflation, puis par la déflation, les banques et les sociétés qui se développeront autour de lui les priveront de tout bien jusqu'à ce que ses enfants prennent conscience des sans-abri sur le continent conquis par ses pères. Le pouvoir d'émission devraient être repris aux banques et rendu au peuple à qui il appartient. » Thomas Jefferson, Lettre au Ministre des Finances Albert Gallatin (1802)

​​​​Jefferson avait raison. Plus d'un million et demi de propriétaires devraient s'attendre à une procédure de saisie cette année, et environ la moitié d'entre eux sont censés voir leur maison saisie. Si les conséquences lugubres évoquées par Jefferson il y a 200 ans ont été lentes à venir, c'est parce qu'elles ont été cachées par ce que Jerome a Paris appelle l'Anglo Disease (le mal américain), le régime économique fortement inégalitaire qui permet aux riches et au secteur financier . . . de s'emparer de l'essentiel des revenus, mais le cache en pourvoyant à bon marché la dette de la classe moyenne afin qu'elle puisse continuer à dépenser. »

​​​​Il qualifie la « finance » de branche « cannibale » de l'économie d'aujourd'hui. Dans un article publié ce mois-ci dans l'European Tribune, il déclare :

​​​​L'une des traits les plus intéressants du monde financier, pour ses promoteurs, est sa capacité à concentrer d'énormes fortunes entre un petit nombre de mains, et d'encourager ça comme une bonne chose (ces gens sont dits créer, plutôt que s'emparer des richesses) . . . Bien entendu, la réalité est que ce genre de concentration de richesses se fait en bloquant le reste, comme le démontre la stagnation des revenus dans la majorité de la classe moyenne et basse de la société. Ce n'est pas tant la création des richesses que sa redistribution, du grand nombre vers quelques-uns. Mais ce qui rend cette inégalité . . . tolérable, c'est que le monde financier lui-même a été capable de fournir un opportun écran de fumée, sous la forme d'une dette bon marché fournie à profusion à chacun. Les riches ont utilisé ça pour s'emparer des actifs réels en monnaie de singe, et les autres ont été aimablement autorisés à poursuivre leurs dépenses en tapant sur leurs revenus futurs plutôt que sur leurs rentrées actuelles insuffisantes. En un mot, la bulle de la dette cache la guerre des classes menée par les riches contre tout les autres . . . (1)

​​​​La bulle de la dette est aujourd'hui immense, avec à l'horizon un crash immobilier, une crise bancaire, des saisies, et l'inévitable récession. « Les mécanismes d'accaparement des revenus mis en place durant la bulle n'ont pas été annulés, de sorte que les emmerdements pleuvent de manière disproportionnée sur les plus pauvres, » écrit Jerome a Paris. Dans l'intervalle, les finances ont été renflouées. Que doit-on faire ? « Le financier . . . expliquera que plus de 'réformes' et de 'dérégulation' et de réductions d'impôts sont nécessaires, » a dit Jerome a Paris, mais « il est peut être temps d'arrêter d'écouter les salades de ceux qui sont très intéressés, et de reprendre ce dont ils ont pu s'emparer : Ce n'est pas à eux. »

​​​​Bonne idée, mais comment ? Les financiers possèdent les médias, et leurs lobbies massivement financés contrôlent le Congrès. Comment, nous le peuple, pouvons-nous obtenir assez de poids pour nous battre contre les géants financier et corporatifs ? Que pouvons-nous faire pour rendre les hommes politiques honnêtes et vigilants ?

​​​​Et si les tribunaux étaient envahis ? La nouvelle jurisprudence indique que la majorité des 750.000 propriétaires qui devraient perdre leur maison cette année peuvent avoir une défense valable contre la saisie. Pas moins de deux milliards de dollars dans l'immobilier sont vulnérables à cette défense qui fournit un très gros bâton au lobby des débiteurs motivés. La mobilisation de ce groupe peut à son tour allumer un feu sous les investisseurs en MBS (titres adossés à des créances hypothécaires) : fonds de pension, fonds du marché monétaire et compagnies d'assurance titulaires de ces hypothèques « orphelines. » Ces investisseurs brandissent aussi un très gros bâton sous la forme des grands cabinets d'avocats sous contrat. Quand les banques prises d'assaut demandent à être renflouées parce qu'elles sont « trop grosses pour faire faillite, » les contribuables peuvent répondre, « Vous avez déjà fait faillite. Il est temps d'essayer quelque chose d'autre. »


  • L'atout juridique : leur faire produire l'acte

    ​​​​L'un des principes fondamentaux du droit est qu'un plaignant intentant un procès pour rupture d'un contrat écrit doit présenter celui-ci signé pour prouver qu'il est en droit d'assistance juridique. S'il n'y a pas d'acte hypothécaire signé ou enregistré, l'assignation en saisie est illicite. L'accusé (l'emprunteur qui ne peut rembourser) doit normalement susciter ce genre de défense, et la plupart des propriétaires en défaut, ignorant la procédure légale ou préoccupés par le coût d'embauche d'un avocat, laissent tout simplement partir leur maison sans discuter. Mais, quand l'action en saisie du subprime (prêt hypothécaire à haut risque) a été contestée, dans la plupart des cas les plaignants ont été incapables de produire l'acte de l'hypothèque.

    ​​​​Pourquoi n'ont-ils pas pu présenter l'acte ? Il semble que ce soit plus qu'une simple négligence de paperasserie. Les banques qui se sont engagées au départ dans les transactions risquées du subprime l'ont fait en général parce qu'elles n'avaient pas l'intention de porter les prêts sur leurs registres. Les hypothèques ont été immédiatement découpées en tranches, groupées en titres adossés à des créances hypothécaires (MBS [**]), puis vendues aux investisseurs. L'initiateur du prêt a vendu les hypothèques à des institutions financières ou à d'autres banques, qui ont vendu les droits sur les revenus des remboursement mensuels à des investisseurs, tout en transférant la responsabilité de recueillir ces paiements d'hypothèques à des sociétés de services spécialisées. Le résultat a été le découpage en tranche des contrat hypothécaires avec personne ne possédant vraiment les documents originaux. Quand une saisie est entamée, le gestionnaire ou le mandataire agissant en qualité de plaignant a maintenant des difficultés à prouver qu'il est l'initiateur de l'hypothèque ou que le prêt lui appartient. Pour qu'une deuxième banque ou institution financière soit qualifiée pour porter une saisie devant un tribunal, l'hypothèque doit lui être attribuée, et avec l'effondrement du marché immobilier, beaucoup de bailleurs de fonds du subprime ont cessé leurs activités, ce qui fait qu'il est impossible de contacter la société initiatrice de l'hypothèque. D'autres documents ont juste été perdus dans le brassage des contrats hypothécaires coupés en tranches. (2)

    ​​​​Pourquoi l'acte hypothécaire n'a-t-il pas été attribué aux titulaires des titres MBS quand les hypothèques ont été vendues la première fois ? Apparemment parce que les investisseurs n'ont même pas assorti entre eux les biens immobiliers spécifiques avant les défaillances (les impossibilités de rembourser les prêts). Voici comment marche le système des MBS : quand les hypothèques sont regroupées en premier par les banques, tous les prêts hypothécaires du subprime vont dans le même groupe. Le groupe des prêts hypothécaires est partagé en « titres » vendus en différentes « tranches » ou niveaux de risque à de nombreux investisseurs : banques, hedge funds (fonds spéculatifs), fonds du marché monétaire, fonds de pension. Les premiers prêts hypothécaires défaillants sont ensuite affectés à la tranche à risque élevé « BBB » des investisseurs. Les défaillances augmentant, plus tard, les prêts hypothécaires en défaut se retrouvent en bas de la chaîne de risque, dans la tranche soi-disant la plus sûre. (3) Cela signifie que des investisseurs n'obtiennent ces hypothèques seulement qu'après rupture de l'accord de remboursement par les emprunteurs. Cela signifie aussi que ces investisseurs ne faisaient pas partie de l'accord quand il a été rompu, ce qui rend difficile de prouver qu'ils ont été lésés par le non remboursement.

    ​​​​Les investisseurs ont un autre problème : l'attribution différée de prêts hypothécaires à des investisseurs particuliers signifie qu'il n'y avait pas de « véritable vente » de la garantie (la maison) au moment de la titrisation de l'hypothèque. La vente véritable de la garantie est une obligation légale pour créer un titre valable (l'intérêt est cautionné par la maison par opposition à une simple dette soutenue par un nantissement). En conséquence, les investisseurs ont des difficultés à prouver qu'ils ont tous un intérêt dans la maison, cautionnée ou non. (4)

    L'excuse « Le chien a bouffé mon acte d'hypothèque »

    ​​​​Quand les banques de titrisation agissant en mandataires pour des investisseurs ne peuvent présenter le justificatif écrit de propriété au moment où elles voudraient donner droit à la saisie, en général elles déposent ce qu'on appelle une déclaration de perte d'acte par écrit et sous serment. Avril Charney est une avocate de l'aide juridique en Floride versée dans ces questions. L'année dernière, elle a obtenu le rejet ou l'ajournement des procédures de saisie concernant 300 clients. En février 2008, dans un article de Bloomberg, elle a déclaré que près de 80 pour cent de ces cas concernaient des déclarations de perte d'acte par écrit et sous serment. « La déclaration de perte d'acte par écrit et sous serment est le standard et la pratique de l'industrie, » a-t-elle dit. « Elle n'est pas exceptionnelle. Elle est la règle. » (3)

    ​​​​Dans le passé les juges ont laissé exécuter ces saisies, mais en octobre 2007, un juge fédéral intrépide de Cleveland a mis un terme à cette pratique. Le juge de tribunal d'instance Christopher Boyko a statué que, dans la procédure qu'elle intentait, la Deutsche Bank n'avait pas déposé les documents appropriés qui établissaient son droit à saisir quatorze maisons. (4) Cela a commencé le bal, et en février 2008 les juges d'au moins cinq États lui ont emboîté le pas. À Los Angeles, en janvier, le juge des faillites Samuel L. Bufford a publié une note d'avertissement à destination des plaignants en saisie pour qu'ils apportent l'acte de l'hypothèque au tribunal et ne soumettent pas des copies. Dans l'Ohio, où les saisies étaient en hausse de 88 pour cent en 2007, il a été signalé que le procureur général Marc Dann a contesté la propriété de l'acte hypothécaire dans quarante cas de saisies. (5)

    ​​​​Mais, peu d'accusés ont la chance d'avoir dans leur coin des défenseurs comme Charney et Dann, et la plupart des débiteurs défaillants laissent juste partir leur maison. Même sans avocat, une simple contestation contre la plainte peut être déposée, et quelques emprunteurs du subprime ont défendu avec succès leur propre action en saisie. Mais avoir un avocat est fortement conseillé. Souvent les gens qui se représentent eux-mêmes ne sont pas pris au sérieux, et ils risquent de déroger aux règles locales. Avec cet avertissement, voici quelques informations générales sur la contestation des saisies :

    ​​​​Certains États ont des procédures de saisie juridiques et d'autres non. Dans un État à saisie juridique (ce qui signifie que la question est entendue devant un juge), si un billet à ordre ou une assignation enregistré nommant le plaignant n'est pas joint à la plainte, l'accusé peut déposer une réponse déclarant que le plaignant a omis de faire une déclaration. Elle peut être suivie d'une requête appelée fin de non-recevoir à la plainte. Différentes formes de fin de non-recevoir peuvent être trouvées dans les livres de formalités juridiques de la plupart des bibliothèques de droit. Pour l'essentiel, la fin de non-recevoir déclare que, même si tout est vrai dans la plainte, elle manque de substance car elle ne dispose pas de la copie de l'acte, et elle devrait donc être rejetée. Normalement il n'est pas nécessaire de citer beaucoup de lois ou de jurisprudences autre que la directive indiquant la nécessité de montrer l'acte établissant que le plaignant a droit d'assistance.

    ​​​​Dans un État où les procédures de saisie ne sont pas juridiques, comme la Californie, la saisie est faite par un mandataire sans audience devant un tribunal. La procédure est donc un peu délicate, mais la tenue de la saisie peut encore être contestée. Si le propriétaire a déposé son bilan, la procédure est automatiquement suspendue, exigeant du prêteur qu'il engage une requête pour assistance en sursis avant d'aller de l'avant. Le débiteur peut alors contester le droit du prêteur à la garantie (la maison) en exigeant la preuve d'un intérêt légal ou équitable sur elle. (6) Face à la saisie, un propriétaire sans dépôt de bilan peut aussi obtenir que l'affaire soit portée devant un tribunal en posant une plainte et une injonction préliminaire pour ajourner la procédure en attendant la preuve du droit de saisie. Un juge devrait alors se prononcer sur le fond. Une plainte pour jugement déclaratoire (pour obtenir la décision d'un juge sur le fond) pourrait aussi être intentée contre le mandataire, pour chercher à obtenir que ses droits soient déclarés nuls. (7)

    Un règlement équitable pour tout le monde

    ​​​​Ces défenses peuvent aider ceux qui sont sur le point de perdre leur maison, mais il y a une autre catégorie de victimes de la crise du subprime : les investisseurs en MBS, notamment les fonds de pension et les 401Ks dont dépendent de nombreuses gens pour leur retraite. Si les mandataires représentant des investisseurs ne peuvent saisir les biens hypothéqués, les heureux débiteurs peuvent rester dans leur maison sans rembourser. Mais les malheureux investisseurs seront laissés dans le pétrin. En revanche, si les investisseurs se débrouillent pour rejeter la responsabilité sur les banques, celles-ci pourraient sombrer en entraînant l'économie avec elles. Comment résoudre ces problèmes délicats d'une manière équitable pour tous ? Cette question sera abordée dans le prochain article. Restez à l'écoute.

    Références

    1) Jerome a Paris, « Compte à rebours pour que le pétrole à 200 dollars se joigne à l'Anglo Disease, » European Tribune (7 juin 2008).

    2) « Contester l'action juridique en saisie : Qui possède l'hypothèque ? » ForeclosureFish.com (2 avril 2008).

    3) CNBC, « Dérivés du subprime, »
    youtube.com/watch?v=0YNyn1XGyWg (juin 2007).

    4) vindkothari.com, « Le véritable problème de la vente. »

    5) Bob Ivry, « Les banques perdent contre les propriétaires oisifs tandis que les prêts vendus en obligations s'évanouissent, » Bloomberg.com (22 février 2008).

    6) Judge Christopher A. Boyko, Opinion and Order, In re Foreclosure Cases, Case 1:07-cv-02282-CAB, U.S. District Court, Northern District of Ohio, Eastern Division, filed 10/31/2007.

    7) B. Ivry, op. cit.; Jimmy Higgins, « La boule de neige du juge Boyko commence à rouler dans la descente, » Fire on the Mountain (blogspot) (26 février 2008) ; Wendy Davis, « Trouver un prêt est difficile, » ABA Journal (mars 2008).

    8) « Plus d'ennuis pour les promoteurs de titres hypothécaires ? » http://bigpicture.typepad.com (December 9, 2007).

    9) Aaron Krowne, et autres, « Vraie vente, fausse titrisation, » iamfacingforeclosure.com (16 novembre 2007).

    ​​​​Ellen Brown, JD, a développé ses compétences comme avocate en litiges civils à Los Angeles. Dans Web of Debt, son dernier livre, elle voue ses compétences à une analyse de la Réserve Fédérale et du « trust de l'argent. » Elle montre comment ce cartel privée a usurpé le pouvoir de créer l'argent du peuple et comment nous pouvons récupérer ce pouvoir. Ses sites sont webofdebt.com et ellenbrown.com.

    Original : http://www.webofdebt.com/articles/subprime_defense.php
    Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info

    Notes de traduction

    * La faillite d'une banque est pourtant gravissime pour ses clients puisqu'en principe ils perdent l'usage de leur compte bancaire et l'argent qui est dessus.

    ** MBS, Mortgage-backed security, signifie titre adossé à une hypothèque. Les revenus d'un MBS proviennent du remboursement du capital et des intérêts d'un ensemble de prêts hypothécaires (ou plutôt, d'un ensemble de fractions de prêts hypothécaires, puisque, d'après Ellen Brown, un même prêt est morcelé dans plusieurs MBS, sans doute pour que ces derniers soient abordables pour les investisseurs). Les paiements sont généralement mensuels sur la durée du prêt. La hauteur des revenus n'est pas garantie constante car des prêts inclus dans le MBS peuvent être remboursés par anticipation, ou bien les mensualités peuvent être plus grandes que ce qui a été fixé, ce qui réduit le capital prêté et les intérêts (sans parler des défauts de remboursement avec rejet de la procédure de saisie ou impossibilité de revendre une maison saisie).

    Lundi 30 Juin 2008



  • --

    Trois importantes institutions financières émettent un avertissement

    Posté le 30.06.2008 par djamazz
    Trois importantes institutions financières émettent un avertissement d'effondrement économique imminent : la Royal Bank of Scotland, Barclays et Fortis


    Royal Bank of Scotland

    Le 18 juin, le Daily Telegraph nous apprenait que la Royal Bank of Scotland avait averti ses clients de se préparer à un krach majeur des bourses mondiales et des marchés du crédit dans les trois prochains mois, au moment où l'inflation paralyse les possibilités d'action des grandes banques centrales.

    « Une période très dangereuse se rapproche rapidement - soyez prêts », mettait en garde Bob Janjuah, l'analyste stratégique de la banque écossaise.

    Barclays

    Au cours des derniers jours nous apprenions toujours par le Daily Telegraph que l'institution financière Barclays émet à son tour un avertissement de tempête financière alors que la crédibilité de la Réserve fédérale s'effrite.
    Le Groupe Barclays Capital a conseillé des clients de se préparer à une tempête financière mondiale, avertissant que la Réserve fédérale américaine a permis au génie de l'inflation de sortir de sa bouteille et de laisser ainsi tomber sa crédibilité « au-dessous de zéro. »

    « Nous sommes dans une mauvaise situation. Il y a un choc inflationniste qui s'en vient. Cela sera très négatif pour les actifs financiers… » a déclaré Tim Bond, le stratégiste en chef de la banque.

    Le Groupe Barclays Capital prévoit que l'inflation aux États-Unis se dirige vers un taux de 5,5% en août et que la Fed devra relever les taux d'intérêt à six reprises d'ici la fin de la prochaine année, afin de prévenir une spirale inflationniste. Si elle hésite, les marchés obligataires prendront les choses en mains. « C'est le premier test pour les banques centrales depuis 30 ans et elles l'ont traité à la légère. Elles n'ont plus aucune crédibilité, et celle de la Fed est négative en admettant que cela soit possible. Elle a perdu toute crédibilité », a déclaré M. Bond.
    Fortis
    Fortis prévoit également un effondrement du marché financier US dans quelques semaines ... en raison des injections d'argent (principalement faites par la Fed).


    28 Juin, 9h10

    Communiqué de presse

    BRUXELLES / AMSTERDAM - Fortis s'attend à un effondrement total des marchés financiers américains qui surviendra en l'espace de quelques jours ou de quelques semaines. Cela explique, selon Fortis, la série d'interventions de jeudi dernier pour récupérer 8 milliards d'euros. « Nous avons été sauvé juste à temps. La situation aux États-Unis est bien pire que nous le pensions, » a déclaré le président de Fortis Maurice Lippens. Fortis s'attend à 6,000 faillites parmi les banques américaines qui ont actuellement une faible couverture. Mais aussi de Citigroup, de General Motors, un effondrement total et en train de débuter aux États-Unis. »

    Par Dany Quirion pour Alter Info

    Sources:

    Royal Bank of Scotland: http://www.alterinfo.net/La-Royal-Bank-of-Scotland-prevoit-un-krach-d-ici-septembre_a20920.html

    Barclays: http://www.telegraph.co.uk/money/main.jhtml?xml=/money/2008/06/27/cnbarclays127.xml

    Fortis: https://www.kitcomm.com/showthread.php?t=19066

    Lundi 30 Juin 2008

    Un produit de luxe appelé aliment

    Posté le 30.06.2008 par djamazz
    Un produit de luxe appelé aliment

    par Frei Betto

    Mondialisation.ca, Le 27 juin 2008
    Il manifesto

    Qui aurait imaginé que nous devrions entrer dans une boutique pour acheter du riz, des haricots, des légumes et de la viande ? Car nous n’en sommes pas loin. Le prix moyen des aliments a triplé lors des douze derniers mois.

    L’an dernier, les maîtres du monde ont investi dans l’industrie de la mort – les armements- 135 millions de dollars, 45 % de plus qu’il y a dix ans, selon l’Institut international d’investigations pour la paix. Les gouvernements ont investi 2,5% du PIB mondial en dépenses militaires. Par habitant de la planète, 202 dollars ont été investis pour alimenter les chevaux de l’apocalypse de missiles, bombes, mines et engins nucléaires.

    Résumons : selon la Fao, la valeur des armements est 191 fois plus élevée que les dépenses alimentaires.

    En 2007, les USA ont vendu 45% des armes dans le monde. Aujourd’hui ce marché est dominé par 41 entreprises étasuniennes et 34 d’Europe occidentale. Pendant les dix dernières années les dépenses militaires étasuniennes ont augmenté de 65%, dépassant ce qui a été dépensé pendant la seconde guerre mondiale. C’est le coût des interventions en Irak et Afghanistan.

    En plus de la disproportion brutale entre ce qu’on investit en mort (armements) et ce qui revient à la vie (aliments), la crise du pétrole – avec le baril à plus de 130 dollars- augmente le prix des aliments de façon terrible. Pendant les 50 dernières années l’agriculture s’est industrialisée ; ce qui a fait augmenter de 250% la production des céréales. Mais cela n’a pas entraîné qu’ils soient moins chers, ou qu’ils arrivent jusqu’à la bouche des affamés.

    L’agriculture a commencé à consommer du pétrole sous forme de fertilisants (ils représentent un tiers de la consommation d’énergie à la production, et ils ont augmenté de 130% l’an dernier), pesticides, machines agricoles, systèmes d’irrigation et de transport (des camions pour amener les aliments au marché jusqu’au cyclo du livreur de pizzas). L’agriculture industrialisée consomme 50 fois plus d’énergie que la traditionnelle, parce que 95% de nos produits alimentaires exigent l’utilisation du pétrole. Rien que pour élever une vache et la mettre sur un marché, il faut une consommation de 6 barils, de 158,9 litres chacun. L’augmentation du pétrole ouvre un nouveau marché pour les produits agricoles. Ils étaient auparavant destinés à la consommation humaine, ils sont à présent employés aussi pour alimenter des machines-outils et des véhicules. Le prix du pétrole augmente celui des aliments par le seul fait que si sa valeur comme combustible d’une marchandise est supérieure à sa valeur comme nourriture, il sera transformé en agrocombustible. Qui investira dans la production du sucre si avec cette même canne on obtient plus de gain en fabriquant de l’éthanol ? Evidemment, le sucre ne va pas disparaître des rayons de supermarchés. Mais il sera offert comme article de luxe pour pouvoir compenser l’investissement de celui qui aura arrêté de produire des agrocombustibles.

    Il ne s’agit pas d’être contre l’éthanol mais d’être en faveur de la production d’aliments, de manière qu’ils soient accessibles au salaire moyen du Brésilien ordinaire, environ 300 dollars par mois. Personne ne connaît en outre le travail d’esclave ou semi-esclave qui règne dans les plantations de canne brésiliennes, dénoncées récemment par un rapport d’Amnesty International. Il est urgent que le Parlement approuve la proposition de réforme constitutionnelle 438/2001, contre le travail esclave. Malheureusement le gouvernement vient à peine de modifier la mesure qui n’oblige pas à inscrire le travailleur jusqu’à trois mois de contrat. Combien de travailleurs seront-ils condamnés à un régime perpétuel –et légal- de travaux trimestriels et sans droits ?

    Certaines entreprises de production d’éthanol obligent leurs travailleurs à récolter jusqu’à 15 tonnes de canne par jour ; et ils ne les paient pas à l’heure mais à la quantité récoltée. L’effort provoque de sérieux problèmes de colonne vertébrale, des crampes, des tendinites et des maladies des voies respiratoires, dues au pollen de canne, des déformations des pieds causées par les grosses chaussures, et des dommages aux cordes vocales à force de garder le cou tordu. Pendant la récolte les travailleurs sont trempés de sueur à cause de la chaleur et de l’effort. Pour couper une tonne de canne il faut mille coups de machette. Les salaires payés à la production sont insuffisants pour assurer aux travailleurs une alimentation adaptée, car malgré les dépenses de location, et de transport depuis leurs lieux d’origine jusqu’à l’intérieur de San Paolo et du Minas, ils envoient à leurs familles une partie de ce qu’ils gagnent.

    L’actuel régime de travail réduit la durée de vie professionnelle des coupeurs de canne à environ 12 années. En 1850, où le trafic d’esclaves était libre et l’offre de main d’œuvre abondante, la durée de vie de travail était comprise entre 10 et 12 années. A partir de la prohibition de l’importation des nègres, un meilleur traitement dispensé aux esclaves augmenta cette durée : entre 15 et 20 années.

    Si le gouvernement fédéral désire promouvoir la croissance économique et le développement durable, sans mettre en opposition ces deux aspects de notre processus de civilisation, il doit éviter les maux signalés, et faire la réforme agraire de telle sorte que les zones destinées à la production d’aliments se multiplient, en les rééquilibrant par rapport à celles qui aujourd’hui sont occupées par les agrocombustibles.

    Edition de jeudi 26 juin de il manifesto
    http://www.ilmanifesto.it/Qotidiano-archivio/26-Giugno-2008/art50.html

    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
    Articles de Frei Betto publiés par Mondialisation.ca

    L'électrochoc planétaire

    Posté le 28.06.2008 par djamazz
    L'électrochoc planétaire

    L'argent, c'est le nerf de la guerre. C'est une expression « populaire » que l'on entend souvent, dans le sens que rien n'est possible sans un minimum de moyens financiers. On dit aussi souvent que les expressions « populaires » renferment la plupart du temps des vérités, une sagesse, un bon sens certains. Ce bouquin de Naomi Klein explore, depuis la nausée provoquée chez tout être humain digne de ce nom par les descriptions des tortures étudiées et mises en pratique au cours des temps sur les individus, jusqu'à la nausée provoquée par les mêmes tortures appliquées à des populations entières. Tout au long de l'ouvrage, le lecteur se référera aux 70 pages de notes, à la fin, toutes vérifiables, toutes publiées et publiques. Jusqu'à la nausée.


    L'électrochoc planétaire
    Voici comment les éditeurs concluent la quatrième de couverture: »Remarquablement conduite et documentée, cette histoire secrète du libre marché, qui dessine une nouvelle éthique de l'investigation journalistique, s'affirme comme une lecture indispensable pour ré-évaluer les enjeux des temps présents et à venir, vis-à-vis desquels les citoyens du monde portent, ensemble, une responsabilité impossible à déléguer ».

    Secrète, car à la différence de l'économie traditionnelle, telle qu'on la connaissait jusqu'à présent, l'économie du désastre se fonde obligatoirement sur des ententes opaques entre gouvernements et corporations; les uns comme les autres doivent en effet jongler en permanence avec l'opinion publique, aujourd'hui globale et instantanée, pour mener à bien leurs projets.

    L'économie du désastre demande, pour fonctionner, un aveuglement et un cynisme à toute épreuve. Pas de sensiblerie ici, uniquement de l'efficacité, et du gigantisme. Gigantisme des transactions, des falsifications menant au gigantisme des profits réalisés. Énormité des mensonges proférés, entretenus, prouvés. Les thèses qui sous-tendent les activités de cet ultra-libéralisme de la catastrophe se rapprochent d'une espèce de pseudo-religion de la puissance, en même temps que de la destruction créatrice, qui n'hésitera pas à aller piocher ici et là dans la Tradition les symboles, histoires et légendes qui lui conviennent. Le seul objet, au final, c'est le vol massif des richesses des populations, la spéculation effrénée s'occupant du reste, c'est-à-dire la richesse et les profits incommensurables réalisés par quelques-uns au détriment de tous. Bien sûr, la plupart d'entre les citoyens du monde ont entendu qu'une infime minorité sur la planète possède la majeure partie des richesses. Mais cela n'arrive pas comme une fatalité naturelle, il y faut des projets, des hommes et des femmes. Il y faut la conscience. De ce point de vue, l'ouvrage de Naomi Klein, même s'il demeure timide sur un certain nombre de points, notamment le 11 septembre 2001, préférant s'attarder sur les conséquences immédiates que sur la nature des causes de cette catastrophe (probablement pour des raisons d'édition pure et simple), possède une vertu: il informe, sur des bases claires, réelles et documentées, sur la nature de la conscience qui provoque et profite de ces cataclysmes. Le coup d'État de Pinochet au Chili, l'effondrement de L'URSS, le massacre de la place Tiananmen, l'Argentine, la Bolivie, Mandela en Afrique du Sud, l'Indonésie, l'Irak, le cyclone Katrina, Guantanamo, etc. tous ces évènements de l'histoire récente sont épluchés, observés au microscope, et surtout, au macroscope économique, politique et idéologique.

    Pourquoi donc, au final, y aurait-il là pour les citoyens du monde, une responsabilité impossible à déléguer? Que veulent dire les éditeurs dans leur quatrième? Bien sûr, la quatrième doit être attractive, vendeuse, ce livre étant un produit, qui doit être vendu. Ici, tout se passe comme si le sujet même du livre avait obligé les éditeurs à dire une chose sans la dire, tout en l'affirmant fortement. Pourquoi n'auraient-ils pas pu écrire: « cette histoire secrète du complot des tenants de l'ultra-libéralisme etc. » Le mot eut été lâché, et l'accusation de « théoricien du complot » n'aurait pas manqué de suivre, accompagnée du discrédit habituel. Mais justement, le thème du livre, qui, il faut le rappeler, s'appuie sur des notes précises, datées, publiées, c'est précisément « l'histoire secrète... » « Complot », « histoire secrète » semblent être ce que l'on appelle des synonymes. Ailleurs, dans la même quatrième de couverture, voici ce que l'on peut lire: « [...] Naomi Klein dénonce [...] l'existence d'opérations concertées dans le but d'assurer la prise de contrôle de la planète par les tenants d'un ultra-libéralisme tout puissant ». « Opérations concertées », « prise de contrôle de la planète ». Là encore, le mot « complot » n'est pas employé. Ni le mot « théorie ».

    La thèse avancée est donc qu'un groupe d'humains, dans le but de contrôler la Terre et ses habitants, se sont concertés et se concertent encore de nos jours, bien à l'abri des regards des populations, ce qui est somme toute logique, puisqu'il s'agit de les contrôler, avec, dernière touche de fantaisie, l'objectif de leur faire aimer ce qui précisément les contrôlent.

    Une théorie est d'abord basée sur des hypothèses. Au cours de l'expérimentation, ces hypothèses de départ doivent être mises à l'épreuve, pour être soit confirmées, soit infirmées. Celles qui sont infirmées sont abandonnées en cours de route, généralement remplacées par des versions plus élaborées, conformes aux dernières expérimentations, ou tout simplement oubliées, car ne se rapportant à aucune réalité. Ainsi, les phénomènes sont petit à petit mieux perçus, mieux expliqués, et en général, malheureusement, mieux exploités. Après la lecture du bouquin de Naomi Klein, après consultation de ses sources, il faut se rendre à l'évidence. Non seulement il n'y a pas de « théorie du complot » et il n'y en aura jamais, mais voilà que c'est au tour de l'Humanité toute entière d'être la victime d'un complot, tout à fait vérifiable celui-là, puisqu'il ne se base pas sur des hypothèses, mais sur des faits, des faits, et uniquement des faits.

    Pour contredire ces affirmations, il faudra montrer que le Dr Ewen Cameron et la CIA non seulement n'existent pas, mais que les recherches de l'un en vue d'effacer la conscience de l'individu et de la remplacer par une autre plus propre et conforme n'ont jamais été financées par l'autre.

    Il faudra montrer que Milton Friedman, ses déclarations, ses écrits, et ce que l'on a appelé l'école de Chicago sont des inventions de l'esprit. Un exemple?

    « Seule une crise – réelle ou supposée – peut produire des changements. Lorsqu'elle se produit, les mesures à prendre dépendent des idées en vigueur dans le contexte. Telle est, me semble-t-il, notre véritable fonction: trouver des solutions de rechange aux politiques existantes et les entretenir jusqu'à ce que le politiquement impossible devienne le politiquement inévitable »

    Préface de la nouvelle édition anglaise (1982) du livre de Milton Friedman (assisté de Rose D. Friedman), Capitalisme et liberté. (note 33, chap. 6)

    Il faudra aussi montrer, et prouver, que Donald Rumsfeld n'a jamais été un « disciple » du précédent. Ainsi que nombre d'autres, au pouvoir actuellement. Un autre exemple?

    « Quand je suis prêt de Milton et que je lui parle, je me sens plus intelligent »

    Donald Rumsfeld, « Tribute to Milton Friedman » (note 13, chap. 14)

    Il faudra prouver que les Chicago Boys, autres disciples du même Milton Friedman, et de ses thèses démentielles, n'étaient pas au Chili, en Argentine, en URSS, en Indonésie, en Afrique du Sud, et ailleurs, aux moments précis où les crises en question se produisaient.

    Et ainsi de suite. Ouvrez le livre, à n'importe quelle page, n'importe quelle crise historique récente, lisez quelques lignes, arrêtez-vous à la première note que vous trouverez, et allez vérifier. Point.

    Impossible ici de lister l'intégralité des références historiques, ouvrages, discours, comptes-rendus, émissions, statistiques cités par l'auteur. La conclusion, c'est qu'avec l'accélération (provoquée) de l'histoire que l'humanité connaît aujourd'hui, le piège est en train de se refermer, et que pour les victimes de cette gigantesque tromperie, mieux vaut être informé de la nature exacte du piège. Y échapper relève de l'utopie, car qui est prêt à renoncer consciemment à ce moyen d'action extrêmement efficace qu'est l'argent, concentré maintenant dans quelques méga-corporations? Qui est prêt à cesser tout bonnement toute forme de consommation? Qui est prêt à risquer de disparaître, tant numériquement, que civilement? Pour aller où? Et d'ailleurs, qui est prêt à cesser de se déplacer, quotidiennement, pour un oui ou pour un non?

    Climax: Ils contrôlent tout ce à quoi nous ne pouvons pas renoncer.

    Car nous aimons nos maisons, nos équipements, nos ordinateurs, nos voitures, nos téléphones, nos nourritures emballées, nos médicaments. Nous ne pouvons pas nous en passer, et c'est ce qu'ils attendent de nous. Seuls quelques-uns, au prix de sacrifices énormes, peuvent encore espérer mener leurs existences comme ils l'entendent. A l'écart, probablement, cachés, certainement.

    Aussi bizarre ou stupide que cela puisse paraître, il ne reste, heureusement ou malheureusement, qu'une ou deux possibilités; dans les deux cas, un électrochoc planétaire.

    Une intervention extérieure, peut-être une crise globale et instantanée, donc incontrôlable.

    Une intervention intérieure, une prise de conscience globale et instantanée, un Tsunami mental de six milliards d'individus.

    Dominique Godon

    Notes de lectures de « La stratégie du choc », Naomi Klein, ed. LEMÉAC/ACTES SUD

    Écoutez TRANSITION du groupe de rock apocalyptique français Godon(e) (www.godon.org)

    Jeudi 26 Juin 2008
    dominique.godon@gmail.com

    Crise de l'énergie: Tournant de l'humanité

    Posté le 28.06.2008 par djamazz
    Crise de l'énergie: Tournant de l'humanité

    Après plus de 150 ans de disponibilité croissante d'énergie et une croissance explosive de la population mondiale, nous entrons maintenant dans une ère de disponibilité d'énergie décroissante. La population mondiale rétricira. Pour cette nouvelle ère de nouveaux principes économiques sont nécessaires pour maintenir la prospérité. Part de ceci est une réforme bancaire, que les représentants du peuple pourront enforcer s'ils souhaitent.

    Rudo de Ruijter,

    Chercheur indépendant


    Crise de l'énergie: Tournant de l'humanité

    Le prix du pétrole augmente explosivement. Cette fois-ci il ne s’agit pas d’une action de l’OPEP, la menace d’une guerre ou d’un hiver froid. Les augmentations actuelles sont le résultat d’un tournant dans l’approvisionnement de pétrole. La demande ne cesse de croître, tandis que l’extraction de pétrole a atteint son sommet. Et, comme les pays producteurs utilisent de plus en plus de pétrole eux-mêmes, moins de pétrole arrive sur les marchés d’exportation.

    Ceux qui comptent sur des sources d’énergie de remplacement ont tort. Le gas, le charbon, le nucléaire, l’hydro-énergie, le vent et le solaire ne pourront compenser les déficits de pétrole. La population mondiale devra faire avec moins d’énergie.

    La composition actuelle de l’énergie consiste de 36% de pétrole, 24% de gas, 28% de charbon, 6% de nucléaire, 6% d’hydro-énergie et 1% d’énergie renouvellable comme vent et soleil.

    Le chercheur Canadien Paul Chefurka a fait une analyse et une prévision pour chaque source d’énergie. Voyez l’illustration à gauche et ci-dessous. Pour des explication et détails, veuillez lire son article World Energy and Population [1] http://www.courtfool.info/fr_Energie_et_population_mondiales.htm

    La plupart des grands champs de pétrole sont maintenant “vides” ou en voie de ralentissement. (Peak-oil.) Pour l’extraction des champs plus petits restants beaucoup plus d’investissements sont nécessaires et la vitesse d’extraction est plus faible. La capacité diminuante ne pourra être compensée que partiellement par d’autres sources d’énergie.

    Le sommet pour l’extraction de gas est attendu dans peu de temps. Le charbon le plus riche (l’anthracite) est pratiquement épuisé. Le charbon qui reste est moins riche en énergie et a des coûts d’extraction plus élevés. Le charbon a une forte émanation de CO2. Les solutions pour ce problème sont encore au stade expérimental. La capacité de centrales nucléaires existantes et prévues est loin de suffire pour compenser le déficit d’énergie. Un rattrapage rapide n'est pas probable. Pour l’hydo-énergie les endroits les plus favorables sont déjà pris et, ici aussi, il n’y a pas de multiplication de capacité à attendre. Les énergies renouvellables, comme vent et soleil, ne représentent – dans la totalité de l’énergie consommée encore quasiment rien. Malgré des développements plein d'espoir, sa part sera insignifiante encore pendant longtemps. [1]

    La population mondiale

    La croissance explosive de la population mondiale a été possible grâce à la consommation - pour une seule fois - de l’énergie fossile. Maintenant nous avons atteint le sommet de l’extraction de l’énergie. L’extraction du reste demande plus de frais et efforts pour un rendement plus petit.

    La disponibilité décroissante mènera logiquement à une population mondiale décroissante.

    Grandes différences par pays

    La population consomme en moyenne 1,8 TEP (Tonnes Equivalent de Pétrole.) La consommation de l’énergie varie beaucoup d’un pays à l’autre. Les 2,8 milliards de gens en Chine, Indes, Pakistan et Bengladesh consomment 0,8 TEP par personne par an. Aux États-Unis cela est 8 TEP par personne par an.

    Si nous jetons un regard sur la dépendance d’importation d’énergie, nous remarquons que, calculé par habitant, les pays de l’Europe de l’Ouest, le Japon et les États-Unis importent plus de 2 TEP par an (chiffres 2005).

    Quand il y a des déficits sur les marchés d’exportation d’énergie, ces pays sont les premiers à se trouver en difficulté. Dans cette situation, les États-Unis ont l’avantage que la plupart de l’énergie est toujours vendue en dollars. Financièrement ils peuvent en disposer librement (par inflation et croissance de la dette extérieure.) [3]

    Le rôle des autres pays importateurs d’énergie est double. Par leur demande de dollars ils aident à soutenir le cours du dollar (et avec cela l’empire des États-Unis.) D’un autre côté, ils sont le plus souvent aussi des alliés militaires des États-Unis et profitent de la soumission de l’Irak [3] et de l’occupation de l’Afghanistan. [4]

    Les produits du pétrole

    La crise de pétrole actuelle rend péniblement clair, que les différentes formes d’énergie sont difficilement interchangeables. Le pétrole est transformé en diesel et fuel (70%), essence (13%), bitume, lubrifiant, kerosine, butane, liquid petrole gas (LPG), naphtha, benzène et toluène.

    De ceux-ci, naphtha, benzène et toluène sont les matières premières pour des produits chimiques, plastiques, fibres et caoutchoucs synthétiques. Les produits chimiques se trouvent dans les nettoyants, médicaments, antigel, peintures, insecticides, fertilisants, savon et explosives. Les plastiques sont utilisés dans des sacs, caisses à bière, valises, poubelles, tableaux de bord, canalisations, gouttières, tuyaux, revêtements de sol et polystyrène. Les fibres et caoutchoucs synthétiques sont transformés en textile, silicones et pneus. [5] Tous ces produits ont leur place dans notre vie quotidienne et la plupart d’entre-eux ne pourront pas simplement être remplacés par d’autres.

    Transport et cohésion

    Partout dans le monde la disponibilité massive de diesel et essence a grandement déterminé l’organisation et la cohésion de nos sociétés. Des distances à couvrir, considérées normales jusqu’ici, deviendront très coûteuses, en particulier dans l'approvisionnement de nourriture, les va-et-vient entre domicile et travail, le commerce et l’industrie. Dans la vie sociale aussi, les distances courtes seront de plus en plus importantes.

    Nourriture et énergie

    L’agriculture moderne à haute-productivité avale beaucoup d’énergie. Aux États-Unis la production d’une unité d’énergie dans la nourriture demande 1,56 unités d’énergie fossile. Quand nous comptons également le transport, la transformation, l’emballage, la distribution, la conservation et la préparation, une unité d’énergie dans la nourriture demande 7,36 unités d’énergie fossile. [6] La plus grande menace pour l’agriculture intensive en 2008 était le doublement du prix des fertilisants, causé par la crise de pétrole. [7] Les produits de l’agriculture à haute productivité deviendront trop chers pour une grande partie de la population mondiale. La plus grande économie d’énergie peut être obtenue en choisissant de la nourriture produite selon les méthodes anciennes venant des fermes des environs.

    Continuer c’est la guerre

    Avec la dimension actuelle de la population mondiale, il est quasiment certain, qu’il n’y aura pas assez de nourriture et d’énergie pour les 75 ans à venir. Si la population ne diminue pas radicalement et l’ambition de croissance économique n’est pas bannie, de plus en plus de nos enfants seront envoyés à la guerre pour obtenir plus d’énergie et de nourriture. (Bien entendu ces guerres seront camouflées comme des opérations de paix, de l’aide au développement, des démocratisations ou tout ce que les chefs de pays industrialisés sauront inventer encore pour éviter le sale goût de meurtre et de vol à leur peuple.)

    Modèle de croissance

    La disponibilité toujours croissante d’énergie n'a pas seulement permis une croissance explosive de la population mondiale, mais est venue aussi avec des modèles économiques, qui fonctionnent selon le principe de la croissance économique sans fin. Ils sousentendent une disponibilité toujours plus grande de matières premières, d’énergie, de force de travail et de consommateurs.

    Ces modèles dominent la pensée de la politique et de l’économie dans la plupart des pays du monde. Le moteur dans ces modèles est le système d'argent, qui, par une inflation permanente, oblige à de plus en plus d’activité pour éviter l’appauvrissement. [2]

    Bienque la diminution de l’énergie disponible ait déjà commencée sur les marchés d’exportation, nous n'avons toujours pas de solution pour notre économie, exceptée la guerre. Pour le moment il y a un manque de conscience, de connaissance et de compréhension.

    Modèle d’amincissement

    Pendant notre vie nous n’avons connu autre chose que le modèle de croissance. Il a cours presque partout dans le monde. C’est pour cela que nous ne nous rendons pas suffisamment compte, que ce n’est qu’un modèle économique. Il n’est valable que dans la situation d’une croissance permanente de matières premières, énergie, force de travail et consommateurs.

    Quand l’économie doit fonctionner avec toujours moins d’énergie, nous avons besoin d’un modèle économique différent.

    Dans le modèle d’amincissement il y a une production diminuante et une consommation diminuante, causées par la diminution de l’énergie. Quand il y a moins d’énergie disponible que celle nécessaire pour une grande population, nous devons, logiquement, aspirer à une population plus petite. Si nous commençons cette diminution assez tôt, alors, calculé par habitant, la prospérité peut-être maintenue à un niveau élevée. (Quand la population est trop grande, ce sera la guerre et la crise économique.)

    Réforme bancaire

    Dans le système actuel, de l'argent nouveau est créé chaque fois que des prêts sont accordés. Pour toutes les banques commerciales ensemble il n’y a pas une seule limite dans la création d’argent débridée. Tout au plus, elle peut être légèrement stimulée ou freinée par le taux d’intérêt de la banque centrale. Les banques centrales elles-mêmes profitent de l’inflation et de taux changeants dans le temps, qui leur permettent d’avoir un revenu venant des opérations monétaires, qui leur garantit leur indépendance. [2]

    Ce système d’inflation permanente doit être remplacé. La création d’argent doit être limitée à la banque centrale. Les banques d’aujourd’hui deviendraient des intermédiaires, qui remettent les prêts à leurs clients. Pour ces clients rien ne change. Leurs comptes bancaires continuent à fonctionner de la même façon qu’aujourd’hui.

    En ôtant la permission de créer de l’argent des banques commerciales et en mettant ce privilège exclusivement entre les mains de la banque centrale, cette dernière peut immédiatement stopper l’inflation.

    Ensuite, la banque centrale dosera soigneusement la quantité d’argent en circulation pour prévenir toute dévaluation de l’unité d’argent.

    En accord avec le gouvernement des taux d’intérêt différents peuvent être utilisés pour des catégories différentes de prêts. Ainsi, par exemple, des investissements à long terme pour une société durable pourront être financés avec priorité, ou, à l’inverse, des investissements non-désirés pourront être découragés. De cette façon, le modèle d’amincissement, dans une situation de population décroissante, pourra maintenir la prospérité.

    Notons, que dans les pays où il y a encore une disponibilité d’énergie croissante, la réforme présentée ci-dessus offre également une meilleure structure pour une prospérité durable. Par la différentiation des taux d’intérêt les investissements pour un avenir durable pourront être financés et, pareillement, des investissements pourront être stimulés ou découragés par secteur. En outre, les excès de création monétaire pourront être stoppés immédiatement et empêchés à l’avenir.

    Il n’y a pas d’obligation d’appliquer cette réforme simultanément dans plusieurs ou tous les pays. Probablement, dans beaucoup de pays les banques centrales ont suffisamment de pouvoir légal pour implémenter une telle réforme de façon indépendante. Dans d’autres pays il sera nécessaire de faire quelques changements dans les lois.

    Membres du Parlement

    Pendant le siècle dernier quelques banques centrales ont bâti une réputation douteuse comme régulateur de l’économie. Et dans quelques banques hantent toujours les idées néo-conservatives de Friedman. C’est pour cela qu’il n’est pas certain du tout, que toutes les banques centrales veuillent implementer des réformes pareilles.

    Dans la plupart de pays leur pouvoir est basé sur quelques articles de loi. Ces articles règlent leurs privilèges. Si les gouvernements veulent, ils peuvent abolir ces articles et mettre la création d’argent entre les mains de l’état.

    (Les opposants diront, que l’état en fera du tout et n’importe quoi. Je pense, que la crise financière prouve amplement, que c’est justement les banques commerciales qui font du tout et n’importe quoi.)

    [1] Paul Chefurka, World Energy and Population

    http://www.courtfool.info/nl_Wereldbevolking_en_energie.htm

    http://www.paulchefurka.ca/WEAP/WEAP.html

    [2] Secrets d'argent, intérêts et inflation
    http://www.courtfool.info/fr_Secrets_d_argent_interets_et_inflation.htm

    [3] Coûts, méfaits et dangers du dollar

    http://www.courtfool.info/fr_Couts_mefaits_dangers_du_dollar.htm

    [4] Pipelines vers le 11 septembre

    http://www.courtfool.info/fr_Pipelines%20vers%20le%2011%20septembre.htm

    [5] Oil-products

    http://proto4.thinkquest.nl/~lld581/index.php?id=14

    [6] Fact sheets US Food System

    http://css.snre.umich.edu/css_doc/CSS01-06.pdf

    [7] New threat to food system: pricey fertilizer
    http://www.reuters.com/article/homepageCrisis/idUSN20324889._CH_.2400

    Juillet 2008

    L'auteur peut être contacté via www.courtfool.info.

    Si vous voulez, vous pouvez copier cet article, l'envoyer à des intéressés ou le publier dans des journaux ou sur l'internet.

    Jeudi 26 Juin 2008
    Rudo de Ruijter [rudoderuijter@wanadoo.nl]

    Développer la souveraineté alimentaire

    Posté le 20.06.2008 par djamazz
    Développer la souveraineté alimentaire grâce aux petites structures agricoles et industrielles

    Pour des millions de personnes, l'alimentation devient de plus en plus chère. En une année, les prix ont considérablement augmenté: froment (+ 130%), soja (+ 87%), riz (+ 74%) et maïs (+ 31%).1 La situation est encore pire si on l'envisage sur une plus longue durée. Sur la période 1985–2007, le prix du froment, qui était au plus bas en 1990 (135 dollars la tonne), s'est trouvé multiplié par quatre pour atteindre 580 dollars en 2007. Il n'avait cessé d'augmenter depuis 2004 pour exploser en 2006. On observe la même évolution pour le cacao, le café, et le pétrole.2

    par Reinhard Koradi, Dietlikon


    Développer la souveraineté alimentaire grâce aux petites structures agricoles et industrielles
    L’importante hausse des prix des matières premières a fait réagir les politiques et les organisations internationales. Les milieux économiques également «se posent des questions» sur les causes de cette évolution qui menace l’existence de millions de personnes. Il est intéressant de constater que l’on avance toujours les mêmes arguments: les habitants des pays émergents (Inde et Chine) ont les moyens de s’offrir davantage de produits alimentaires et consomment de plus en plus de viande. On évoque également les mauvaises récoltes dues au changement et aux catastrophes climatiques ainsi qu’aux maigres réserves. On évoque assez timidement les spéculations sur les matières premières. Les pays industrialisés occidentaux essaient de minimiser les conséquences désastreuses de la transformation d’aliments en «agrocarburants». Selon les spécialistes, cela contribuerait pour 5 à 30% à la hausse des prix alimentaires. Le FMI avance la moyenne de 15%.
    Une «lutte contre le réchauffement climatique» qui contribue à affamer le monde

    Cette estimation est confirmée par le fait que l’on utilise énormément de terres agricoles pour produire des agrocarburants. Maintenant, aux Etats-Unis, on cultive autant de maïs destiné aux «biocarburants» qu’à l’alimentation: plus de 50 millions de tonnes. L’alliance d’éthanol entre les Etats-Unis et le Brésil prévoit de mettre en activité, jusqu’en 2012, plus de 100 sites de production d’agrocarburants au Brésil. Or il est prouvé depuis longtemps que le diesel et l’éthanol tirés du maïs, du soja, de l’huile de palme et de la canne à sucre vont provoquer un désastre alimentaire et environnemental mondial. Frei Betto, ancien conseiller du gouvernement brésilien, a qualifié les agrocarburants d’«essence de la mort». Mais cela n’empêche pas le président du Brésil Ignacio Lula da Silva – qui portait autrefois les espoirs des pauvres de son pays – de prononcer, lors du Sommet mondial sur la lutte contre la faim organisé à Rome par la FAO,3 un discours enflammé en faveur de la production de carburants à partir du maïs et de la canne à sucre.
    Lula a vraisemblablement changé de camp et se laisse manipuler par les pays industrialisés. Malgré de nombreuses critiques justifiées, ceux-ci, emmenés par Bush et Merkel et en association avec leurs protégés et les élites riches des régions pauvres du Sud, poursuivent leur stratégie de «lutte contre le réchauffement climatique» au moyen de l’«essence de la mort».
    Qui empêche qu’on lutte contre la famine?

    A Rome, même les recommandations non contraignantes du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire du Fonds des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) sont restées controversées jusqu’à la fin. Pour des millions de personnes qui souffrent beaucoup physiquement et moralement de la faim, voire en meurent, c’est là un résultat désastreux.
    Ceux qui s’opposent à une solution humaine sont-ils le produit d’une alliance contre-nature entre ceux qui tirent profit de la faim et l’objectif stratégique des USA consistant à contrôler la totalité des ressources naturelles?
    Les faits sont clairs: 850 millions de personnes souffrent de la faim et la hausse des prix de l’alimentation ne cesse de grossir ce chiffre. Rosemarie Bär4 écrit dans le Tages-Anzeiger du 5 juin: «Chaque point de pourcentage de la hausse des prix provoque l’insécurité alimentaire de 16 millions de personnes supplémentaires.» A propos du Sommet de Rome, elle écrit ceci: «Le modèle de prospérité des pays industrialisés reposant sur le pillage de la nature n’est pas remis en cause. […] Le Nord et une élite riche du Sud s’opposent à une modification du système actuel de production et de consommation. […] La lutte pour une meilleure répartition des ressources limitées et de l’espace de vie commun s’accentue et l’écart entre les riches globalisés et les pauvres réduits à leur espace local ne cesse de se creuser.»
    Certes, le Sommet a demandé des mesures «importantes», «audacieuses» et «contraignantes» afin de lutter rapidement et efficacement contre la faim. En plus d’une aide d’urgence de plusieurs milliards, une task-force comprenant des représentants de l’ONU, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et de l’OMC doit être mise sur pied. Il serait souhaitable que ce groupe de travail prestigieux abandonne, dans sa recherche d’une solution, les «modèles libéraux axés sur la mondialisation» et songe à des alternatives adaptées aux situations locales.
    L’initiative de Kofi Annan, ex-Secrétaire général de l’ONU, est beaucoup plus prometteuse, pour autant que les intentions des donateurs (Fondation Rockefeller) soient sincères. Il veut favoriser les petits paysans d’Afrique au moyen d’une alliance stratégique. (Etant donné les donateurs et l’issue du Sommet, on peut se demander si la mesure a véritablement pour but de venir en aide aux paysans locaux ou s’il s’agit de favoriser les producteurs de semences et d’engrais.)
    Une alliance en faveur d’une «révolution verte» en Afrique devrait permettre aux paysans africains de cultiver leurs terres de manière efficace, principe qui devrait être appliqué dans le monde entier si l’on veut trouver une solution équitable et durable à la crise alimentaire et à la destruction progressive de l’environnement.
    Nombreux sont ceux qui affirment lutter contre la faim et la pauvreté, mais la volonté politique de remettre fondamentalement en cause la politique suivie jusqu’ici manque toujours. Il n’existe même pas de consensus sur les causes de la crise alimentaire. Dans ce cas, comment trouver une solution efficace? Si l’on évoquait les vraies causes, les responsables seraient démasqués et c’est ce qu’il faut éviter à tout prix.
    La crise alimentaire est provoquée par les hommes

    La crise alimentaire n’est pas un événement naturel. Elle résulte d’actions humaines. En fait partie la réduction délibérée de l’aide alimentaire. Alors qu’en 1993 environ 18 millions de tonnes d’aliments ont été livrés à des régions en détresse, il n’y en a eu plus que 7 millions en 2006. Et il faut tout autant condamner le gel des terres cultivées ordonné au nom de la « protection de l’environnement et des ressources», la destruction constante de surfaces agricoles utiles due à la construction d’infrastructures, d’installations industrielles et d’habitations ainsi que la mauvaise politique agricole des pays industrialisés. On ne cesse de détruire les petites, moyennes et grandes exploitations familiales, saines et flexibles et de les sacrifier à l’agriculture industrielle.
    On néglige la constitution de réserves

    Depuis des années, on néglige la constitution de réserves. Les stocks mondiaux de céréales (de toutes sortes) ont diminué, passant de 160 à moins de 60 jours d’approvisionnement. En Suisse également, les stocks obligatoires de matières premières et de produits alimentaires – destinées à assurer l’approvisionnement en temps de crise – ont été supprimés au prétexte que le marché mondial offre des possibilités illimitées d’approvisionnement. A la réduction considérable des réserves s’ajoute le recul de la production de céréales (1998: 338 kg par personne, 2006 encore 306 kg), l’utilisation de produits alimentaires à des fins énergétiques et l’absence de compensation de la baisse de production de céréales par la production d’autres denrées: légumes, fruits, etc.
    Les gagnants sont les spéculateurs et les grands groupes

    Les stocks insuffisants, la diminution de la production et l’augmentation de la demande (croissance de la population mondiale et forte augmentation de la demande de produits alimentaires pour la production d’agrocarburants) ne pouvaient pas laisser les spéculateurs inactifs. L’extrême spéculation sur les produits agricoles a en outre été aggravée par la crise financière (abandon des marchés financiers au profit des marchés des matières premières). Des centaines de milliards de dollars ont cherché de nouvelles possibilités d’investissement et les ont trouvées – du moins partiellement – dans les matières premières. Les prix des céréales se sont envolés, se détachant de la situation réelle du marché pour vivre une existence autonome de «céréales de papier». Cela dit, il convient de relever que les producteurs, c’est-à-dire les agriculteurs, ne profitent aucunement de ce jeu boursier. Ils ont vendu leurs récoltes depuis longtemps et sont encore punis par le fait qu’ils doivent acheter leurs semences à des prix beaucoup plus élevés. On peut donc en conclure que l’essentiel des hausses de prix ont profité aux spéculateurs et aux grands groupes par le biais de la chaîne de création de valeur dans les secteurs alimentaire et énergétique.
    Aussi convient-il d’élucider le rôle joué par les réseaux de cartels supranationaux des matières premières et de groupes agroalimentaires. Ils ont pris peu à peu le contrôle de l’ensemble de la chaîne alimentaire, du paysan à la table familiale. L’achat, la transformation et la distribution des produits alimentaires sont concentrés entre les mains de quelques groupes: Andre, Cargill, Unilever, Nestlé, etc. Un secteur aussi sensible que l’approvisionnement en aliments et en matières premières devrait, également pour des raisons stratégiques, être organisé localement et régionalement et soumis à un strict contrôle de la concurrence.
    Il faut fixer d’urgence des règles à la spéculation

    On parle beaucoup trop peu des effets néfastes de la spéculation. Toutefois, l’idée que les profits des spéculateurs influencent considérablement la hausse des prix de l’alimentation commence à faire son chemin. On peut expliquer cette influence par la «théorie des bulles spéculatives». Les bulles prennent naissance lorsqu’un nombre toujours plus grand d’investisseurs paient pour des produits un «prix du marché» qui s’éloigne de plus en plus du prix justifié. Les investisseurs partent de l’idée qu’ils pourront revendre les produits achetés (la plupart du temps des produits de papier) à un prix plus élevé. Le prix du marché ne correspond plus au prix effectif de la marchandise, ce qui provoque un potentiel inflationniste aux conséquences négatives pour les économies nationales. Comme les «bulles» sont généralement financées par des crédits, quand elles éclatent, les débiteurs risquent de ne plus pouvoir honorer leurs engagements (cf. crise immobilière aux Etats-Unis). Les économies nationales subissent un double préjudice. A l’inflation (diminution de fortune et de pouvoir d’achat) s’ajoute la perte de l’argent prêté aux emprunteurs. Il n’est pas rare que ces pertes doivent être financées par la collectivité lorsque les possibilités du secteur privé sont épuisées. (cf. aide financière des banques d’émission). Aussi la collectivité a-t-elle le droit d’exiger qu’on impose des règles à la spéculation, voire qu’on l’interdise si elle menace l’intérêt général.
    Développer la souveraineté alimentaire grâce aux petites structures agricoles et industrielles

    Albert Einstein recommande de ne pas résoudre les problèmes avec les méthodes qui les ont suscités. Cela signifie que, face à l’actuelle crise alimentaire, il faut changer de politique, revenir à la case départ. Pour lutter contre la faim et la pauvreté, des changements fondamentaux sont nécessaires. La première priorité consiste dans le droit à l’autodétermination des peuples quant aux ressources présentes sur leur territoire. Il faut s’opposer résolument à la volonté d’une puissance mondiale de contrôler totalement l’ensemble des ressources naturelles et des voies de transport. En outre, nous devons repenser fondamentalement la stratégie de croissance visant à augmenter la prospérité ainsi que l’idée que les pays riches peuvent vivre aux dépens des pays pauvres. Cela signifie notamment qu’il faut partager et renoncer à certaines choses. L’orientation mondialisée de l’ensemble des activités (société, culture, économie) devra faire place à une organisation de la vie correspondant aux besoins locaux et régionaux.
    Cela signifie que les réponses aux questions sociales et économiques actuelles doivent être trouvées par la base, par ceux qui sont directement concernés. La responsabilité personnelle et l’entraide au sein de la famille, de la commune, de l’Etat et entre les peuples doivent remplacer les diktats imposés d’en haut ou de l’extérieur. A cela est étroitement lié le renoncement à l’usage de la force, qui implique que l’on consacre les billions de dollars provenant des contribuables non plus aux armées destinées à mener des guerres d’agression mais au bien de l’humanité. Il faut également redéfinir le rôle de l’économie. Elle doit être au service des hommes et, là où c’est nécessaire, se subordonner à des principes de régulation politique axés sur le bien de l’humanité et la protection de l’environnement.
    Nous gagnerons la lutte contre la faim et la pauvreté si nous réussissons à assurer l’existence de tous les hommes et à mettre un terme au pillage de la nature. La solution consiste dans la souveraineté alimentaire des différents peuples. Dans chaque pays, les hommes, dotés des connaissances nécessaires, doivent acquérir et développer la faculté de prendre en main leur approvisionnement alimentaire du début à la fin de la chaîne de création de valeur, du sol à la table familiale. Dans certains cas, ce droit à l’autodétermination en matière d’approvisionnement alimentaire peut justifier des taxes à l’importation et des subventions. •

    1 Sources: FAO et Banque mondiale
    2 Source: www.castelligasse.at7Politik/Rohstoffmärkte
    3 Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
    4 Membre de la délégation suisse au Sommet de la FAO
    Du pain dans l‘assiette, et non dans les réservoirs à essence!
    Pétition contre les «biocarburants» lancée

    La production d’agrocarburants (dits «biocarburants») a été considérée comme un facteur essentiel de la problématique mondiale de la faim; à cela s’ajoutent d’autres effets, comme une augmentation de la consommation de viande, de mauvaises récoltes et des spéculations. Les objectifs politiques (tel que l’augmentation de 10% du taux du biocarburant) sont d’accroître cette demande, au risque de contraindre, dans le monde entier, des millions de personnes à faire face à une famine menaçante.

    Une réorientation est donc urgente, en particulier, parce que les résultats d’études scientifiques mettent de plus en plus en question l’efficacité du biocarburant relativement à la protection climatique.

    Douze ONG autrichiennes ont donc décidé de lancer une pétition commune pour demander au gouvernement fédéral:

    • Le droit à la nourriture doit, à tous les niveaux, avoir priorité. La production d’énergie ne doit pas être en concurrence avec la production de denrées alimentaires.

    • Pour la production d’énergie à partir de biomasse ne doivent être utilisés que des déchets organiques (p. ex. des restes de récolte) ainsi que du bois provenant d’une foresterie durable.

    • Aucune contrainte exigeant d’ajouter des agrocarburants ( «biocarburants»).

    • Réalisation des objectifs de protection climatique, par exemple par le renforcement de la promotion de l’isolation, du transport public, des énergies solaire et éolienne. Cette pétition vise à recueillir le maximum de signatures pour la fin de l’année.
    Alliance agricole Autriche, Alliance des consommateurs/-trices et des paysannes et paysans, A-1180 Vienne, Herbeckstr. 75/9/8, Tél: +43 699 110 908 37, www.agrarbuendnis.at Vienne, 6/6/08

    Vendredi 20 Juin 2008

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    Comment Londres fait flamber les cours du pétrole

    Posté le 12.06.2008 par djamazz
    Comment Londres fait flamber les cours du pétrole

    Lorsque le prix du pétrole atteindra 200 dollars le baril, ce ne sera pas parce que les Chinois sont de plus en plus nombreux à posséder une voiture, mais à cause de la spéculation sur les prix, organisée depuis Londres. Lors d’une audition devant la commission sur le commerce du sénat américain, le 2 juin, des experts ont montré comment cette spéculation se fait sur des marchés de matières premières « offshore » supervisés par les autorités britanniques. Ce mécanisme, qui leur permet d’échapper à toutes les législations officielles, a été baptisé par les sénateurs de London loophole.

    Michael Greenberger, professeur de droit à l’Université du Maryland et consultant du département de la Justice, et Mark Cooper, de la Fédération des consommateurs américains, ont expliqué aux sénateurs que 35 % des contrats à terme sur le pétrole brut West Texas Intermediate (WTI), prix de référence pour le pétrole échangé à New York, sont conclus sur un marché basé à Atlanta — l’Intercontinental Exchange (ICE) – par le biais de sa filiale londonienne, l’International Petroleum Exchange.

    Fondé en 1980 par un groupe de spéculateurs sur l’énergie et les matières premières, ce dernier fusionna avec l’ICE en 2001. Juridiquement, il s’agit d’un marché offshore londonien, supervisé par la Financial Services Authority (FSA) de Grande-Bretagne, qui échappe donc à la juridiction de la CFTC, l’agence américaine de régulation des marchés des matières premières.

    Selon le Pr Greenberger, environ 70 % de tous les contrats à terme pétroliers sont de nature spéculative et 30 % d’entre eux sont assurés par trois banques, Goldman Sachs, Morgan Stanley et JP Morgan Chase. Ce qui leur donne un contrôle indéniable sur le prix.

    Pariant sur la chute de dollar, ces banques et fonds de placement achètent aussi de grosses quantités de produits pétroliers qu’ils ne mettent pas à la disposition des marchés, ce qui fait encore plus monter le prix de l’or noir. Il ne s’agit donc pas seulement de spéculation, mais aussi de manipulation du marché.

    En outre, la FSA britannique accorde à ces banques et hedge funds le statut de traders « commerciaux » et non « spéculatifs » — comme s’il s’agissait de compagnies aériennes ou de distributeurs d’essence devant acheter des produits pétroliers à terme pour se prémunir. Ainsi, puisque plus d’un tiers des contrats à terme sur le brut West Texas se font sur des marchés britanniques offshore, les organismes de régulation américains n’en sont pas informés.

    Ce rôle dominant des Britanniques a été confirmé par l’International Financial Services de Londres (autrefois baptisé « les Invisibles britanniques »), qui vient de publier un rapport sur les effets bénéfiques pour la City de la spéculation sur les matières premières. En 2007, lit-on, "la valeur nominale des contrats de produits dérivés sur les matières premières échangés de gré à gré sur les marchés londoniens a augmenté de 27 % pour atteindre 9000 milliards de dollars, grâce notamment à l’accroissement des contrats énergétiques. Entre 2002 et 2007, la valeur des exportations physiques mondiales de matières premières a gagné 17 %, tandis que les contrats de produits dérivés sur matières premières augmentaient de 213 % et l’encours nominal de ces mêmes produits grimpait d’environ 540 %."

    Confirmant l’ampleur du mécanisme décrit ci-dessus, le rapport des Invisibles note que l’ICE "est la plus importante Bourse de produits énergétiques. Le chiffre d’affaires s’est accru en 2007 pour la dixième année consécutive, atteignant 138,5 millions de contrats."

    Pour creuser le sujet : focus

    Jeudi 12 Juin 2008

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    Ceux qui volent le droit à la nourriture

    Posté le 04.06.2008 par djamazz
    Ceux qui volent le droit à la nourriture

    par Jean Ziegler

    Mondialisation.ca, Le 3 juin 2008
    Il manifesto

    Les causes qui ont déclenché la crise actuelle de la production alimentaire ont, par différents aspects, engendré une violation du droit à la nourriture.

    L’an dernier, de février 2007 à février 2008, le prix du blé sur le marché international a augmenté de 130%, celui du riz de 74 %, celui du soja de 31 %. En moyenne pendant cette période, le prix des produits de première nécessité a augmenté de plus de 40%.

    Trois aspects préliminaires importants sont à considérer. Avant tout : des pays forts comme l’Inde, la Chine, l’Egypte et quelques autres sont actuellement en mesure de fournir à leur population les aliments de première nécessité, même si le processus ne perdurera pas à long terme. Mais la plus grande partie des pays plus pauvres n’a pas la même capacité. Haïti consomme en général annuellement 200 mille tonnes de farine et 320 mille de riz. 100 % de la farine consommée est importée, ainsi que 75 % du riz. Entre janvier 2007 et janvier 2008, le prix de la farine à Haïti a augmenté de 83 % et celui du riz de 69%. Six des neufs millions de Haïtiens vivent dans des conditions d’extrême pauvreté. Nombre d’entre eux sont réduits à se nourrir de galettes mélangées à de la boue.

    En deuxième analyse, les accords pour l’exportation prévoient qu’environ 90 % des produits de première nécessité soient vendus « free on board » (Fob) – coûts de transports à la charge de l’acquéreur. Certains, mais une minorité seulement, sont vendus « Cost, insurance and freight » Cif) – coûts de transports à la charge du vendeur. Ce qui signifie qu’on doit généralement ajouter le prix du transport au prix déjà très élevé que les produits alimentaires ont atteint dans le monde : ce qui empire la situation à cause du prix du pétrole. Par exemple, de nombreux pays d’Afrique occidentale comme le Mali, le Sénégal et d’autres, importent jusqu’à 80% de leurs denrées alimentaires de l’étranger, surtout le riz, de Thaïlande et du Vietnam.

    Troisième point, la tragédie menaçante de l’augmentation des prix exacerbe une tragédie déjà en acte, celle de la faim, qui, en 2007, a tué six millions d’enfants de moins de dix ans. Tandis que nous parlons de la nouvelle crise des produits alimentaires, une crise déjà installée va son chemin. Les statistiques de la World Bank (Banque internationale pour la reconstruction et le développement, ou Birs) disent que 2,2 milliards de personnes vivent dans des conditions d’extrême pauvreté où les coûts de nutrition absorbent 80 à 90 % du revenu familial. En Europe, la proportion change : seulement 10 à 15 % du revenu est utilisé dans un but nutritif. La situation des pauvres, dont beaucoup vivent dans des centres urbains, est donc celle–ci : à cause de l’anormale augmentation des prix, ces gens glissent peu à peu dans l’abîme de la faim.

    Quelles sont les principales causes des graves violations des droits à la nourriture consécutives à l’augmentation des prix ? Et quelle est la cause d’une telle augmentation ?

    L’une des principales causes est la spéculation, qui a lieu surtout à la Chicago commodity stock exchange (Bourse des matières premières agricoles de Chicago), où sont établis les prix de quasiment tous les produits alimentaires du monde. Entre novembre et décembre 2007, le marché financier mondial s’est écroulé, et plus de mille milliards de dollars investis sont partis en fumée. En conséquence de quoi, la majorité des grands spéculateurs, comme ceux qui investissent en hedge funds, ont fini par investir en options et futures sur les produits agricoles bruts et sur les denrées de première nécessité.

    En 2000, le volume commercial des produits agricoles aux diverses Bourses se montait à 175 milliards de dollars. Rien que dans le mois de janvier 2008, quand a commencé cette inversion de la tendance, 3 milliards de nouveaux dollars ont été investis à la Chicago commodity stock exchange. Tous les produits de première nécessité sont, de plus, contrôlés par au moins huit grandes multinationales. La plus grande société qui commercialise le blé est Cargill, dans le Minnesota, qui contrôlait, l’an dernier, 25 % de tous les céréales produits dans le monde. Les profits de Cargill au premier trimestre 2007 ont atteint 553 millions de dollars. Au premier trimestre 2008, ils ont atteint un milliard et 300 millions. Il est difficile de calculer exactement l’influence de la spéculation sur l’augmentation des prix. La World Bank fait une estimation quoi tourne autour de 37%. Heiner Flassbeck, le directeur de la Division Stratégies globalisation et développement de l’Unctad (United nations conference on trade development), affirme que ce pourcentage peut tranquillement être doublé.

    La deuxième cause de l’explosion des prix est la destruction massive des produits comme le céréales et le maïs à des fins de production de bioéthanol et biodiesel (agro carburants). Rien que l’an dernier, les Etats-Unis d’Amérique ont incinéré 138 millions de tonnes de maïs, c’est-à-dire un tiers de la récolte annuelle, pour le transformer en bioéthanol. Et la Communauté européenne prend la même direction. John Lipsky, le numéro deux du Fonds monétaire international, soutient que l’utilisation des produits agricoles dans la production du bioéthanol, en particulier le maïs, est responsable de l’augmentation des prix des produits alimentaires pour au moins 40%.

    Mais les programmes de révision du FMI et les politiques de l’Organisation mondiale du commerce ne sont certes pas moins responsables de cette augmentation néfaste. Pendant de nombreuses années ces organisations ont donné la priorité à l’exportation de produits comme le coton, le sucre de canne, thé, café, arachides, et cela a engendré de dangereuses négligences de fond au détriment de la « food security », la sécurité alimentaire. L’an dernier, par exemple, le Mali exportait 380 mille tonnes de coton et importait 82% de ses produits alimentaires. Cette politique agricole erronée imposée aux pays en voie de développement est aujourd’hui en grande partie responsable de la catastrophe, parce que les populations intéressées ne sont pas en mesure de se permettre les coûts très élevés des denrées alimentaires.

    Ceci dit, il est évident que le Conseil des droits de l’homme de l’Onu peut se manifester et jouer un rôle essentiel dans la solution d’un problème tellement grave qu’il ne pourra, dans les années qui viennent, qu’empirer.

    Pour résoudre la crise, certains suggèrent les solutions suivantes :

    1) la spéculation doit être régulée. L’Unctad affirme que les prix des produits de première nécessité ne doivent pas être sujets aux spéculations en Bourse, mais devraient être établis par des accords internationaux entre pays producteurs et pays consommateurs. La méthode de l’Unctad pour réguler ces accords à travers buffers stocks (provisions tampons) et stabex (system for the stabilisation of export, fond de stabilisation des bénéfices des exportations en faveur des pays d’Afrique-Caraïbes-Pacifique) pourrait être une solution. La solution complémentaire est de réformer de façon drastique les règles des futures et des options au moyen de normes qui permettent de contrôler les abus les plus graves.

    2) Une autre solution au problème est d’interdire de façon absolue la transformation des produits agricoles en biocarburants. La facilité de mouvement concédée au Nord de la planète par l’utilisation de centaines de millions d’automobiles ne peut pas être à la charge des populations affamées et privées de la plus élémentaire subsistance uniquement parce qu’ils habitent la partie la plus basse de cette même planète.

    3) Les institutions de Bretton Woods et l’Organisation mondiale du commerce pourraient changer les paramètres de leurs politiques dans l’agriculture et donner une priorité absolue aux investissements dans les produits de première nécessité, y compris les systèmes d’irrigation, les infrastructures, les semences, les pesticides et cætera. Les travailleurs de la terre et leurs produits ont été négligés pendant trop longtemps. La situation qui voit les agriculteurs marginalisés et discriminés dans leurs droits doit être changée au plus tôt. Les nations, les organisations internationales et les agences pour le développement bilatéral doivent donner une priorité absolue aux investissements sur les produits agricoles primaires et sur la production locale.

    4) Enfin, il y a un problème de cohérence. De nombreux pays qui font partie du International covenant on economic, social and cultural rights (Convention internationale des droits économiques, sociaux et culturels) sont aussi membres des institutions de Bretton Woods et de l’Organisation mondiale du commerce. Quand leurs représentants votent au Conseil exécutif du Fmi et au Conseil de gouvernement de la Banque mondiale, ils devraient donner une priorité absolue aux droits de l’alimentation et tenir compte des suggestions ci dessus. Et pour les examiner à fond, il serait aussi utile que le Conseil établisse de donner mandat au Conseil Consultatif de la Commission.

    Edition de vendredi 30 mai 2008 de il manifesto
    http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/30-Maggio-2008/art5.html

    Traduit de la version italienne (Silvana Pedrini) par Marie-Ange Patrizio

    Jean Ziegler est membre de la Commission du conseil consultatif Onu pour les droits humains.

    Articles de Jean Ziegler publiés par Mondialisation.ca

    Dans une mentalité de casino, l'économie va de bulle en bulle

    Posté le 04.06.2008 par djamazz
    Dans une mentalité de casino, l'économie va de bulle en bulle

    par Rodrigue Tremblay

    Mondialisation.ca, Le 2 juin 2008
    The New American Empire

    [US] « la stratégie doit d'abord avoir pour objectif de supprimer le régime de Saddam Hussein du pouvoir ». ... [Il doit absolument être supprimé pour] « la sécurité du monde dans la première partie du 21ème siècle » et pour « la sécurité des troupes US dans la région, de nos amis et de nos alliés tels qu'Israël et les États arabes modéré de même que pour cette importante région en réserves mondiales de pétrole. »

    Lettre adressée par les Néocons au Président Bill Clinton, le 26 janvier 1998

    [À propos des Irakiens] « S'ils s'en remettent à leurs radars, nous allons faire sauter leurs foutus missiles. Ils savent que nous possédons leur pays. Nous possédons leur espace aérien ... Nous leur dictons leur façon de vivre et de parler. Et c'est justement ce qui fait que les États-Unis sont si grands en ce moment. C'est une bonne chose, surtout parce qu'il y a beaucoup de pétrole là-bas dont nous avons besoin. »

    Le brigadier général William Looney de l'US Air Force, chef des opérations aériennes américano-britanniques au sud du 32e parallèle du territoire irakien (zones d'exclusion aérienne), entretien reproduit dans le Washington Post, le 30 août 1999, [cité dans le livre de William Blum, Rogue State, Common Courage Press, 2005, p. 159]

    « Concentrez vos opérations sur le pétrole, en particulier en Iraq et dans le Golfe, comme si cela signifiait la mort [de l'Occident]. »

    Osama bin Laden, Décembre 2004

    « Les prix vertigineux du pétrole n'ont aucun lien avec la production ou avec la consommation, ... [C'est] à cause de la diminution de la valeur du dollar. »

    Mahmoud Ahmadinejad, le président de l'Iran, avril 2008

    L'économie des États-Unis semble passer d'une bulle à l'autre. En 2000, c'était la bulle technologique. En 2005, c'était la bulle immobilière. Aujourd'hui, c'est la bulle du pétrole et des produits de base. En fait, l'ensemble des secteurs de l'investissement n'est désormais qu'un gigantesque casino où les spéculateurs sont les maîtres et où les gouvernements font semblant de ne rien voir. Pour de nombreux produits de première nécessité (tels que le riz, le blé et le maïs) de même que pour les produits de base (tels que le pétrole, le gaz et les métaux), les prix auxquels ils sont négociés ne reflètent pas leur valeur réelle. Dans la plupart des cas, ces hausses de prix sont engendrées par de mauvaises pratiques et par la «plus imbécile » des technique pyramidale où de grands spéculateurs ayant leur place d'affaire dans des paradis fiscaux, jouent à la roulette avec des produits dérivés non règlementés dans le but de faire augmenter toujours plus les prix et ce, jusqu'à ce que la bulle éclate. De nombreux événements s'ensuivent de ce qui se joue sur les marchés financiers et la vie de plusieurs personnes peut être mise en danger, voire même détruite. La famine actuelle qui se vit dans de nombreux pays est le résultat de cette manipulation des marchés qui est approuvée par ces gouvernements, par l'OPEP et par une foule d'autres cartels de même que par ceux que l'on connaît sous le nom de « Hedge Funds. »

    Est-il possible pour une économie de croître et de prospérer sans pour autant toujours devoir se retrouver au sommet d'une montagne russe? En effet, est-ce que l'actuelle flambée des prix du pétrole et des produits de base sont le réel reflet d'un changement de l'offre et de la demande, tel qu'une diminution de l'approvisionnement, ou est-ce plutôt, voire même principalement, le résultat de facteurs géopolitiques et de spéculations financières qui alimentent toujours de plus en plus une demande artificielle insatiable?

    Je crois que l'effondrement de la valeur du dollar US a de graves conséquences économiques involontaires partout dans le monde. En effet, la brusque dévaluation de la plus répandue et de la plus importante monnaie de réserve est la cause de ce transfert des titres libellés en dollars vers des actifs tangibles, tels que le pétrole, l'or et autres produits de base. Les banques centrales, les entreprises et les individus perdent tous confiance envers la monnaie papier US, une monnaie qui s'est rapidement dépréciée face aux autres devises et dont la valeur intrinsèque devrait s'éroder encore davantage par l'arrivée de l'inflation qui suivra inévitablement l'actuelle augmentation de la masse monétaire créée par la Fed. Tous ces problèmes sont reliés entre eux.

    Rappelons-nous que la problématique du pétrole aux États-Unis est en grande partie attribuable au gouvernement lui-même lorsqu'il a fait le choix de s'éloigner d'une économie fondée sur l'autosuffisance et sur l'énergie renouvelable. Par exemple, en 1982 la consommation quotidienne de pétrole des États-Unis avait diminuée autour de 9 millions de barils par jour, alors qu'elle se situait à 14 millions de barils par jour en 1973 au début du choc pétrolier déclanché par l'OPEP. Étant donné que les États-Unis produisaient près de 9 millions de barils de pétrole par jour, nous pouvons dire que l'économie américaine réussissait, à l'époque, à répondre à ses propres besoins énergétiques. [Au début des années 1980], l'administration Reagan a tout chambardé. C'en était fini des limites de vitesse à 55 miles à l'heure [90 Kms/h] de même que de l'obligation pour les constructeurs automobiles d'accroître l'augmentation du kilométrage parcouru par litre d'essence. Plus aucune restriction, qu'elle soit fiscale ou d'une autre forme, sur les moteurs énergovores, etc. Pour conséquence, les États-Unis qui comptent moins de 5% de la population mondiale consomment 25% de la production quotidienne mondiale de pétrole, soit environ 22 millions de barils par jour pour environ 88 millions de barils produits chaque jour à travers le monde. Mais voici l'essentiel : 60 % de ce pétrole [consommé aux USA] doit être importé. Qui plus est, pour l'ensemble du monde entier, 60% des importations de pétrole proviennent du Moyen-Orient instable. C'est ce qui s'appelle jouer avec le feu!

    Par conséquent, parce que la quête de pétrole sous contrôle des États-Unis était un élément majeur pour l'administration Bush-Cheney lorsqu'ils décidèrent de lancer une guerre contre l'Irak au printemps 2003, afin de transformer ce pays souverain en un protectorat pétrolier des États-Unis administré par quelque grandes compagnies pétrolières américano-anglaises. Nous pourrions même en déduire que cette guerre illégale a été ensemencée par l'administration Reagan. C'est sous Reagan que la philosophie de déréglementation est devenue généralisée et qu'elle a par la suite été saluée comme un succès. Mais en contrepartie, vingt-cinq précieuses années ont été perdues pour préparer l'économie des États-Unis à cette époque où le pétrole serait appelé à devenir une source d'énergie rare. Aujourd'hui, ce moment est arrivée et ce, même si nous sommes toujours à l'ère des véhicules de marque Hummer qui ne peuvent fonctionner qu'avec d'importantes et d'onéreuses et de très risqués importations de pétrole.

    En effet, aux États-Unis, il y a maintenant en moyenne trois voitures pour quatre adultes et les voitures sont plus grosses et elles ont des moteurs plus puissants que n'importe où ailleurs dans le monde. Si seulement quelques pays où la richesse s'accroît, tels que la Chine et l'Inde, devaient tenter d'égaler les États-Unis, alors la consommation mondiale de pétrole ferait plus que doubler. Mais puisque les réserves connues de pétrole ne pourraient pas répondre à une demande en plein essor, les prix du pétrole atteindraient des niveaux astronomiques, écrasant le pouvoir d'achat des consommateurs tout en faisant augmenter l'inflation. Pour résultat, une grande crise économique mondiale prendrait place avant que des sources d'énergie alternatives économiquement viable puissent être développées. Cela pourrait survenir dans 10 ou 20 ans.

    Mais n'y sommes-nous pas déjà rendus? Si nous n'y sommes pas encore, alors nous sommes en route vers ce jour tant attendu où la complicité et le laisser faire des gouvernements qui n'attendent qu'un miracle ou une solution magique. Les principales conséquences seront une augmentation de l'inflation, des guerres semblables à celles du 19e siècle pour s'approprier les ressources, et un ralentissement économique mondial de la production et du commerce. Les vingt prochaines années devraient se révéler intéressantes pour quelques-uns, mais éprouvantes pour la plupart.

    Publication originale : In a Casino Mentality, The Economy Goes From Bubble to Bubble, The New American Emopire,16 mai 2008.

    Traduction de Dany Quirion pour Alter Info

    Articles de Rodrigue Tremblay publiés par Mondialisation.ca

    Economiquement et financièrement, ou en sommes-nous aujourd'hui ?

    Posté le 04.06.2008 par djamazz
    Economiquement et financièrement, ou en sommes-nous aujourd'hui ?

    - Afin de connaître la vérité sur la situation des banques suite à la crise des subprimes, le G7 leur lance un ultimatum. Il leur donne 100 jours pour dire la vérité.
    - Fais nouveau, les grèves voire les émeutes sur le pouvoir d'achat,
    - Réapparition de la faim dans beaucoup de pays.
    Tamara Kummer, Porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), le « grenier des Nations unies »
    « Nous distribuons quatre millions de tonnes de vivres par an à 73 millions de personnes dans 78 pays. L'augmentation de 55 % de nos coûts, depuis juin 2007, a provoqué un manque à gagner, qui nécessite de réunir 500 millions de dollars avant le 1er mai. Si à cette date-là, nous n'avons pas les sommes nécessaires, nous serons obligés, soit de réduire de moitié nos rations, soit de diminuer de moitié le nombre de personnes que nous nourrissons. »
    Madame Tamara Kummer parle d'un manque à gagner de 500 millions qui touchera directement 73 millions d'êtres humains.

    Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international (FMI)
    « Si les prix de l'alimentation continuent à augmenter des centaines de milliers de gens vont mourir. Des enfants vont souffrir de malnutrition avec des conséquences sur leur vie. »

    Et pourtant, comme le rappel Paul Fabra dans « Les Echos du 12 avril 2008 » :
    « ….Ce n'est pas ces évolutions ou des accidents climatiques qui expliquent le triplement (et plus) du cours du blé depuis janvier 2006 ! Allez plutôt voir du côté de grands marchés du blé, soja, du maïs au Chicago Mercantile Exchange. Les banques d'investissement y prennent de fortes positions. En l'absence d'un marché organisé pour le riz, certains fonds d'investissements en financent le stockage (accaparement). »

    N'oublions pas :

    Les camps de concentration humains ont toujours été précédés de conditions économiques et sociales invivables pour le plus grand nombre.

    Il est totalement paradoxal de vivre la mise en place de la Paix mondiale par les instances politiques mondiales et voir ce travail sabordé par des financiers stupides et irresponsables.

    Et si nous avions remplacé l'idéologie nazie de la race par l'idéologie de la finance ?
    Combien de personnes meurent chaque jour au nom de cette idéologie financière ?
    Combien de twin towers tombent chaque jour ?
    Et si Ben Laden n'était qu'un « petit joueur » par rapport à nous ?

    Non, la finance n'a pas pour objet de fabriquer artificiellement des plus-values.
    Oui, elle est, et doit être, la résultante d'un travail ou d'une échange économique.
    Non, la finance ne peut en aucun cas se démultiplier par elle-même.
    Oui, il existe des banquiers qui réfléchissent à leurs actes et à leur rôle dans l'économie.

    Si nous ne réfléchissons pas et ne favorisons pas la cohérence de nos actes en termes humains, ce que nous vivons actuellement ne sera qu'un prémice des bouleversements beaucoup plus importants qui auront lieu dans un proche avenir.

    Il doit être mis fin à toutes opérations de création virtuelle de capitaux.

    Seuls les Etats doivent pouvoir utiliser certaines possibilités offertes par les techniques et produits financiers.

    Les techniques de financiarisation, sauf à être strictement encadrées, ne doivent exister que pour permettre aux Etats de rétablir leur équilibre financier.

    Le PREI (Plan de Régulation Economique International) doit être mis en fonction.

    Acceptons l'expérience de la mise en place de nouvelles règles ECOnomiques et SOciologique afin d'aider la POlitique de Paix (mondialisation) et mettre fin à l'incohérence FInancière actuelle.

    Comme je l'ai déjà écrit dans mon article « Finance de la Paix » Einstein disait à propos de l'énergie atomique :
    « Le problème aujourd'hui n'est pas l'énergie atomique, mais le cœur des hommes » ;
    Je me permets à nouveau de le paraphraser en écrivant :
    « Le problème aujourd'hui n'est pas la finance, mais le cœur des hommes ».

    Réflexion :

    N'est-il pas temps de remplacer notre vue financière de la vie par une vue plus humaine ?

    À l'heure où nous regardons et jugeons le comportement de nos aïeux, le moment n'est-il pas venu de nous poser les questions suivantes :

    Comment serons-nous jugés par nos enfants alors que des centaines de millions de personnes meurent sous nos yeux ?

    Comment osons-nous encore commémorer les armistices, les résistants, les « victoires » alors que la télévision nous montre tous les jours nos « meurtres » ?

    Que valons-nous face à nos anciens ? Eux qui, pour certains, savaient pour les camps de concentration, mais ne les voyant pas ne faisaient rien
    Nous, nous le savons ; nous, nous les voyons ; nous, nous les alimentons ; nous, nous les entretenons.
    Que valons-nous réellement si nous continuons à fermer les yeux ?

    Christian Piré

    Mardi 03 Juin 2008
    c.pire@ecosopofi.com
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