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Defense militaire Securite

«Les Etats-Unis sèment les germes d'une tragédie de longue durée...»

Posté le 14.08.2008 par djamazz
Palestine, Liban, Irak et mouvement antiguerre:: «Les Etats-Unis sèment les germes d'une tragédie de longue durée...»
Entretien avec Gilbert Achcar


Mondialisation.ca, Le 13 aout 2008
À l'Encontre


Cette interview a été réalisée par Foti Benlisoy et Aykut Kiliç pour la revue critique turque Mesele (Question). Le texte original anglais de l’interview a été publié sur les sites de ZNet et de International Viewpoint sous le titre «The U.S. is sowing the seeds of a long term tragedy...». Traduit de l’anglais par JM et, pour la partie consacrée à l’Irak, par la rédaction du site suisse www.nonalaguerre.ch. Cette partie a déjà été publiée sur ce site, datée du 10 juin 2008.

Mesele: Le soixantième anniversaire de la fondation de l’État d’Israël, qui est aussi celui de la Nakba, la catastrophe palestinienne, tombe en cette année 2008. Comment analysez-vous l’objectif israélien et pensez-vous qu’il a changé au cours des années ? Quelle est la stratégie israélienne actuelle en ce qui concerne tant Gaza que la Cisjordanie ?

Gilbert Achcar: Ce sont là plusieurs questions en même temps. Commençons d’abord par la continuité entre 1948 et aujourd’hui: c’est bien sûr celle du projet sioniste initial de s’emparer de l’ensemble de la Palestine, c’est-à-dire de la Palestine telle qu’elle était sous le mandat britannique. En 1948 ce but n’a été que partiellement accompli car l’État d’Israël n’a été fondé que sur un peu moins de 80 % de ce territoire. Cela fut considéré alors comme un premier pas seulement, comme nous le savons aujourd’hui grâce aux biographies, documents et archives des dirigeants sionistes et tout particulièrement de Ben Gourion – la première étape d’une entreprise visant au contrôle de l’ensemble du territoire. Ces conditions ont été remplies en 1967, lorsqu’Israël a envahi et occupé le reste de la Palestine, c’est-à-dire toute la rive ouest du Jourdain. Ainsi depuis la guerre de 1967 – qui constitue le second grand tournant dans l’histoire du conflit – le problème d’Israël a été d’achever le projet initial commencé en 1948, et ce dans les territoire occupés en 1967, en y construisant des colonies israéliennes, par un colonialisme de peuplement.

Il y avait toutefois une différence majeure entre 1948 et 1967, qui reste le principal problème pour l’Israël aujourd’hui. La différence, c’est qu’en 1948, 80 % de la population des territoires dont Israël a pris le contrôle a fuit la guerre. Les Palestiniens étaient terrorisés, directement ou indirectement, et se sont sauvés comme le fait toute population civile en temps de guerre. Comme tout le monde sait, ils furent empêchés de retourner lorsque la guerre fut finie et devinrent des «réfugiés», qui constituent la majorité de la population palestinienne. Mais dans les territoires occupés par Israël en 1967 le même processus ne s’est pas reproduit, parce que la population avait tiré les leçons de 1948 et compris que, si elle quittait ses maisons, elle ne pourrait pas y retourner. Par conséquent, la plupart des Palestiniens sont resté chez eux cette fois. Ils avaient également appris de l’expérience de 1948, que s’ils restaient chez eux, ils ne seraient pas massacrés: c’est ce qu’avaient craint les réfugiés de 1948. Mais après 1948 Israël a gardé une minorité arabe palestinienne sur son territoire et comme ceux qui sont restés ont survécu, la majorité a suivi leur exemple en 1967. Depuis lors Israël tente de résoudre ce problème, le plus grand problème qu’il doit affronter: la population palestinienne de la Cisjordanie et de Gaza. Cette population est elle-même composée d’une grande proportion de réfugiés du territoire de 1948 en sus des autochtones de Cisjordanie et de Gaza Elle s’oppose au contrôle israélien exercé sur son territoire et le rejette. Ce qu’Israël s’efforce d’assurer, car il ne peut simplement expulser la population palestinienne, c’est le contrôle du territoire de la Cisjordanie au moyen d’un réseau de colonies, de postes militaires et stratégiques, de routes et de murs, etc. afin de maintenir les Palestiniens dans des enclaves séparées, sous contrôle israélien, de la même manière que Gaza dans son ensemble est une sorte d’enclave soumise au contrôle militaire extérieur absolu par Israël, une sorte d’énorme camp de concentration.

Nombreux sont ceux qui évoquent l’impasse démographique de l’État d’Israël. Maintenant Israël ne peut plus être un État à la fois juif et démocratique.

C’est en effet le problème d’Israël. Tout cela renvoie à cet oxymoron [1] d’un État qui prétend être à la fois démocratique et défini ethniquement comme «juif». C’est une contradiction dans les termes car en définissant un État par son caractère ethnique ou religieux, on contredit déjà les valeurs démocratiques modernes. Bien sûr, pour rendre ce sophisme crédible, ce prétendu «État Juif démocratique», il faut s’assurer une majorité juive écrasante parmi les citoyens de cet État. Et c’est ce que les sionistes ont obtenu en 1948. Ils ont accepté une minorité d’Arabes Palestiniens parmi eux – 15 % à 20 % en 1948 – en tant qu’alibi qui leur permettait de dire: notre État est démocratique ; il est Juif en vertu du fait que plus des 80 % de notre population sont juifs. Toutefois, lorsqu’ils se sont emparés de la Cisjordanie et de Gaza et que la majorité de la population palestinienne arabe y est demeuré, il ne leur fut pas possible d’annexer ces territoires comme ils l’ont fait avec ceux conquis en 1948. Israël s’est limité à annexer Jérusalem en 1967 et le Golan en 1981. Mais il n’a pas annexé le reste de la Cisjordanie, ni Gaza. Pourquoi ? Du point de vue de l’idéologie sioniste, la Cisjordanie est beaucoup plus importante pour Israël que le Golan. Mais la population arabe du Golan est faible et aujourd’hui les colons israéliens sont presque aussi nombreux que les autochtones arabes – qui, par ailleurs, appartiennent dans leur grande majorité à la secte druze qu’Israël a toujours considéré comme étant intégrable (les Druzes servent dans l’armée israélienne, contrairement aux autres «Arabes israéliens»). Quand à Jérusalem, la ville a été immédiatement annexée en 1967 en raison de sa très grande valeur symbolique. Mais ils ne pouvaient pas annexer le reste des territoires occupés parce que s’il le faisaient, ils devraient soit se retrouver avec une importante population privée de droits sur le territoire israélien, soit accorder à cette population les droits de citoyenneté, compromettant ainsi le caractère Juif de l’État. En d’autres termes, s’il avait annexé la Cisjordanie et Gaza, l’État d’Israël aurait cessé soit d’être Juif, soit d’être démocratique dans le sens de l’égalité des droits, d’une personne/une voix, etc.

C’est en effet le grand dilemme du sionisme, qu’ils ont essayé de résoudre avec le plan Allon, conçu en 1967, juste après la guerre. Ce plan prévoyait la construction des colonies et de bases militaires, de manière à s’assurer le contrôle stratégique des territoires, sans annexer les zones où la population palestinienne est concentrée – villages, villes, etc. – mais avec le projet de les remettre sous le contrôle d’une autorité arabe collaborationniste. Au début, le plan prévoyait de rendre ces zones à la monarchie jordanienne. Dans les années 1990, Israël a décidé de conclure le marché avec l’OLP, car la fraction dominante de l’OLP était devenue prête à accepter ses conditions et cela a conduit aux accords d’Oslo. Pour Israël, les accords d’Oslo n’étaient qu’un pas de plus en direction de la réalisation du plan Allon. Arafat croyait que l’OLP parviendrait à obtenir une sorte d’État indépendant. Mais il s’est vite rendu compte qu’il avait été victime de ses propres illusions. Et le processus entier, le soi-disant «processus de paix», c’est effondré, comme on peut le voir maintenant. Il est en déliquescence et tous les efforts de Washington mènent à des impasses. Je ne parle pas ici des rapports avec le Hamas, mais de la soi-disant Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. Il semble impossible de conclure un accord même avec lui, bien qu’Abbas soit le plus servile envers Washington de tous les dirigeants que les Palestiniens ont jamais eu. Malgré cela, les Israéliens ne lui accordent aucune concession significative. C’est une impasse totale et un échec majeur pour les États-Unis, pour l’administration Bush, un de ses nombreux échecs au Moyen-Orient. A la fin de cette année, l’équipe Bush va abandonner la scène avec le pire des bilans de la politique étrangère états-unienne dans l’histoire, en particulier en ce qui concerne le Moyen-Orient.

Edward Said disait, en parlant de l’élite de l’OLP, qu’«aucun autre groupe de libération dans l’histoire ne s’est vendu à ses ennemis comme celui-ci». Pensez-vous que ce jugement est correct ?

C’est un jugement qui nécessiterait d’être confronté avec un examen détaillé de tous les mouvements de libération. Je ne suis pas sûr qu’il n’y ait aucun cas comparable de capitulation dans la longue histoire des luttes anticoloniales. Mais on peut être certain que si ce n’est pas la direction la plus soumise, c’est bien l’une des plus soumises de l’histoire des luttes nationales. Elle a accepté tant de concessions, tant de reculades sur ses propres demandes fondamentales et n’a pourtant rien obtenu de substantiel en retour.

La direction de l’OLP aurait-elle quelques spécificité qui l’auraient conduit à ces reculs ?

Elle avait des aspects particuliers dès le début. Cela constitue la principale différence entre l’OLP et la plupart des mouvements de libération nationale anticoloniaux dans l’histoire. Une particularité importante de l’OLP est que, dès le début, elle a été étroitement liée à des États réactionnaires, dont beaucoup étaient et restent étroitement liés à l’impérialisme. Ainsi nous avions cette situation particulière d’un mouvement national luttant contre l’État sioniste fortement soutenu par l’impérialisme états-unien, ce mouvement étant lui-même dépendant pour ses ressources d’États étroitement liés au même impérialisme, tels que le royaume saoudien. Lorsque les groupes armés palestiniens prirent la direction de l’OLP après la guerre de 1967, ils ont été inondés de pétrodollars, des sommes impressionnantes. Ainsi, ce qui est certain, c’est que l’OLP est devenu le mouvement de libération nationale le plus riche dans l’histoire des luttes anticoloniales. Son budget pouvait être comparé à celui de certains États du Tiers-monde. Cela a développé une bureaucratie énorme et très corrompue. Avec le temps, ses meilleurs éléments, les militants les plus dévoués, ont été tués, en particulier en 1970 au cours de Septembre Noir. Il y eut donc une sélection en quelque sorte au bout de laquelle ceux qui sont restés aux commandes étaient les dirigeants palestiniens les plus corrompus. Une ligne droite relie cette évolution à Oslo et à l’Autorité palestinienne d’aujourd’hui avec Mahmoud Abbas, Mohammed Dahlan et tous ces chefs corrompus qui misent tout sur Washington. Ils espèrent que les États-Unis leur octroieront quelque chose. Et leur problème, c’est que, bien qu’ils soient totalement soumis à Washington, ils n’obtiennent rien.

Que diriez-vous de la gauche palestinienne ? Qu’est-ce qui explique sa faiblesse ?

La gauche palestinienne n’a jamais vraiment réussi à se construire en tant qu’alternative réelle face à la direction droitière de l’OLP. Elle n’a jamais réellement défié les institutions de l’OLP, n’a jamais remis en cause la structure de ces institutions. Elle a accepté les règles du jeu dictées par la direction du Fatah, la direction droitière de l’OLP. Bien qu’il y ait eu de nombreux conflits entre la gauche et la direction du Fatah, y compris des moments où l’OLP était au bord de la scission, la gauche cherchait invariablement la réconciliation au nom de l’unité nationale. C’est ainsi qu’elle a perdu la crédibilité en tant que direction alternative de l’OLP et c’est pour cette raison que le Hamas a fait son irruption sur la scène. Au cours des premiers mois qui ont suivi décembre 1987, lorsque la première Intifada a commencé, la gauche palestinienne dominait de manière évidente la direction de l’Intifada aux côtés des membres radicaux du Fatah dans les territoires occupés – où il n’y avait pas de place pour un équivalent de la bureaucratie corrompue de l’exil. Néanmoins, à partir de l’été 1988, ils se sont débrouillés pour capituler devant la direction droitière de l’exil, qui a contrôlé la réunion du Conseil national palestinien en octobre 1988 proclamant un prétendu État indépendant et préparant les négociations directes avec Washington. Ce furent ces années-là – 1987-1988 – que le Hamas fut fondé et s’engouffra dans la brèche. Très rapidement le Hamas, avec sa perspective islamique radicale, est devenu aux yeux des Palestiniens la seule alternative véritable à la direction de l’OLP. Le Hamas s’est construit en tant qu’alternative alors que la gauche a piteusement échoué à se présenter comme telle. Le Hamas est ainsi devenu beaucoup plus fort que la gauche, bien que ce n’était nullement le cas au début ; les intégristes n’étaient pas plus forts que la gauche, même à Gaza.

Au sein de la gauche il y a un débat pour savoir si la solution du problème Israël-Palestine passe par «deux États» ou par «un seul État». Quel est votre point de vue en ce qui concerne cette alternative ?

Pour être franc, je considère que cette discussion est largement une perte de temps. Dans les deux cas il s’agit d’utopies, mais certains conduisent pourtant cette discussion comme si son enjeu était d’actualité. Les deux camps s’accusent mutuellement d’utopisme – et les deux ont raison, car ces «solutions» sont toutes deux utopiques. Il est évident qu’un État palestinien «indépendant» qui se limiterait à la Cisjordanie et à Gaza est totalement utopique. Mais je dirais que le projet d’un seul État avec dix millions de Palestiniens et six millions de Juifs est encore plus utopique, car sa réalisation exigerait la destruction de l’État sioniste si on veut prendre la chose au sérieux. Sinon il ne pourrait pas fonctionner. C’est pourquoi je considère qu’il s’agit d’utopies et qu’on dépense trop d’énergie dans cette discussion, qui devient ainsi une perte de temps.

A mon avis il faut prendre en compte deux niveaux lorsque l’on parle d’une solution palestinienne. Il y a, d’une part, les intérêts immédiats et urgents des Palestiniens. Pourquoi les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza se battent-ils ? Ils luttent pour se débarrasser de l’occupation, naturellement – et non pour le droit de vote en Israël. Ils veulent la souveraineté sur leurs territoires. Leur combat devrait évidemment être soutenu. Même si vous êtes en faveur de la solution impliquant un seul État, vous ne pouvez pas dire: «Je m’oppose au combat palestinien contre l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, parce que ce combat ne correspond pas à mon projet maximaliste de solution juste.» Ce serait complètement absurde du point de vue politique. Par conséquent, si nous voulons parler en termes concrets, nous devons soutenir la lutte des Palestiniens pour leur libération immédiate du joug de l’occupation.

Par ailleurs, si on veut discuter d’une solution à long terme, c’est-à-dire si l’on aspire à élaborer un programme pour le long terme avec une dimension utopique, pourquoi se limiter alors à la seule Palestine, que ce soit avec un ou avec deux États ? Pourquoi, par exemple, exclure la Jordanie de l’équation ? Il y a plus de Palestiniens qui vivent en Jordanie qu’en Cisjordanie. Les Palestiniens sont en fait majoritaires en Jordanie même, c’est à dire sur la rive orientale du Jourdain. Pourquoi donc la Jordanie devrait-elle être oubliée ? Entre 1949 et 1967, la Cisjordanie et l’actuelle Jordanie formaient un seul État, dont l’écrasante majorité de la population était palestinienne. Dominé par la monarchie, c’était, bien sûr, un État despotique. La direction palestinienne, lorsque les guérilleros palestiniens constituaient un État dans l’État en Jordanie, n’a jamais lutté pour le renversement de la monarchie. Seule la gauche, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, appelait au renversement de la monarchie jordanienne. Le Fatah s’est opposé à la gauche sur ce terrain et c’est l’un des facteurs qui ont permis à la monarchie d’écraser le mouvement palestinien en Jordanie en 1970 (« Septembre noir»). Les forces armées palestiniennes furent ensuite chassées complètement de Jordanie en 1971. Bien entendu, la population palestinienne, en majorité les réfugiés de 1948, y est restée, mais le mouvement a été écrasé et forcé à la clandestinité. Cela a toujours été la perspective de la droite: nous ne touchons pas aux régimes arabes ; nous luttons seulement contre Israël, c’est la «contradiction principale» et nous devons apaiser les «contradictions secondaires». C’était tragiquement absurde: la prétendue «contradiction secondaire» – c’est-à-dire la monarchie jordanienne – a tué plus de Palestiniens qu’Israël jusqu’en 1971. Elle s’est avérée être l’autre face d’une même médaille avec Israël.

A elle seule, la population de Cisjordanie ne peut en aucun cas constituer un État indépendant – tout au plus un «Bantoustan». Mais si nous pensons au territoire jordanien comme un complément naturel de la Cisjordanie, la situation change. Pour cela, il faut un gouvernement démocratique en Jordanie. Finalement, je voudrais ajouter qu’aucune solution à long terme, juste et durable, ne peut être conçue autrement qu’à un niveau régional et dans des conditions socialistes – une Fédération socialiste du Moyen-Orient et au-delà. Bien sur, c’est une utopie, mais c’est une utopie qui inspire.

Comme je dis constamment, si l’on veut être utopique, alors autant envisager une utopie qui inspire, et non une utopie mesquine. Il faut voir grand. Voir grand, c’est dépasser les frontières, dépasser les nationalismes, c’est le socialisme. Voila une utopie intéressante, tandis que celle d’un État unique, la solution «une personne - une voix» limitée aux Palestiniens et aux Israéliens, me paraît être une utopie qui n’inspire point. Je ne suis pas du tout convaincu que les Palestiniens aimeraient être citoyens d’un même État avec les Israéliens, même s’ils étaient politiquement majoritaires dans des conditions sociales d’une profonde inégalité – comme celles qui existent actuellement en Afrique du Sud, où les Blancs constituent toujours et de loin la section principale de la classe dominante, deviennent de plus en plus riches, beaucoup d’entre eux vivant dans des communautés encloses. Et je suis absolument certain que les Israéliens n’accepteront jamais d’être une minorité politique. Donc c’est une solution sans avenir.

La semaine dernière il y a eu un important affrontement entre les forces loyales envers le Hezbollah et le gouvernement libanais pro-occidental. Après que le Hezbollah ait repoussé l’agression israélienne en 2006, il était devenu le héros national. Maintenant la situation semble avoir changé et à nouveau des divisions profondes apparaissent. Comment l’expliquez-vous ?

Vous avez raison de souligner le fait qu’il y eu un changement. Il est vrai qu’en 2006 le Hezbollah a réalisé une importante victoire et que, dans la région arabe comme dans l’ensemble du monde musulman et au-delà, il a été vu comme une force de résistance héroïque, faisant face à l’un des principaux alliés de l’impérialisme états-unien et repoussant l’agression sioniste. En effet, donc, ils avaient acquis le statut de héros. Et il est vrai que cette image a été affectée par les récents affrontements. Pourquoi ? Parce que, tout d’abord, les ennemis du Hezbollah, qui sont bien sûr aussi des ennemis de l’Iran à l’échelle régionale – c’est-à-dire le royaume saoudien, la Jordanie et l’Égypte – n’avaient qu’un argument pour contrer le Hezbollah et tenter de réduire l’influence iranienne. C’était et cela reste la carte confessionnelle: dénoncer l’Iran en tant que pouvoir chi’ite perse et le Hezbollah en tant qu’agent arabe chi’ite de l’Iran, réalisant un complot chi’ite contre les Arabes sunnites. C’est ainsi qu’il s’efforcent de présenter les choses. En 2006, cela a misérablement échoué parce que les populations dans la région – Turquie incluse, j’en suis sûr – sont fortement hostiles à Israël et à l’impérialisme états-unien et ont donc sympathisé avec le Hezbollah. Ainsi, l’éclatante majorité n’a pas gobé l’argument chi’ites contre sunnites.

Depuis lors, le Hezbollah s’est empêtré dans la politique libanaise sur une base confessionnelle, avec des alliés qui adhérent totalement au cadre confessionnel. Par exemple, le mouvement chi’ite Amal, qui est une organisation purement confessionnelle et n’a rien à voir avec une organisation anti-impérialiste. Au cours des années 1980, Amal était plus anti-palestinien que toute autre chose. Le Hezbollah s’est ainsi empêtré dans la politique confessionnelle libanaise au point de mener récemment un assaut militaire avec ses alliés confessionnels sur les zones peuplées de sunnites à Beyrouth et ailleurs. Son image en a été beaucoup affectée – plus au Liban qu’ailleurs, parce que la population libanaise est naturellement plus concernée par la politique intérieure libanaise que ne le sont, par exemple, les populations turque ou égyptienne. Je crois que le Hezbollah a réagi de manière excessive lors du récent conflit. Il avait bien sûr raison de rejeter les décisions du gouvernement Siniora, mais il pouvait les défaire aisément – comme il l’a fait dans les cas précédents, lorsque ces décisions ne lui convenaient pas – sans se lancer dans une offensive militaire à Beyrouth et dans d’autres régions du Liban, avec des alliés comme Amal. Ce faisant, il a créé un très fort ressentiment sectaire. Ainsi, bien que militairement ils l’ont facilement emporté lors du dernier conflit, je pense que politiquement ils en sont sortis perdants. Car maintenant la polarisation confessionnelle est redevenue très intense au Liban entre les sunnites et les chi’ites. C’est très dangereux. A présent, comme en témoignent les discussions qui ont eu lieu au Qatar entre les partis libanais, la question de l’armement du Hezbollah est redevenue discutable. Or, avant les événements récents, la majorité parlementaire conduite par Hariri n’osait pas soulever cette question, surtout après que le Hezbollah ait fait la preuve en 2006 que cet armement était indispensable pour repousser et dissuader l’agression israélienne. Maintenant, après que le Hezbollah ait utilisé ses armes dans un combat intérieur pour la première fois depuis de nombreuses années, ses forces armées sont soudainement dénoncées par ses adversaires comme étant une milice sectaire.

A mon avis le Hezbollah a commis une grave erreur, dont les conséquences sont importantes au moment où le Liban entre dans ce qui semble être un nouveau cycle de violence. Il se pourrait bien que, dans quelques années, ce qui vient de se produire maintenant apparaisse comme le premier round d’une nouvelle guerre civile libanaise, à moins que les conditions régionales et internationales empêchent ce scénario pessimiste. Pour la lutte anti-impérialiste dans la région, ce serait un coup très dur, venant après les massacres terribles entre chi’ites et sunnites, qui continuent en Irak. Si de tels massacres s’étendaient au Liban et peut-être demain à la Syrie, ce serait un désastre pour toute la région. Les seuls qui pourraient bénéficier d’une telle situation seraient Israël et les États-Unis, qui n’hésiteraient pas tous deux à exploiter une telle situation.

Est-ce que le Parti communiste du Liban ou d’autres forces laïques ont mis en avant des revendications visant à changer complètement le système de façon à ce qu’il ne soit plus fondé sur les identités et des partis confessionnels ?

Le Parti communiste est actuellement la seule force de gauche significative au Liban. Les autres sont de tous petits groupes. Parmi les partis libanais d’une certaine importance, le PC est l’un des rares partis véritablement laïques, avançant un programme laïque. C’est un véritable parti multiconfessionnel, regroupant côte-à-côte des musulmans, tant sunnites que chi’ites, des chrétiens, des druzes etc. Le secrétaire général du parti est d’origine sunnite alors que la majorité des membres sont d’origine chi’ite – c’est réellement un parti multiconfessionnel. Il se prononce pour la laïcisation de la politique libanaise et avance, en tant que parti de gauche, des revendications sociales et économiques. Le PCL n’a rejoint directement aucun des deux camps principaux au Liban. Lors du conflit récent, il a décidé de ne pas participer aux affrontements. Bien sûr, les communistes s’opposent au gouvernement et au projet impérialiste au Liban, tout comme ils s’opposent aux agressions israéliennes: ils ont participé au combat contre les forces israéliennes en 2006. Mais ils ne peuvent pas partager les buts de l’opposition en politique intérieure, qu’ils dénoncent comme étant à la fois confessionnels et bourgeois. Ils critiquent les deux camps, mettant plus d’emphase sur la dénonciation des forces pro-occidentales menées par Hariri. Au cours des trois dernières années, ils ont maintenu une position indépendante de manière conséquente. C’est une importante amélioration de leur ligne politique, car au cours des années 1970 et 1980 ainsi que dans la période précédente le parti communiste était fortement impliqué dans des alliances sous hégémonie bourgeoise: avec Arafat durant un certain temps, avec le chef féodal druze, Joumblatt, la plupart du temps, ainsi qu’avec le régime syrien. A partir du début des années 1990, le PCL est entré dans une crise profonde et s’est fragmenté. Le parti actuel – bien plus faible, il est vrai – en est le résultat. Mais il a radicalement amélioré sa politique.

Depuis 2005 – à partir des mobilisations de mars 2005 pour et contre la Syrie au Liban, qui ont suivi l’assassinat de l’ex-Premier ministre Hariri – le PCL a suivi une ligne véritablement indépendante. Le 8 mars 2005, le Hezbollah et ses alliés ont organisé une énorme manifestation en hommage à la Syrie et à son président Bashar al-Assad. Les forces pro-occidentales ont alors appelé à une contre-manifestation le 14 mars, contre la Syrie. C’est depuis lors que l’actuelle majorité gouvernementale est aussi désignée par la date du «14 mars», alors que l’opposition l’est par celle du « 8 mars». La Parti communiste a refusé de se joindre à l’une quelconque des deux manifestations et a appelé à une troisième, naturellement beaucoup plus petite que les deux manifestations géantes des 8 et 14 mars, qui ont mobilisé chacune des centaines de milliers de personnes. La manifestation du PCL n’a rassemblé que quelques milliers de personnes, mais avec leurs drapeaux rouges, ils ont fait apparaître une troisième voie pour le Liban, rejetant les deux camps confessionnels. C’est pour cette raison que je pense que leur attitude politique s’est beaucoup améliorée, même si je continue à avoir plusieurs réserves – en particulier en ce qui concerne leur soutien à l’armée libanaise et à son chef, qui attend d’être élu président avec l’appui de toutes les forces.

Il semble que la seule voie permettent de dépasser les divisions sectaires passe par la mobilisation de la gauche politique et des organisations syndicales, qui dessinent une alternative non confessionnelle et résistent aux politiques néolibérales appliquées dans le pays. Est-ce que le Hezbollah penche vers l’organisation de la résistance contre ces politiques néolibérales ?

C’est une illusion complète. Le Hezbollah n’a rien fondamentalement contre le néolibéralisme et, encore moins, contre le capitalisme. Comme vous le savez, son modèle suprême est le régime iranien – qui n’est certainement pas un rempart contre le néolibéralisme. Bien sûr, comme tous les intégristes islamiques, ils pensent que l’État et/ou les institutions religieuses devraient venir en aide aux pauvres. Il s’agit là de charité. La plupart des religions préconisent et organisent la charité. Cela présuppose l’existence d’inégalités sociales avec des riches qui donnent aux pauvres leurs miettes. La gauche, par contre, est égalitaire et non «charitable». En tout état de cause, le Hezbollah ne s’intéresse pas vraiment aux politiques sociales et économiques de l’État. Au cours de toutes les années pendant lesquelles Rafik Hariri dominait le gouvernement tandis que les troupes syriennes contrôlaient le pays, les politiques libérales les plus cruelles ont été appliquées, sans que le Hezbollah ne s’y oppose jamais sérieusement. Cela ne fait pas partie de son programme, ni de ses priorités.

Les derniers affrontements ont débuté le jour où certains syndicats avaient appelé à une grève générale. Mais il s’agit de syndicats pourris, qui étaient tombés sous la coupe des Syriens avant qu’ils ne quittent le Liban. La précédente fois qu’ils avaient appelé à la grève, ce fut un échec complet, car l’opposition, c’est-à-dire en premier lieu le Hezbollah, ne l’avait pas réellement soutenu, même si elle avait approuvé la grève du bout des lèvres en tant que geste oppositionnel. Cette fois-ci le Hezbollah a utilisé l’occasion de la grève pour mobiliser contre les décisions politiques du gouvernement qui le concernaient et non pour s’opposer à ses politiques économiques et sociales. C’est pourquoi, bien que le conflit ait commencé le jour de la grève, les revendications économiques et sociales sont tombées dans l’oubli. Le Hezbollah ne lutte pas contre le néolibéralisme, bien qu’il puisse parfois chercher à satisfaire sa base électorale plébéienne. La seule force significative qui s’oppose au néolibéralisme au Liban, c’est la gauche, principalement le PCL.

Si nous abordons maintenant l'Irak, quelle est la signification du récent conflit entre les forces loyales au gouvernement Maliki et l'armée du Mehdi de Moqtada al-Sadr ?

Le conflit résulte de la convergence de deux intérêts.

La raison la plus immédiate derrière ces affrontements est que l'influence de l'armée du Mehdi et du mouvement sadriste en Irak a beaucoup augmenté parmi les chiites durant la dernière période, et en particulier depuis 2006. Ils sont devenus le courant le plus populaire parmi les chiites irakiens. Les deux autres principaux partis chiites – le parti de Maliki (le parti Dawa) et le Conseil Suprême Islamique Irakien (SIIC) qui collaborent avec l'occupation états-unienne – étaient donc très inquiets pour le résultat des prochaines élections provinciales prévues pour cet automne. Comme vous le savez, les sadristes avaient initialement formé une coalition avec ces partis, avec lesquels ils avaient mené les précédentes campagnes électorales. Ils ont ensuite rompu avec la coalition, accusant les autres forces de collaborer avec l'occupation. Le parti Dawa et le SIIC ont compris que si rien ne changeait, les sadristes allaient leur faire subir une défaite électorale, et c'est d'abord et surtout pour tenter de marginaliser ou d'affaiblir ces derniers qu'ils ont lancé l'offensive contre Bassorah, puis contre Sadr City à Bagdad.

D'autre part, bien sûr, l’occupant états-unien considère fondamentalement les sadristes comme des ennemis, et serait très heureux de les voir affaiblis. Les forces d'occupation états-uniennes se sont heurtées plus d'une fois aux sadristes. Dans les accrochages les plus récents, les officiers états-uniens ont tenté de faire les hypocrites, commençant par prétendre qu'ils n'étaient pas impliqués et que les sadristes ne posaient pas de problème aux forces états-uniennes depuis qu'ils avaient gelé leurs activités militaires. Or il est évident que les Etats-Unis étaient très impliqués dans les combats contre les sadristes. Comme je l'ai dit, il y a eu convergence entre deux intérêts : celui de l'occupation états-unienne et celui de l'alliance Dawa-SIIC, soucieuse d'affaiblir les sadristes, son principal concurrent parmi les chiites irakiens.

Quels sont les résultats du "surge" (accroissement du nombre de troupes) états-unien ? Il y a en tout cas eu un déclin relatif de la violence confessionnelle en Irak. Est-ce que cela signifie que l'occupation états-unienne s'améliore?

Le "surge" a effectivement obtenu quelques résultats, et, du point de vue de Washington, c’est un succès, puisque dans l'ensemble le niveau de violence confessionnelle a clairement diminué – ce qui est une bonne chose. Mais il vaut la peine de s'interroger sur les raisons de cela. La diminution de la violence fait suite à l'augmentation des troupes états-uniennes déployées à Bagdad et au fait que les sadristes ont décidé d’opérer une retraite et de ne pas se battre lorsque le "surge" a commencé. Mais l'élément clé de ce "surge" consiste en un changement de stratégie de la part de l'occupation.

Les Etats-Unis ont commencé à faire ce que toutes les puissances coloniales ont fait par le passé dans cette partie du monde et notamment ce que les Britanniques ont fait en Irak après la Première Guerre mondiale lorsqu'ils ont pris le contrôle du pays: ils ont joué la carte tribale. Les Etats-Unis ont ainsi cherché à acheter – littéralement à acheter ou à soudoyer – des tribus sunnites, dans les régions à prédominance sunnite. Ils ont soudoyé des tribus et leur ont fourni des armes en les aidant à former ce qu'on a appelé les «assemblées du réveil», qui sont des forces tribales subventionnées par Washington. Les membres de ces milices tribales reçoivent des salaires qui débutent à 300 dollars états-uniens, ce qui représente une somme élevée comparée aux salaires moyens en Irak, mais pas grand-chose lorsqu'on la met en rapport avec le coût de l'occupation. Vous pouvez faire le calcul. Si vous donnez, disons 400 dollars en moyenne à un maximum de 250'000 personnes, cela donne 100 millions de dollars, ce qui est négligeable comparé aux 12 milliards par mois que les Etats-Unis dépensent pour l'occupation de l'Irak. Et je n'ai pas encore vérifié, mais il se peut très bien que ce soit avec des fonds gouvernementaux irakiens que les tribus sont soudoyées.

Quoi qu'il en soit, Washington a amplement les moyens de verser pareilles sommes. Mais est-ce que cela peut constituer une solution à long terme pour les Etats-Unis? En réalité, sur le long terme, cette stratégie sera un autre facteur important empêchant l'Irak d'atteindre une quelconque stabilité, puisqu'elle renforce la division du pays en tribus et sectes. Paradoxalement, les forces chiites du gouvernement sont en train d'attaquer les forces chiites de Moqtada al-Sadr sous prétexte de démanteler toutes les milices. Et les sadristes répliquent: "Vous voulez qu'on dépose les armes alors que maintenant les sunnites ont leurs propres milices." C'est donc une situation terriblement chaotique. En essayant de se dégager du bourbier et du désastre qu'ils ont créés en Irak, les Etats-Unis sont tout simplement en train de préparer le terrain pour un désastre encore plus terrible. L'Irak est un problème tragique et il est difficile d'y concevoir une issue stable dans l'avenir prévisible, aussi longtemps que les Etats-Unis présideront à sa destinée.

Pensez-vous qu'une possible victoire d'Obama ou de Clinton entraînera un changement de la politique des Etats-Unis à l'égard du Moyen-Orient et en particulier de l'Irak? Un retrait de l'Irak est-il possible?

Je pense que le retrait des troupes états-uniennes d'Irak n'aura lieu que si Washington y est contraint. Les Etats-Unis ne se retireront pas volontairement de l'Irak, car la situation n'a rien à voir avec ce qu'elle était au Vietnam. Les Etats-Unis ont décidé de se retirer du Vietnam en 1973, lorsqu'ils se sont aperçus qu’en tenant compte de tous les paramètres, le coût de la guerre – politiquement, économiquement et à tous points de vue – était devenu beaucoup plus élevé que les bénéfices apportés par le contrôle du Sud Vietnam. En Irak, par contre, les avantages de conserver le contrôle du pays sont énormes. L'Irak est un pays pétrolier d’une très grande importance qui se situe au milieu de ce qui est de loin la région pétrolière la plus importante du monde. C’est pourquoi l’enjeu est considérablement plus important qu’il ne l’était au Vietnam. C'est pour cette raison que l'impérialisme états-unien ne peut envisager un retrait comme celui effectué au Vietnam.

Les Etats-Unis recherchent des solutions qui leur permettent de conserver le contrôle du pays tout en cherchant à le stabiliser. Car, en fin de compte, à quoi bon contrôler un pays très riche en pétrole si on ne peut pas exploiter ce pétrole? Il leur faut donc stabiliser le pays. Je pense que la prochaine administration, quelle qu'elle soit, poursuivra d'une part la stratégie actuelle d'"irakisation" menée par l'administration Bush en utilisant les tribus sunnites – tout comme la "vietnamisation" de la guerre du Vietnam autrefois. Et deuxièmement les Etats-Unis tenteront de conclure un accord avec l'Iran aussi bien qu'avec la Syrie. Ils tenteront certainement de conclure un accord avec la Syrie et essayeront de la séparer de l'Iran. Mais il leur faudra également conclure un accord avec l'Iran pour stabiliser la région, à défaut de mieux, c'est-à-dire d'un "changement de régime" à Téhéran. Les négociations avec Téhéran et Damas comptaient d'ailleurs parmi les recommandations majeures de la commission bipartisane Iraq Study Group présidée par Baker et Hamilton et mise sur pied avant le "surge" pour évaluer la situation en Irak.

Une autre question importante, qui est aussi en rapport avec la politique turque, est celle de la région autonome kurde en Irak Quelle est la stratégie états-unienne concernant les Kurdes?

Cette question représente un dilemme majeur pour les Etats-Unis. Tout le monde devrait se souvenir de la trahison des Kurdes par Washington après la première guerre contre l'Irak en 1991, lorsqu'ils se sont rebellés contre Saddam Hussein et que les Etats-Unis ont simplement laissé ce dernier écraser leur rébellion. De la même manière, les Etats-Unis ont permis à Saddam Hussein d'écraser la rébellion au sud de l'Irak. Dans les deux cas, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées. Par la suite, les Etats-Unis ont établi dans le Nord kurde une sorte de protectorat, un protectorat états-unien et britannique pour le Kurdistan irakien, et cela pour plusieurs raisons. D'une part parce que la Turquie s'était inquiétée devant le flot de réfugiés kurdes qui franchissaient la frontière irakienne vers le territoire turc, et voulait les refouler vers le Kurdistan irakien. D'autre part les Européens craignaient également qu'en dernière instance, les Kurdes irakiens arriveraient en Europe en demandeurs d'asile. Enfin, les puissances occidentales voulaient montrer qu'elles étaient hautement humanitaires, en protégeant cette population qui avait même subi des attaques chimiques de la part de Saddam Hussein.

C'est ainsi que les dirigeants du Kurdistan irakien sont devenus les plus proches alliés de Washington en Irak. Au début de l'occupation de tout l'Irak en 2003, cette alliance s'est avérée très utile pour Washington. L'alliance kurde de Talabani et Barzani est non seulement l'allié le plus important et le plus fiable des Etats-Unis en Irak, mais finalement aussi le seul. Quelqu'un comme Iyad Allawi est peut-être un allié fiable, mais il n'est pas à la tête d'une force importante comme le sont les Kurdes.

Les principales forces chiites ne sont pas des alliés fiables pour Washington, car tout le monde sait qu'elles sont étroitement liées à Téhéran, en particulier le SIIC. Il s'agit au mieux de forces ambivalentes qui collaborent avec l'occupation, mais ne sont pas complètement fiables. C'est ainsi que les dirigeants kurdes sont les seuls alliés fiables des Etats-Unis.

Le problème de Washington est cependant que les Kurdes ont leurs propres ambitions. Ils veulent établir un Etat indépendant de fait. Ils ne visent pas à créer un Etat officiellement indépendant car ils savent que cela entraînerait une guerre avec la Turquie, et qu'ils n’en ont pas les moyens. En fait ils veulent tous les attributs d'un Etat indépendant, mais sans le proclamer. Ils veulent aussi élargir la région sous leur contrôle pour inclure des endroits comme Kirkouk. Ils aspirent à un grand Kurdistan irakien. Mais ces aspirations se heurtent évidemment aux aspirations des autres Irakiens. D'où le réel dilemme qui se pose aux Etats-Unis : Washington a besoin de ces alliés kurdes, mais en même temps il ne peut se permettre de perdre les Arabes d'Irak pour garder les Kurdes d'Irak. Le problème a été reporté d'année en année. Selon les projets initiaux, la question de Kirkouk aurait dû être réglée depuis longtemps, mais le référendum qui devait être organisé a été retardé à maintes reprises. Cette question constitue une véritable bombe à retardement pour l'Irak.

Pensez-vous qu'une partition de l'Irak en régions ou états kurde, sunnite et chiite, soit possible?

Cette prétendue solution entraînerait la guerre. Dans les conditions actuelles toute tentative de diviser le pays conduirait à une guerre, entraînant la région dans une situation qui serait encore pire pour les Etats-Unis. C'est la raison pour laquelle Washington n'est pas du tout intéressé à promouvoir une partition, même si certaines personnes aux Etats-Unis et au Congrès états-unien sont favorables à une partition ou à la formation d'une sorte de fédération assez lâche. Mais même une fédération serait très difficile à mettre en œuvre. Elle ne serait possible que s'il y avait des réserves de pétrole ou de gaz d'égale richesse dans les trois régions majeures d'Irak. Les Kurdes sont actuellement en train de chercher à garantir leurs propres réserves. Dans la région arabe sunnite il y a un important champ gazier dont l'exploration intensive constitue actuellement une priorité politique, car il est nécessaire de satisfaire les Sunnites.

Si chaque région pouvait disposer d’importantes ressources d'hydrocarbures, une sorte de fédération pourrait éventuellement voir le jour, avec les Etats-Unis qui resteraient comme arbitre entre les trois régions, kurde, arabe sunnite et arabe chiite. Pour Washington ce serait-là la meilleure solution, mais elle serait très difficile à mettre en œuvre dans la mesure où il faudrait obtenir un véritable accord, un consensus entre toutes les factions importantes. Un tel accord ne pourra en tout cas pas être atteint en armant tout le monde comme le font les Etats-Unis maintenant et en aggravant les divisions tribales et confessionnelles. Les Etats-Unis sont en train de semer les germes d'une tragédie de longue durée en Irak, un pays qui vit déjà en pleine tragédie. L'Irak vit une tragédie permanente depuis que Saddam Hussein et ses comparses sont arrivés au pouvoir en 1968, et jusqu'à l'embargo génocidaire imposé par les Etats-Unis. La tragédie que vivent les Irakiens depuis le début de l'occupation est considérée par certains comme pire encore, Et je n'en vois pas d'issue dans l'avenir prévisible.

Pensez-vous que le mouvement anti-guerre est une force sociale en déclin? Si oui, quelles sont les raisons de ce déclin?

Il est clair que par rapport aux mobilisations qui ont eu lieu juste avant l'invasion de l'Irak, le mouvement a connu un déclin. Il y a des raisons de fond et des raisons conjoncturelles qui expliquent cela. Une des raisons conjoncturelles, qui concerne en premier lieu les Etats-Unis mais qui affecte également le reste du monde, est l'élection présidentielle états-unienne et la croyance de beaucoup de gens que celle-ci pourrait conduire à un changement radical dans la politique de Washington à l'égard de l'Irak. Comme d'habitude, l'effet des élections est de démobiliser le mouvement anti-guerre. Une autre raison conjoncturelle est celle qui a déjà été mentionnée, à savoir le succès relatif du "surge". Ceci a également un effet démobilisateur sur le mouvement contre la guerre, car il réduit le sentiment d'urgence pour la lutte contre l'occupation. A ces considérations, il faut ajouter une raison de fond: c'est que la nature des forces qui affrontent l'impérialisme états-unien inspirent beaucoup moins de sympathie que par le passé. Au Vietnam les Etats-Unis affrontaient les communistes vietnamiens qui se comportaient de manière très intelligente en s'adressant à la population états-unienne et au monde entier, et qui avaient ainsi réussi à gagner la sympathie de l'opinion publique mondiale.

Actuellement, les forces qui affrontent les Etats-Unis sont surtout des intégristes islamiques, que représente Al-Qaeda au premier chef. Ils ne peuvent certainement pas rallier la sympathie de l'opinion publique, surtout en Occident où se trouve l'essentiel du mouvement anti-guerre – pour une bonne raison, car celui-ci a un sens surtout dans les pays belligérants. Ainsi, donc, la nature des forces qui affrontent l'impérialisme états-unien ne contribue pas à la construction d'un puissant mouvement contre la guerre. Je crois que c’est le principal problème auquel le mouvement anti-guerre est confronté. La principale tâche du mouvement contre la guerre, du mouvement anti-impérialiste devrait être d'expliquer à l'opinion publique que plus il y a des guerres comme celles-ci, plus il y aura du fanatisme et de l’intégrisme. Et d'expliquer que ces guerres ne feront que renforcer la dialectique de la barbarie, ce que j'appelle "le choc des barbaries", dans laquelle la barbarie majeure est celle de Washington et la mineure celle des bandes fanatiques d’intégristes islamiques. Cela constitue un désastre pour toutes les populations du monde. Il est donc absolument urgent de stopper les guerres et l'agression impérialiste en cours. Voilà le genre de message que le mouvement contre la guerre devrait transmettre, et non pas celui qui consiste à dire «Nous soutenons quiconque combat l'impérialisme états-unien quel qu'il soit et quoi qu'il fasse par ailleurs». Ce n'est pas la manière de gagner un soutien populaire pour la cause anti-guerre.

La gauche anti-guerre anti-impérialiste se trouve devant un dilemme parce que dans beaucoup de pays de la région la résistance à l'agression impérialiste est dirigée par l'Islam politique. Comment la gauche peut-elle manifester de la solidarité avec cette résistance sans abandonner pour autant son combat pour la laïcité, pour la libération des femmes et pour les droits des travailleurs?

Je ne pense pas qu'il soit possible d'appliquer une règle générale dans ce domaine. Cela dépend de la situation dont on parle. Par exemple en Irak il y a des groupes qui combattent l'occupation états-unienne, mais ces mêmes groupes sont simultanément engagés dans de la violence confessionnelle. Et ils ont tué beaucoup plus de civils pour des raisons confessionnelles que des soldats de la coalition. Dans ces circonstances, il serait tout à fait erroné et désorientant de dire «Nous soutenons la résistance irakienne». On ne peut pas dire qu'on soutient de telles forces. On devrait plutôt dire «Nous soutenons la lutte contre l'occupation», ou, mieux encore, pour des objectifs didactiques : «La lutte contre l'occupation est légitime, par tous les moyens (réellement) nécessaires». Une telle formulation est correcte : on soutient les actes de manière sélective, pas les acteurs quand on ne peut pas prendre la responsabilité pour tous leurs actes. En Irak, on ne peut pas soutenir une quelconque force spécifique parce que toutes les forces qui combattent l'occupation sont en même temps des forces confessionnelles. Il y a donc deux guerres menées en même temps : une guerre juste et une guerre très réactionnaire. Si nous prenons maintenant le cas du Liban ou de la Palestine, où il y a le Hezbollah et le Hamas, des forces intégristes islamiques, qui s'opposent à l'agression israélienne. On peut alors dire: «Nous soutenons la lutte du peuple contre l'agression impérialiste indépendamment de la nature des directions ; nous soutenons la lutte malgré nos réserves sur les directions.» En outre, je suis très opposé à un soutien acritique à quelque direction que ce soit, même les plus progressistes – et à plus forte raison lorsqu'elles ne sont pas progressistes et adhèrent à des idéologies réactionnaires. Lorsque la légitimité du combat ne souffre d'aucune ambiguïté, mais qu'il est dirigé par des forces non progressistes, on devrait déclarer très clairement: «Nous soutenons la lutte, mais nous ne partageons pas les orientations de sa direction.»

* Gilbert Achcar, professeur à l'Ecole des études orientales et africaines (SOAS) de l’Université de Londres, est un collaborateur régulier d’Inprecor et de la revue La brèche. Parmi ses ouvrages, on peut citer :
- Le choc des barbaries (Complexe, 2002 ; 10/18, 2004)
- L'Orient incandescent – (Page Deux, 2004)
- La guerre des 33-Jours, avec Michel Warschawski (Textuel, 2007)
- La poudrière du Moyen-Orient, avec Noam Chomsky (Fayard, 2007)

1. Oxymoron : figure de style qui consiste à associer deux mots apparemment contradictoires pour créer un effet paradoxal (silence éloquent, douce violence, réalité virtuelle).

(24 juillet 2008)



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Ossétie du Sud: les instructeurs israéliens étaient partis juste avant

Posté le 12.08.2008 par djamazz
Ossétie du Sud: les instructeurs israéliens étaient partis juste avant les hostilités (presse)

Les instructeurs israéliens, qui avaient formé les soldats géorgiens pendant un an, ont regagné leur pays peu avant la reprise des hostilités en Ossétie du Sud, a rapporté lundi le quotidien israélien Haaretz.

Selon le journal qui cite des sociétés privées qui ont travaillé en Géorgie, les inspecteurs estiment que le niveau de formation de l'armée géorgienne est faible.

La société Defensive Shield, qui appartient au général de réserve Gal Hirsch, a déclaré avoir rempli ses obligations envers Tbilissi, assurant qu'aucun de ses employés ne se trouvait en Géorgie. Une autre société israélienne chargée de former les soldats géorgiens, Global CST, a affirmé avoir terminé ses activités en Géorgie à la fin du mois de juillet. Cette société est dirigée par le général de réserve Israel Ziv qui, comme Gal Hirsch, a dû quitter Tsahal après l'échec de la guerre israélo-libanaise de 2006. Les deux sociétés ont travaillé en Géorgie avec le feu vert du ministère israélien de la Défense.

L'armée géorgienne est intervenue dans la nuit du 7 au 8 août dernier en Ossétie du Sud, une des deux républiques sécessionnistes qui revendiquent leur indépendance par rapport à la Géorgie. Elle a pilonné Tskhinvali, la capitale, tuant au moins 2.000 civils selon les estimations russes. L'envoi de renforts russes ajouté aux raids aériens réguliers a permis de renverser la situation.

Haaretz cite les propos d'un instructeur israélien qui qualifie "d'aventure" le comportement de ses disciples géorgiens et évalue défavorablement les chances de réussite d'une riposte géorgienne face à la Russie.

"Ils se sont lancés dans une aventure que je ne me serais jamais permise vu le niveau de formation des troupes géorgiennes", raconte cet instructeur, qui occupait un poste élevé au sein de Tsahal.

"Aujourd'hui, l'armée géorgienne ne peut en aucun cas être considérée comme un adversaire sérieux des Russes. Les Géorgiens ont une petite armée qui ressemble fortement à celles de la plupart des pays du tiers-monde", a-t-il confié.

Mais Israël n'a pas seulement participé à la formation des troupes géorgiennes. Depuis au moins sept ans, c'est un fournisseur d'armes régulier de Tbilissi.

Le quotidien Maariv, qui a mené sa propre enquête, a évalué les exportations militaires israéliennes vers la Géorgie à 300 millions de dollars. Selon le journal, l'Etat hébreu a livré à Tbilissi un lot de drones, dont au moins un a été abattu au-dessus de l'Abkhazie séparatiste, et des lance-roquettes multiples étalés lors d'un défilé militaire à Tbilissi.

Parmi les responsables politiques qui "profitent" de la coopération avec la Géorgie, Maariv cite l'ex-ministre de l'Intérieur Roni Milo, qui représenterait les intérêts des entreprises d'armement israéliennes.

Le quotidien Yediot Aharonot constate également la participation d'Israël au renforcement du potentiel militaire géorgien, soulignant le rôle de Juifs géorgiens dans l'établissement de contacts militaires, dont le ministre de la Défense David Kezerachvili, "un ancien Israélien qui parle couramment l'hébreu".

"Ses portes étaient ouvertes à tout Israélien qui venait et proposait à son pays des armes fabriquées en Israël. Contrairement à d'autres pays d'Europe de l'Est, ces transactions étaient rapides, essentiellement grâce à l'engagement personnel du ministre de la Défense", a déclaré une source proche des vendeurs d'armes citée par le journal.

Après la reprise des hostilités en Ossétie du Sud, le ministère israélien des Affaires étrangères a proposé d'interdire complètement les livraisons d'armes à la Géorgie, proposition qui n'a jusqu'à présent pas trouvé de soutien au ministère de la Défense, selon les médias israéliens.

Mardi 12 Août 2008

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Ossétie du Sud: Washington avait sous-estimé l'armée russe (Stratfor)

Posté le 12.08.2008 par djamazz
Ossétie du Sud: Washington avait sous-estimé l'armée russe (Stratfor)

Le conflit en Ossétie du Sud a démontré la capacité de Moscou à mener des opérations militaires et à s'imposer face aux troupes formées par des instructeurs américains, a affirmé lundi le cabinet de conseil Stratfor, surnommé "la CIA privée".

"Par son opération en Ossétie du Sud, la Russie a démontré trois éléments. Primo, elle a montré que son armée est capable de réussir les opérations entreprises, ce dont doutaient beaucoup d'analystes étrangers; secundo, les Russes ont prouvé qu'ils pouvaient s'imposer face aux troupes entraînées par des conseillers américains; et tertio, la Russie a montré que les Etats-Unis et l'OTAN n'étaient pas dans une situation propice à une ingérence militaire dans le conflit", lit-on dans un rapport analytique publié par Stratfor.

Selon les auteurs du rapport, ces signaux visent toutes les anciennes républiques de l'URSS, y compris l'Ukraine. "Ces signaux visaient également la Pologne et la République tchèque qui s'apprêtent à accueillir le bouclier antimissile américain sur leur sol. Bien sûr, la Russie ne menace d'intervenir nulle part, mais elle propose de remettre en cause la répartition des forces dans la région", souligne le document.

Moscou pourrait ensuite exiger sinon un changement du régime politique en Géorgie, au moins le départ du président géorgien Mikhaïl Saakachvili, indiquent les analystes de Stratfor.

Dans le même temps, selon Stratfor, la situation reste critique sans que l'on sache si Moscou est satisfait des premiers résultats de son opération. "Moscou semble vouloir encore plus, et la Russie pourrait recourir à la force pour y parvenir. Aujourd'hui encore, elle continue d'anéantir ce qu'il reste de l'armée géorgienne", constatent les analystes américains.

Toutefois, Stratfor n'exclut pas qu'une solution diplomatique puisse être trouvée, grâce notamment aux efforts de la France et de l'Allemagne. "Mais, plus les initiatives diplomatiques dépourvues d'arguments musclés seront nombreuses, plus la Russie se sentira sûre d'elle", avertit le cabinet de conseil.

Mardi 12 Août 2008

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Ossétie du Sud: jusqu'à 3.000 mercenaires étrangers côté géorgien

Posté le 12.08.2008 par djamazz
Ossétie du Sud: jusqu'à 3.000 mercenaires étrangers côté géorgien (renseignements russes)

Plusieurs milliers de mercenaires étrangers dirigés par des instructeurs américains se battent du côté géorgien dans le conflit qui fait rage depuis vendredi en Ossétie du Sud, a indiqué à RIA Novosti un haut responsable des services de renseignement russes.

"Selon les données dont nous disposons, entre 2.500 et 3.000 mercenaires participent aux hostilités côté géorgien contre les forces russes de maintien de la paix", a-t-il déclaré, précisant qu'il s'agissait de "ressortissants d'Ukraine, de certains pays baltes et de plusieurs régions du Caucase".

Selon la même source, ces mercenaires sont coordonnés par des instructeurs militaires américains, dont la Géorgie abrite un millier, qui eux-mêmes ne participent pas aux combats.

Quelques groupes de mercenaires ont été tués par les services secrets russes, et plusieurs hommes ont été faits prisonniers et traduit devant des juges d'instruction russes, a précisé l'interlocuteur de RIA Novosti.

Lundi 11 Août 2008

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Ossétie du Sud: une opération des forces russes en cours (Medvedev)

Posté le 09.08.2008 par djamazz
Ossétie du Sud: une opération des forces russes en cours (Medvedev)

Les forces russes de maintien de la paix sont en train de contraindre la Géorgie à cesser le feu dans la zone du conflit osséto-géorgien, a déclaré samedi à Moscou le président russe Dmitri Medvedev.

"Nos casques bleus et les unités qui leur sont affectées effectuent actuellement une opération visant à contraindre la Géorgie à la paix. Il leur incombe aussi la responsabilité de défendre la population. Nous nous occupons de tout cela", a-t-il déclaré recevant au Kremlin le ministre de la Défense Anatoli Serdioukov et le chef d'Etat-major des forces armées ruses Nikolaï Makarov.

L'armée géorgienne est intervenue dans la nuit de jeudi à vendredi en Ossétie du Sud, une des deux républiques séparatistes qui revendique son indépendance par rapport à la Géorgie, et a pilonné Tskhinvali, la capitale sud-ossète. Une grande partie de la ville est sous les décombres, et beaucoup de villages ossètes ont été fortement endommagés. Les autorités sud-ossètes font état de nombreuses victimes parmi la population civile, et le ministère russe de la Défense a annoncé la mort de 15 casques bleus russes et de nombreux blessés.

Des unités de la 58e armée russe sont entrées vendredi en Ossétie du Sud et ont atteint dans la nuit les environs de Tskhinvali malgré les tirs d'artillerie géorgiens, a déclaré le colonel Igor Konachenkov, porte-parole de l'armée de terre russe, interrogé plus tôt par RIA Novosti.

Ossétie du Sud: un bataillon russe rejoint les casques bleus
Ossétie du Sud: une opération des forces russes en cours (Medvedev)
Un bataillon russe a rallié le camp des casques bleus russes bloqué à proximité de Tskhinvali, la capitale de l'Ossétie du Sud séparatiste assiégée par les Géorgiens, a déclaré samedi le colonel Igor Konachenkov, porte-parole de l'armée de terre russe, interrogé par RIA Novosti.

A la suite d'une percée réalisée dans la nuit passée, ce bataillon de la 58e armée dépêchée en renfort a apporté aux casques bleus un lot de denrées alimentaires, de médicaments et de munitions, mais aussi a entamé l'évacuation des blessés.

Selon le colonel Konachenkov, les combats se poursuivent dans la capitale, même si l'intensité du feu est moins importante que les jours précédents.

L'armée géorgienne est intervenue dans la nuit de jeudi à vendredi en Ossétie du Sud, une des deux républiques séparatistes qui revendique son indépendance par rapport à la Géorgie, et a pilonné Tskhinvali, la capitale sud-ossète. Une grande partie de la ville est sous les décombres, et beaucoup de villages ossètes ont été fortement endommagés. Les autorités sud-ossètes font état de nombreuses victimes parmi la population civile, et le ministère russe de la Défense a annoncé la mort de 15 casques bleus russes et de nombreux blessés.

Ossétie du Sud: l'agression géorgienne a fait plus de 1.000 morts (ministre nord-ossète)
Ossétie du Sud: une opération des forces russes en cours (Medvedev)
Selon les premières informations, l'attaque des troupes géorgiennes contre Tskhinvali aurait fait plus de 1.000 morts parmi la population civile, a confié par téléphone à RIA Novosti Teimouraz Kassaïev, ministre nord-ossète des Affaires ethniques.

"Selon les informations dont nous disposons, le pilonnage nocturne de Tskhinvali a fait un grand nombre de victimes. Le Comité de presse et d'information de l'Ossétie du Sud fait état de plus de 1.000 morts", a-t-il affirmé.

Samedi 09 Août 2008

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À l'ombre des jeux olympiques, les US ont lancé une guerre contre la Russie

Posté le 09.08.2008 par djamazz
À l'ombre des jeux olympiques, les US ont lancé une guerre par procuration contre la Russie

Un dernier coup tordu de Bush. Il a profité de ce que les médias sont accaprés par l'ouverture des XXIXèmes olympiades de Pékin pour lancer son protégé de Géorgie contre la République Sud-ossète. Le principe mis en avant est l'intégrité territoriale de la Géorgie.
Or ce principe n'a plus aucune valeur dans la zone ex-soviétique. La Géorgie est elle-même née d'une scission de l'URSS. L'indépendance du Kossovo est là pour prouver ce fait que dans les zones en ébullition interne SANS INTERVENTION ETRANGERE MAIS PAR LE FAIT DE TROUBLES INTERIEURS, que dans les zones où les états sont en déliquescence, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes prime sur la souveraineté des Etats défaillants.

La revendication géorgienne sur l'Ossétie du Sud, sur l'Abkhazie, sur l'Adjarie n'a pas de fondement juridique. Donc son agression d'aujourd'hui est l'agression d'un Etat contre un autre. Une agression caractérisée qui passe outre un mandat de séparation des belligérants émis par l'ONU, une agression qui n'a pas reculé devant le fait de tuer des soldats missionnés par l'ONU.

La Russie va-t-elle assumer pleinement la mission que lui a confié l'ONU et empêcher l'annexion pure et simple de l'Ossétie du sud ? C'est le suspens total. Voyons quels sont les enjeux régionaux et mondiaux de "cette sortie surprise" de Bush.


Dans la nuit du 7 au 8 août 2008, nuit qui a précédé l'ouverture des XIXèmes jeux olympiques, l'armée géorgienne a engagé son armée dans une offensive contre l'Ossétie et l'Abkhazie, des pays musulmans indépendants depuis la chute de l'URSS, situés entre les frontières actuelles de la Russie et de la Géorgie,.

Sans le soutien financier et militaire des USA cette nouvelle guerre du Caucase, à la frontière directe de la Russie, était inimaginable. Quels en sont ses enjeux ?

Le principal protagoniste dans cette affaire, ce sont les USA. Sans eux, cette bataille n'aurait pas pu commencer. Ils ont fourni l'aide nécessaire (financière, réseaux d'influence, diplomatie, etc.) au parti du président actuel de Géorgie pour qu'il gagne des élections truquées par ailleurs. Puis, ils l'ont incité à annexer les pays en question.

On ne peut certes pas totalement effacer le rôle des protagonistes locaux. Mais depuis la guerre froide, on sait que les décisions principales dans ces « conflits secondaires », que ce soit au Vietnam ou à Cuba ou au Moyen-Orient, se prennent très loin du champ de bataille.

En 1973, en pleine guerre du Vietnam, les USA furent obligés de concéder publiquement, par des accords signés par Richard Nixon, l'égalité stratégique des USA et de l'URSS. Cette égalité fut même corrigée au profit de l'URSS par la victoire des Vietnamiens, grâce à l'aide soviétique.

Par la suite, l'éclatement de l'URSS a donné naissance à l'espoir aux Américains de non seulement neutraliser l'ancienne super puissance soviétique, mais de prendre le contrôle de ses richesses naturelles immenses.

Quand l'URSS se fut dissoute, la primauté du respect à la souveraineté nationale a cédé dans cet espace post-soviétique devant le respect du droit des peuples à l'autodétermination. Des États nouveaux sont nés sur la base de ce droit des peuples. La Géorgie est née ainsi. La République Sud-Ossète, l'Abkhazie, l'Adjarie, la Transnistrie aussi. Par la force, la Géorgie refuse l'indépendance de l'Ossétie du sud, de l'Abkhazie, de l'Adjarie.

Dans le conflit présent entre la Géorgie et l'Ossétie du sud, les ficelles sont tirées depuis Washington et Moscou.

Selon Moscou, il est impensable de permettre à la Géorgie d'annexer ces deux mini-États récemment créés si celle-ci devait intégrer l'OTAN. En effet, dans une telle perspective, ces deux régions seraient utilisées contre la Russie. C'est somme toute une position légitime : la Russie est sur la défensive face aux avancées US qui veulent intégrer la Géorgie dans l'OTAN.

Selon le régime de Géorgie, né des révolutions oranges, téléguidées par les USA, l'appartenance à l'OTAN est le meilleur rempart contre un retour d'influence séculaire russe.

Pour les USA, il faut enserrer la Russie dans réseau de bases militaires de l'OTAN et de pays hostiles. C'est le meilleur moyen de « clouer définitivement le bec » de la Russie sur la scène internationale, de l'isoler, de neutraliser sa diplomatie par la menace à sa sécurité et si nécessaire (si les relations USA-Russie devaient un jour aller jusqu'à la confrontation) pour pouvoir lancer impunément une première frappe paralysante imparable à cause du très court délai entre le lancement des vecteurs US et leur impact sur les centres névralgiques russes. Le but ultime étant d'amener à terme la Russie à céder ses richesses naturelles à vil prix.

Cette ligne politique régionale des USA entre dans le cadre d'une vision plus large dont l'objectif principal, issu de la déconfiture de l'URSS est de ne jamais permettre que, de nouveau, ils soient dans l'obligation de reconnaître à un autre pays le statut d'alter ego. C'est d'ailleurs pour cette même raison qu'ils ont toujours fait le nécessaire pour empêcher l'émergence d'une politique étrangère européenne indépendante et son corollaire, une industrie militaire et une armée intégrées.
Ils veulent résolument être et rester le seul pays à pouvoir décider du destin des autres peuples du monde et à disposer des richesses naturelles de la planète. Cela a abouti à au plan visant à proclamer le monde entier comme nouveau champ d'intervention de l'OTAN.

Or la Russie, née d'une maladie existentielle de l'URSS, a actuellement reconstitué en partie son économie et ses structures étatiques. Ce n'est plus un pays en déshérence. Elle tend à reprendre la défense de ses intérêts. Et donc à sa frontière immédiate en ne permettant pas l'installation de l'OTAN à sa frontière. D'où le choix posé à la Géorgie : la colonisation de l'Ossétie du Sud en échange du refus d'entrer dans l'OTAN.

La Géorgie a pris la Russie de vitesse.

Juste après la proclamation de la sécession-indépendance du Kosovo, ancienne province de la Serbie. État immédiatement reconnu par les USA au grand dam de la Russie. Celle-ci aurait pu reconnaître en réponse l'indépendance des provinces d'Ossétie, d'Abkhazie, de Transnistrie. Une telle reconnaissance en temps opportun aurait autorisé juridiquement la Russie à fournir à l'Ossétie toute aide militaire nécessaire y compris une intervention directe aux côtés des troupes du pays.

Mais, la Russie a temporisé. Les USA en ont profité ; ils ne lui ont pas donné le loisir de prolonger le suspens sur ses intentions relativement aux « conflits gelés » d'Europe centrale : ils ont dégelé par la force militaire et l'argent (le président géorgien peut promettre 40 milliards de dollars US en réparation aux victimes de son agression militaire) celui qui existait entre la Géorgie et L'Ossétie du Sud.

La Russie est restée bouche bée, ce lendemain d'attaque militaire menée avec des tanks, de l'artillerie, avec des avions.

Les autres conflits semblent en attente d'une action analogue de la Géorgie. ; faut-il les considérer comme des conflits désormais réglés et classés… aux dépens de la Russie.

Dans l'avenir, si l'action géorgienne est couverte de succès, la carte stratégique du monde sera plus claire : à court terme, l'OTAN va se retrouver directement à la frontière de la Russie, avec ses tanks, ses radars, ses missiles et les USA loin derrière cette frontière chaude et ses dangers. La Russie aura perdu une partie serrée et elle aura perdu aussi pour plus longtemps son crédit de grande puissance sur l'arène internationale. Elle avait vendu son accord pour la première agression contre l'Irak ; elle n'a rien fait pour empêcher la seconde. Elle a déjà vendu son vote au sein du Conseil de Sécurité pour valider les sanctions illégitimes et post-coloniales contre l'Iran. Elle a bradé l'unité de la Serbie qu'elle aurait pu soutenir militairement. Elle aurait enfin abandonné ses alliés et subi la mort violente de ses propres citoyens, juste à sa frontière géorgienne.

Que lui resterait-t-il encore à défendre contre les appétits US sinon son territoire ?

Mais ce sont là des hypothèses conditionnelles...

Paradoxalement, pour le reste du monde, cette dernière agression va certainement créer un nouveau contexte où la Russie capitaliste va enfin comprendre que le danger qui la menaçait durant la guerre froide n'a pas disparu avec la fin de celle-ci : l'opposition USA-URSS n'était pas tant idéologique qu'économico-militaire. Les visées expansionnistes impérialistes sont toujours là. Plus que jamais. Par conséquent, la Russie va redécouvrir l'utilité d'alliances internationales pour la défense des souverainetés nationales.

Par exemple, l'Iran ne lui apparaîtra plus comme un voisin « à vendre aux USA et à Israël » en échange de l'accès à l'Organisation Mondiale du Commerce et/ou au marché US, mais comme un précieux allié pour damer le pion à l'expansionnisme US au Moyen-Orient et pour éloigner les appétits américains de son propre territoire.

Faut-il aller jusqu'à espérer qu'elle fournira des missiles anti-hélicoptère et anti-avion aux Palestiniens du Hamas qui en ont tellement besoin pur se défendre contre les agressions israéliennes maintes fois condamnées par l'Assemblée Générale de l'ONU ?
Point trop n'en faut. Une telle décision serait raisonnable du point de vue de ses intérêts nationaux puisqu'Israël qui abritait déjà des dépôts d'armes US pré positionnées pour une éventuelle guerre contre la Russie va bientôt accueillir un radar du même type que celui qui sera installé en Tchéquie… et ce radar sera géré par des militaires US.

Mais je doute que les dirigeants russes actuels iront jusque là dans l'analyse de leurs intérêts immédiats, à moyen et long terme.

Pour le moment, il faut plutôt interpréter ces reculades successives de la Russie comme le signe d'une dépendance réelle ou perçue comme telle, trop grande de son économie actuelle vis-à-vis des brevets US et vis-à-vis des échanges commerciaux avec les USA. Il est vrai qu'il existe en Russie un fort courant idéologique, basé sur les puissances financières créées avec l'argent volé au peuple russe et préconisant la soumission totale aux USA en échange de quelques miettes des rapines impérialistes à travers le monde.

Ces idéologues russes anti-russes oublient que le gâteau à partager entre les USA, le Royaume-Uni, la France, etc., c'est eux-mêmes, ce sont leurs biens, ce sont les richesses de la Russie : le pétrole, le gaz, les forêts, les gisements miniers de Sibérie et de la région arctique.

Mais la perception de cette dépendance par les dirigeants russes ira-t-elle au point de paralyser leur diplomatie et la coopération militaire avec ses alliés ?

Si tel était le cas, alors, la lutte des peuples pour le respect des souverainetés et pour le droit au développement, le droit de libre accès aux sciences devra passer par les périphéries comme l'Afghanistan, l'Irak, le Venezuela, le Belarus, l'Iran, la Corée du Nord, la Bolivie, le Nicaragua, Cuba, etc. Parce que les USA, quelle que soit leur puissance militaire et économique, ne peuvent pas vaincre partout et en même temps.

Les peuples agressés, pillés, épris de justice n'ont de toute façon aucune alternative que la lutte pour défendre leurs droits, leurs biens, leur développement autonome. Les intellectuels de ces pays et plus particulièrement ceux des pays développés, eux ont un choix : vendre leur âme au diable dollar ou sauver leur honneur en se mettant aux côtés des forces vives des nations pour le progrès de l'humanité vers une application réelle et universelle de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

En attendant, nous avons vu avec beaucoup d'émotion la cérémonie d'ouverture des XXIXèmes olympiades des temps modernes à Pékin. Nous y avons vu Bush. Nous y avons vu Poutine ; Monsieur Medvedev est resté à Moscou, sans doute pour mieux suivre la situation en Ossétie du sud.
Pendant ce temps, des Sud-Ossètes, des Musulmans se faisaient assassiner par des Géorgiens, financés et aidés par des Américains. Le parlement sud-Ossète a publié une déclaration où on peut lire :
« Le peuple de l'Ossétie du Nord multiethnique est indigné par les démarches déployées des responsables politiques géorgiens qui ont dépassé toutes les limites de l'éthique humaine. Dans le même temps, nous sommes très étonnés de la passivité des casques bleus russes dans une situation où des civils meurent et où une minute de retard apporte de nouvelles victimes. Nous nous sentons dépourvus de toute protection, quand la petite ethnie ossète est en cours d'extermination ».

L'agression géorgienne n'est pas survenue dans un ciel bleu.
Beaucoup de signes précurseurs ont été remarqués depuis plus d'un semaine : regroupement de forces, attaques exploratoires, survol de drones.
Les dirigeants russes savaient ce qui se tramait.
Les dirigeants US le savaient d'autant plus que c'est eux qui sont derrière cette agression.

L'armée russe ayant mandat pour séparer les belligérants était sur place. Jusqu'à aujourd'hui, elle n'a rien entrepris de décisif. Pourtant des « soldats de la paix » russes missionnés par l'Onu ont été tués par les forces géorgiennes.

La Russie n'a pas encore dit son dernier mot à ce dernier coup tordu de Bush.
Espérons un sursaut du patriotisme russe qui viendrait au secours des Sud-Ossètes.

Samedi 09 Août 2008
abdellah.ouahhabi@online.fr

Turquie : certaines bases arrières du réseau Ergenekon sont à Washington

Posté le 09.08.2008 par djamazz
Turquie : certaines bases arrières du réseau Ergenekon sont à Washington

L’enquête sur les marionnettistes derrière la déstabilisation de la Turquie a permis de mettre en lumière l’implication d’un certain nombre de « temples » de la pensée néo-conservatrice aux Etats-Unis, dont l’Institut Hudson, l’American Enterprise Institute (AEI) ainsi que le Center for Security Policy de Frank Gaffney.

Ces think-tanks ont joués un rôle clef dans la campagne visant à dénigrer le Parti au pouvoir en Turquie depuis 2002, le parti de la Justice et du développement (AKP ou Adalet ve Kalkinma Partisi).

Ils ont ainsi servi de base arrière pour le réseau Ergenekon, un réseau d’extrême droite impliquant les « Loups gris » actuellement en voie de démantèlement par les autorités turques car soupçonné de fomenter un coup d’Etat militaire, selon une nouvelle « stratégie de la tension », dans le sillage du réseau notoire des stay-behind, Gladio.

Au centre de cette opération se trouve une certaine Zeyno Baran, citoyenne américaine d’origine turque à l’Institut Hudson, où l’on trouve également David Wurmser et le néo-con « frenchy » Laurent Murawiec.

Le 2 août, Mme Baran a presque ouvertement défendu Ergenekon dans un article publié par le Wall Street Journal sous le titre « Les Islamistes turcs inspirent un nouveau climat de peur ».

Déçue du fait que les Etats-Unis et l’UE aient accueilli favorablement la décision de la Cour constitutionnelle de ne pas déclarer l’AKP anti-constitutionnel, elle qualifie l’enquête de la justice turque de campagne d’harcèlement contre l’opposition.

On ne s’étonnera pas qu’elle se soit scandalisé du fait que le nom du vice-président américain Dick Cheney ait été évoqué dans ce contexte.

« Le journal le plus important de l’opposition turque, Cumhuyiyet semble une cible clef. Les lignes téléphoniques de ces rédacteurs furent mises sous écoute, et quelques conversations supposément contre le parti AKP ont été révélées par la grande presse » [ceci est un mensonge, car la presse les a découvert dans un rapport sur l’enquête rendu public.] – notamment une transcription d’une conversation privée entre le correspondant américain du journal turc et des membres du staff de Dick Cheney ».

Mme Baran se plaint ensuite qu’Illan Selcuk, un des éditorialistes principaux du journal, ait été inculpé car soupçonné dans l’affaire Ergenekon.

Mme Baran est l’épouse de Matthew J. Bryza, le sous-secrétaire d’Etat américain pour les Affaires européennes et eurasiatiques depuis juin 2005. Diplomate de carrière, Bryza passe sa vie entre la Turquie, le Caucase et l’Asie centrale, et s’occupe des points chauds comme l’Ossétie du Sud, l’Abkhazie ainsi que des gazoducs qui ont provoqué tant de tensions depuis l’effondrement de l’URSS. On ne sera pas surpris du fait que M. Bryza est fréquemment invité comme orateur à l’Institut Hudson.

Il faut signaler ici le fait que le général Suka Tanyeri, directeur général du Strategic Research and Study Center de l’état major américain, vient d’être mis à la retraite.

La presse américaine suggère qu’une des raisons pour cette décision peut provenir de sa présence à des sessions spéciales, organisées derrière portes closes par l’Institut Hudson en juin 2007, où des scénarios délirants sur une déstabilisation éventuelle de la Turquie furent débattus.

A l’époque, cette conférence, à laquelle Baran avait assisté, avait créé un certain bruit car elle se déroulait pendant les élections. Un des scénarios étudiés envisageait l’explosion de deux bombes, dont une dans la capitale Istanbul, tuant une cinquantaine de personnes qui serait attribué aux agissements des extrémistes kurdes du PKK et servirait à justifier une invasion de l’Irak.

N’est-il pas étonnant qu’aujourd’hui, en pleine enquête judiciaire sur Ergenekon, et au moment même où la Cour constitutionnel examinait la légalité de l’AKP, deux bombes aient explosé ? Une bombe a explosé à Istanbul et l’autre le lendemain à Kirkuk, une ville du nord de l’Irak.

Les experts y voient une manipulation visant à empoisonner les relations qui s’étaient récemment améliorées.

Pour creuser le sujet : focus

Vendredi 08 Août 2008

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Mutation de l’appareil militaire français

Posté le 07.08.2008 par djamazz
Mutation de l’appareil militaire français: Adaptation aux besoins d’une guerre permanente mondialisée

par Karim Lakjaa

Mondialisation.ca, Le 5 aout 2008


Source de la photo: Le Point

La France vit une véritable révolution de ses affaires militaires, comme le prouvent la publication en juin 2008 du livre blanc de la défense, le reformatage de son appareil militaire, le niveau important de ses opérations extérieures, la nomination d’un nouveau chef d’Etat major de l’armée de terre spécialiste des opérations extérieures et l’ouverture d’une nouvelle base dans les Emirats Arabes Unis.


L’actuel président de la République en a décidé ainsi, même si ces mesures sont mal vécues par une partie de son électorat (militaires et personnels, élus locaux des collectivités locales et populations dépendantes économiquement de la présence militaire).


Cette restructuration traduit la volonté présidentielle de maintenir la France parmi les grandes nations militairement présentes aux cotés des Etats-Unis, dans la guerre mondialisée dont le symbole majeur est représentée par le 11 septembre 2001.

Maintenir le rang militaire de la France et sa place aux cotés des Etats-Unis

L’intervention de Nicolas Sarkozy, lors du sommet de l’OTAN de Bucarest, le 3 avril 2008, est, en effet, très claire « Nous avons besoin de l’OTAN et d’une défense européenne. Nous avons besoin des Etats-Unis et les Etats-Unis ont besoin d’alliés forts. Cela ouvre la porte pour la France à une rénovation forte de ses relations avec l’OTAN."[1] Cette politique n’est pas pour déplaire outre-Atlantique où certains observateurs aussi avisés qu’Anthony Codersman, tirant les leçons de la guerre en Iraq et en Afghanistan[2] notent que « Les Etats-Unis ne sont une superpuissance que dans le cadre d’alliances ». Cette tête pensante du Center for Strategic and International Studies (CSIS) ajoute que les guerres se gagnent ou se perdent notamment en raison de la qualité des alliances contractées.


Le 17 juin 2008, dans son discours sur la défense et la sécurité nationale, le Président de la République poussait la logique qui l’anime à son paroxysme : « Chaque époque historique a un esprit. L’esprit du XXIème siècle, c’est la mondialisation. Prendre notre place dans ce monde nouveau, c’est notre premier objectif. Nous avons tout pour y figurer au premier rang. Le dynamisme de notre population. Notre vitalité démographique. La puissance de notre industrie. L’excellence de nos technologies. La qualité de nos infrastructures. La richesse de notre patrimoine. Les enseignements de notre histoire. Nous avons le devoir d’y figurer au premier rang. Nous sommes membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, nous portons une responsabilité particulière pour le maintien de la paix et de la sécurité internationale. Être membre permanent, ce n’est ni un statut, ni un privilège. C’est une mission au service du monde. J’ajoute que les pays qui souhaitent exercer ces responsabilités doivent aussi comme nous être prêts à en payer le prix du sang. J’entends que la France soit capable d’assumer cette responsabilité et de s’engager pour mettre en œuvre les principes de la Charte et la responsabilité de protéger. C’est ce qu’elle a fait encore cette année au Tchad, en prenant l’initiative, cher Bernard KOUCHNER, du déploiement de l’EUFOR. Et si la France n’avait pas été là, qui aurait fait à notre place ? C’est ce que nous faisons en Afghanistan avec le renforcement de notre contingent, dans le cadre des mandats de l’ONU ».


Il ne s’agit pas là, de simples mots mais bien d’une réalité concrète. Comme le soulignait avec fierté l’ambassade de France au Canada[3] sur son site internet, avec 16 000 hommes, la France est le deuxième contributeur au monde par le nombre de troupes déployées à l’étranger dans des opérations de gestion des crises. Elle est également le 3ème contributeur à l’OTAN. Or, maintenir un tel niveau d’engagement des forces militaires en OPEX (opérations extérieures) est en contradiction avec l’organisation stratégique française actuelle, encore tournée pour partie vers l’URSS défunte. Le système militaire hexagonal tant dans ses moyens humains, financiers que matériels n’est plus adapté à une situation de guerre permanente et mondialisée. Ainsi de 16 000 soldats en OPEX en 2006, la France[4] est-elle passée à 12 000 en juillet 2008 : 5555 en Afrique, 2750 en Asie centrale (Afghanistan), 2150 en ex Yougoslavie, 1620 au Proche – Orient (Liban et Sinaï), 30 en Haïti….


Malgré cette difficulté, le Président Français de la République n’avait pas hésité à annoncer, lors du sommet de l’OTAN de Bucarest : « la France a pris la décision d’envoyer un bataillon supplémentaire dans l’est. Et la France prendra aussi le commandement de la région Centre à compter de cet été ».

1000 militaires français en renfort des 1500 déjà présents en Afghanistan

Chose promise, chose faîte. Plus de 2600 militaires français sont aujourd’hui déployés en Afghanistan ainsi qu’au Tadjikistan, au Kirghizistan et dans l’océan Indien aux cotés de 52 700 soldats de la Force Internationale d'Assistance à la Sécurité (FIAS ou ISAF), et de 20 000 militaires d’Enduring Freedom. Les principaux contingents[5] viennent des Etats-Unis (19 000), du Royaume-Uni (7 750), d'Allemagne (3 490), du Canada (2 500), d'Italie (2 360), des Pays-Bas (1 730), de France (1 430) et d'Australie (1 100).


Suite aux attentats du 11 septembre 2001, les Américains ont lancé l’Opération Enduring Freedom (OEF) destinée à éliminer le régime Taliban et à lutter contre le « terrorisme ». La France y participe dans le cadre des Task Force 150 et 57.


Quant à l’ISAF, elle prend appuie sur la résolution 1386, adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, le 20 décembre 2001, autorisant « la constitution pour six mois d’une force internationale d’assistance à la sécurité pour aider l’Autorité intérimaire afghane à maintenir la sécurité à Kaboul et dans ses environs, de telle sorte que l’Autorité intérimaire afghane et le personnel des Nations Unies puissent travailler dans un environnement sûr ». Le 11 août 2003, l'OTAN a pris la direction de l'ISAF, succédant à la Grande-Bretagne, la Turquie, l'Allemagne et aux Pays-Bas. Selon, Jaap de Hoop Scheffer, Secrétaire général de l’OTAN, «Cette tâche est l’une des plus délicates que l’OTAN ait jamais eu à entreprendre, mais c’est une contribution essentielle à la sécurité internationale ».


Les actions menées par les soldats français relèvent donc soit d’Enduring Freedom soit de la FIAS (ISAF). Elles étaient jusqu’à présent diverses ; la majorité du contingent hexagonal ne participant pas directement aux combats mais contribuant au contrôle de Kaboul, au soutien à la montée en puissance de l’armée nationale afghane par la formation, et au fonctionnement des Operational Mentor and Liaison Team (OMLT : équipes intégrées dans les unités opérationnelles de l'armée nationale afghane).


Néanmoins, les hommes du Commandement des Opérations Spéciales[6], la Marine et l’Armée de l’Air ont concouru et concourent à des actions de combat principalement dans le cadre d’Enduring Freedom.


Contrairement aux troupes françaises de l’ISAF, « les forces spéciales françaises sont sous commandement américain », comme le soulignait le 11 avril 2006, le général Benoît Puga, commandant des opérations spéciales, devant la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale. Le COS comprend diverses unités comme le 1er RPIMa (Régiment Parachutiste d'Infanterie de marine), les Commandos-Marine (FORFUSCO), Les CPA (Commandos parachutistes de l'air N°10), le 13ème RDP (Régiment des Dragons Parachutistes), la DAOS (division des opérations spéciales), l'EHS – (Escadrille des hélicoptères spéciaux). Ses missions relèvent du renseignement et de la guerre électronique, qui permettent notamment de réaliser des écoutes de réseaux terroristes. Selon le général Benoît Puga, « en Afghanistan, ces écoutes constituent un véritable atout et contribuent à hauteur de 40 % à la lutte contre l'utilisation d'engins explosifs improvisés ». Le COS mène également des missions d’action : attaques d’objectifs (centre de gravité ou point décisif), neutralisation d’installations, de réseaux ou des lignes de communication, capture ou récupération de personnel ou de matériel, actions de diversion ou de déception, contre-terrorisme (libération, reprise de contrôle), fourniture d’appuis spéciaux (commandement, transport, feu…). A cela s’ajoutent des missions d’environnement : formation, conseil et encadrement d’unités militaires étrangères, participation au processus d’évaluation et d’aide à la décision, notamment lors de l’ouverture d’un théâtre d’opérations, protection de personnalités.


Le 11 avril 2006, le général Benoît Puga, devant la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale résumait l’action de ses troupes : « En ce qui concerne l'Afghanistan, la décision du Président de la République d'engager les troupes françaises, prise en mai 2003 en marge du G8 d'Evian, concrétise l'engagement de la France dans la lutte contre le terrorisme, déjà manifesté après le 11 septembre 2001, et a permis de resserrer les liens avec les militaires américains. Le Président de la République a souhaité que les missions des forces spéciales en Afghanistan se déroulent dans une très grande confidentialité pour deux raisons : d'une part, cela correspond au mode de fonctionnement des forces spéciales américaines, qui ne reçoivent jamais les journalistes ni les parlementaires sur leurs lieux de déploiement ; d'autre part, cette confidentialité constitue la première mesure de sécurité pour les soldats engagés, qui opèrent par petites équipes de quatre ou cinq personnes, loin de leurs bases. Un strict secret doit s'imposer à tous, y compris lors de l'analyse des missions effectuées, compte tenu de la dangerosité des terroristes. La mission des forces spéciales en Afghanistan est de rechercher les renseignements et de neutraliser les Talibans. La situation militaire du pays peut être considérée comme totalement sous contrôle. Les Talibans n'ont plus la capacité de mener une opération militaire d'envergure contre la coalition ou l'OTAN, même si de petits groupes terroristes peuvent localement constituer une nuisance mortelle, en utilisant des engins explosifs improvisés et en raison de leur connaissance du terrain. La France travaille de concert avec l'armée afghane afin de permettre au gouvernement afghan d'assumer ses responsabilités en matière de sécurité et de défense »[7].


Il ajoutait « En Afghanistan, il convient de souligner que les forces américaines partagent sans réticence les matériels et les clés de cryptage avec les forces françaises. L'effort budgétaire doit être poursuivi dans ce domaine capital. Pour les drones, la question est de savoir si les forces spéciales elles-mêmes doivent en être dotées ou si elles doivent les utiliser ponctuellement. Actuellement, en Afghanistan, le COS bénéficie de tous les moyens américains, des B52 aux drones Predator en passant par les avions de combat. Les forces spéciales françaises expérimentent un drone spécifique, conçu en collaboration avec le 1er RPIMa, mais ce type de drones légers, très utiles en combat urbain, manque de discrétion car ils signalent instantanément la proximité de leurs utilisateurs ». Les hommes du COS ont également eu à plusieurs reprises recours à des avions français en Afghanistan.

En effet, « des Mirage 2000 ont été placés sous son commandement opérationnel lorsqu'ils participaient à une opération spéciale »[8]. Depuis octobre 2001, la France apporte un soutien aérien aux opérations OEF et FIAS. Ce soutien s’applique dans les domaines de l’appui des troupes au sol, du renseignement, du transport et du ravitaillement. Il s’exerce de manière permanente depuis Kandahar (Afghanistan), Douchanbé (Tadjikistan) et Manas (Kirghizistan). En plusieurs occasions, il a été renforcé par le groupe aérien mis en œuvre depuis le porte-avions Charles de Gaulle navigant dans le nord de l’océan Indien. Les avions de combat qui opéraient depuis Douchanbé au Tadjikistan, ont été redéployés sur la base OTAN de Kandahar en Afghanistan, le 26 septembre 2007. 1120 missions et 3715 heures de vol ont été effectuées de cette date à juin 2008 par des Mirage 2000 D, des Mirage F1, des SEM (Super Etendards Modernisés) et des Rafales pour lesquels l’Afghanistan constitue une merveilleuse vitrine commerciale. Les Rafales utilisent notamment des bombes AASM (Armement air-sol modulaire)[9] à 143 000 € pièce. En Iraq comme en Afghanistan, le nombre d’aéronefs est crucial[10]. Sur ces deux théâtres militaires, l’US Air Force a réalisé 130 000 missions de soutien aérien et 375 000 heures de vol[11]. Anthony Cordesman adresse d’ailleurs une mise en garde au sujet de cet usage massif du Close Air Support (CAS – Appui sol)[12] en invitant les forces armées à mettre en œuvre une très grande prudence en matière d’attaques aériennes, afin de réduire les dommages collatéraux parmi les civils[13].


Quant à la composante marine de l'opération Enduring Freedom (TF 150 et TF 57), elle a pour mission de contrôler l'espace aéro-maritime du nord de l'Océan Indien (Mer Rouge, Mer d'Oman, Mer d'Arabie), d'empêcher le mouvement de «terroristes» de la zone Afghanistan vers la péninsule arabique ou la corne de l'Afrique, de lutter contre les trafics illicites (armes, drogues), contre la piraterie et le brigandage, de protéger les installations pétrolières en mer.

La France, en cet été 2008, a donc répondu favorablement à la demande formulée brutalement cet hiver par son allié US à travers la voix du secrétaire américain à la Défense, Robert Gates : «Je crains beaucoup que l'Alliance ne devienne une alliance à deux vitesses, dans laquelle certains alliés sont prêts à se battre et à mourir pour assurer la sécurité des gens, et d'autres qui ne le sont pas. Et je pense que cela va assombrir l'avenir de l'Alliance, si cela dure et si éventuellement cela empire»[14].


Elle renforce son niveau de participation en Afghanistan qui « est le théâtre d’une guerre ethnico-religieuse intense reflétant des divisions tribales et des intérêts divergents de manières plus complexe qu’en Iraq »[15]. Or, comme le souligne Anthony Cordesman du CSIS, « le problème en Afghanistan dépasse largement la seule question du niveau des effectifs des troupes »[16]. Il constate également en guise de leçon tactique ceci : « des forces adaptées constituent la clé du succès »[17] capable de mener des actions de type « Kill the cadre, not the low-level figthers »[18].

La France renforce son dispositif en Afghanistan sur fond de dégradation de la situation militaire

Les troupes françaises rejoignent l’Afghanistan à un moment critique. Les Talibans, où ceux qualifiés de tels, sont loin d’être éliminés après de 7 année de combats. Ils passent même à l’offensive, obligeant parfois les troupes de l’OTAN à céder du terrain, voire à abandonner des camps militaires. En juin 2008, à Kandahar 1000 prisonniers se sont évadés collectivement dont 400 talibans. Le Porte parole de l’OTAN en Afghanistan[19] constate « qu’Il y a eu plus de combats en 2008 qu’en 2007. » Au mois de juin, 49 soldats étrangers sont morts en Afghanistan. C’est le mois le plus sanglant pour la force internationale déployée sur place depuis 2001. Pour la deuxième fois, le décompte mensuel des morts militaires étrangers en Afghanistan est supérieur à celui de l’Iraq. 513 soldats américains sont morts en Afghanistan de 2001 à juin 2008 (4 086 en Iraq depuis 2003)[20]. Toutes nationalités confondues, 900 soldats de la coalition sont morts en Afghanistan[21]. La France arrive au 8ème rang pour les pertes (au nombre de 14) sur 40 nations présentes. Alors que ces hommes n’étaient pas stationnés dans les zones les plus dangereuses et que leurs missions n’étaient pas les plus exposées.

La situation est telle que beaucoup parlent d’échec en Afghanistan et recherchent des solutions expérimentées ailleurs et parfois hier : en Algérie[22] pour le passé avec les hélicoptères et la lutte contre la guérilla, ou aujourd’hui en Colombie. La revue de l’OTAN publiait, ainsi, dernièrement un article intitulé « « Les défis pour l’Afghanistan : l’expérience de la Colombie est riche en enseignements » [23] dans lequel le lecteur pouvait lire ceci : «Il est bon que les personnes impliquées dans la consolidation du contrôle territorial dans des environnements caractérisés par des menaces complexes comme la Colombie ou l'Afghanistan partagent régulièrement leurs expériences et leur expertise, faute de quoi des espaces voués à l'anarchie continueront à alimenter le terrorisme et le crime ».

Un tournant stratégique majeur pour la France ciblant un axe géographique prioritaire, allant de l’Atlantique jusqu’à la Méditerranée, au Golfe arabo-persique et à l’Océan indien

La présence militaire française renforcée en Afghanistan s’inscrit donc dans la refonte des armées françaises dictée dans le livre blanc de juin 2008. Nous ne présenterons pas toutes les mesures annoncées dans ce très long document. Nous nous attacherons simplement à celles qui nous semblent le plus proche du sujet de notre article.


En 1er lieu, il y a le renforcement de la capacité de projection de forces. Le champ territorial de cette projection est précis et vaste : « un axe géographique prioritaire, allant de l’Atlantique jusqu’à la Méditerranée, au Golfe arabo-persique et à l’Océan indien. Cet axe correspond aux zones où les risques impliquant les intérêts stratégiques de la France et de l’Europe sont les plus élevés »[24]. Le format de la puissance à projeter est connu : « une force opérationnelle terrestre de 88 000 hommes, autorisant une projection à distance de 30 000 hommes déployables en six mois, un dispositif d’alerte permanent de 5 000 hommes et une capacité mobilisable sur le territoire national, en appui des autorités civiles, de 10 000 hommes en cas de crise majeure » ; appuyée par « une projection à l’extérieur du territoire national de 70 avions et un dispositif d’alerte opérationnelle de l’ordre de 10 avions » prélevés sur « un parc unique de 300 avions de combat (Rafale et Mirage 2000 modernisés), air et marine, autorisant une présence permanente sur le territoire d’environ 5 escadrons ».


Ces opérations extérieures nécessiteront davantage de moyens matériels, d’où l’acquisition[25] :

- De 650 véhicules blindés modernes pour le combat d’infanterie ;

- De plusieurs centaines de véhicules porteurs blindés protégés contre les bombes et les mines (les IED (mines et bombes sont la principale cause de décès en Afghanistan et en Iraq)

- De drones de surveillance et de drones armés

- De bâtiments de projection et de commandement (BPC) de type Mistral, avec leur capacité amphibie, aéromobile et d’état-major.

- De capacités de détection et d’alerte : La priorité donnée aux satellites se traduit, d’une part, par un doublement des crédits consacrés aux systèmes spatiaux militaires par rapport aux crédits actuels (380 M €) en 2008.


Toutefois, la France de 2008 n’est plus si autonome que cela. La dimension européenne est incontournable. Le livre blanc le réaffirme : « L’ambition européenne constitue une priorité. Faire de l’Union européenne un acteur majeur de la gestion des crises et de la sécurité internationale est une composante centrale de notre politique de sécurité. La France souhaite que les Européens se dotent des capacités militaires et civiles correspondantes ». La présence de l’EUFOR au Tchad en est une exemplification.


Le Livre blanc propose plusieurs objectifs concrets pour l’Europe de la défense dans les prochaines années :

- une capacité d’intervention globale effective de 60 000 hommes, déployables pendant un an sur un théâtre éloigné, avec les composantes aériennes et maritimes nécessaires ;

- la capacité de déployer pour une durée significative, deux à trois opérations de maintien ou de rétablissement de la paix, et plusieurs opérations civiles moins importantes, sur des théâtres différents ;

- une montée en puissance des capacités européennes de planification et de conduite d’opérations, militaires et civiles, parallèle au développement des interventions extérieures de l’Union ;


Le 17 juin 2008, dans son discours sur la défense et la sécurité nationale, le Président de la République rappelait que « les Européens sont engagés massivement dans les forces de l’OTAN en Afghanistan et au Kosovo où je le rappelle, ils forment la moitié des effectifs ».

Un effort financier unique au profit de cette politique de participation à la guerre mondialisée

Ce n’est donc pas un hasard si le Livre blanc souligne, au demeurant « la complémentarité entre l’Union européenne et l’Alliance atlantique » et préconise « une pleine participation de la France aux structures de l’Organisation atlantique ».


Tout cela a bien sur un coût. Comme le proclame Anthony Cordesman, « Dollars are bullets »[26]. Le livre blanc annonce donc la couleur de l’addition: “La France consacrera à sa défense un effort financier majeur et cohérent avec les choix retenus pour ses capacités militaires. Ainsi, les crédits de défense ne baisseront pas. Dans un premier temps, les ressources annuelles (hors charges de pension) seront maintenues en volume, c’est-à-dire croissant au rythme de l’inflation. Elles pourront comporter des ressources exceptionnelles. Dans un second temps, dès l’année 2012, le budget sera accru au rythme de 1 % par an, en volume, c'est-à-dire de 1% en plus de l’inflation. D’ici 2020, l’effort total consenti pour la défense, hors pensions, s’élèvera à 377 milliards d’euros. En parallèle, les restructurations se traduiront par une diminution importante des effectifs sur six à sept ans et une réduction des coûts de fonctionnement du ministère et des armées. Les marges qui seront dégagées seront intégralement réinvesties au profit de la condition du personnel, mais surtout au profit du budget d’équipement qui passera de 15,2 milliards d’euros en 2008 à 18 milliards d’euros en moyenne par an pour la période 2009-2020 ».


Cet effort financier servira la participation de la France à la guerre permanente mondialisée que le livre blanc dépeint en plusieurs occasions. La conclusion de son introduction est la suivante « s’adapter aux bouleversements engendrés par la mondialisation ». Dans l’introduction au Chapitre 1er, on peut lire que « La mondialisation structure donc profondément l’évolution de la sécurité internationale ». En page 33, il y est écrit que « La mondialisation ne crée un monde ni meilleur ni plus dangereux qu’il y a deux décennies. Elle dessine en revanche les contours d’un système international nettement plus instable ».


Cette instabilité, les Français vont donc la payer dans un 1er temps par leur impôt pour financer la refonte des armées françaises. Il risque aussi de la régler par leur sang à l’occasion «d’actes de terrorisme en France» en guise de réponse en l’engagement de troupes françaises en Afghanistan. A moins que la «menace iranienne» décrite dans le livre blanc comme capable « de déséquilibrer tout le Moyen-Orient et au-delà » n’entraîne une nouvelle guerre. Mais rassurons nous, si le ministère de la défense ferme de nombreuses bases militaires en France, dès 2009, il disposera d’une nouvelle flambant neuve aux Emirats Arabes Unis, à quelques kilomètres seulement de Téhéran. Tout a été prévu dans le meilleur des mondes… Dans ces guerre batardes[27], la France tiendra son rang quel qu’en soit le prix à en croire Nicolas Sarkozy.


[1] http://www.ambafrance-ca.org/IMG/pdf/03.04_Discours_sommet.pdf

[2] Anthony Cordesman, “Stability Operations: The Lessons of Iraq and Afghanistan”, Center for Strategic and International Studies, 10 juillet 2008, page 2.

[3] Ambassade de France au Canada http://www.ambafrance-ca.org/spip.php?article1321

[4] http://www.dicod.defense.gouv.fr/ema/content/download/121943/1067310/file/carte_opex.pdf

[5] Marie Simon, Afghanistan: le point sur les forces déployées, L’Express, , 17 juillet 2008, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afghanistan-le-point-sur-les-forces-deployees_471611.html

[6]http://www.defense.gouv.fr/ema/decouverte/organismes_et_directions_interarmees/commandement_des_operations_speciales/le_cos

[7] http://www.assemblee-nationale.fr/12/cr-cdef/05-06/c0506031.asp

[8] http://www.assemblee-nationale.fr/12/cr-cdef/05-06/c0506031.asp

[9] http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2008/04/en-afghanistan.html

[10] Anthony Cordesman, “Stability Operations: The Lessons of Iraq and Afghanistan”, Center for Strategic and International Studies, 10 juillet 2008, page 26.

[11] Jefrrey Kappenman, « Army Unmanned Aircraft Systems : decisive in battle », JFP, n°49, 2ème trimestre 2008, page 20.

[20] Los Angeles Times, http://latimesblogs.latimes.com/babylonbeyond/2008/06/afghanistan-ira.html

[21] http://en.wikipedia.org/wiki/Coalition_casualties_in_Afghanistan#French

[22] David Galula, « Contre-insurrection : Théorie et pratique », Economica.

[23] Juan Manuel Santos « Les défis pour l’Afghanistan : l’expérience de la Colombie est riche en enseignements », Revue de l’OTAN, n°3/2007. Voir également http://www.cdef.terre.defense.gouv.fr/publications/cahiers_drex/cahier_recherche/Colombie.pdf

[24] Les grandes lignes du livre blanc de la défense, http://www.defense.gouv.fr/content/download/120339/1053664/version/1/file/Les+grandes+lignes+du+Livre+blanc.pdf

[25] Quinze illustrations concrètes du Livre blanc : http://www.defense.gouv.fr/content/download/120345/1053707/version/1/file/Quinze+illustrations+concr%C3%A8tes+du+Livre+blanc.pdf

[26] Anthony Cordesman, “Stability Operations: The Lessons of Iraq and Afghanistan”, Center for Strategic and International Studies, 10 juillet 2008, page 17.

[27] Arnaud de la Grange et Jean-Marc Balencie, « Les guerres bâtardes : Comment l'Occident perd les batailles du XXIe siècle », 2008, Perrin.
Karim Lakjaa: Diplomé du Centre d'Etudes Diplomatiques et Strétagiques de Paris, Doctorant en Droit international à l'Université de Reims, Collaborateur occasionnel de la Revue militaire Suisse, de Damoclès (CRDPC) et du Quotidien d'Oran (Algérie)

Articles de Karim Lakjaa publiés par Mondialisation.ca

Attention : Edvige vous surveille désormais !

Posté le 07.08.2008 par djamazz
Attention : Edvige vous surveille désormais !


Mondialisation.ca, Le 5 aout 2008
Syndicat de la magistrature


Le Syndicat de la Magistrature dénonce, dans le texte ci-après, le projet gouvernemental d’établir ce que ce dernier appelle le fichier EDVIGE : il s’agit du fichage de tous ceux et toutes celles qui sont engagées (ou se sont engagées à un moment ou à un autre) dans l’activité politique, syndicale, sociale et culturelle. À côté de cela seront aussi fichés tous ceux qui sont susceptibles de... « nuire à l’ordre public ». La dictature est-elle en marche ?...

Un décret publié le 1er juillet 2008 au Journal officiel institue un nouveau fichier dénommé EDVIGE, organisant le fichage généralisé et systématique de « toutes personnes âgée de 13 ans et plus » « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui joue un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». En clair, tous les citoyens ayant un jour souhaité s’investir pour leur cité.

Il est également prévu de ficher tout individu, groupe ou organisation dont l’activité est susceptible de troubler l’ordre public et de permettre aux services de police d’effectuer des enquêtes administratives pour l’accès à certains emplois ou à certaines missions, sur la base des éléments figurant dans le fichier EDVIGE.

L’enregistrement des données à caractère personnel n’a aucune limite, ni dans le temps ni dans son contenu, puisque pourront être répertoriées toutes les informations relatives aux fréquentations, au comportement, aux déplacements, à l’appartenance ethnique, à la vie sexuelle, aux opinions politiques, philosophiques et religieuses, au patrimoine, au véhicule etc....

Si le décret du 14 octobre 1991 permettait déjà aux Renseignements Généraux de récolter et détenir des informations sur les personnes majeures impliquées dans le débat public, EDVIGE étend considérablement le champ des données collectables, comme les motifs justifiant le fichage.

En effet, il s’agit aujourd’hui d’informer le gouvernement sur des individus engagés et non plus de lui permettre d’apprécier une situation politique économique ou sociale.

Malgré les recommandations du Conseil de l’Europe et les nombreuses réserves de la CNIL concernant ce fichier, le gouvernement fait le choix d’adopter un mode de recensement des populations particulièrement attentatoire aux libertés et au respect de la vie privée.

De même que la rétention de sûreté a vocation à prévenir d’un crime hypothétique, EDVIGE pourra avoir vocation à se prémunir contre toute forme d’opposition.

En effet, comment ne pas rapprocher EDVIGE (on s’interrogera au passage sur le choix d’un prénom féminin) d’un contexte autoritaire plus global qui remet en cause l’indépendance des médias, comme celle de la Justice, et qui mène une lutte permanente contre les acteurs du mouvement social ?

Cette dimension nouvelle du fichage politique introduit, au prétexte toujours bien commode de l’ordre public, un moyen puissant de dissuasion de toute forme de contestation ou d’opposition citoyenne.

Le Syndicat de la magistrature appelle à la mobilisation contre la mise en place de ce fichier d’inspiration anti-démocratique et examinera toute forme d’action juridique pour empêcher sa mise en œuvre.

www.syndicat-magistrature.org

Non au fichier EDVIGE

Russie: Poutine qualifie de 'très sérieuse' la menace d'attentats

Posté le 05.08.2008 par djamazz
Russie: Poutine qualifie de 'très sérieuse' la menace d'attentats 04/08/2008

Le premier ministre russe Vladimir Poutine juge encore "très sérieuse" la menace d'attentat en Russie.

"Les forces de l'ordre ont asséné des coups puissants à la clandestinité et aux chefs de gangs terroristes. Il faut cependant bien être conscients que cette menace persiste, et qu'elle est très sérieuse", a déclaré M. Poutine lundi lors d'une réunion du bureau du gouvernement, qui a notamment abordé le programme ciblé de lutte contre le terrorisme.

Selon lui, 10 milliards de roubles (274 millions d'euros) seront alloués à la mise en oeuvre de ce programme, qui permettra de renforcer la base matérielle et technique des organismes de lutte antiterroriste, a-t-il annoncé.

"L'accent sera mis sur la prévention des crimes terroristes et extrémistes. Objectif N°1: renforcer la sécurité des citoyens", a-t-il fait savoir.
Ria Novosti