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Date de création : 04.10.2007
Dernière mise à jour : 24.11.2009
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Economie

Crise systémique : la vérité sur la bourse

Publié le 24/11/2009 à 20:34 par djamazz
Crise systémique : la vérité sur la bourse

par Gilles Bonafi

Mondialisation.ca, Le 24 novembre 2009

Personne ne comprend pourquoi la bourse, alors que tous les indicateurs sont dans le rouge (dont le plus important est le chômage) continue de progresser, ce que les médias nomment « la reprise ». La Banque mondiale avait d’ailleurs estimé la baisse du PIB mondial à 3% pour 2009. Source : Baisse de 3% du PIB mondial en 2009 - - leJDD.fr Or Le Dow Jones est passé de 8577 points le 15 octobre à 10 000 points le 14 octobre 2009 soit plus de 16% en pleine crise. Nous avons donc -3% pour l’économie réelle et + 16% pour la bourse, bizarre, non ? Une petite explication (un peu technique) s’impose donc.

I. Les rats quittent le navire

Les Insiders, c'est à dire les responsables des entreprises US quittent le navire. Ils vendent à tour de bras leurs actions! Pour masquer cela, Goldman Sachs qui représente à elle seule plus du tiers des volumes des titre négociés du NYSE truque les marchés à l'aide du trading "quantique" ou algorithmique. Ces échanges s'effectuent à fréquence élevée sur de petit blocs négociés en permanence entre un nombre restreint de fonds quantiques et de programmes de trading.

Laurent Useldinger, président d'Ullink, une société fournissant des solutions de trading et de connectivité FIX (Financial Informations Xchange) explique le trading quantique ainsi: «On estime qu'un trader équipé d'outils algorithmiques traite dix fois plus d'ordres que manuellement»

Tout ceci est du vent, bien sûr, déconnecté de toute réalité économique!

Les rats quittent le navire  

II. La vérité sur la bourse

Le NYSE, New York Stock Exchange que l'on nomme "Wall Street" ou Bourse de New York »), est la plus grande bourse mondiale. En juillet 2009, Goldman Sachs représentait un tiers des volumes d'échanges (program trading) et les 3 acteurs principaux (Goldman Sachs, Credit Suisse et Morgan Stanley) représentaient quant à eux 63,6 %. La preuve (le graphique « la vérité sur la bourse ») sur mon blog. Bien sûr, tout ceci est du trading "quantique"une aberration de marché. Philippe Béchade dans la chronique Agora donne une excellente analyse (source : Programmes de trading et manipulation de cours).

La vérité sur la bourse

« Pour ceux qui nourrissaient encore quelques doutes, le comportement robotique du marché prouve de façon éclatante qu'il n'existe plus aucun contre-pouvoir réel face aux machines. Les programmes de trading automatisés règlent avec une précision de géomètre l'angle de progression du canal ascendant. Une fois verrouillé le rythme de la hausse du sous-jacent (actions, indices, matières premières), un champ d'opportunités infinies s'ouvre aux opérateurs. Ils peuvent arbitrer en temps réel sur l'ensemble des catégories de dérivés : options, warrants, CFD, contrats sur indices.

L'effondrement de la volatilité consécutif à la disparition de toute correction technique -- là encore, un phénomène qui démontre que toute trace de psychologie humaine est impitoyablement gommée par les ordinateurs -- tendrait à démontrer que les opérateurs affichent une confiance absolue dans un contexte où cours de Bourse et conjoncture sont totalement déconnectés." De plus, le 30 juin 2008 , l'OCC (Comptroller of the Currency, l'autorité gouvernementale de tutelle des banques) déclarait que les USA possédaient 182 100 milliards de dollars de produits dérivés (des métastases), or, il y a quelques mois, le dernier rapport fait état de 200 000 milliards de dollars (contrôlés par 5 banques). A l'heure où l'on parle de réguler la finance, 20 000 milliards de dollars ont donc été créés en 1 an, soit 1,5 fois le PIB des USA (tableau page 12).

La crise systémique actuelle, qui est le chant du cygne de notre système économique, nous démontre que les théories économiques sont obsolètes.

Paul Krugman qui a un métro de retard se demande encore comment les économistes ont fait pour se tromper à ce point?

C’est pourtant simple, les théories économiques n’ont pas évoluées au rythme de la finance. Celle-ci, à l’aide des mathématiques et de pressions politiques a su créer un gigantesque casino planétaire avec des montants dépassant 10 fois le PIB mondial. Pire que tout, la plupart de ces dizaines de milliers de milliards de dollars sont directement liés à des dettes.

Toutes les théories économiques volent donc en éclat : celles sur la valeur, la relation capital/travail, etc, etc.

"Il était inévitable que des choses très graves se produisent" déclarait Benoît Mandelbrot, mathématicien et inventeur des fractales car ce système est mathématiquement condamné. Il est en train de mourir en ce moment même et le temps d’un nouveau paradigme est venu, une nouvelle vision du monde en effet qui doit exclure les « seigneurs féodaux » qui tentent de verrouiller définitivement le système à leur profit. 

Gilles Bonafi est professeur et analyste économique.


Gilles Bonafi est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Gilles Bonafi publiés par Mondialisation.ca


Bolivie : Le Sucre porte une nouvelle estocade au dollar

Publié le 13/11/2009 à 23:54 par djamazz
Bolivie : Le Sucre porte une nouvelle estocade au dollar
Mondialisation.ca, Le 12 novembre 2009

Samedi, le 7 novembre, 2009

sucre 

Pour la première fois dans l’ère de l’histoire moderne, un groupe de pays d’Amérique Latine considérés comme « en développement », et qui ont subi pendant des siècles de colonisation puis l’hégémonie des Etats-Unis, ont décidé de rompre leurs attaches avec le dollar et de créer leur propre monnaie, valable pour leurs échanges commerciaux. / Hedelberto Lopez Blanch, Rebelión

Les chefs d’Etat et de Gouvernement qui participaient au VII Sommet de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) ont pris la décision de mettre en place le Système Unique de Compensation Régionale (SUCRE) pour les échanges commerciaux entre les pays membres, qui entrera en vigueur en début 2010.

La future intégration monétaire, qui sera adossée aux réserves de la banque de l’ALBA, permettra aux neuf Etats membres de se prémunir contre les crises économiques, en fera des territoires indépendants des politiques agressives mises en place par les organismes financiers comme le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, et les éloignera de l’hégémonie du dollar.

Les pays membres de l’ALBA sont le Venezuela et Cuba (les pays fondateurs), la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique, le Honduras, l’Equateur, Saint-Vincent et les Grenadines, Antigua-et-Barbuda, et cette nouvelle initiative est ouverte à d’autres Etats d’Amérique Latine.

Les mesures finales pour l’entrée en vigueur du SUCRE seront prises lors d’une prochaine réunion qui devrait avoir lieu en novembre, et au cours de laquelle les pays membres examineront et lanceront quatre structures : un Conseil Monétaire Régional, une Unité Monétaire Commune qui fonctionnera comme une monnaie virtuelle avec la perspective de devenir une monnaie physique, une Chambre Centrale de Compensation ainsi qu’un Fonds de Réserve et de Compensation Régionale.

Le SUCRE régulera les achats et les ventes entre gouvernements, et il est prévu dans un futur proche qu’il circule comme une monnaie réelle à l’instar de l’euro. C’est lors de la réunion de novembre que sera décidée l’étendue de sa capacité à réguler tout le commerce entre les nations, et à combien équivaudra un SUCRE dans la monnaie de chaque pays, entre autres aspects.

Le nouveau système de paiement sera principalement mis en place à travers le Traité de Commerce des Peuples (TCP) que les pays ont voté dans le cadre de l’ALBA, et le soutien à cette unité monétaire se fera à travers les dépôts que feront les nations en liquide et dans leur monnaies respectives au sein de la Banque de l’ALBA.

L’utilisation du SUCRE pour les grandes transactions entre pays membres conduira à limiter l’utilisation du dollar pour les opérations commerciales, ce qui permettra de promouvoir d’autant plus le commerce à l’intérieur de la région et de générer une croissance économique importantes dans les pays de l’ALBA.

Après la Deuxième Guerre Mondiale, les Etats-Unis sont devenus une puissance globale et ont réussi, grâce aux accords de Bretton Woods de 1944, que le dollar constitue la monnaie de réserve mondiale, sa valeur étant garantie par leur accumulation de grandes quantités d’or.

Aussi, dans les années 1970, Washington est-t-il parvenu à un accord avec l’OPEP afin que les activités commerciales pétrolières s’effectuent avec le billet vert, et c’est à la même époque que les Etats-Unis ont détaché le dollar de leurs réserves d’or. C’est ainsi qu’ils ont commencé à imprimer leur monnaie et à inonder le monde de billets verts, sans que leur valeur réelle soit liée aux richesses du pays émetteur.

« Avec la suspension de la convertibilité, le dollar est devenu une devise pouvant être imprimée à volonté par le Gouvernement des Etats-Unis, sans nécessité d’une valeur constante », a récemment affirmé le leader cubain Fidel Castro.

Ceci a constitué la principale motivation des créanciers étrangers pour rechercher des alternatives à la dette étasunienne, qu’ils ont achetée, et dans laquelle ils détiennent leurs réserves.

Plusieurs pays ont été impliqués dans la course pour se séparer du billet vert en évitant qu’il soit dévalué abruptement avant qu’ils s’en défassent.

En 2003, la Syrie a commencé à changer ses réserves en euros. La Banque Centrale des Emirats Arabes Unis a changé en euros 10% de ses réserves en dollars. Le Venezuela a suivi le mouvement et cherché des monnaies plus sûres comme l’euro et le yuan chinois. La Suède a diminué ses réserves en dollars jusqu’à 20% et porté à 50% ses réserves en euros. Quant à la Banque Centrale de Russie, elle détient déjà la majeure partie de ses réserves en euros.

L’Iran a ouvert en 2005 une bourse pour la vente de pétrole en euros dans l’île de Kish, dans le Golfe persique, ce qui a constitué un des premiers coups portés au dollar et a conduit à développer la haine des Etats-Unis envers cette nation.

Dans la même tendance, la Chine et le Brésil ont signé un accord pour utiliser le real et le yuan dans leurs transactions, qui ont atteint cette année l’équivalent de 40 000 millions de dollars.

La Chine et l’Argentine ont fait de même (avec le peso argentin et le yuan) à hauteur de 20 000 millions de dollars. Pékin a signé des accords similaires avec la Corée du Sud, la Malaisie, la Biélorussie et l’Indonésie.

L’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) – Chine, Russie, Ouzbékistan, Kirghizstan, Tadjikistan, Kazakhstan presse ses membres d’effectuer leurs échanges commerciaux dans les monnaies nationales ou avec une future devise supranationale afin de se passer du dollar.

Dans le même temps, le puissant groupé d’économies émergentes connu comme le BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ont remarqué lors d’une récente rencontre qu’il devenait « très nécessaire d’avoir un système de devises stable, facile à pronostiquer et plus diversifié ».

Les Pays de l’ASEAN (Brunei, Birmanie, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam) pourront dans le futur passer des contrats en yuan au lieu du dollar, selon un programme pilote mis en marche par Pékin, en commençant par Hong Kong et l’Indonésie.

L’hégémonie du dollar, seigneur et maître des transactions commerciales internationales, est en train de perdre du terrain et cessera bientôt d’être la principale monnaie de réserve mondiale. Le SUCRE aura aussi mis son grain de sable dans cette nouvelle donne.

  

Traduction : A. F., Info Sud Télé

Vers la fin de l’indépendance énergétique française ?

Publié le 05/11/2009 à 11:54 par djamazz
Vers la fin de l’indépendance énergétique française ?

 

Mercredi 4 Novembre 2009


Vers la fin de l’indépendance énergétique française ?
« La situation devient préoccupante pour l’indépendance énergétique de la France », annonce le quotidien Les Echos du 2 novembre. Vendredi, le Réseau de Transport d’Electricité (RTE) annonça que le pays devra importer pendant dix semaines de l’électricité entre fin novembre et fin mars. Et dans le pire des cas, le gestionnaire pourrait se voir obligé de délester, c’est-à-dire de couper volontairement le courant ici ou là pour assurer l’équilibre du réseau.
Plusieurs facteurs sont cités pour être à l’origine de cette pénurie potentielle.
D’abord, si historiquement la France profitait de sa surcapacité nucléaire, à l’heure actuelle le parc nucléaire est « en très net retrait ». Un parc nucléaire vieillissant nécessite forcément une maintenance accrue et quelques grèves ont fini par perturber le calendrier des arrêts de tranche pour maintenance et chargement de combustible.
Ensuite, le passage pour bon nombre de Français du chauffage au fioul à l’électrique. Près de 30% des foyers français en sont équipés. Ainsi, chaque baisse d’un degré de température accroît en moyenne la demande française de 2100 MW.
Les choses risquent de se compliquer sérieusement si l’on assiste à une vague de froid, comme l’hiver dernier, lorsque la consommation a atteint le record absolu de 92400 MW, le 7 janvier à 19 heures. En effet, les capacités d’importation sont limitées, avertit le RTE.
L’équation entre une consommation en hausse et une offre en baisse s’annonce donc intenable. En clair, sans le retour à une politique industrielle digne de ce nom, la fête de Noël se limitera aux bougies et aux marrons glacés.


http://www.solidariteetprogres.org/ http://www.solidariteetprogres.org/

Plusieurs accords pétroliers entre l'Iran et la Turquie

Publié le 03/11/2009 à 12:47 par djamazz
Plusieurs accords pétroliers entre l'Iran et la Turquie.  02/11/2009

La Turquie compte investir deux milliards de dollars pour construire une raffinerie de pétrole en Iran, a rapporté l'agence de presse iranienne Fars.
L'accord conclu entre le ministère du pétrole iranien et le ministère de l'énergie et de l'environnement turc a eu lieu durant la visite récente du Premier-ministre turque à Téhéran à la tête d'une délégation de 200 hommes politiques et d'affaires.
Par ailleurs, et dans le cadre d'un autre accord, la société turque Sam sera chargée de transiter le gaz iranien pour l'Europe, et en particulier la Suisse, à la hauteur de 35 milliards de mètres cubes par an.  

http://www.almanar.com.lb http://www.almanar.com.lb

Les nouveaux propriétaires fonciers

Publié le 01/11/2009 à 23:38 par djamazz
Les nouveaux propriétaires fonciers
Les sociétés d’investissement en tête de la course aux terres agricoles à l’étranger

par Grain
Mondialisation.ca, Le 1 novembre 2009

Avec tout ce qu’on entend sur la “sécurité alimentaire” et les déclarations déformées des médias (cf.« La Corée du Sud achète la moitié des terres de Madagascar »1 ), il n’est sans doute pas évident pour tout le monde que les principaux responsables de l’actuel accaparement des terres ne sont pas les pays ou les gouvernements, mais les grandes entreprises. L’attention s’est vraiment focalisée sur le rôle d’États comme l’Arabie saoudite, la Chine ou la Corée du Sud, alors qu’en réalité, même si les gouvernements facilitent les accords, ce sont des entreprises privées qui prennent le contrôle de la terre. Et leurs intérêts ne sont tout simplement pas les mêmes que ceux des gouvernements.

« Ce sera une initiative privée. »
– Amin Abaza, ministre de l’Agriculture d’Égypte, dans son exposé aux autres nations africaines sur les acquisitions de terres agricoles en Égypte, lors de la Journée mondiale de l’alimentation de 2009
 

Prenons un exemple. En août 2009, le gouvernement de l’île Maurice a, par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères, obtenu un bail à long terme pour 20 000 hectares de terre agricole fertile au Mozambique pour y produire du riz pour le marché mauricien. Il s’agit bien d’une externalisation de la production alimentaire, cela ne fait aucun doute. Mais ce n’est pas le gouvernement mauricien qui va, au nom du peuple mauricien, cultiver cette terre et rapatrier le riz dans l’île. Le ministère mauricien de l’Agro-industrie a en effet immédiatement sous-loué la terre à deux grandes entreprises : L’une, singapourienne, tient beaucoup à développer des marchés pour ses semences propriétaires de riz hybride en Afrique ; l’autre, du Swaziland, est spécialisée dans la production de bétail, mais aussi engagée dans la production d’agrocarburants dans le Sud de l’Afrique.2 Bref, une situation tout à fait courante. En d’autres termes, nous devons faire attention de ne pas nous laisser aveugler par le rôle des États, parce qu’en fin de compte, ce sont les intentions des grandes entreprises qui vont se révèler cruciales. Et celles-ci ont à leur disposition toute une réserve d’outils légaux, financiers et politiques.

  « Ce qui était au départ une volonté du gouvernement de garantir l’existence de ressources alimentaires bon marché est devenu désormais un modèle économique viable et de nombreux pays du Golfe se lancent dans les investissements agricoles pour diversifier leur portefeuille. »
– Sarmad Khan, "Farmland investment fund is seeking more than Dh1bn",The National, Dubai,
12 September 2009

Qui plus est, on a tendance à présumer que l’engagement du secteur privé dans l’accaparement mondial des terres est le fait d’entreprises agro-industrielles traditionnelles ou de sociétés de plantation, comme Unilever or Dole, et que le but serait tout simplement de poursuivre l’expansion du modèle d’agriculture contractuelle des dernières années. En réalité, on se rend compte que la haute finance, malgré l’indigence de son expérience en agriculture, est devenue un acteur essentiel de cette évolution. Tant et si bien que la phrase « investir dans l’agriculture », nouveau leitmotiv des bureaucrates du développement, n’est pas systématiquement à prendre comme un synonyme de fonds publics. De plus en plus, l’investissement en agriculture devient l’affaire.. du monde de l’argent.

Le rôle du capital financier

 « Nous ne sommes pas agriculteurs. Nous sommes une grande entreprise qui utilise les technologies dernier cri pour produire du soja de qualité. Certains fabriquent des chaussures ou des ordinateurs ; nous, nous produisons des denrées agricoles. »
- Laurence Beltrão Gomes de SLC Agrícola, la plus grosse entreprise agricole du Brésil

GRAIN a tenté de voir qui sont véritablement ces investisseurs du secteur privé qui acquièrent actuellement des terres agricoles dans le monde pour assurer une production alimentaire délocalisée. Il ressort de nos recherches que le rôle ducapital financier – fonds et sociétés d’investissement – est absolument considérable. C’est la raison pour laquelle nous avons fait ce tableau qui donne une idée de la situation. Notre tableau donne ainsi un aperçu de plus de 120 structures d’investissement, récentes pour la plupart, qui se démènent pour acquérir des terres agricoles à l’étranger, à la suite de la crise financière. 3 Que leurs projets se soient déjà matérialisés ou qu’ils en soient encore au stade d’objectif, ces sociétés sont engagées à hauteur de dizaines de milliards de dollars.Le tableau n’est pas exhaustif cependant.Il ne montre qu’un échantillon du genre d’entreprise ou d’instrument financier impliqués et les niveaux d’investissement prévus.

vitagrain
Graeme Robertson de Vitagrain signe l’accord
avec le ministre mauricien de l’Agro-industrie, Satish Faugoo.

Source: Le Matinal

Les investisseurs privés ne se tournent pas vers l’agriculture pour résoudre le problème de la faim dans le monde ou éliminer la pauvreté rurale. Ce qu’ils veulent, c’est, purement et simplement, faire des bénéfices. Le monde a en effet changé de telle façon qu’on peut maintenant faire une fortune avec des terres agricoles. Les investisseurs savent avec certitude que les besoins alimentaires mondiaux vont continuer à croître, maintenant des prix élevés et fournissant un substantiel retour sur investissement à tous ceux qui ont la mainmise sur les ressources de base nécessaires. Et ces ressources de base, en particulier la terre et l’eau, sont plus que jamais soumises à la surexploitation. Faisant suite à la crise financière, les prétendus investissements alternatifs, comme les infrastructures ou les terres agricoles, font fureur. La terre elle-même est présentée comme offrant une sorte de protection contre l’inflation. Et comme sa valeur ne suit pas les variations des autres actifs comme l’or ou les devises, c’est un moyen pour les investisseurs de diversifier leur portefeuille.

 « Je suis convaincu que la terre va devenir l’un des meilleurs investissements de notre époque. A terme bien sûr, les prix alimentaires atteindront un niveau tel que le marché sera probablement inondé de denrées, suite au développement de nouvelles terres, de nouvelles technologies, ou bien des deux, et le marché haussier disparaîtra. Mais nous n’en sommes pas encore là. »
George Soros, juin 2009

Mais il ne s’agit pas seulement de la terre : Nous touchons ici au système de production lui-même. Les investisseurs sont convaincus qu’ils peuvent aller en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les pays de l’ex-bloc soviétique, consolider leurs holdings, injecter un mélange de technologie, de capital et de compétences de gestion, installer des infrastructures et transformer des fermes sous-exploitées en vastes installations agro-industrielles. Leur objectif est souvent de tirer des flux de revenus des récoltes, mais aussi de la terre dont ils espèrent voir la valeur augmenter. On est dans la “version multinationale” de la révolution verte et les ambitions sont fortes : « Mon patron veut créer le premier Exxon Mobil du secteur agricole », explique Joseph Carvin du One World Agriculture Fund d’Altima Partners, lors d’une réunion rassemblant à New York des investisseurs en agriculture venus du monde entier. Il n’est donc pas surprenant que les gouvernements, la Banque mondiale et les Nations unies, tiennent à s’associer à ce mouvement. Mais ce ne sont pas eux qui mènent la danse.

 « Quand on leur a demandé s’ils accueilleraient favorablement un transfert de technologies agricoles étrangères « supérieures » pour compenser les acquisitions de terres philippines, les agriculteurs de Negros Occidental ont répondu avec une certaine lassitude, mais très clairement, qu’ils étaient parfaitement satisfaits de leurs propres savoirs et pratiques permettant une agriculture de subsistance durable et diversifiée. Leur expérience des variétés à haut-rendement et des technologies dépendantes de la chimie apparues avec la révolution verte leur a fait comprendre qu’il était plus intéressant pour eux de se tourner vers une agriculture biologique diversifiée, avec le soutien d’organisations d’agriculteurs et de scientifiques ou d’ associations telles MASIPAG et PDG Inc. » 
– Theodora Tsentas, "Foreign state-led land acquisitions and neocolonialism: A qualitative case study of foreign agricultural development in the Philippines", September 2009

Riche et encore plus riche

Les nouveaux propriétaires fonciers qui apparaissent aujourd’hui sont des managers de fonds de capital risque, des opérateurs spécialisés dans les fonds agricoles, des fonds de couverture, des fonds de pension, des grandes banques et autres. Ils font preuve d’un appétit démesuré et avancent à un rythme effréné, ce qui n’est somme toute pas surprenant, étant donné la bousculade générale pour essayer de sortir de la crise financière. Les données consolidées ne sont pas disponibles mais on peut voir déjà que des milliards de dollars passent dans des acquisitions de terres agricoles liées à un nombre toujours croissant de projets destinés à “faire fortune rapidement”. Une partie de ces dollars proviennent de l’argent durement économisés par des enseignants, des fonctionnaires ou des ouvriers dans des pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni. Ce qui veut dire que beaucoup de citoyens ordinaires ont également des intérêts dans cette évolution, qu’ils en soient conscients ou non.

Cela signifie aussi qu’un nouveau lobby, extrêmement puissant et représentant les intérêts des grandes entreprises, est en train de se mettre en place. Il cherche à obtenir des conditions favorables pour faciliter et protéger les investissements agricoles. Il s’agit de se débarrasser de ces lois foncières gênantes qui ferment les possibilités de propriété aux étrangers, d’annuler les restrictions sur les exportations alimentaires en vigueur dans les pays-hôtes et de contourner toutes les réglementations concernant les organismes génétiquement modifiés. Nous pouvons hélas être certains que les grandes entreprises concernées vont travailler main dans la main avec leur propre gouvernement et toutes les banques de développement, afin de réaliser à tout prix leurs objectifs partout dans le monde, en se servant d’ accords de libre-échange, de traités bilatéraux d’investissement et des conditionnalités imposées par les bailleurs de fonds.

 Graeme Robertson de Vitagrain signe l’accord avec le ministre mauricien de l’Agro-industrie, Satish Faugoo.Source: Le Matinal

De fait, les gouvernements qui, au Nord comme au Sud, s’efforcent principalement de soutenir l’expansion de leur propre agro-industrie pour répondre à la crise alimentaire, sont également impliqués dans l’accaparement des terres dans le monde. Tous les accords et programmes privilégiés mis en place aujourd’hui dénotent une volonté de restructurer et d’étendre encore ce système alimentaire industriel fondé sur de vastes monocultures gourmandes en capital et destinées à l’exportation. Toutefois, même si tout cela a un air de déjà vu, certains éléments sont nouveaux et différents : Tout d’abord, les infrastructures nécessaires au développement de ce modèle seront mises en place, contrairement à ce qui s’est passé avec la révolution verte. Comme nous pouvons le voir dans le tableau, le développement se fondera sur de nouvelles formes de financement. Troisièmement, il va falloir tenir compte de plus en plus de la concurrence croissante des grandes entreprises et des magnats des pays du Sud. Les compagnies transnationales américaines et européennes comme Cargill, Tyson, Danone et Nestlé, qui avaient l’habitude de faire la loi, se font désormais déborder par des conglomérats émergents comme COFCO, Olam, Savola, Almarai et JBS.4 Un rapport récent de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (la CNUCED) souligne que 40 % de toutes les fusions-acquisitions dans le domaine de la production agricole ont été l’an dernier des transactions Sud-Sud.5 Soyons clairs, demain l’industrie alimentaire en Afrique dépendra largement des capitaux en provenance du Brésil, de la Chine et des pays du Golfe.

« Des communautés entières ont été dépossédées de leurs terres au profit d’investisseurs étrangers.(…) La terre doit rester un patrimoine de la communauté en Afrique. » 
N'Diogou Fall, ROPPA (
Réseau des organisations paysannes et des producteurs de l’Afrique de l’Ouest), juin 2009  

 Une façon d’exporter l’insécurité alimentaire

Étant donné le rôle essentiel joué par le secteur privé dans l’actuel accaparement des terres, il est évident que ces entreprises ne sont pas intéressées par le genre d’agriculture qui pourrait assurer la souveraineté alimentaire. De plus, compte-tenu du fait que la faim dans le monde augmente encore plus vite que la population, cela ne risque pas non plus de résoudre la question de la sécurité alimentaire. Un des leaders de Synergie Paysanne au Bénin considère l’accaparement des terres comme étant essentiellement « une façon d’exporter l’insécurité alimentaire ». Car il s’agit bien ici de répondre aux besoins de certains (besoins de maïs ou d’argent) en privant les autres de leurs moyens de production de nourriture. Il a entièrement raison. Dans la plupart des cas, les investisseurs n’ont aucune expérience en agriculture. Selon le Coordinateur de MASIPAG aux Philippines, on peut s’attendre à ce que ces investisseurs viennent dans le pays, épuisent les éléments biologiques et les substances nutritives des sols avec leur agriculture intensive, et s’en aillent tout simplement après quelques années, laissant derrière eux « un désert » pour les communautés locales.

 « Certaines entreprises achètent des terres agricoles pour la canne à sucre puis les vendent sur les marchés internationaux. C’est ducommerce,ni plus ni moins. »
- Sharad Pawar, ministre de l”Agriculture d’Inde, dément la participation de son gouvernement à la nouvelle colonisation des terres africaines, le 28 juin 2009

On pourrait considérer comme une simple excentricité les tractations visant à faire de cet afflux soudain de dollars et de dirhams une sorte de programme destiné à résoudre la crise alimentaire, si ce n’était pas si dangereux. Depuis le siège des Nations unies à New York jusqu’aux coulisses des capitales européennes, on ne parle que d’accords « gagnant-gagnant ». Il suffirait soi-disant de se mettre d’accord sur quelques paramètres permettant de moraliser et de discipliner ces accords sur les acquisitions de terres pour que ceux-ci profitent aux communautés locales, sans effrayer les investisseurs. La Banque mondiale veut même créer un système de certification mondial et un service d’audit pour ce qui pourrait devenir un « accaparement des terres durable », dans le genre de ce qui se fait pour les palmiers à huile, l’exploitation forestière et les autres industries extractives.

Avant de se précipiter pour rejoindre le mouvement gagnant-gagnant, ne serait-il pas sage de se demander : « Avec qui ? Qui sont les investisseurs ? Quels sont leurs intérêts ? » On peut difficilement imaginer qu’avec autant d’argent en jeu, avec toute l’expérience tirée de l’histoire des grandes concessions et conversions foncières du passé – qu’il s’agisse d’exploitation minière ou de plantations – et compte tenu du rôle central de la finance et de l’agrobusiness dans ce domaine, ces investisseurs fassent soudainement preuve de fair-play. Il est tout aussi difficile d’imaginer que les gouvernements ou les agences internationales puissent soudain se mettre à leur demander des comptes.

S’engager dans ce genre d’investissements évite, tout simplement, de poser les bonnes questions. Soutenir les efforts des petits agriculteurs pour accéder à une véritable souveraineté alimentaire est en revanche un bon point de départ. Nous avons ici deux programmes diamétralement opposés qui ne sont pas interchangeables. Savoir qui sont les investisseurs et ce qu’ils cherchent réellement est d’une importance cruciale. Mais pour trouver des solutions à la crise alimentaire, encore faut-il se poser d’abord les bonnes questions.

new faces

 

Références

1 Il ne s’agissait pas de la Corée du Sud, mais de Daewoo Logistics.

2 Voir GRAIN, "L’île Maurice en tête des acquisitions de terres rizicoles en Mozambique", Oryza hibrida, 1 Septembre 2009. http://www.grain.org/hybridrice/?id=416 (disponible en anglais, en français et en portugais)

3 Le tableau couvre trois types de structures: les investissements spécialisés, pour la plupart des investissements fonciers agricoles, les sociétés de gestion d’actifs et d’investissement et les investisseurs impliqués. Nous avons conscience que cela représente un mélange assez générale mais il était important de garder le tableau le plus simple possible.http://www.grain.org/m/?id=266 (disponible seulement en anglais)

4 COFCO a son siège en Chine, Olam à Singapour, Savola en Arabie saoudite ainsi qu’Almarai ; le siège de JBS est au Brésil.

5 World Investment Report 2009, UNCTAD, Geneva, September 2009, p. xxvii. La plupart des investissements étrangers directs se font à travers des fusions-acquisitions:http://j.mp/3rhvAI, http://j.mp/HuW6R


 Articles de Grain publiés par Mondialisation.ca

La plus longue récession enregistrée au Royaume-Uni

Publié le 29/10/2009 à 11:32 par djamazz
La plus longue récession jamais enregistrée s’accroche au Royaume-Uni

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Selon les chiffres pessimistes officiels publiés vendredi, le Royaume-Uni est désormais en proie à la plus longue récession depuis que cette statistique existe.

Par Russell Lynch,
Press Association, le 24 octobre 2009
article original : "Longest recession on record grips UK"

Russell Lynch Mercredi 28 Octobre 2009


Les espoirs d’une fin de la récession ont capoté, alors que l’économie [britannique] a reculé de 0,4% entre juillet et septembre – un déclin record pendant six trimestres d’affilée.

Le Bureau National des Statistiques a déclaré que la production a reculé de 5,9% depuis le début de la récession – un chiffre presque aussi mauvais que le recul de 6% du début des années 80.

Le déclin persiste, malgré des taux d’intérêt au plus bas depuis mars (0,5%), une dépense supplémentaire du gouvernement et une stimulation sans précédent de 175 milliards de livres [environ 190 milliards €] de l’offre monétaire, au moyen de l’assouplissement quantitatif [le rachat aux banques par la Banque d’Angleterre de leurs titres pourris].

Cela montre que le Royaume-Uni se traîne derrière les autres économies majeures, comme la France et l’Allemagne, lesquelles sont toutes deux sorties de la récession au deuxième trimestre de cette année.

Le Chancelier [de l’Echiquier] Alistair Darling a dit qu’il était toujours confiant quant au retour de la croissance « au nouvel an », mais la gestion de l’économie par le gouvernement a été fortement décriée par les opposants politiques.

« Cette nouvelle a réduit à néant la revendication du Parti Travailliste, selon laquelle la Grande-Bretagne était mieux placée que d’autres pays pour surmonter la crise », a déclaré le chancelier du gouvernement fantôme, George Osborne.

Le porte-parole libéral-démocrate du Trésor, Vince Cable, a déclaré que l’économie était toujours confrontée à des « problèmes structurels massifs ». Il a ajouté : « Il est essentiel que les ministres expliquent clairement de quelle façon crédible ils vont s’occuper du déficit. »

Les experts étaient prêts à célébrer la fin technique de la récession, alors qu’ils s’attendaient à un modeste 0,2% de croissance, mettant fin à cinq trimestres de déclin.

Mais la livre sterling a baissé face au dollar et à l’euro avec le chiffre extrêmement décevant [qui vient d’être publié], alors que le marché parie sur un soutien plus soutenu de l’économie de la part de la Banque d’Angleterre, avec une extension du programme d’assouplissement quantitatif pouvant atteindre 250 milliards de livres [275 milliards €].

Les économistes ont mis en garde sur un risque potentiel de déflation et ils ont dit qu’il faudrait au moins six ans pour combler le gap laissé par la récession.

« Représentant même une entaille à la sortie potentielle de la récession, le gap de production est probablement déjà au-dessus de 3% du PIB et il est peu probable qu’il se referme avant 2015 », a déclaré Vicky Redwood de Capital Economics

John Cridland, le directeur général adjoint de CBI Business Group, a déclaré que les chiffres étaient « décevants et inquiétants ». Il a ajouté : « La reprise, lorsqu’elle arrivera, sera fragile et volatile ».

Un chiffre plus mauvais que celui attendu pourrait signaler une révision à la baisse des prévisions officielles de croissance dans le Rapport Pré-Budgétaire de novembre – ce qui signifierait une montée de l’endettement public courant au-delà du record actuel estimé à 175 milliards de livres.

Et la pression sur l’économie s’intensifiera en 2010, alors que les mesures de stimulation, comme la réduction temporaire de la TVA et la « prime à la casse », prendront fin. Le chômage grimpe progressivement vers les 3 millions de chômeurs.

La production totale des services, qui représente près des trois-quarts de l’économie britannique, était attendue en croissance, mais, à la place, c’est une baisse décevante de 0,2% sur le trimestre.

Le secteur de la construction est également resté en plein marasme – chutant de 1,1 % au cours de la période – il a chuté d’un gigantesque 14,7% depuis le début de 2008. La production industrielle s’est contractée de 0,7% et a baissé de 13,7% depuis le début de la crise.

L’économiste de IHS Global Insight [le leader britannique en matière d’analyse et de prévision économiques et financières], Howard Archer, a également souligné les défis sévères auxquels le Royaume-Uni est confronté sur le chemin du redressement économique.

Il a déclaré : « Un chômage élevé et croissant, la nécessité pour les consommateurs et les entreprises d’améliorer leurs comptes et les conditions de resserrement du crédit en cours, au milieu des problèmes toujours sérieux du secteur financier, sont particulièrement inquiétants pour les perspectives de croissance.

« En plus de tout cela, l’activité économique sera entravée… par la nécessité d’un resserrement fiscal majeur et étendu afin de contenir les finances publiques épouvantables. »
Traduction JFG-QuestionsCritiques

La reprise économique est une illusion

Publié le 25/10/2009 à 07:51 par djamazz
La reprise économique est une illusion
La BIS annonce les futures crises

par Andrew Gavin Marshall

Mondialisation.ca, Le 24 octobre 2009

La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force et l’endettement c’est la reprise

À la lumière des exclamations omniprésentes et obstinées d’« une fin » de récession, d’« une solution à la crise » et d’une « reprise » de l’économie, nous devons nous rappeler qu’elles proviennent exactement des mêmes personnes et des mêmes institutions qui nous ont dit dans les dernières années qu’il n’y avait « aucune raison de s’en faire », que les « bases de l’économie se port[ai]ent bien », qu’il n’y avait « aucun danger » de crise économique.

Pourquoi croyons-nous toujours les mêmes personnes qui n’ont fait que se tromper, à la fois dans leurs affirmations et dans leurs choix? Qui devrions-nous croire et vers qui devrions-nous nous tourner pour des informations et des analyses plus justes? Une source utile serait peut-être celle à l’épicentre de la crise, au cœur du monde obscur des banques centrales, le régulateur du système bancaire mondial et la « plus prestigieuse institution financière au monde », laquelle a, jusqu’à présent, prévu la crise avec exactitude : la Banque des règlements internationaux (BRI). Voilà un bon départ.

La crise économique est tout sauf terminée et les « solutions » apportées sont comparables à un pansement adhésif sur un bras amputé. La BRI, la banque centrale des banques centrales du monde, a mis en garde contre de tels espoirs déplacés et continue de le faire.

Qu’est-ce que la Banque des règlements internationaux?

La BRI a été créée par le Comité Young, constitué en 1929 pour régler le paiement des réparations allemandes, exposées brièvement dans le Traité de Versailles de 1919. Le Comité était dirigé par Owen D. Young, président et PDG de General Electric, co-auteur du plan Dawes de 1924, membre du Conseil d’administration de la Rockefeller Foundation et vice-président de la Federal Reserve Bank of New York. À titre de principal délégué étatsunien à la conférence sur les réparations allemandes, il était également accompagné par J.P. Morgan, Jr. [1]. De là est né le plan Young pour le paiement des réparations allemandes.

Ce plan est entré en vigueur en 1930, après le krach boursier. Une partie du plan impliquait la création d’une organisation internationale de règlement, fondée en 1930 et connue sous le nom de Banque des règlements internationaux (BRI). Elle était prétendument conçue pour faciliter et coordonner les paiements des réparations de l’Allemagne de Weimar aux pouvoirs alliés. Toutefois, sa seconde fonction, plus secrète et bien plus importante, était d’agir en tant que « coordinateur des opérations des banques centrales à travers le monde ». Décrite comme « une banque pour les banques centrales », la BRI « est une institution privée avec des actionnaires, mais elle fait des opérations pour les agences publiques. Ces opérations sont strictement confidentielles, donc le public ignore habituellement la plupart des opérations de la BRI ». [2]

La BRI a été fondée par « les banques centrales de Belgique, de France, d’Allemagne, d’Italie, des Pays-Bas, du Japon et du Royaume-Uni, ainsi que par les trois principales banques commerciales des États-Unis, soit J.P. Morgan & Company, First National Bank of New York et First National Bank of Chicago. Chaque banque centrale a souscrit à 16 000 d’actions et les trois banques étatsuniennes ont également souscrit au même nombre d’actions ». Cependant, « seules les banques centrales ont un droit de vote [3] ».

Les membres des banques centrales tiennent des rencontres bimensuelles à la BRI où ils discutent de différentes questions. Il convient de noter que la plupart « des transactions effectuées par la BRI pour le compte des banques centrales exigent le plus grand secret [4] », voilà probablement pourquoi la plupart des gens n’en ont jamais entendu parler. La BRI peut offrir aux banques centrales « une confidentialité et un secret bancaire supérieur à une banque cotée triple A [5] ». 

 

La BRI a été instaurée « pour remédier au déclin de Londres en tant que centre financier mondial en offrant un mécanisme par lequel un monde muni de trois principaux centres financiers à Londres, New York et Paris, pourrait toujours fonctionner comme s’ils n’y en avait qu’un seul [6] ». Comme l’expliquait Carroll Quigley :

 

[L]es pouvoirs du capitalisme financier avaient un autre but d’une portée considérable, rien de moins que la création d’un système mondial de contrôle financier dans les mains du privé, capable de dominer le système politique de chaque pays et l’économie du monde en entier. Ce système devait être contrôlé de concert et d’une manière féodale par les banques centrales du monde, par des accords secrets conclus au cours de fréquentes conférences et réunions privées. Au sommet du système, devait se trouver la Banque des règlements internationaux à Bâle en Suisse, une banque privée, détenue et contrôlée par les banques centrales mondiales, elles-mêmes des sociétés privées [7].

 

La BRI est, sans aucun doute, la plus importante, la plus puissante et la plus secrète des institutions financières du monde. Ses avertissements ne devraient pas être pris à la légère, puisqu’elle, plus que toute autre institution au monde, serait au courant de telles informations.

 

En septembre 2009, la BRI rapportait que « [l]e marché mondial des produits dérivés a rebondi à 426 billions de dollars au deuxième trimestre, lorsque l’appétit du risque est réapparu, mais le système demeure instable et sujet aux crises ». Le rapport trimestriel de la BRI indique que les produits dérivés ont connu une hausse de 16 % « surtout en raison d’une croissance des contrats à terme (futures) et des options sur taux d’intérêt à trois mois ». L’économiste en chef de la BRI a prévenu que le marché des dérivés pose « des risques systémiques majeurs » dans le secteur financier international et que « [l]e danger est que les autorités de réglementation n’arrivent pas, encore une fois, à voir que les grandes institutions ont pris bien plus de risques qu’elles ne le pouvaient dans des conditions de choc ». L’économiste a ajouté : « L’utilisation de dérivés par les les fonds de couverture (hedge funds) et autres investissements du genre peuvent créer d’importants risques cachés [8]. »

 

Le jour suivant la publication du rapport de la BRI, son ancien économiste en chef, William White, a fait cette mise en garde : « Le monde ne s’est pas attaqué aux problèmes au cœur du déclin économique et il est probable qu’il entre doucement à nouveau en récession. » Il a par ailleurs « prévenu que les actions gouvernementales destinées à aider l’économie à court terme pourraient en fait jeter les bases de crises à venir ». Il aurait également mis en garde contre une récession à double creux : « Allons-nous vers une [récession en forme de] W? Cela est presque certain. Allons-nous vers un L? Je n’en serais pas le moins du monde surpris. La seule chose qui pourrait réellement me surprendre serait une reprise durable provenant de la position dans laquelle nous nous trouvons. »

 

Un article du Financial Times expliquait que les commentaires de M. White ne doivent pas être pris inconsidérément puisqu’en plus d’avoir dirigé le département économique de la BRI de 1995 à 2008, il avait « à maintes reprises prévenu des dangereux déséquilibres conjoncturels dans le système financier mondial, avertissements datant d’aussi loin que 2003, et – brisant un grand tabou à l’époque dans les cercles des banques centrales – il a osé contester la politique continue d’argent bon marché de Alan Greenspan, alors président de la Réserve Fédérale (Fed) » 

 

Le Financial Times poursuit:

 

Partout dans le monde, les banques centrales ont injecté des milliers de milliards de dollars d’argent neuf dans le système financier dans les deux dernières années en guise d’effort pour prévenir une dépression. Entre-temps les gouvernements sont allés vers des extrêmes semblables, accumulant de larges dettes afin de soutenir les industries, des banques aux constructeurs automobiles.

 

M. White a prévenu qu’« il se peut que [c]es mesures soient déjà en train de gonfler une bulle dans les prix des actifs, allant des actions aux marchandises [et qu’]il existait un risque mineur que l’inflation ne devienne hors de contrôle à moyen terme ». Dans un discours donné à Hong Kong, M. White expliquait que «  les problèmes sous-jacents à l’économie mondiale, tel que les déséquilibres commerciaux insoutenables entre les États-Unis, l’Europe et l’Asie, n’ont pas été résolus. » [9]

 

Le 20 septembre 2009 le Financial Times révélait que lors d’une réunion du G20, la BRI, « `à la tête de l’organisme supervisant la réglementation bancaire mondiale, a émis un avertissement strict en disant que le monde ne peut pas se permettre supposer de façon “complaisante” que le secteur financier a repris pour de bon [et que] Jaime Caruana, directeur général de la BRI et ancien gouverneur de la Banque centrale d’Espagne, a affirmé que la reprise boursière ne doit pas être mal interprétée [10] ».  »

 

Ces mises en garde suivent celles de la BRI émises durant l’été 2009 à propos des espoirs inopportuns devant les mesures de stimulation économique prises par divers gouvernements partout dans le monde. À la fin juin, la BRI a prévenu que « les mesures de stimulation budgétaires ne peuvent donner rien de plus qu’une relance temporaire de la croissance, suivie d’une longue période de stagnation ».

 

Voici ce que révélait un article du Australian : « Le seul organisme international à avoir anticipé la crise financière […] a prévenu que le plus grand risque était que les forcent les gouvernements à abandonner leurs mesures de stimulation économique et plutôt à réduire radicalement les dépenses tout en haussant les impôts et les taux d’intérêt, [car la rapport annuel de la BRI] a, ces trois dernières années, prévenu des dangers d’une nouvelle dépression ». De plus, « [son] dernier rapport annuel a averti que des pays comme l’Australie faisaient face à une possible ruée sur la devise, ce qui provoquerait une hausse des intérêts ». La BRI a par ailleurs prévenu qu’« un répit temporaire pourrait entraver la prise d’initiatives par les autorités et visant à remettre sur pied le système financier, si ces initiatives sont impopulaires, et ultimement prolonger la période de croissance lente ».

 

Par ailleurs, «  [au] même moment, les garanties gouvernementales et les asset insurance ont exposé les contribuables à des pertes potentielles énormes ». En expliquant comment les mesures fiscales posaient des riques significatifs, la BRI poursuit : « La possibilité que les responsables de la fiscalité épuisent leur capacité d’emprunt avant de terminer les réparations coûteuses du système financier constitue un danger […] Il est certes probable que les plans de stimulation augmentent les taux d’intérêt réels et les prévisions d’inflation. [Celle-ci] s’intensifierait alors que le déclin s’atténuerait [et la BRI] a exprimé des doutes concernant le plan de sauvetage bancaire adopté aux États-Unis [11]. »

 

La BRI a encore mis en garde contre l’inflation en affirmant qu’«  il est légitime et important d’être préoccupé par la transposition de la détente radicale de la politique monétaire en croissance au sein des plus grands agrégats de monnaie et de crédit, avant que la situation ne puisse être renversée. [Cela mènera] à une inflation qui nourrit les perspectives d’inflation ou pourrait alimenter encore une autre bulle spéculative, en jetant les bases du prochain cycle financier d’emballement-effondrement [12] ». Selon le plus récent rapport sur la création de la bulle des dérivés, il est désormais évident que c’est exactement ce qui s’est produit : une autre bulle spéculative a été créée. Le problème avec les bulles, c’est qu’elles éclatent.

 

Pour sa part, le Financial Times rapportait que William White, ancien économiste en chef de la BRI, avait également « fait valoir qu’après deux ans de soutien gouvernemental au système financier, nous avons désormais un groupe de banques encore plus grandes et plus dangereuses que jamais, [ce qu’a également] souligné Simon Johnson, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, en affirmant que l’industrie de la finance s’est en effet emparée du gouvernement des États-Unis ». Il a clairement dit : « La reprise échouera à moins que nous brisions l’oligarchie financière qui empêche la réalisation d’une réforme essentielle. [13] » (C’est nous qui soulignons)

 

Au début septembre 2009 les responsables des banques centrales se sont rencontrés à la BRI et selon la presse, «  ils se sont mis d’accord sur un ensemble de mesures visant à renforcer la réglementation et la supervision de l’industrie bancaire, dans la foulée de la crise financière ». Le chef de la Banque centrale européenne aurait dit : « Les accords auquels nous sommes arrivés aujourd’hui entre les 27 grands pays du monde sont essentiels, car ils établissent de nouveaux standards pour la réglementation et la supervision bancaire au niveau mondial [14]. »

 

Parmi les mesures convenues, « les prêteurs devraient hausser la qualité de leur capital en incluant plus de titres [et] les banques devront également augmenter la quantité et la qualité des actifs qu’ils gardent en réserve et freiner l’effet de levier ». L’une des décisions clés prises à la conférence de Bâle, qui tient son nom du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire et a été constitué par la BRI, est que « les banques devront augmenter la qualité de leur soi-disant fonds propres de niveau 1, lequel mesure la capacité d’une banque à éponger des pertes soudaines ». Cela signifie que « [l]a majorité de ce genre de réserves devraient être des actions ordinaires et des bénéfices non répartis, et les avoirs seront entièrement dévoilés [15] ».

 

À la mi-septembre, la BRI a admis que « [l]es banques centrales doivent coordonner la supervision mondiale des chambres de compensation des produits dérivés et penser à leur donner accès à des fonds d’urgence afin de limiter le risque systémique ». En d’autres termes «  les responsables de la réglementation font pression pour qu’une grande part du commerce des dérivés hors bourse de 592 billions de dollars soit transféré aux chambres de compensation, lesquelles agissent à titre d’acheteur pour chaque vendeur et de vendeur pour chaque acheteur, réduisant ainsi les risques de crédit pour le système financier ». Le rapport publié par la BRI posait la question suivante : « [Les chambres de compensation] devraient-elles avoir accès aux facilités de crédit des banques centrales et si oui, à quel moment? [16] »

 

Une crise en vue

 

Le marché des dérivés représente une grave menace pour la stabilité de l’économie mondiale. Toutefois, il s’agit d’une menace parmi tant d’autres, toutes reliées et entrecroisées, l’une déclenchant l’autre. Le gros éléphant dans la pièce est l’importante bulle financière créée par les plans de sauvetage et les mesures de « relance » dans le monde entier. Cet argent a été utilisé par les grandes banques pour consolider l’économie, en achetant des banques moins grandes et en absorbant l’économie réelle : l’industrie de haut rendement. L’argent a aussi été placé dans la spéculation, nourrissant la bulle des dérivés et menant à une hausse des bourses, événement complètement illusoire et fabriqué. Les plans de sauvetage ont, en réalité, élevé la bulle des dérivés jusqu’à de nouveaux degrés risqués, ainsi que gonflé les marchés boursiers qui se trouvent dans une position intenable

 

Cependant, un péril redoutable surgit du coût des plans de sauvetage et des soi-disant mesures de « stimulation ». La crise économique est une conséquence des bas taux d’intérêt et de l’argent facile : on faisait des prêts à risque élevé, l’argent était investi partout et dans n’importe quoi, le marché du logement s’est gonflé, comme celui de l’immobilier commercial, le commerce des dérivés s’est emballé, atteignant les centaines de billions de dollars par année, la spéculation est devenue envahissante et dominait le système financier mondial. Les fonds spéculatifs (hedge funds) étaient les facilitateurs volontaires du commerce des dérivés et les grandes banques en étaient les principaux participants et détenteurs.

 

Au même moment, les gouvernements dépensaient sans compter, particulièrement aux États-Unis, en payant plusieurs billions de dollars pour des guerres et des budgets de défense et en imprimant de l’argent à partir de rien, gracieuseté du système mondial de banques centrales. Tout l’argent créé a, en revanche, créé une dette. En 2007, la dette totale – les dettes intérieure et de consommation, et les prêts commerciaux – des États-Unis atteignait la somme consternante de 51 billions de dollars [17].

 

Comme si le fardeau de la dette n’était pas suffisant, considérant qu’il serait impossible de la rembourser, on a assisté ces deux dernières années à l’augmentation de dette la plus rapide et la plus coûteuse de l’histoire, sous la forme de mesures de relance et de plans de sauvetage partout dans le monde. En juillet 2009, on rapportait que « les contribuables étatsuniens pourraient être dans le pétrin pour autant que 23,7 billions de dollars afin de soutenir l’économie et renflouer les sociétés de financement, a observé Neil Barofsky, inspecteur général spécial du Troubled Asset Relief Program [plan de sauvetage des actifs à risque] du Trésor [18] ».

 

Le plan Bilderberg Plan en marche?

 

En mai 2009, j’ai écrit un article sur la réunion du Bilderberg, réunion ultrasecrète des principales élites de l’Europe et de l’Amérique du Nord qui se rencontrent annuellement derrière des portes closes. Le groupe Bilderberg agit en tant que groupe de réflexion international informel et ne publie aucune information, donc les reportages sur les réunions proviennent de fuites et les sources ne peuvent être vérifiées. Toutefois, les informations fournies par les traqueurs de Bilderberg et journalistes Daniel Estulin et Jim Tucker se sont avérées étonnamment justes par le passé.

 

En mai, les informations ayant transpiré des réunions concernaient sans surprise le principal sujet de conversation, soit la crise économique. La grande question était de savoir s’il fallait s’engager dans « une dépression prolongée et douloureuse condamnant le monde à des décennies de stagnation, de déclin et de pauvreté […] ou [dans] une dépression plus courte mais plus intense ouvrant la voie à un nouvel ordre économique mondial durable, offrant moins de souveraineté, mais [étant] plus efficient ».

 

Il est important de noter qu’un des points importants à l’ordre du jour était de « continuer à tromper des millions d’épargnants et d’investisseurs croyant au battage autour de la prétendue reprise économique. Ils sont sur le point de faire face à des pertes massives et à d’éprouvantes difficultés économiques dans les mois qui viennent ».

 

Estulin a parlé d’un rapport qui avait transpiré et qu’il affirmait avoir reçu après la réunion, révélant de grands désaccords parmi les participants puisque « [l]es partisans de la ligne dure sont favorables à un déclin dramatique et à une dépression courte et sévère, mais d’autres pensent que les choses sont allées trop loin et que les retombées du cataclysme économique mondial ne peuvent pas être calculées avec exactitude ». Cependant la vision commune était que la récession allait empirer et que la reprise serait « relativement lente et prolongée » et qu’il fallait chercher ces termes dans la presse durant les semaines et les mois à venir. En effet, ces termes sont apparus and ad infinitum dans tous les médias du monde.

 

Le journaliste révélait par ailleurs que « que face au spectre de leur propre mort financière, certains éminents banquiers européens sont extrêmement préoccupés et qualifiaient cet exercice de haute voltige d’« insoutenable », et affirmaient que les déficits budgétaire et commercial pourraient engendrer l’effondrement du dollar ». Un membre de Bilderberg a admis que « les banques mêmes ne savent pas quand [le fond sera atteint] ». Tous paraissaient s’entendre sur le fait que « le niveau de capital dont les banques étatsuniennes ont besoin pourrait être considérablement plus élevé que ce que le gouvernement étatsunien a suggéré lors de ses récents tests de tension ». De plus, « quelqu’un du FMI a souligné que sa propre étude sur les récessions historiques suggère que les États-Unis ne sont rendus qu’au tiers de celle-ci. Par conséquent, les économies s’attendant à se rétablir grâce à la résurgence de la demande provenant des États-Unis devront attendre longtemps. » Un des participants a déclaré que « les pertes en capitaux propres en 2008 étaient pires que celles de 1929 [et que] la prochaine phase du déclin économique sera également pire que dans les années 1930, surtout parce que les États-Unis sont chargés d’une dette excessive d’environ 20 billions de dollars. L’idée d’un boom [économique] sain constitue un mirage jusqu’à ce que cette dette soit éliminée [19] ».

 

La perception générale d’une reprise de l’économie signifierait-elle que le plan Bilderberg est en marche? Eh bien, pour répondre à cette question de façon éclairée, nous devons examiner qui étaient les principaux participants de la conférence.

 

Dirigeants des banques centrales

 

Comme d’habitude, de nombreux dirigeants des banques centrales étant présents. Parmi eux le gouverneur de la Banque nationale de Grèce, celui de la Banque d’Italie, le président de la Banque européenne d’investissement, l’ancien président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, Nout Wellink président de la Banque centrale des Pays-Bas et membre de la direction de la Banque des règlements internationaux (BRI), Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, le gouverneur adjoint de la Banque nationale de Belgique ainsi qu’un membre du Conseil des administrateurs de la Banque centrale d’Autriche.

 

Ministres des Finances et médias

 

Des ministres des Finances et des officiels de nombreux pays ont également assisté à la réunion. La Finlande, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Grèce, le Portugal et l’Espagne y avaient chacun un représentant gouvernemental des Finances. Il s’y trouvait aussi beaucoup de représentant des grandes entreprises médiatiques du monde, dont l’éditeur de Der Standard d’Autriche; le président et PDG de la Washington Post Company; le rédacteur en chef de The Economist; l’éditeur délégué de Die Zeit d’Allemagne; le président et rédacteur en chef du Nouvel Observateur de France; le corédacteur et chroniqueur en chef sur l’économie du Financial Times; ainsi que le correspondant aux affaires et chroniqueur économique de The Economist. Voilà certaines des grandes publications financières mondiales présentes à cette réunion. Naturellement, ils ont une grande influence sur la perception qu’a le public de l’économie.

 

Les banquiers

 

Il convient en outre de souligner la présence à cette rencontre de banquiers privés, puisque ce sont les grandes banques internationales qui détiennent les actions des banques centrales du monde, lesquelles détiennent en retour les actions de la BRI. Parmi les banques et sociétés de financement représentées, il y avait la Deutsche Bank AG, ING, Lazard Freres & Co., Morgan Stanley International, Goldman Sachs et la Royal Bank of Scotland. Il est important de souligner par ailleurs la présence de David Rockefeller [20], ancien président et PDG de la Chase Manhattan (aujourd’hui J.P. Morgan Chase), que l’on pourrait qualifier d’actuel « roi du capitalisme ».

 

L’administration Obama

 

La rencontre de Bilderberg accueillait en outre de nombreux représentants de l’administration Obama chargés de résoudre la crise économique, dont Timothy Geithner, secrétaire au Trésor et ancien président de la Federal Reserve Bank of New York; Lawrence Summers, directeur du Conseil économique national de la Maison-Blanche, ancien secrétaire au Trésor du gouvernement Clinton, ancien président de l’Université Harvard et ancien économiste en chef de la Banque mondiale; Paul Volcker, ancien gouverneur de la Réserve fédérale et chef du Comité consultatif de relance économique du président Obama et Robert Zoellick, ancien président de Goldman Sachs et actuel président de la Banque mondiale [21].

 

Sans que cela soit confirmé, on rapporte la présence du président de la Fed Ben Bernanke. Toutefois, si l’on peut se fier à l’histoire et aux précédentes réunions du Bilderberg, le président de la Fed et celui de la Federal Reserve Bank of New York sont toujours présents. Il serait donc surprenant qu’ils n’aient pas été présents à la rencontre de 2009. J’ai contacté la Fed de New York pour demander si le président avait assisté à des réunions d’organismes ou de groupes quelconques en Grèce au moment de la rencontre des membres de Bilderberg et on m’a répondu de demander une liste de participants aux organisations concernées. S’ils n’ont pas confirmé sa présence, ils ne l’ont pas non plus niée.

 

Évidemment, tous ces joueurs clés peuvent exercer assez d’influence pour modifier l’opinion publique et la perception de la crise économique. Ils sont aussi ceux qui y ont le plus à gagner. Cependant, peu importe l’image qu’ils créent, elle ne demeure que ce qu’elle est : une image. L’illusion se brisera assez tôt et le monde en viendra à réaliser que la crise que nous avons traversée jusqu’ici n’est simplement que le chapitre introductif de la crise économique telle qu’elle sera écrite dans les livres d’histoire.

 

Conclusion

 

Les avertissements de la BRI et de son ancien économiste en chef, William White, ne doivent pas être pris à la légère. Les précédentes mises en garde de la BRI et de William White sont passées sous silence et se sont avérées exactes avec le temps. Ne laissez pas l’espoir de « reprise économique » véhiculé par les médias mettre de côté la « réalité économique ». Même s’il peut être déprimant de le reconnaître, il est beaucoup mieux de connaître le sol que l’on foule, même s’il est parsemé de dangers, que de l’ignorer et de courir imprudemment dans un champs de mines. L’ignorance ne rend pas heureux, elle est plutôt une catastrophe à retardement.

 

Un médecin doit d’abord identifier et diagnostiquer correctement un problème avant de pouvoir offrir n’importe quel remède comme solution. Si le diagnostic est incorrect, le remède n’aura pas d’effet, il pourrait en fait aggraver la situation. L’économie mondiale souffre d’un grave cancer : certains l’ont correctement diagnostiqué, pourtant le remède qu’on lui a donné était destiné à guérir un rhume. La tumeur économique a été identifiée. La question est : est-ce que nous l’acceptons et nous essayons de la traiter ou nous prétendons que le remède pour la toux va la guérir? Des deux attitudes, laquelle offre les meilleures chances de survie? Maintenant essayez d’accepter le dicton « imbécile heureux ».

 

Comme disait Gandhi, « Il n’est d’autre dieu que la vérité »

 

Pour une vue d’ensemble des crises financières à venir, voir : "Entering the Greatest Depression in History: More Bubbles Waiting to Burst," Global Research, August 7, 2009.

 

Article original en anglais : The Economic Recovery is an Illusion, The Bank for International Settlements (BIS) Warns of Future Crises, publié le 3 octobre 2009.

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

 

Notes

 

[1] Time, HEROES: Man-of-the-Year. Time Magazine: Jan 6, 1930: http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,738364-1,00.html

 

[2] James Calvin Baker, The Bank for International Settlements: evolution and evaluation. Greenwood Publishing Group, 2002: page 2

 

[3] James Calvin Baker, The Bank for International Settlements: evolution and evaluation. Greenwood Publishing Group, 2002: page 6

 

[4] James Calvin Baker, The Bank for International Settlements: evolution and evaluation. Greenwood Publishing Group, 2002: page 148

 

[5] James Calvin Baker, The Bank for International Settlements: evolution and evaluation. Greenwood Publishing Group, 2002: page 149

 

[6] Carroll Quigley, Tragedy and Hope: A History of the World in Our Time (New York: Macmillan Company, 1966), 324-325

 

[7] Carroll Quigley, Tragedy and Hope: A History of the World in Our Time (New York: Macmillan Company, 1966), 324

 

[8] Ambrose Evans-Pritchard, Derivatives still pose huge risk, says BIS. The Telegraph: September 13, 2009: http://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/banksandfinance/6184496/Derivatives-still-pose-huge-risk-says-BIS.html

 

[9] Robert Cookson and Sundeep Tucker, Economist warns of double-dip recession. The Financial Times: September 14, 2009: http://www.ft.com/cms/s/0/e6dd31f0-a133-11de-a88d-00144feabdc0.html

 

[10] Patrick Jenkins, BIS head worried by complacency. The Financial Times: September 20, 2009: http://www.ft.com/cms/s/0/a7a04972-a60c-11de-8c92-00144feabdc0.html

 

[11] David Uren. Bank for International Settlements warning over stimulus benefits. The Australian: June 30, 2009:

http://www.theaustralian.news.com.au/story/0,,25710566-601,00.html

 

[12] Simone Meier, BIS Sees Risk Central Banks Will Raise Interest Rates Too Late. Bloomberg: June 29, 2009:

http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601068&sid=aOnSy9jXFKaY

 

[13] Robert Cookson and Victor Mallet, Societal soul-searching casts shadow over big banks. The Financial Times: September 18, 2009: http://www.ft.com/cms/s/0/7721033c-a3ea-11de-9fed-00144feabdc0.html

 

[14] AFP, Top central banks agree to tougher bank regulation: BIS. AFP: September 6, 2009: http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5h8G0ShkY-AdH3TNzKJEetGuScPiQ

 

[15] Simon Kennedy, Basel Group Agrees on Bank Standards to Avoid Repeat of Crisis. Bloomberg: September 7, 2009: http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601087&sid=aETt8NZiLP38

 

[16] Abigail Moses, Central Banks Must Agree Global Clearing Supervision, BIS Says. Bloomberg: September 14, 2009: http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601087&sid=a5C6ARW_tSW0

 

[17] FIABIC, US home prices the most vital indicator for turnaround. FIABIC Asia Pacific: January 19, 2009: http://www.fiabci-asiapacific.com/index.php?option=com_content&task=view&id=133&Itemid=41

 

Alexander Green, The National Debt: The Biggest Threat to Your Financial Future. Investment U: August 25, 2008: http://www.investmentu.com/IUEL/2008/August/the-national-debt.htm l

 

John Bellamy Foster and Fred Magdoff, Financial Implosion and Stagnation. Global Research: May 20, 2009: http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=13692

 

[18] Dawn Kopecki and Catherine Dodge, U.S. Rescue May Reach $23.7 Trillion, Barofsky Says (Update3). Bloomberg: July 20, 2009: http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601087&sid=aY0tX8UysIaM

 

[19] Andrew Gavin Marshall, The Bilderberg Plan for 2009: Remaking the Global Political Economy. Global Research: May 26, 2009: http://www.globalresearch.ca/index.php?aid=13738&context=va

 

[20] Maja Banck-Polderman, Official List of Participants for the 2009 Bilderberg Meeting. Public Intelligence: July 26, 2009: http://www.publicintelligence.net/official-list-of-participants-for-the-2009-bilderberg-meeting/

 

[21] Andrew Gavin Marshall, The Bilderberg Plan for 2009: Remaking the Global Political Economy. Global Research: May 26, 2009: http://www.globalresearch.ca/index.php?aid=13738&context=va


Andrew Gavin Marshall est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Andrew Gavin Marshall publiés par Mondialisation.ca

Christian Noyer craint le risque systémique des CDS

Publié le 23/10/2009 à 07:34 par djamazz
Quand le gouverneur de la Banque de France craint le risque systémique des CDS

 

Jeudi 22 Octobre 2009


Quand le gouverneur de la Banque de France craint le risque systémique des CDS
Dans un article du 19 octobre publié dans le Financial Times, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) fait part de quelques réflexions sur le rapport de la BCE Credit Default Swaps and Counterparty Risk (août 2009), un rapport auquel la Banque de France a contribué.

Sans offrir une alternative réellement satisfaisante, Christian Noyer définit clairement les risques posés par certains produits financiers dérivés, en particulier la bulle des Credit Default Swaps (CDS), en français évènements sur dérivés de crédit.

Les CDS sont considérés comme une des causes de la chute, le 15 septembre 2008, d’American International Group (AIG) et de la propagation incontrôlée des risques de crédit. Le marché des CDS est passé de 6396 milliards de dollars US fin 2004 à 57894 milliards fin 2007, prenant le caractère d’une énorme bulle. La banque Lehman Brothers était le premier acteur sur ce marché jusqu’à sa faillite. Les CDS, échangés hors bilan et hors bourse, permettaient de contourner toutes les règles prudentielles.

Christian Noyer souligne que « le marché se concentre de plus en plus sur un petit nombre d’institutions. En Europe, les deux tiers de l’exposition des CDS reposent sur les 10 contreparties les plus importantes. Au niveau mondial, cinq banques – dont deux basées en Europe – représentent la moitié du marché des CDS ».

En réalité, depuis le début de la désintégration financière, « plusieurs contreparties majeures ont quitté le marché » et « les hedge funds n’interviennent que pour 10% dans les transactions de CDS. Un tel niveau de concentration représente un facteur de vulnérabilité et un risque de liquidité du marché ».

Le gouverneur s’inquiète sur « le caractère interconnecté du marché des CDS. En fait, non seulement les grands acteurs du marché des CDS transigent principalement entre eux, mais ils émettent de plus en plus de garanties contre leur propre défauts : 60% des contrats sur des entités non souveraines sont en réalité des garanties pour les mêmes émetteurs de CDS. En d’autres termes, les émetteurs garantissent des émetteurs sur des risques encourus sur le marché des émetteurs. Cette circularité implique que la répartition des risques est moindre qu’initialement prévu ».

Pour Christian Noyer, la concentration et l’interconnectivité du marché des CDS « amplifie le risque de contrepartie et les conséquences systémiques potentielles de la chute d’un grand acteur du marché. C’est pour cela que les autorités ont vigoureusement promu la compensation (clearing) des CDS par des contreparties centrales (CCP) ». Cependant, étant donné que les chambres de compensation concentrent ce risque, elles « restent vulnérables face au défaut d’un grand acteur ».

Commentaire de Jacques Cheminade.

Les réflexions de Christian Noyer sont extrêmement révélatrices. Elles signifient qu’aux plus hauts niveaux de responsabilité, l’on est parfaitement conscient du risque de voir s’effondrer tout le système par « circularité » ou plutôt par consanguinité. Au fur et à mesure que leurs opérations sont devenues plus risquées et moins adossées à des actifs réels,de moins en moins dejoueurs ont de plus en plus échangé entre eux des garanties contre leurs propres défauts. Avec des instruments mathématiques parfois extrêmement sophistiqués, cela revient à émettre ce que jadis on appelait des effets de cavalerie. Le risque (appelé de contrepartie) est qu’une des parties ne puisse pas couvrir, ce qui amènerait un effondrement de l’ensemble par effet domino. Or l’Etat américain, qui a pu faire face dans le cas d’AIG, en renflouant l’assureur perdant pour qu’il puisse rembourser les banquiers gagnants (Goldman Sachs, Deutsche Bank, Société Générale, BNP...), ne pourra pas désormais être toujours là. En effet, ce serait alors la crédibilité même du dollar qui serait en jeu, comme celle du mark en 1923, avec les conséquences que l’on sait. La situation, comme le dit bien Christian Noyer, est aujourd’hui du même type, sinon exactement demême nature,en Europe.

L’on sait que quand ceux du haut doivent admettre leur vulnérabilité, et que la colère gagne ceux du bas, la situation devient révolutionnaire. Nous y sommes aux Etats-Unis, nous y serons bientôt en Europe. Après ceux de l’Orient, les grands timoniers de l’Occident sont en train de perdre leurs timons. Nous voici dans la mer haute et houleuse des vagues de renflouement de moins en moins physiquement contrôlées. Les animaux sont malades de la peste, et leur seule chance de survie sociale est qu’ils ne se comportent plus comme des animaux, mais comme des êtres humains créateurs agissant dans l’intérêt des générations à naître, et non pariant sur des « futures ».


Article :Les premières mesures du "Plan LaRouche" pour sauver l’économie mondiale


http://www.solidariteetprogres.org/ http://www.solidariteetprogres.org/

L'euro repasse 1,50 dollar pour la 1ère fois depuis 14 mois

Publié le 23/10/2009 à 07:11 par djamazz
L'euro repasse 1,50 dollar pour la première fois depuis 14 mois  22/10/2009

L'euro a dépassé 1,50 dollars pour la première fois depuis 14 mois, touchant 1,5003 dollar, reprenant son envolée des semaines précédentes, les cambistes favorisant la prise de risque au détriment du billet vert, valeur-refuge.
 
L'euro n'avait plus franchi ce niveau depuis le 11 août 2008.
 
Depuis le mois de mars et les premiers signes de reprise, l'euro a repris près de 20% sur le marché des changes face à la monnaie américaine.
 Cette dernière, délaissée avec le regain de l'appétit au risque, a été en outre fortement contestée dans son rôle de monnaie de réserve mondiale.
  
Alimentant l'optimisme des investisseurs mercredi, les résultats trimestriels d'entreprises continuaient de tomber aux Etats-Unis. Le groupe internet Yahoo! et la banque d'affaires américaine Morgan Stanley ont ainsi annoncé des chiffres meilleurs qu'attendus.
  
De plus, la Chine a assuré que sa reprise économique était solide, sur la base de la publication d'indicateurs clés encourageants portant sur le troisième trimestre, alors que la première estimation de la croissance chinoise sur cette période doit être dévoilée jeudi.

http://www.almanar.com.lb http://www.almanar.com.lb

Les riches ont confisqué l'économie

Publié le 18/10/2009 à 12:43 par djamazz
Les riches ont confisqué l'économie

par Paul Craig Roberts

Mondialisation.ca, Le 16 octobre 2009

Bloombergrapporte que les proches collaborateurs du ministre des Finances, Timothy Geithner, ont gagné des millions de dollars par an en travaillant pourGoldman Sachs, Citigroup et d'autres sociétés de Wall Street. Bloomberg signale que pas un seul de ses assistants n’a affronté l’approbation du Sénat. Pourtant, ils sont chargés de contrôler le dossier des centaines de milliards de dollars de fonds publics de leurs anciens employeurs.

 

Les milliards de dollars de dons de l'argent du contribuable ont procuré aux banques un déluge de capitaux à faible coût qui ont regonflé leurs bénéfices, tandis que les contribuables qui ont fourni les capitaux sont de plus en plus sans emploi et sans abri.

 

JPMorgan Chase a annoncé avoir gagné 3,6 milliards de dollars au troisième trimestre de cette année.

 

Goldman Sachs a fait tant d'argent en cette année de crise économique, que d’énormes primes sont prévues. Le London Evening Standardrapporte que « chacun des 5500 employés londoniens de Goldman Sachs peut s'attendre à déclarer une prime moyenne d'environ 500.000 livres (800.000 dollars). Chaque cadre supérieur obtiendra un bonus de plusieurs millions de livres, avec pas moins de 10 millions de livres (16 millions de dollars) pour le mieux payé. »

 

Au cas où les bangsters ne parviendraient pas à décider comment profiter de leur richesse, le Financial Times propose un nouveau magazine, « Comment la dépenser. » Les détaillants de New York prient pour certains d'entre eux qui souffrent d'un taux de disponibilité de 15,3 pour cent sur la Cinquième Avenue. Le statisticien John Williams (shadowstats.com) rapporte que la vente au détail ajustée à l'inflation est retombée au niveau d'il y a 10 ans : « Dans la vente au détail, la richesse de presque 10 ans de croissance réelle a été détruite dans la dépression toujours en évolution. »

 

Pendant ce temps, à New York, les refuges pour sans-abri ont atteint le nombre inouï de 39.000, 16.000 d'entre eux étant des enfants.

 

L’administration de New York City est si débordée qu’elle loue 90 dollars la nuit les appartements à louer inoccupés pour les sans-abri. Désespérée, l’administration de la ville offre gratuitement un billet d'avion en aller simple aux sans-abri pour qu’ils quittent la ville, et font payer un loyer aux sans-abri des refuges qui ont un emploi. Une mère célibataire gagnant 800 dollars par mois paye 336 dollars de loyer pour sa place dans l’abri.

 

Le chômage de longue durée est devenu un problème grave dans tout le pays, son taux soi-disant de 10 pour cent étant multiplié par deux à 20 pour cent. Désormais, les allocations chômage prolongées de centaines de milliers d’autres d’Étasuniens commencent à expirer. Le fort chômage a fait de 2009 une année record pour le recrutement militaire.

 

Un nombre record d'Étasuniens, plus d'un sur neuf, vit avec des tickets alimentaires. Le défaut de remboursement d’hypothèque est en hausse, tandis que le prix de l'immobilier chute. SelonJay Brinkmann de Mortgage Bankers Association, partout, du prêt subprime au prêt à taux fixe préférentiel, ce problème a été multiplié par les pertes d'emplois. Sur le parc des expositions Wise en Virginie, 2000 personnes ont fait la queue pour des soins dentaires et de santé gratuits.

 

Tandis que les Etats-Unis accélèrent le planning de la dernière bombe brise bunker et que le président Obama s’apprête à envoyer encore 45.000 troupiers en Afghanistan, 44.789 Étasuniens meurent chaque année de manque de traitement médical. Les gardes nationaux disent qu'ils préféreraient affronter les Taliban plutôt que l'économie étasunienne.

 

Ce n'est guère étonnant. Au milieu du chômage le plus grave depuis la Grande Dépression, les sociétés continuent de déplacer les emplois à l’étranger et de remplacer leurs employés restants aux États-Unis par des étrangers moins bien payés dotés de visas de travail.

 

La délocalisation de l’emploi, le renflouement des bangsters riches et les déficits de guerre détruisent la valeur du dollar. Le dollar perd rapidement de la valeur depuis le printemps dernier. La devise de la superpuissance hégémonique a perdu 14 pour cent contre le pula du Botswana, 22 pour cent contre le real brésilien et 11 pour cent par rapport au rouble russe. Dès que le dollar aura perdu son statut de monnaie de réserve, les États-Unis seront incapables de payer leurs importations et de financer les déficits budgétaires de leur gouvernement.

 

La délocalisation a rendu l’Étasunien fortement dépendant des importations, et la perte de pouvoir d'achat du dollar érodera encore davantage son revenu. Comme la Réserve fédérale est obligée de monétiser les émissions d'obligations du Trésor, l'inflation intérieure éclatera. À part les bangsters et les PDG des sociétés délocalisées, il n'existe aucune source de demande de consommation pour animer l'économie.

 

Le système politique est indifférent au peuple étasunien. Il est monopolisé par quelques groupes d'intérêts puissants qui contrôlent les contributions des campagnes [électorales]. Les groupes d'intérêt usent de leur pouvoir pour monopoliser l'économie en leur faveur, le peuple étasunien n’est rien du tout.

 

 

Article original en anglais : vdare.com/roberts/091015_economy.htm


Traduction : Pétrus Lombard

 

 

Paul Craig Roberts fut ministre des Finances adjoint dans l’administration Reagan. Il est coauteur deThe Tyranny of Good Intentions. Il peut être contacté à l’adresse :PaulCraigRoberts@yahoo.com.

 


Paul Craig Roberts est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Paul Craig Roberts publiés par Mondialisation.ca


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