Economie
Posté le 19.07.2008 par djamazz
Suivi de l'effondrement économique aux États-Unis
Global Research, Richard C. Cook , 16 juillet 2008
Avec les nouvelles économiques de la semaine du 14 Juillet : persistance de la crise du prêt hypothécaire, apparition de faillites bancaires, réduction des effectifs annoncée chez General Motors, chute du Dow Jones sous les 11.000 points, nous assistons à l'effondrement économique des États-Unis.
Même les richissimes deviennent de plus en nerveux alors que retentissent des cris pour suspendre de toute urgence la vente à découvert.
Ce qui a vraiment lieu, cependant, c'est que la production économique du travail manuel est écrasé par le poids de l'ensemble de la dette : des ménages, des entreprises et des gouvernements, qui pourrait atteindre 70 billions de dollars [1] en 2010. Le système financier, dont les géants du crédit immobilier Fannie Mae et Freddie Mac, est en faillite, car les créances sur lesquelles il s'appuie ne peuvent pas être remboursées.
La raison de ceci est que la production économique d'une vie de travail ne peut tout simplement plus donner assez de pouvoir d'achat aux gens pour qu'ils payent leurs dettes ou pour leur permettre d'acheter ce qui est vendu sur le marché. À leur tour, ce sont le fardeau de la dette et la perte de pouvoir d'achat de la société qui écrasent la bourse. Par conséquent, l'effondrement de l'économie financière a bel et bien commencé à détruire l'économie de production.
C'est une machine infernale parfaite, le résultat d'un système financier datant de 200 ans, où l'argent est en grande partie créé par les prêts bancaires, et où depuis 1980 l'industrie et l'emploi sont de plus en plus délocalisés à l'étranger dans des marchés du travail moins chers. Par conséquent, le revenu domestique a stagné pendant que le PIB du pays n'a plus été capable de suivre la croissance exponentielle de la dette.
Pendant que les médias sont aveugles, sourds et muets sur les causes, les victimes de la classe moyenne et travailleuse voient leur gagne-pain anéanti, leur emploi confisqué, leur pension érodée, leur maison saisie, et sont grevées de dettes toujours croissantes et contraintes de travailler dans un stress grandissant à cause de la montée des charges fiscales, de l'essence et de l'inflation du prix de la nourriture, et des décisions et règlements bureaucratiques. Les seuls endroits où une vie plus ou moins normale pourra être encore possible seront les plus riches centres impériaux comme Washington [2], New York, Houston, Chicago ou San Francisco.
Tout les renflouements actuels, combinés par la Réserve Fédérale pour consolider les institutions financières en faillite, ne font que renforcer la dette. Aucune richesse nouvelle n'est créée. C'est un sparadrap collé par-dessus le cataplasme sur la jambe de bois.
Politiquement, le problème est que le contrôle des États-Unis a été remis depuis longtemps aux banquiers et aux financiers du monde occidental. Appelé « déréglementation » financière, il a été accélérée sous la présidence de Ronald Reagan et a fait des ravages depuis lors. Dans une perspective historique plus longue, c'est le même phénomène qui a d'abord créé et ensuite ruiné l'Empire Britannique, c'est ce qui a créé et qui est maintenant en train de ruiner l'Empire Étazunien contemporain.
Un effet secondaire du contrôle des banquiers et des financiers est, qu'étant par-dessus le marché sionistes, nous avons rajouté aux multiples billions de dollar de charges la tentative de conquérir le Moyen-Orient au nom des intérêts internationaux du pétrole et de l'État d'Israël.
La situation s'est fortement détériorée depuis les années 70, quand les affaires zuniennes étaient gérées au nom des intérêts financiers par ce qu'on pourrait appeler les « Trois Amigos « : Henry Kissinger, Paul Volcker et Alan Greenspan. Kissinger, alors Ministre des Affaires Étranges de Nixon, a rendu les États-Unis dépendants du pétrole moyen-oriental [3], prodigué des milliards à la machine de guerre d'Israël, et a créé le pétrodollar pour soutenir le commerce et les déficits budgétaires. Volcker, alors président de la Réserve Fédérale, a précipité la production de l'économie des États-Unis dans la récession de 1979 à 1983, ce qui conduit à la montée d'une « économie du service. » Au cours de sa propre présidence à la Réserve Fédérale, Greenspan a dirigé la bulle économique du prêt hypothécaire, créée par une énorme supercherie officielle, qui est maintenant en train de couler comme le Titanic.
Les politiciens ont permis ces délits financiers [4]. C'est avant tout la famille Bush qui a servi de cheval de Troie politique aux financiers depuis trois générations, avec les affaires devenant de pire en pire depuis la première invasion de l'Iraq en 1991 par George HW Bush. Ceux qui ont facilité ces délits étaient pour la majorité des membres du Congrès. (Voir la conclusion du nouveau livre de Patrick Buchanan, Churchill, Hitler, and the Unnecessary War (Churchill, Hitler, et la guerre inutile), pour un exposé sur la manière dont les États-Unis reproduisent depuis la première présidence Bush les erreurs catastrophiques de la faillite de l'impérialisme britannique.)
Le peuple étazunien n'est pas complètement blanc. Nous avons été tellement endormis par les financiers propriétaires des médias que nous avons permis l'arrivée de ces catastrophes et nous en récoltons maintenant les fruits. Nous sommes la chair à canon de leurs guerres et les signataires de leurs prêts. Nous avons essayé de nous tailler une part d'un gâteau qui est maintenant en miettes.
Ce n'est pas seulement l'avènement de l'effondrement des États-Unis, il est plus que probable que ce soit le crash final de la civilisation occidentale [sic, ndt], car nous sommes le derniers des empires à passer à l'as. La Première Guerre Mondiale voyait la fin des empires allemand, austro-hongrois, russe, et ottoman. La Seconde Guerre Mondiale présidait à la disparition de l'Allemagne nazie et des empires français, britannique, japonais, et italien. L'empire soviétique s'est effondré en 1991. L'Étazunie est le suivant. Le risque c'est que nous puissions faire une folie et entamer une Troisième Guerre Mondiale nucléaire par frustration et pour apaiser les élitistes mondiaux qui considèrent la guerre et la famine comme une voie vers leur contrôle du monde. Une telle guerre pourrait aussi signifier une prise de pouvoir militaire à l'intérieur du pays pour gérer la nation pitoyablement faible que nous sommes devenus.
Les banquiers et les financiers ne se tourmentent pas des nations et des empires qui se détruisent mutuellement, parce qu'ils sont internationalistes. En fait, plus il y a de guerre et de famine de masse, mieux ils se sentent. Tout ce dont ils ont besoin, c'est d'une base pour fonctionner. Londres est leur principale base d'opération depuis la fondation en 1694 de la Banque d'Angleterre, même s'ils ont une forte présence dans d'autres nations. Ils ont été particulièrement influent en Europe du Nord-Ouest, où l'élitisme tel que la Franc-maçonnerie s'efforce depuis l'époque de la Révolution Française d'anéantir l'autorité de l'Église Catholique.
En fait, la Première Guerre Mondiale était un projet Franc-maçon pour démembrer l'Allemagne et l'Empire Austro-Hongrois, en grande partie catholique. Cette destruction a permis aux maîtres de l'usure de s'épanouir au sein de la culture athée et matérialiste favorisée par la Franc-maçonnerie à travers l'Europe. De la Première Guerre Mondiale a aussi résulté le virus du Communisme, largement incité par les internationalistes et les Francs-maçons, même s'il a eu un impact aussi tragique en Russie et en Europe Centrale avant de s'étendre en Chine et en Asie de l'Est.
Il est théoriquement possible que l'Étazunie en tant que nation puisse encore se sauver grâce à une révolution interne, tout en jouant un rôle beaucoup plus réduit dans le monde. Après tout, l'Angleterre, la France et l'Italie existent toujours comme l'ombre de leur grandeur passée. Mais, avec pragmatisme, tout ce qu'une personne ordinaire peut faire aujourd'hui, c'est tenter de survivre, peut-être en travaillant avec des amis et des voisins en plantant des aliments et en vivant au sein d'une économie souterraine. Au moins les gens pourraient alors ne pas mourir de faim, car, bien qu'il soit difficile de croire que « ça puisse arriver ici, » la famine généralisée aux États-Unis semble une possibilité réelle dans les prochaines années. Les nations prennent ce genre de risques quand elles permettent à l'agro-affairisme capitaliste de détruire l'agriculture locale.
Au niveau national, il est probable qu'en réponse à la crise économique quelque tentative sera faite par des politiciens désespérés pour tenter de reproduire le New Deal [5], mais pour le faire efficacement, il faudrait le contrôle politique d'un parti de réforme nationale. Même ce faisant, des mesures de réforme additionnelles comme la maîtrise du crédit en tant que service public, un revenu de base, garanti et un dividende national seraient nécessaires à la sécurité économique réelle destinée à remplacer l'actuelle folie qui pourrait bientôt faire de l'Étazunie un vestige historique.
Richard C. Cook est un ancien analyste du gouvernement fédéral, dont la carrière comportait des prestations pour l'US Civil Service Commission, la Food and Drug Administration, la Maison Blanche sous Carter, la NASA et Ministère des Finances. Ses articles sur l'économie, la politique et l'espace politique paraissent sur de nombreux sites Internet et dans le magazine Eurasia Critic. Son livre sur la réforme monétaire, intitulé : We Hold These Truths: The Hope of Monetary Reform, sera publié prochainement par Tendril Press. Il est également l'auteur de Challenger Revealed: An Insider's Account of How the Reagan Administration Caused the Greatest Tragedy of the Space Age, appelée par un analyste, « le plus important livre sur le vol spatial des vingt dernières années. » Son site Internet : www.richardccook.com.
Richard C. Cook est un collaborateur habitué de Global Research.
Articles de Richard C. Cook sur Global Research.
Original : globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9596
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info
Notes de traduction
[1] La somme de 70 billions de dollars alignée en billets de un dollar (156 mm de long) mis bout à bout constituerait un ruban vert d'environ 1,154 année-lumière de long. Il pourrait faire 273 millions de fois le tour de la Terre ! Un chouette cache-nez astronomique !
[2] Parfaitement exact ! Vivre presque normalement à Washington est possible. Avec des œillères, des boules quies et un mouchoir sur le nez. Cette ville est très célèbre pour ses bidonvilles et ses clochards innombrables.
[3] Ce qui est aujourd'hui presque tout à fait faux puisque le Canada est le premier fournisseur de pétrole de l'Étazunie devant l'Arabie Saoudite.
[4] L'administration Bush a dû modifier la loi pour permettre la titrisation du prêt hypothécaire (à haut ou bas risque).
[5] New Deal : Programme politique entrepris par Franklin D. Roosevelt dans les années 30 pour restaurer l'économie et la réforme sociale.
Samedi 19 Juillet 2008
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Posté le 19.07.2008 par djamazz
DANS LES PROFONDEURS LIBÉRALES DE LA CRISE PETROLIERE
Alors que l'augmentation du prix du pétrole occupe la une des médias depuis plusieurs semaines, le traitement par la grande presse de cette crise profonde reste encore une fois d'une pauvreté incroyable. Pourtant, à l'image de la crise alimentaire, le sujet permet de tirer bien des fils et met en cause les fondements mêmes du système économique international.
Tribune publiée dans Marianne 2 le 15 juillet 2008.
Par Aurélien Bernier, Secrétaire national du M'PEP
Comment donc expliquer l'envolée actuelle du prix du baril et des tarifs à la pompe ? D'après les spécialistes de l'Institut français du pétrole (IFP), la raison principale est l'augmentation de la demande, en grande partie due au fait que la Chine et l'Inde n'en finissent plus d'émerger, ainsi qu'au comportement des pays producteurs qui se régalent d'un prix élevé. Or, si ces deux paramètres entrent bien en ligne de compte, ils sont loin de pouvoir tout justifier. En fait, le marché du pétrole présente différentes caractéristiques qui en font un formidable terrain de jeux pour les spéculateurs.
Le pétrole est la première valeur commercialisée sur la planète, avec près de 87 millions de barils (13,8 milliards de litres) par jour. La croissance économique mondiale dépassant les 5%, la demande augmente effectivement, même si l'Agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit un rééquilibrage par rapport à l'offre dans les touts prochains mois. S'agissant d'une énergie fossile, les réserves ne sont pas extensibles, et les craintes d'une pénurie à un horizon relativement proche sont connues. Mais les statistiques en la matière sont particulièrement imprécises. Les Etats membres de l'Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) publient leurs chiffres sur la production réelle avec un important décalage dans le temps. Une grande imprécision couvre également les capacités de production et les réserves prouvées de pétrole, qui ne sont vérifiées par aucun organisme indépendant. Bien-sûr, l'OPEP a tout intérêt à entretenir ce flou, qui leur permet de conserver un marché tendu et de bénéficier de prix élevés.
De leur côté, les compagnies pétrolières ont créé un entonnoir en limitant le développement des capacités de raffinage. Ainsi, aux Etats-Unis, aucune nouvelle raffinerie n'a été construite depuis 1976, alors que la consommation mondiale ne cesse d'augmenter. Curieux statu-quo pour des néolibéraux qui ne jurent que par la « loi » de l'offre et de la demande ! Mais ce faisant, les firmes comme Exxon Mobil, Shell, British Petroleum ou Total contrôlent un goulet d'étranglement par lequel le pétrole brut doit inévitablement passer et peuvent limiter d'autant les ambitions de l'OPEP. Actuellement, les capacités de raffinages permettent tout juste de répondre à la demande mondiale.
A ces problèmes posés par la production et la transformation, il faut ajouter bien-sûr les questions du transport et du stockage, qui font de la géopolitique du pétrole un puzzle extrêmement complexe. Les nombreux événements qui peuvent survenir tout au long de la chaîne jouent inévitablement sur le marché. Une guerre dans un pays producteur, un ouragan comme Katrina qui met hors service des raffineries aux Etats-Unis sont autant de phénomènes qui impactent directement le prix du baril de brut.
Le marché du pétrole, lui, ressemble comme deux gouttes d'eau aux marchés financiers. Il comprend des opération « physiques » à livraison immédiate ou différée, et des opérations « papier » qui permettent d'échanger des intentions d'achat ou de vente. Or, le marché « physique » ne représente au mieux que 10% des transactions. Le reste porte sur des mouvements fictifs, pour lesquels les contrats peuvent aller jusqu'à quinze ans. Dans cette ambiance hautement spéculative, de nouveaux intervenants sont apparus récemment : les fonds d'investissement. Ces derniers pesaient 13 % des transactions en 2004, contre 6 % seulement trois ans plus tôt. Le Sénat américain vient de s'emparer du rapport écrit par un financier indépendant, M. Michael Masters, constatant que ces institutions financières ont acheté un total de 848 millions de barils sur les cinq dernières années au travers d'indices boursiers de matières premières. Soit presque autant que l'accroissement des besoins de la Chine qui, sur la même période, s'élevait à 920 millions. Preuve que les pays émergents ont le dos large... Le dernier épisode en date est la reprise le 23 juin par le Wall Street Journal des résultats d'une enquête menée par le Congrès, qui chiffre le niveau de spéculation sur l'un des pétroles pris comme référence commerciale, le WTI (West Texas Intermediate). Les investissements des traders atteindraient maintenant 70% du marché.
En fait, le schéma est tout à fait prévisible. Dans leur recherche effrénée de rendement financier, les fonds boursicotent sur le pétrole de la même manière que sur les produits alimentaires, les crédits immobiliers, ou, depuis peu, les droits à polluer. Et plus les prix sont élevés, plus ces investisseurs sont attirés par le marché. Le plus étonnant est que certains spécialistes, comme les économistes de l'IFP, parviennent encore à le nier.
De la même manière, il devient difficile de contester l'augmentation des profits sur le raffinage et la distribution des produits pétroliers. Début juin, l'UFC-Que Choisir révélait que la marge de raffinage sur le gas-oil vendu en France a été multipliée par 2,4 en quatre mois et par plus de 6 en dix ans, pour approcher les 16 centimes par litre au mois de mai dernier. A elle seule, elle explique environ la moitié de l'envolée du prix à la pompe sur les six derniers mois. Rappelons qu'une firme comme Total dégage de tels profits qu'elle a pu augmenter de 64 % le versement des dividendes à ses actionnaires entre 2000 et 2004, et qu'elle dépense des sommes colossales pour racheter ses propres actions dans le but de faire grimper artificiellement son cours en Bourse.
Voici des paramètres qui mériteraient d'être mieux connus. Un marché hautement spéculatif... Des multinationales qui jouent de l'effet d'aubaine pour soutirer encore quelques profits supplémentaires... Et en bout de chaîne ? Des manifestations de pêcheurs et de transporteurs étranglés, des citoyens pris au piège d'une mondialisation destructrice, la crise pétrolière n'étant que l'un de ses derniers avatars.
En bons écologistes, nous pourrions nous réjouir de l'envolée du prix du baril, qui devrait théoriquement inciter aux économies. Mais ce serait oublier deux choses. D'une part, la consommation des ménages, qui est liée au chauffage et au transport, réagit très faiblement à la hausse du prix de l'énergie. Une augmentation de 10 % des tarifs génère une baisse de la consommation d'au maximum 1,5%. D'autre part, le drame de la situation pour les catégories les plus touchées tient au fait qu'elle combine et additionne plusieurs conséquences terribles des politiques néolibérales menées tambour battant depuis le début des années quatre-vingts.
Ainsi, le secteur de la pêche est l'exemple type d'un marché mondialisé pour le plus grand bénéfice des puissances financières. Durant la seule année 1992, les cours mondiaux du poisson ont chuté d'environ 20%, sous la pression des importations à faible prix en provenance des pays en développement. Mis en concurrence avec des ouvriers exploités pour un salaire de misère, les pêcheurs français sont devenus une proie facile pour la grande distribution. Alors qu'ils vendent actuellement à perte, le rapport entre le prix qui leur est payé et le prix de vente dans les grandes surfaces est de un à dix !
Le transport routier français, quant à lui, ne représente plus que 24% du transport international réalisé entre la France et l'étranger. Il en pesait 52 % en 1992. Là encore, la concurrence, au sein même de l'Union européenne, a été meurtrière. Et les dernières règles qui protégeaient encore les entreprises d'Europe de l'Ouest vont bientôt voler en éclats. L'Union a en effet décidé début juin d'autoriser le cabotage, qui consiste à transporter des marchandises entre deux villes d'un pays étranger. Sous couvert d'optimisation des consommations de carburant, la concurrence sera encore accrue, ce qui bénéficiera in fine aux Etats à faibles niveaux de salaire.
Pour ces deux secteurs, l'augmentation du prix du pétrole est donc dramatique, car elle vient s'ajouter à la montée d'une concurrence toujours plus acharnée, produite par des politiques maladivement libre-échangistes qui ne profitent qu'aux pouvoirs financiers. Mais le constat pour le salarié lambda va exactement dans le même sens. Entre 1983 et 2006, la part des salaires dans le produit intérieur brut (PIB) a baissé en France de 9,3 %. Ce qui signifie bien-sûr que la part du capital dans le PIB a augmenté d'autant. Nous assistons en fait à un transfert continu des richesses vers les propriétaires des grands moyens de production, qui ne cesse de creuser l'écart entre ceux qui vivent de leur travail et ceux qui vivent de leurs investissements. Si cette réalité était rappelée par les médias, nul doute que le débat sur le pouvoir d'achat prendrait de la hauteur et de la consistance.
L'augmentation du prix du pétrole est donc l'arbre qui cache la forêt d'un partage profondément inéquitable des richesses. Il n'est pas grave en soi que les tarifs des énergies fossiles augmentent. Il faudra même s'y habituer, puisque les réserves ne sont pas inépuisables, que la demande ne cesse de croître, et que leur utilisation pose de sérieux problèmes environnementaux. Mais la gravité tient au fait qu'il est de plus en plus difficile de vivre correctement de son travail, que l'on soit pêcheur, transporteur, ou salarié dans bien d'autres domaines d'activité.
Alors que le gouvernement ne propose que des mesurettes constituées pour l'essentiel d'exonérations fiscales, il faut au contraire frapper fort, en distinguant les mesures d'urgence des mesures visant à changer la structure de l'ordre économique.
Une taxe immédiate sur les profits des pétroliers doit être prélevée et utilisée pour aider les professions les plus touchées. Les sur-profits de Total réalisés en France, à savoir les profits qui vont au delà d'une rentabilité de référence de 15 %, ont atteint 1,2 milliard d'euros en 2005 et près de 4 milliards sur la période 2003-2006. Appliquons-leur une taxe de 100% et n'en parlons plus !
Dans le même temps, il faut absolument instaurer un tarif régulé des énergies, qui permette de contrôler les marges des transformateurs et des distributeurs, afin d'éviter l'effet d'aubaine observé actuellement.
Mais pour agir en profondeur, c'est encore une fois la fermeture de la Bourse et l'arrêt du libre-échange qu'il faut très sérieusement envisager.
Le moyen le plus sûr de casser la spéculation est d'exclure du marché les investisseurs privés qui ne recherchent que la rentabilité financière. C'est pourquoi les transactions sur le pétrole doivent être réservées aux seuls Etats, selon des principes définis dans une nouvelle charte internationale de l'énergie qui serait refondée sur des bases de coopération.
En matière de commerce extérieur, une taxe doit intervenir pour réintroduire le coût social et environnemental dans le prix des importations. Si la possibilité d'utiliser des droits de douane n'avait pas été systématiquement éliminée, au nom de la lutte contre le protectionnisme, par l'Organisation mondial du commerce, le Fonds monétaire international ou l'Union européenne, la concurrence entre pêcheurs français et pêcheurs chinois, entre chauffeurs français et chauffeurs roumains, ne serait pas à ce point faussée et destructrice.
Ces mesures apparaissent maintenant comme un point de passage obligé pour re-discipliner l'économie. Car avant de pouvoir engager de véritables politiques alternatives, dans le domaine de l'énergie comme ailleurs, il faut faire sauter ces verrous que les libéraux se sont appliqués à poser pendant près de trente ans.
Vendredi 18 Juillet 2008
stefsuralter@free.fr
Posté le 18.07.2008 par djamazz
L'économie US, au seuil du crash
Décidément, rien ne va pour l'économie américaine. Et les Etats-Unis ont de quoi s'inquiéter « sur tous les fronts », pour reprendre l'expression du "Figaro". Il faut dire que la débandade boursière des plus importants prêteurs hypothécaires du pays, Freddy Mac et Fannie Mae, a de quoi donner la frousse. Jouant les pompiers, le Président Bush a entamé sa conférence de presse de mardi, en pressant le Congrès d'adopter rapidement le plan d'aide gouvernemental à ces deux géants du refinancement hypothécaire. « Les temps sont difficiles pour les familles américaines. », a reconnu le Président George W. Bush : un aveu à peine couvert des nombreux problèmes économiques que traversent les Etats-Unis, faisant peser un risque systémique sur le système financier américain, avec, en filigrane, un taux d'inflation record sur un an, une progression minimale des ventes au détail, une incertitude persistante sur les marchés financiers. De son côté, le Trésor américain entend, d'ailleurs, injecter des liquidités importantes dans les finances de ces gros prêteurs qui détiennent, à eux seuls, près de 50 % du marché du prêt hypothécaire aux États-Unis. Les mauvaises nouvelles s'accumulent pourtant. Cela ne suffisant pas, deux jours après l'annonce du plan de sauvetage de ces géants financiers, le Président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, a confié que les « nombreuses difficultés » actuelles posaient un « défi important » aux économistes de la Fed, qui avancent de nombreux facteurs efficients dans la récession qui menace la société la plus consommatrice du monde, dont la flambée du baril, le dérapage des prix des denrées alimentaires, la crise du crédit immobilier. Pourtant, ils passent sous silence l'aventurisme extraterritorial de l'establishment américain, dans les terres de Mésopotamie et les massifs de l'Hindu Kush. Les coûts astronomiques d'une guerre sur deux fronts que mènent à pleine vapeur les Etats-Unis ont largement entamé l'économie américaine, conduisant à la défaillance du dollar, et ont érodé la confiance des investisseurs, très sceptiques quant il s'agit de risquer leur précieux capital. Au seuil de la Présidentielle de novembre, l'économie gravement malade des Etats-Unis s'avère un cas désespéré, n'espérant même plus un remède miracle !
Jeudi 17 Juillet 2008
IRIB
http://french.irib.ir http://french.irib.ir
Posté le 18.07.2008 par djamazz
La Crise financière et la crise économique ou comment faire simple quand c’est réellement compliqué
par Danielle Bleitrach
Mondialisation.ca, Le 16 juillet 2008
Wordpress
Première idée forte, cette crise financière était annoncée depuis pas mal de temps. Comme une épidemie de furonculose ou pour donner dans le sinistre les bubons de la peste, elle s’est posée d’abord sur les pays du sud et du sud-est, ce que Samir Amin appelle les périphéries du système monde capitaliste. Souvenez-vous, en 1994, le Mexique, c’est le moment de la signature de l’Alena, mais déjà une réaction populaire, celle de la révolte de Chiapas et moins médiatisés les manifestations contre l’endettement des petits propriétaires de logement. Puis ce fut en 1997, la crise asiatique (Corée du Sud, taiwan, Malaisie), avec un peuple très remuant, les Coréens du Sud, toujours en ébullition comme les Français. Ca s’enchaîne en 1998, avec la Russie et le Brésil mais elle s’abat avec une violence inouïe en 2001 sur l’Argentine jusque là considéré comme le meilleur élève du FMI.
La nouveauté de la crise actuelle est qu’elle n’est plus reportée vers les périphéries mais qu’elle est au « centre » dans le ventre même du monstre les Etats-Unis. Mais essayons de comprendre “l’évolution” du système et les liens complexes entre bulles financières et économie réelle.
Bref rappel de l’historique de la crise actuelle
A chaque fois les superprofits financiers se gonflent dans une bulle, le miracle asiatique, les nouvelles technologies et aujourd’hui l’immobilier étasunien. Les bulles peuvent être comme dans le cas de la furonculose ou du bubon de la peste, un moyen de vider les mauvaises humeurs spéculatives et donc de repartir vers une nouvelle croissance. Oui mais c’est là que les économistes divergent, les fanatiques du marché comme Christine Lagarde pensent que la santé de l’économie est liée à ces purges, ces vidanges de la spéculation. Mais d’autres économistes qui remettent en cause sérieusement cette utopie d’un marché s’autorégulant notent au contraire qu’il s’agit de vagues dont le ressac apparent vient alimenter celle qui suit pour en multiplier les effets.
Et la meilleure preuve en est la croissance poussive et le maintien du chômage y compris quand ça repart la crise financière étant dite purgée. Et encore les chiffres mondiaux sont dopés par l’exception des grands pays émergents, la Chine en particulier.
Mais revenons en à la crise financière. Souvenez-vous il y a presque un an au début août 2007, une banque française BNP-Paribas suspend l’activité de fonds spéculatifs très engagés dans les placements immobiliers à risque étasuniens. C’est la chute des cours boursiers, les liquidités se font rares parce que personne ne prête plus. Il y a des raisons à cela, tout le système financier a lancé des traites de cavalerie, acheté des placements à risque et plus personne ne sait exactement la valeur de ce qu’il a dans le portefeuille. Face à cela les Banques centrale, l’européenne la BCE, l’étasunienne, la FED, et la japonaise injectent en quelques semaines 350 milliards de dollars, c’est beaucoup mais moins que les pertes que l’on découvre lors du bilan annuel, 700 milliards de dollars se sont évaporés. Malgré cette intervention, les marchés boursiers vont pendant tout le dernier trimestre de 2007 ressembler à des lapins apeurés. Les mauvaises nouvelles ne manquent pas et la découverte des pertes monumentales des secteurs bancaires obligent les Etats à venir renflouer les banques en déroute (aux Etats-Unis Citigroup et Northern Rock en grande Bretagne qui finira par être nationalisée en février 2008 ) .
La mauvaise nouvelle à la fin janvier 2008, repart encore de France, avec la découverte d’une fraude gigantesque à la Société générale. Aussitôt cela se traduit par un vent de panique le 21 janvier. Vous remarquerez que la France que l’on nous présente comme un agneau menacé par les vampires des fonds souverains, est en fait caractérisée par un type d’accumulation: les capitaux français se sont détournés de l’industrie sauf celles où l’Etat lui garantit des subventions fortes comme l’armement, et ils vont jouer la spéculation sur la planète, un capital financier usurier complètement imbriqué aux fonds spéculatifs. Et quand on découvre aujourd’hui que nous avons le Président le plus atlantiste de la planète, au point de paraître une créature de la CIA, qui est en train d’intégrer la Défense française et européenne dans l’OTAN, nous nous ébaudissons. Mais ce fait là a été précédé par l’entente financière, par un capitalisme complètement intégré à celui qui domine aux Etats-Unis. Et donc si la crise part de la BNP, puis rebondit en janvier au moment des bilans sur la société générale, ce n’est pas un hasard, il s’agit de la structure capitalistique de la France.
Ils sont passés des billets dans la lessiveuse aux usines à gaz des montages financiers en conservant la même mentalité égoïste, radine, et profiteuse. C’est si vrai que notre Sarkozy entre temps a vu la solution dans la poursuite des cadeaux aux riches, l’aide à la concurrence débridée et faire travailler plus pour compenser le blocage de fait des salaires pour plaire à ce monde de rats. Harpagon continue à veiller sur sa cassette et veut charger les pauvres d’éponger les deniers volatilisés.
Donc face à la crise de janvier, un autre avare timoré G.W.Bush a proposé un plan de sauvetage de l’économie menacée de recsssion parce que les pauvres endettés n’ont plus les moyens de consommer, mais comme il rogne sur les mesures, un chèque pour consommer plus, quelques petites aides au remboursement pour les revenus les plus aisés… Un emplâtre sur une jambe de bois qui ne pouvait que déboucher sur la récession dans un pays où le blocage des salaires a prétendu être compensé par l’endettement sans frein des ménages. la dégtradation s’élargit. Dans le seul mois de juin 2008, 62 mille postes de travail ont été perdus, et le nombre de personne qui ont recours à la Charité pour s’alimenter a augmenté de 20% selon David Brooks (correspondant de la Jornada, journal mexicain;3 juillet).
Cecorrespondant à New York note qu’en ce moment ” Déferlent les nouvelles qui illustrent la fin du bon temps (si celui-ci a réellement existé et ne fut pas une illusion financée par les cartes de crédit) et avec des centaines de millier de travailleurs sans bonne occasion, moins de demande de de voyages de vacances, et un pays qui depend chaque fois plus du crédit étranger pour se maintenir stable.”
Le gouvernement fédéral a annoncé pour la fête nationale qu’il a disparu 62 mille emploi de plus en juin, c’est le sixième mois consécutif que disparaissent des emplois. Et le taux de désemploi réel (en incluant ceux on renoncé à chercher un emploi) a atteint 9,9% selon l’économiste Jared Bernstein del Economic Policy Institute.
Et ce n’est pas fini. La Chaîne Starbucks a annoncé cette semaine qu’elle fermait 600 de ses cafeterias. Hier .American Airlines a informé qu’elle reduirait son personnel de 7000 emploi ; les trois entreprises fabriquant des automobiles étasuniennes ont annoncé qu’elle suspendaient plus de 25.000 travailleurs par suite de l’effondrement des ventes en particulier des grosses cylindrées. .
les lignes aériennes ont suspendu des trajets entiers et rognent sur tout- valises, aliments- pour affronter les hausses dans les coûts liés au prix des combustibles (le coût additionnel seulement pour cette année pour les aérolignes étasuniennes est de 20 mille millions) : il y a plus d’habitations vacantes que jamais dans ce pays à cause de la crise hypothécaire ; plus de faim face à une inflation sans précédent des prix des aliments basiques comme le mais et le lait, et les indications que des milliers de travailleurs immigrants sont en train de retourner dans leur pays comme conséquence de l’effondrement économique.
Les statistiques sont là :le nombre de personnes qui va aux « banques des aliments (charité) a augmenté de 20% par rapport à l’année passée . par suite de la crise hypothécaire les investisseurs qui avaient acheté des montages de dette à haut risque ont perdu 600 millions de dollar; la réserve fédérale a voulu nettoyer les finances des banques de new York avec une infusion de 200 mille millions , plus 30 mille millions supplémentaire pour sauver la banque d’investissement Bear Stearns; et cela peut continuer jusqu’à l’épuisement du salariat à tout le moins… A moins qu’une bonne guerre…
Qu’est-ce que la crise ?
Marx l’a déjà montré dans le manifeste puis le Capital, il y a une sorte de fonctionnement normal du capital à la crise. Crise de surproduction du temps du manifeste, aujourd’hui doublées de crises financières.
En ce qui concerne les crises financières, il y surracumulation d’argent. Il y a eu dérégulation des institutions dites de Bretton Wood mises en place à la fin de la seconde guerre mondiale et ce dans les années 1970, d’abord avec la fin de l’étalon or, au profit du dollar, les Etats-Unis pouvaient actionner selon leurs besoins la machine à billet. Cela se doublait du petro-dollar, de la nécessité d’acheter l’énergie en dollar. Bref les Etats-Unis étaient en situation de faire travailler le monde pour eux.
Durant le même temps on a vu la création de produits financiers dits « dérivés », on les appelle ainsi parce qu’ils dérivent d’autres titres d’actifs et de contrats sur des achats futurs dont les prix sont donc fixés à l’avance et réalisables plus tard, et on peut les vendre entre temps.
Ces produits dérivés on fait se déplacer le système capitaliste vers le financier au sein de marchés globalisés. Le cœur du système est ainsi un système de crédit qui regroupe les banques , les Bourses,les compagnies d’assurances, les fonds de pensions, les fonds d’investissements spéculatifs, du souverain au vautour, bref des ensemble qui s’imbriquent et qui sont le lieu d’un capital totalement fictif, mais qui doit à un moment se convertir en capital bancaire, actions boursières et dettes publiques.
Il y a eu effectivement dans les années 1960-70 une crise de suraccumulation du capital argent très bien analysée par paul Boccara. Elle se combinait avec la fin de l’étalon or, le primat du dollar et les petro-dollars. Le cœur du système, la FED étasunienne en profita pour procéder à une hausse drastique des taux d’intérêts, et les effets de cette politique brutale furent déportés vers l’Amérique latine, le Mexique en particulier avec une crise de la dette extérieure impossible alors à rembourser.
C’est le moment où Fidel Castro annonce une crise terrible et propose aux pays du Sud une alliance pour ne pas rembourser une dette plusieurs fois de fait remboursée mais dont ils ne peuvent même plus payer les intérêts avec la hausse des taux d’intérêts, et la pression sur la capacité d’investissement endogènes de ces pays. Notons le parallélisme avec la crise actuelle où ce sont dans les pays du nord les ménages endettés à qui on demande de faire les frais de la crise de suraccumulation argent qui est structurelle et pas seulement liée à l’intervention des Banques centrales en 2007.
Ce qu’il faut comprendre c’est que pour sortir de cette crise brutale des années 1980, le système prôna une politique de dérégulation financière. « En 2005, nous dit Remy Herrera, le total des dettes externes consolidées de l’ensemble des pays du monde était estimé à 5260 milliards de dollars (…) La plupart des dettes en question sont transformées en capital fictif et marchandisées, tandis que les réserves sont converties en prêts et drainées pour l’essentiel vers les Etats-Unis, afin de couvrir leurs abyssaux déficits intérieurs et extérieurs. Mais les montants moyens échangés sur le compartiment devises des marchés de produits dérivés seraient de 3200 milliards dollars par jour, et les ventes quotidiennes de dérivés négociés directement entre agents privés de 4200 milliards. A titre de comparaison, en 2007, le produit intérieur brut mondial atteignait 65 820 milliards de dollars étasuniens, et les exportations et les importations totales respectivement de 13 720 et 13640 milliards. » (1)
Donc il est clair que nous avons une suraccumulation du capital argent, et cela est du au fait que la capital fictif dépasse de très loin celui nécessaire à la reproduction du capital productif. Et pourtant c’est ce capital fictif qui engendre les profits les plus élevés et revient de ce fait gonfler la suraccumulation du capital fictif parasitaire.
Donc les bulles qui détruisent une part de ce capital fictif son bien aussi nécessaire que la soupape de la cocotte minute ou la pression de la furonculose, mais elles ne soignent pas le système.
Toutes les crises sont l’éclatement d’une bulle financière où la pression du capital fictif est devenue trop forte. La crise dite des subprimes est lié à l’octroi de prêts à des ménages nord-américains, non solvables mais pas seulement. Des crédits hypothécaires leur ont été accordés, et ils ont été titrisés, ces titres sont rentrés dans des « produits dérivés » ce qui était un avantage momentané pour tout le monde, le prêteur avait une garantie en mêlant des créances douteuses à des produits plus sûrs, les ménages empruntaient ce que leur salaire ne permettait pas, l’immobilier grimpait, grimpait, stimulant la construction, et engendrant une fausse prospérité. C’était bien pendant un ou deux ans où l’emprunt était à 1 et 2 % et puis le taux grimpait à 10 et plus.
Les institutions financières faisaient de leur côté des « pochettes surprises » qu’elles cédaient pour se re-financiariser. Comme les agences de notation appartenaient au même monde, elles surnotaient les produits, leur attribuant des brevets de fiabilité que les dits produits étaient loin de mériter ; on mesure l’entente entre gens du même monde qu’il faut pour aboutir à cela, aussi clair que les principes d’aventuriers qui créent les traders.
Tout ce beau monde s’auto-entretient jusqu ‘à ce qu’une masse critique de gens n’arrivent plus à rembourser les traites. Et cette masse critique intervient d’autant plus rapidement que la pression sur les salaires, les pensions ne cesse de s’accroître avec toujours l’aide à l’endettement.
Surtout si, comme cela s’est passé les guerres en Afghanistan puis en Irak ont d’énorme besoins d’investissement que la FED prétend attirer en haussant ses taux d’intérêt. Alors là surgit la masse critique des non remboursement d’abord des subprimes puis des primes les solvables et de la contamine le crédit mais là-dessus je vous renvoie à mon analyse « la crise financière pour les nuls, expliquée par les nuls ».
Pourtant ce qu’il faut comprendre c’est que les facteurs réels de la crise ne sont pas financiers, ce que nous venons de voir sur l’éclatement de la bulle dite des subprimes nous a montré comment le financier éclatait parce qu’il y avait de plus en plus pression sur les salaires combinés avec une incitation à l’endettement. Là-dessus le capital parasitaire prenait systématiquement jusqu’à ce que le malade soit exsangue sa livre de chair et de sang, la plus value étant détourné des secteurs productifs pour venir nourrir le capital fictif. C’est là ce qui reproduit une crise et qui fait que la purge ne soigne pas, parce qu’elle concerne seulement le capital fictif et son fonctionnement interne.
Mais nous avons un phénomène comparable dans l’échange inégal entre le nord et le sud, en particulier sur le plan agricole avec le protectionnisme du nord et la destruction de l’agriculture vivrière du sud . Ce qui se double des phénomènes spéculatifs de titrisation et de produits dérivés qui se sont portés sur les matières première et les céréales. Par exemple, toujours selon Rémy Herrera : « entre 1980 et 2006, 675 milliards de dollars ont été extorqués au continent africain, le plus pauvre du monde pour financer le flux de la dette. En moyenne annuelle sur la période cela correspond à 25 milliards de dollars. A peine plus de la moitié de cette sommes suffirait, selon l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) à éradiquer la faim sur terre ». (1)
Résultat l’endettement des pays du sud croît alors que ces pays ont déjà largement payé leurs dettes au nord, entre 1980 et 2006, ils ont déjà (Russie comprise) payé quelque 7674 milliards de dollars au service de leur dette extérieure.
Il y a dans le système le même mécanisme de renforcement des inégalités, entre la masse des salariés des pays du nord et leur classe dominante, entre pays du nord et pays du sud. Comment peut-on imaginer que les bénéficiaires du système aient à cœur de mettre en place des régulations financières qui iraient a contrario de ces accumulations ?
La seule chose qui rend incertain le scénario est la montée de grands pays du Sud comme le brésil, l’Inde et surtout la Chine. Cette dernière pourrait couler l’économie des Etats-Unis mais elle ne le fait pas parce que ce serait détruire ses propres réserves, sa propre capacité d’action. Beaucoup en déduisent que la Chine est le prochain grand leader mondial. C’est un peu hâtif parce que malgré sa formidable croissance et l’effort de tout un peuple, la manière dont elle entraîne dans la paix et les avantages réciproques bien des pays du sud et ses voisins asiatiques, la Chine demeure partiellement un pays sous développé qui doit résoudre ses propres contradictions de sous développement.
Mais chacun mesure bien, à commencer pas les impérialistes, que sa présence plus la lutte des peuples est dans une certaine mesure une contre- tendance à ce qui se joue en matière d’issue à la crise pour les capitalistes (2) : une pression à la hausse du taux d’exploitation de la force de travail des pays du sud qui ne peut que peser à son tour sur la pression sur les travailleurs du nord. Comment dans de telles conditions peut-on considérer que la solution à l’immigration est la criminalisation de l’immigré.
Des solutions existent, elles sont en train d’être mises en place dans les pires difficultés, sous menace constante d’intervention militaire, de séparatisme, voir d’assassinat de chef d’Etat . Elles cherchent à créer des unions régionales construites sur les solidarités, mettant des bornes à l’accumulation du capital fictif et privilégiant les réinvestissement productif et le financement du développement humain ,santé, éducation. A travers ces unions, il est espéré pour les pays du sud un nouvel accès aux marchés et aux prêts financiers internationaux, la stabilisation des taux de change, Le contrôle de la fuite des capitaux, la taxation de leurs mouvements et pour cela les pays souverains doivent retrouver les instruments de leur souveraineté, industrielle, financière.
(1) Rémy Herrera, dossier de Afrique Asie, de mai 2008, dossier la faim mondialisée, p.70
(2) Cf. notre livre Danielle Bleitrach, Viktor Dedaj, Maxime Vivas. Les Etats-Unis de mal Empire, ces leçons de résistance qui nous viennent du Sud. 2005 Aden
Danielle Bleitrach est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. Articles de Danielle Bleitrach publiés par Mondialisation.ca
Posté le 17.07.2008 par djamazz
LaRouche : la Fed échouera à sauver Freddie Mac et Fannie Mae
Informé des plans de Henry Paulson et du gouvernement américain pour le sauvetage de Freddie Mac et de Fannie Mae, l’économiste américain Lyndon LaRouche a estimé que « la Fed et le Trésor vont lâcher un torrent de crédits pour des entités menacées, mais en vain. Sans les trois mesures que j’ai proposées, c’en est fini. Je ne parle pas d’un effondrement éventuel ; c’est maintenant que cela se passe. J’ai une politique alternative et elle marchera ; c’est la seule chose qui marchera. Aucun de leurs plans ne tient la route. Le patient, l’économie américaine, est en train de mourir, on se retrouve à son chevet pour ses dernières heures. On ne peut pas dire quand il mourra mais ça ne va pas tarder. En principe, le patient est déjà mort. »
« "Ils" ne pourront d’aucune façon trouver une solution, a-t-il poursuivi. Nous avons la solution et eux ne l’ont pas. J’ai défini la solution et tout le reste est une perte de temps », dit LaRouche.
« Nous vivons une crise de civilisation. Le danger que la civilisation s’éteigne rapidement, et non pas dans d’ici cinq ans, existe. Personne ne pourra définir la date précise, mais c’est une perspective à court terme. Moi, ce que je propose, ce n’est pas un nouveau système monétaire, mais un système de crédit à l’instar de celui de Franklin Delano Roosevelt. Seuls les Etats-Unis peuvent mettre ce type de proposition sur la table, bien que la Russie, la Chine, l’Inde et d’autres pays y participeraient si les Etats-Unis faisaient ce type de proposition ».
« Sinon, ne me demandez pas qui gagnera », disait-il en guise de conclusion, car « ce sera un jeu à somme nulle. Tout le monde perd tout ».
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Fannie Mae et Freddie Mac : un vendredi noir sans fin
LaRouche : la Fed échouera à sauver Freddie Mac et Fannie Mae
Comme l’écrivait le quotidien Le Monde du 15 juillet, à propos de la descente aux enfers des deux géants américains du crédit hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae : « La chute en valeur en Bourse – 80% en un an – menaçait l’ensemble du système financier. Pour prévenir une crise systémique, les pouvoirs publics ont décidé, tout à fait exceptionnellement, d’augmenter les lignes de crédit qui sont consenties à ces banques par le Trésor, et si besoin est, de participer à une augmentation de capital. »
Des organismes idéologiquement et viscéralement opposé à toute intervention d’Etat, tels que la banque Goldman Sachs ou le quotidien ultra-libéral Wall Street Journal, ont soudainement changé d’avis ; un revirement ironiquement qualifié de « socialiste » par les plus ultras de la finance.
Quand on connaît le rôle de pivot des deux établissements de refinancement semi-publics, on saisit mieux les motivations du revirement. En effet, Fannie Mae et Freddie Mac, des sociétés privées, cotées, mais « sponsorisées » par l’Etat américain, achètent aux banques leurs crédit immobiliers (seulement ceux de « très bonne qualité » n’est-ce pas ?) en profitant d’emprunts bon marché. Elles revendent ensuite ces crédits immobiliers sous forme d’obligations garanties aux investisseurs, offrant ainsi aux banques davantage de liquidités pour consentir de nouveaux prêts.
Ainsi, Freddie Mac et Fannie Mae possèdent ou garantissent 5300 milliards de dollars de créances hypothécaires, soit plus d’un tiers du PIB américain. Ces créances sont dans les mains de nombreuses banques et servent de collatéraux dans bon nombre de banques centrales, y compris la Banque centrale européenne (BCE).
Si la Réserve fédérale avait offert en mars un enterrement digne à Bear Stearns en finançant, sans garantie et à hauteur de 30 milliards de dollars, son rachat par JP Morgan Chase, les autorités américaines, via la tutelle publique, prévoient « la possibilité pour le Trésor d’avoir l’autorité provisoire pour acheter des actions dans chacun des deux groupes [Freddie Mac et Fannie Mae] si nécessaire ».
« Nous ne sommes pas devenus socialistes » précisait le Wall Street Journal, bien que personne n’ignore que le grand socialiste Dominique Strauss-Kahn, temporairement employé par le Fonds monétaire international, avait sommé quelques jours plus tôt les gouvernements de se tenir prêts à sauver les pauvres spéculateurs en mal de fin de mois…
En augmentant la dette publique de l’Etat fédéral américain, actuellement de 9500 milliards de dollars, de 5300 milliards supplémentaires, la chute du dollar et l’hyperinflation deviendront inévitables.
A l’heure où nous écrivons, il semble établi que le socialisme de Goldman Sachs et du Wall Street Journal ne sauvera ni la planète finance ni la planète tout court.
Voici les véritables solutions d’urgence pour maîtriser la crise financière mondiale.
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Mercredi 16 Juillet 2008
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Posté le 14.07.2008 par djamazz
USA : Indymac, la plus grosse faillite bancaire en 24 ans
Comme le rapporte l’agence AFP, la banque californienne Indymac, l’un des plus gros prêteurs hypothécaires américains, « a été mise vendredi sous tutelle des autorités fédérales, devenant le plus important établissement bancaire à faire faillite aux Etats-Unis depuis 24 ans. Les autorités de régulation des caisses d’épargne, l’OTS, ont placé Indymac, aux actifs évalués à 32 milliards de dollars, sous le contrôle de l’institution fédérale garantissant les dépôts bancaires, la FDIC. »
« La banque rouvrira ses portes lundi sous le nom de Banque fédérale Indymac, dont la gestion sera assurée par la FDIC. La fermeture de la banque est la conséquence du retrait en une dizaine de jours de 1,3 milliard de dollars de dépôts par ses clients, qui ont cédé à la panique après des commentaires du sénateur démocrate Charles Schumer, qui s’était publiquement inquiété de la solvabilité du groupe. »
L’action d’Indymac, a clôturé à 28 cents vendredi à la Bourse de New York, tandis qu’elle dépassait les 28 dollars il y a un an.
Plus tôt dans la journée, les organismes de refinancement hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae ont eux aussi subi des fortes secousses.
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Dimanche 13 Juillet 2008
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Posté le 14.07.2008 par djamazz
Le Crédit Agricole dans l'œil du cyclone
Dans un casting moins feutré que d’habitude, Georges Pauget, directeur général du Crédit Agricole a fait savoir qu’il mettra son poste en jeu lors du prochain conseil d’administration prévu pour mardi 15 juillet.
Avec près de 5 milliards de pertes provoquées par les subprimes et une chute de 40% des actions depuis le début de l’année, la direction de la banque verte fait face à une contestation sans précédent des caisses régionales, principaux actionnaires de celle-ci, qui en contestent la gestion.
Ils reprochent au patron Georges Pauget les engagements au haut risque sur des marchés de plus en plus spéculatifs et loin de la tradition de la banque. Certains dirigeants régionaux influents ont d’ailleurs exigé qu’on leur soumette toutes les décisions en ce qui concerne le Crédit Agricole Société Anonyme (CASA), la structure côtée en bourse de la banque, une chose que Pauget refuse obstinément.
Des nouvelles dépréciations d’actifs pour le deuxième trimestre risquent d’accélérer rapidement le dénouement de la crise. Mardi, ce sera donc un quitte ou double : si les administrateurs lui renouvellent leur confiance, il restera ; s’ils la lui refusent, il partira.
Le drame du Crédit Agricole montre une fois de plus l’intérêt des mesures anti-crise préconisées par Jacques Cheminade et Lyndon LaRouche pour sauver le système bancaire dans ce qu’il représente d’utile dans le cadre d’un nouveau système financier international.
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Samedi 12 Juillet 2008
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Posté le 02.07.2008 par djamazz
La carte maîtresse du subprime : Résister aux banques
webofdebt.com, Dr Ellen Brown, 26 juin 2008
« Si le peuple américain permet toujours aux banques privées de contrôler l'émission de sa monnaie, d'abord par l'inflation, puis par la déflation, les banques et les sociétés qui se développeront autour de lui les priveront de tout bien jusqu'à ce que ses enfants prennent conscience des sans-abri sur le continent conquis par ses pères. Le pouvoir d'émission devraient être repris aux banques et rendu au peuple à qui il appartient. » Thomas Jefferson, Lettre au Ministre des Finances Albert Gallatin (1802)
Jefferson avait raison. Plus d'un million et demi de propriétaires devraient s'attendre à une procédure de saisie cette année, et environ la moitié d'entre eux sont censés voir leur maison saisie. Si les conséquences lugubres évoquées par Jefferson il y a 200 ans ont été lentes à venir, c'est parce qu'elles ont été cachées par ce que Jerome a Paris appelle l'Anglo Disease (le mal américain), le régime économique fortement inégalitaire qui permet aux riches et au secteur financier . . . de s'emparer de l'essentiel des revenus, mais le cache en pourvoyant à bon marché la dette de la classe moyenne afin qu'elle puisse continuer à dépenser. »
Il qualifie la « finance » de branche « cannibale » de l'économie d'aujourd'hui. Dans un article publié ce mois-ci dans l'European Tribune, il déclare :
L'une des traits les plus intéressants du monde financier, pour ses promoteurs, est sa capacité à concentrer d'énormes fortunes entre un petit nombre de mains, et d'encourager ça comme une bonne chose (ces gens sont dits créer, plutôt que s'emparer des richesses) . . . Bien entendu, la réalité est que ce genre de concentration de richesses se fait en bloquant le reste, comme le démontre la stagnation des revenus dans la majorité de la classe moyenne et basse de la société. Ce n'est pas tant la création des richesses que sa redistribution, du grand nombre vers quelques-uns. Mais ce qui rend cette inégalité . . . tolérable, c'est que le monde financier lui-même a été capable de fournir un opportun écran de fumée, sous la forme d'une dette bon marché fournie à profusion à chacun. Les riches ont utilisé ça pour s'emparer des actifs réels en monnaie de singe, et les autres ont été aimablement autorisés à poursuivre leurs dépenses en tapant sur leurs revenus futurs plutôt que sur leurs rentrées actuelles insuffisantes. En un mot, la bulle de la dette cache la guerre des classes menée par les riches contre tout les autres . . . (1)
La bulle de la dette est aujourd'hui immense, avec à l'horizon un crash immobilier, une crise bancaire, des saisies, et l'inévitable récession. « Les mécanismes d'accaparement des revenus mis en place durant la bulle n'ont pas été annulés, de sorte que les emmerdements pleuvent de manière disproportionnée sur les plus pauvres, » écrit Jerome a Paris. Dans l'intervalle, les finances ont été renflouées. Que doit-on faire ? « Le financier . . . expliquera que plus de 'réformes' et de 'dérégulation' et de réductions d'impôts sont nécessaires, » a dit Jerome a Paris, mais « il est peut être temps d'arrêter d'écouter les salades de ceux qui sont très intéressés, et de reprendre ce dont ils ont pu s'emparer : Ce n'est pas à eux. »
Bonne idée, mais comment ? Les financiers possèdent les médias, et leurs lobbies massivement financés contrôlent le Congrès. Comment, nous le peuple, pouvons-nous obtenir assez de poids pour nous battre contre les géants financier et corporatifs ? Que pouvons-nous faire pour rendre les hommes politiques honnêtes et vigilants ?
Et si les tribunaux étaient envahis ? La nouvelle jurisprudence indique que la majorité des 750.000 propriétaires qui devraient perdre leur maison cette année peuvent avoir une défense valable contre la saisie. Pas moins de deux milliards de dollars dans l'immobilier sont vulnérables à cette défense qui fournit un très gros bâton au lobby des débiteurs motivés. La mobilisation de ce groupe peut à son tour allumer un feu sous les investisseurs en MBS (titres adossés à des créances hypothécaires) : fonds de pension, fonds du marché monétaire et compagnies d'assurance titulaires de ces hypothèques « orphelines. » Ces investisseurs brandissent aussi un très gros bâton sous la forme des grands cabinets d'avocats sous contrat. Quand les banques prises d'assaut demandent à être renflouées parce qu'elles sont « trop grosses pour faire faillite, » les contribuables peuvent répondre, « Vous avez déjà fait faillite. Il est temps d'essayer quelque chose d'autre. »
L'atout juridique : leur faire produire l'acte
L'un des principes fondamentaux du droit est qu'un plaignant intentant un procès pour rupture d'un contrat écrit doit présenter celui-ci signé pour prouver qu'il est en droit d'assistance juridique. S'il n'y a pas d'acte hypothécaire signé ou enregistré, l'assignation en saisie est illicite. L'accusé (l'emprunteur qui ne peut rembourser) doit normalement susciter ce genre de défense, et la plupart des propriétaires en défaut, ignorant la procédure légale ou préoccupés par le coût d'embauche d'un avocat, laissent tout simplement partir leur maison sans discuter. Mais, quand l'action en saisie du subprime (prêt hypothécaire à haut risque) a été contestée, dans la plupart des cas les plaignants ont été incapables de produire l'acte de l'hypothèque.
Pourquoi n'ont-ils pas pu présenter l'acte ? Il semble que ce soit plus qu'une simple négligence de paperasserie. Les banques qui se sont engagées au départ dans les transactions risquées du subprime l'ont fait en général parce qu'elles n'avaient pas l'intention de porter les prêts sur leurs registres. Les hypothèques ont été immédiatement découpées en tranches, groupées en titres adossés à des créances hypothécaires (MBS [**]), puis vendues aux investisseurs. L'initiateur du prêt a vendu les hypothèques à des institutions financières ou à d'autres banques, qui ont vendu les droits sur les revenus des remboursement mensuels à des investisseurs, tout en transférant la responsabilité de recueillir ces paiements d'hypothèques à des sociétés de services spécialisées. Le résultat a été le découpage en tranche des contrat hypothécaires avec personne ne possédant vraiment les documents originaux. Quand une saisie est entamée, le gestionnaire ou le mandataire agissant en qualité de plaignant a maintenant des difficultés à prouver qu'il est l'initiateur de l'hypothèque ou que le prêt lui appartient. Pour qu'une deuxième banque ou institution financière soit qualifiée pour porter une saisie devant un tribunal, l'hypothèque doit lui être attribuée, et avec l'effondrement du marché immobilier, beaucoup de bailleurs de fonds du subprime ont cessé leurs activités, ce qui fait qu'il est impossible de contacter la société initiatrice de l'hypothèque. D'autres documents ont juste été perdus dans le brassage des contrats hypothécaires coupés en tranches. (2)
Pourquoi l'acte hypothécaire n'a-t-il pas été attribué aux titulaires des titres MBS quand les hypothèques ont été vendues la première fois ? Apparemment parce que les investisseurs n'ont même pas assorti entre eux les biens immobiliers spécifiques avant les défaillances (les impossibilités de rembourser les prêts). Voici comment marche le système des MBS : quand les hypothèques sont regroupées en premier par les banques, tous les prêts hypothécaires du subprime vont dans le même groupe. Le groupe des prêts hypothécaires est partagé en « titres » vendus en différentes « tranches » ou niveaux de risque à de nombreux investisseurs : banques, hedge funds (fonds spéculatifs), fonds du marché monétaire, fonds de pension. Les premiers prêts hypothécaires défaillants sont ensuite affectés à la tranche à risque élevé « BBB » des investisseurs. Les défaillances augmentant, plus tard, les prêts hypothécaires en défaut se retrouvent en bas de la chaîne de risque, dans la tranche soi-disant la plus sûre. (3) Cela signifie que des investisseurs n'obtiennent ces hypothèques seulement qu'après rupture de l'accord de remboursement par les emprunteurs. Cela signifie aussi que ces investisseurs ne faisaient pas partie de l'accord quand il a été rompu, ce qui rend difficile de prouver qu'ils ont été lésés par le non remboursement.
Les investisseurs ont un autre problème : l'attribution différée de prêts hypothécaires à des investisseurs particuliers signifie qu'il n'y avait pas de « véritable vente » de la garantie (la maison) au moment de la titrisation de l'hypothèque. La vente véritable de la garantie est une obligation légale pour créer un titre valable (l'intérêt est cautionné par la maison par opposition à une simple dette soutenue par un nantissement). En conséquence, les investisseurs ont des difficultés à prouver qu'ils ont tous un intérêt dans la maison, cautionnée ou non. (4)
L'excuse « Le chien a bouffé mon acte d'hypothèque »
Quand les banques de titrisation agissant en mandataires pour des investisseurs ne peuvent présenter le justificatif écrit de propriété au moment où elles voudraient donner droit à la saisie, en général elles déposent ce qu'on appelle une déclaration de perte d'acte par écrit et sous serment. Avril Charney est une avocate de l'aide juridique en Floride versée dans ces questions. L'année dernière, elle a obtenu le rejet ou l'ajournement des procédures de saisie concernant 300 clients. En février 2008, dans un article de Bloomberg, elle a déclaré que près de 80 pour cent de ces cas concernaient des déclarations de perte d'acte par écrit et sous serment. « La déclaration de perte d'acte par écrit et sous serment est le standard et la pratique de l'industrie, » a-t-elle dit. « Elle n'est pas exceptionnelle. Elle est la règle. » (3)
Dans le passé les juges ont laissé exécuter ces saisies, mais en octobre 2007, un juge fédéral intrépide de Cleveland a mis un terme à cette pratique. Le juge de tribunal d'instance Christopher Boyko a statué que, dans la procédure qu'elle intentait, la Deutsche Bank n'avait pas déposé les documents appropriés qui établissaient son droit à saisir quatorze maisons. (4) Cela a commencé le bal, et en février 2008 les juges d'au moins cinq États lui ont emboîté le pas. À Los Angeles, en janvier, le juge des faillites Samuel L. Bufford a publié une note d'avertissement à destination des plaignants en saisie pour qu'ils apportent l'acte de l'hypothèque au tribunal et ne soumettent pas des copies. Dans l'Ohio, où les saisies étaient en hausse de 88 pour cent en 2007, il a été signalé que le procureur général Marc Dann a contesté la propriété de l'acte hypothécaire dans quarante cas de saisies. (5)
Mais, peu d'accusés ont la chance d'avoir dans leur coin des défenseurs comme Charney et Dann, et la plupart des débiteurs défaillants laissent juste partir leur maison. Même sans avocat, une simple contestation contre la plainte peut être déposée, et quelques emprunteurs du subprime ont défendu avec succès leur propre action en saisie. Mais avoir un avocat est fortement conseillé. Souvent les gens qui se représentent eux-mêmes ne sont pas pris au sérieux, et ils risquent de déroger aux règles locales. Avec cet avertissement, voici quelques informations générales sur la contestation des saisies :
Certains États ont des procédures de saisie juridiques et d'autres non. Dans un État à saisie juridique (ce qui signifie que la question est entendue devant un juge), si un billet à ordre ou une assignation enregistré nommant le plaignant n'est pas joint à la plainte, l'accusé peut déposer une réponse déclarant que le plaignant a omis de faire une déclaration. Elle peut être suivie d'une requête appelée fin de non-recevoir à la plainte. Différentes formes de fin de non-recevoir peuvent être trouvées dans les livres de formalités juridiques de la plupart des bibliothèques de droit. Pour l'essentiel, la fin de non-recevoir déclare que, même si tout est vrai dans la plainte, elle manque de substance car elle ne dispose pas de la copie de l'acte, et elle devrait donc être rejetée. Normalement il n'est pas nécessaire de citer beaucoup de lois ou de jurisprudences autre que la directive indiquant la nécessité de montrer l'acte établissant que le plaignant a droit d'assistance.
Dans un État où les procédures de saisie ne sont pas juridiques, comme la Californie, la saisie est faite par un mandataire sans audience devant un tribunal. La procédure est donc un peu délicate, mais la tenue de la saisie peut encore être contestée. Si le propriétaire a déposé son bilan, la procédure est automatiquement suspendue, exigeant du prêteur qu'il engage une requête pour assistance en sursis avant d'aller de l'avant. Le débiteur peut alors contester le droit du prêteur à la garantie (la maison) en exigeant la preuve d'un intérêt légal ou équitable sur elle. (6) Face à la saisie, un propriétaire sans dépôt de bilan peut aussi obtenir que l'affaire soit portée devant un tribunal en posant une plainte et une injonction préliminaire pour ajourner la procédure en attendant la preuve du droit de saisie. Un juge devrait alors se prononcer sur le fond. Une plainte pour jugement déclaratoire (pour obtenir la décision d'un juge sur le fond) pourrait aussi être intentée contre le mandataire, pour chercher à obtenir que ses droits soient déclarés nuls. (7)
Un règlement équitable pour tout le monde
Ces défenses peuvent aider ceux qui sont sur le point de perdre leur maison, mais il y a une autre catégorie de victimes de la crise du subprime : les investisseurs en MBS, notamment les fonds de pension et les 401Ks dont dépendent de nombreuses gens pour leur retraite. Si les mandataires représentant des investisseurs ne peuvent saisir les biens hypothéqués, les heureux débiteurs peuvent rester dans leur maison sans rembourser. Mais les malheureux investisseurs seront laissés dans le pétrin. En revanche, si les investisseurs se débrouillent pour rejeter la responsabilité sur les banques, celles-ci pourraient sombrer en entraînant l'économie avec elles. Comment résoudre ces problèmes délicats d'une manière équitable pour tous ? Cette question sera abordée dans le prochain article. Restez à l'écoute.
Références
1) Jerome a Paris, « Compte à rebours pour que le pétrole à 200 dollars se joigne à l'Anglo Disease, » European Tribune (7 juin 2008).
2) « Contester l'action juridique en saisie : Qui possède l'hypothèque ? » ForeclosureFish.com (2 avril 2008).
3) CNBC, « Dérivés du subprime, »
youtube.com/watch?v=0YNyn1XGyWg (juin 2007).
4) vindkothari.com, « Le véritable problème de la vente. »
5) Bob Ivry, « Les banques perdent contre les propriétaires oisifs tandis que les prêts vendus en obligations s'évanouissent, » Bloomberg.com (22 février 2008).
6) Judge Christopher A. Boyko, Opinion and Order, In re Foreclosure Cases, Case 1:07-cv-02282-CAB, U.S. District Court, Northern District of Ohio, Eastern Division, filed 10/31/2007.
7) B. Ivry, op. cit.; Jimmy Higgins, « La boule de neige du juge Boyko commence à rouler dans la descente, » Fire on the Mountain (blogspot) (26 février 2008) ; Wendy Davis, « Trouver un prêt est difficile, » ABA Journal (mars 2008).
8) « Plus d'ennuis pour les promoteurs de titres hypothécaires ? » http://bigpicture.typepad.com (December 9, 2007).
9) Aaron Krowne, et autres, « Vraie vente, fausse titrisation, » iamfacingforeclosure.com (16 novembre 2007).
Ellen Brown, JD, a développé ses compétences comme avocate en litiges civils à Los Angeles. Dans Web of Debt, son dernier livre, elle voue ses compétences à une analyse de la Réserve Fédérale et du « trust de l'argent. » Elle montre comment ce cartel privée a usurpé le pouvoir de créer l'argent du peuple et comment nous pouvons récupérer ce pouvoir. Ses sites sont webofdebt.com et ellenbrown.com.
Original : http://www.webofdebt.com/articles/subprime_defense.php
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info
Notes de traduction
* La faillite d'une banque est pourtant gravissime pour ses clients puisqu'en principe ils perdent l'usage de leur compte bancaire et l'argent qui est dessus.
** MBS, Mortgage-backed security, signifie titre adossé à une hypothèque. Les revenus d'un MBS proviennent du remboursement du capital et des intérêts d'un ensemble de prêts hypothécaires (ou plutôt, d'un ensemble de fractions de prêts hypothécaires, puisque, d'après Ellen Brown, un même prêt est morcelé dans plusieurs MBS, sans doute pour que ces derniers soient abordables pour les investisseurs). Les paiements sont généralement mensuels sur la durée du prêt. La hauteur des revenus n'est pas garantie constante car des prêts inclus dans le MBS peuvent être remboursés par anticipation, ou bien les mensualités peuvent être plus grandes que ce qui a été fixé, ce qui réduit le capital prêté et les intérêts (sans parler des défauts de remboursement avec rejet de la procédure de saisie ou impossibilité de revendre une maison saisie).
Lundi 30 Juin 2008
Posté le 30.06.2008 par djamazz
Trois importantes institutions financières émettent un avertissement d'effondrement économique imminent : la Royal Bank of Scotland, Barclays et Fortis
Royal Bank of Scotland
Le 18 juin, le Daily Telegraph nous apprenait que la Royal Bank of Scotland avait averti ses clients de se préparer à un krach majeur des bourses mondiales et des marchés du crédit dans les trois prochains mois, au moment où l'inflation paralyse les possibilités d'action des grandes banques centrales.
« Une période très dangereuse se rapproche rapidement - soyez prêts », mettait en garde Bob Janjuah, l'analyste stratégique de la banque écossaise.
Barclays
Au cours des derniers jours nous apprenions toujours par le Daily Telegraph que l'institution financière Barclays émet à son tour un avertissement de tempête financière alors que la crédibilité de la Réserve fédérale s'effrite.
Le Groupe Barclays Capital a conseillé des clients de se préparer à une tempête financière mondiale, avertissant que la Réserve fédérale américaine a permis au génie de l'inflation de sortir de sa bouteille et de laisser ainsi tomber sa crédibilité « au-dessous de zéro. »
« Nous sommes dans une mauvaise situation. Il y a un choc inflationniste qui s'en vient. Cela sera très négatif pour les actifs financiers… » a déclaré Tim Bond, le stratégiste en chef de la banque.
Le Groupe Barclays Capital prévoit que l'inflation aux États-Unis se dirige vers un taux de 5,5% en août et que la Fed devra relever les taux d'intérêt à six reprises d'ici la fin de la prochaine année, afin de prévenir une spirale inflationniste. Si elle hésite, les marchés obligataires prendront les choses en mains. « C'est le premier test pour les banques centrales depuis 30 ans et elles l'ont traité à la légère. Elles n'ont plus aucune crédibilité, et celle de la Fed est négative en admettant que cela soit possible. Elle a perdu toute crédibilité », a déclaré M. Bond.
Fortis
Fortis prévoit également un effondrement du marché financier US dans quelques semaines ... en raison des injections d'argent (principalement faites par la Fed).
28 Juin, 9h10
Communiqué de presse
BRUXELLES / AMSTERDAM - Fortis s'attend à un effondrement total des marchés financiers américains qui surviendra en l'espace de quelques jours ou de quelques semaines. Cela explique, selon Fortis, la série d'interventions de jeudi dernier pour récupérer 8 milliards d'euros. « Nous avons été sauvé juste à temps. La situation aux États-Unis est bien pire que nous le pensions, » a déclaré le président de Fortis Maurice Lippens. Fortis s'attend à 6,000 faillites parmi les banques américaines qui ont actuellement une faible couverture. Mais aussi de Citigroup, de General Motors, un effondrement total et en train de débuter aux États-Unis. »
Par Dany Quirion pour Alter Info
Sources:
Royal Bank of Scotland: http://www.alterinfo.net/La-Royal-Bank-of-Scotland-prevoit-un-krach-d-ici-septembre_a20920.html
Barclays: http://www.telegraph.co.uk/money/main.jhtml?xml=/money/2008/06/27/cnbarclays127.xml
Fortis: https://www.kitcomm.com/showthread.php?t=19066
Lundi 30 Juin 2008
Posté le 30.06.2008 par djamazz
Un produit de luxe appelé aliment
par Frei Betto
Mondialisation.ca, Le 27 juin 2008
Il manifesto
Qui aurait imaginé que nous devrions entrer dans une boutique pour acheter du riz, des haricots, des légumes et de la viande ? Car nous n’en sommes pas loin. Le prix moyen des aliments a triplé lors des douze derniers mois.
L’an dernier, les maîtres du monde ont investi dans l’industrie de la mort – les armements- 135 millions de dollars, 45 % de plus qu’il y a dix ans, selon l’Institut international d’investigations pour la paix. Les gouvernements ont investi 2,5% du PIB mondial en dépenses militaires. Par habitant de la planète, 202 dollars ont été investis pour alimenter les chevaux de l’apocalypse de missiles, bombes, mines et engins nucléaires.
Résumons : selon la Fao, la valeur des armements est 191 fois plus élevée que les dépenses alimentaires.
En 2007, les USA ont vendu 45% des armes dans le monde. Aujourd’hui ce marché est dominé par 41 entreprises étasuniennes et 34 d’Europe occidentale. Pendant les dix dernières années les dépenses militaires étasuniennes ont augmenté de 65%, dépassant ce qui a été dépensé pendant la seconde guerre mondiale. C’est le coût des interventions en Irak et Afghanistan.
En plus de la disproportion brutale entre ce qu’on investit en mort (armements) et ce qui revient à la vie (aliments), la crise du pétrole – avec le baril à plus de 130 dollars- augmente le prix des aliments de façon terrible. Pendant les 50 dernières années l’agriculture s’est industrialisée ; ce qui a fait augmenter de 250% la production des céréales. Mais cela n’a pas entraîné qu’ils soient moins chers, ou qu’ils arrivent jusqu’à la bouche des affamés.
L’agriculture a commencé à consommer du pétrole sous forme de fertilisants (ils représentent un tiers de la consommation d’énergie à la production, et ils ont augmenté de 130% l’an dernier), pesticides, machines agricoles, systèmes d’irrigation et de transport (des camions pour amener les aliments au marché jusqu’au cyclo du livreur de pizzas). L’agriculture industrialisée consomme 50 fois plus d’énergie que la traditionnelle, parce que 95% de nos produits alimentaires exigent l’utilisation du pétrole. Rien que pour élever une vache et la mettre sur un marché, il faut une consommation de 6 barils, de 158,9 litres chacun. L’augmentation du pétrole ouvre un nouveau marché pour les produits agricoles. Ils étaient auparavant destinés à la consommation humaine, ils sont à présent employés aussi pour alimenter des machines-outils et des véhicules. Le prix du pétrole augmente celui des aliments par le seul fait que si sa valeur comme combustible d’une marchandise est supérieure à sa valeur comme nourriture, il sera transformé en agrocombustible. Qui investira dans la production du sucre si avec cette même canne on obtient plus de gain en fabriquant de l’éthanol ? Evidemment, le sucre ne va pas disparaître des rayons de supermarchés. Mais il sera offert comme article de luxe pour pouvoir compenser l’investissement de celui qui aura arrêté de produire des agrocombustibles.
Il ne s’agit pas d’être contre l’éthanol mais d’être en faveur de la production d’aliments, de manière qu’ils soient accessibles au salaire moyen du Brésilien ordinaire, environ 300 dollars par mois. Personne ne connaît en outre le travail d’esclave ou semi-esclave qui règne dans les plantations de canne brésiliennes, dénoncées récemment par un rapport d’Amnesty International. Il est urgent que le Parlement approuve la proposition de réforme constitutionnelle 438/2001, contre le travail esclave. Malheureusement le gouvernement vient à peine de modifier la mesure qui n’oblige pas à inscrire le travailleur jusqu’à trois mois de contrat. Combien de travailleurs seront-ils condamnés à un régime perpétuel –et légal- de travaux trimestriels et sans droits ?
Certaines entreprises de production d’éthanol obligent leurs travailleurs à récolter jusqu’à 15 tonnes de canne par jour ; et ils ne les paient pas à l’heure mais à la quantité récoltée. L’effort provoque de sérieux problèmes de colonne vertébrale, des crampes, des tendinites et des maladies des voies respiratoires, dues au pollen de canne, des déformations des pieds causées par les grosses chaussures, et des dommages aux cordes vocales à force de garder le cou tordu. Pendant la récolte les travailleurs sont trempés de sueur à cause de la chaleur et de l’effort. Pour couper une tonne de canne il faut mille coups de machette. Les salaires payés à la production sont insuffisants pour assurer aux travailleurs une alimentation adaptée, car malgré les dépenses de location, et de transport depuis leurs lieux d’origine jusqu’à l’intérieur de San Paolo et du Minas, ils envoient à leurs familles une partie de ce qu’ils gagnent.
L’actuel régime de travail réduit la durée de vie professionnelle des coupeurs de canne à environ 12 années. En 1850, où le trafic d’esclaves était libre et l’offre de main d’œuvre abondante, la durée de vie de travail était comprise entre 10 et 12 années. A partir de la prohibition de l’importation des nègres, un meilleur traitement dispensé aux esclaves augmenta cette durée : entre 15 et 20 années.
Si le gouvernement fédéral désire promouvoir la croissance économique et le développement durable, sans mettre en opposition ces deux aspects de notre processus de civilisation, il doit éviter les maux signalés, et faire la réforme agraire de telle sorte que les zones destinées à la production d’aliments se multiplient, en les rééquilibrant par rapport à celles qui aujourd’hui sont occupées par les agrocombustibles.
Edition de jeudi 26 juin de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/Qotidiano-archivio/26-Giugno-2008/art50.html
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Articles de Frei Betto publiés par Mondialisation.ca