Une défaite gigantesque La défaite historique des armées arabes en 1967 (historique parce qu’Israël a occupé le reste de la Palestine, dont al-Masjidul Aqsa, un des lieux les plus saints de l’Islam) ne traduisait pas nécessairement une quelconque infériorité arabe vis-à-vis d’Israël ; elle reflétait plutôt la banqueroute des régimes.
En 1973, pendant la guerre d’octobre, ou guerre de Ramadan, les armées égyptienne et syrienne auraient pu remporter une victoire décisive sur Israël, sans l’intervention massive du gardien et allié d’Israël, les Etats Unis. Il est vraisemblable que les armées arabes auraient pu, dans des circonstances favorables, défaire l’armée israélienne, comme l’a démontré le Hezbollah dans sa guerre avec Israël pendant l’été 2006.
Au début de l’occupation en 1967, les Israéliens ont lancé ce qu’on peut appeler une campagne de relations publiques, en se servant d’immigrants juifs arabophones du monde arabe et des officiers druzes. Quelques naïfs dans notre communauté, que la maladresse du régime jordanien avait désillusionnés, ont commencé à faire des remarques positives sur les nouveaux occupants. La raison en est l’hypothèse souvent entendue qu’un peuple a tendance à faire d’abord des déclarations positives sur tout conquérant.
Certains parlaient favorablement et avec optimisme de l’ère israélienne naissante. On pouvait entendre des remarques superficielles comme celles-ci : «
Oh, ils sont meilleurs que les Jordaniens, ils sont civilisés et instruits !» et «
Les Juifs sont des gens bien élevés, ils traitent les gens avec dignité et respect» et «
Sous le gouvernement israélien, on est tous égaux». Ces gens ne savaient pas de quoi ils parlaient.
Mais de tels sentiments, qui n’étaient d’ailleurs pas très répandus, n’ont pas duré longtemps, au fur et à mesure que l’armée d’occupation a commencé à révéler son vrai visage affreux en adoptant des mesures draconiennes contre nous. Eh bien, l’occupation et la décence semblaient alors, comme aujourd’hui, un oxymore éternel. Ça n’existe pas, une occupation civilisée, éclairée ou bienveillante. Une occupation étrangère est un viol, elle est par nature criminelle et mauvaise, sinon ce serait autre chose.
En fait, l’occupation israélienne est probablement la pire occupation jamais vue dans l’histoire de l’humanité, non seulement pour sa brutalité, mais pour sa durée. Et j’irais même jusqu’à soutenir que, en maints aspects, l’occupation israélienne est probablement pire que l’occupation nazie en Europe. Les Nazis voulaient conquérir, pacifier et stabiliser plutôt que nettoyer ethniquement et déraciner les Européens non allemands, comme le fait Israël avec les Palestiniens.
Assez vite, les Israéliens ont commencé à confisquer la terre et à construire des colonies, en usant de toutes sortes de tactiques sordides, dont la subornation, les accords vagues, les mensonges, les coups tordus, la falsification de documents et la coercition pure et simple. Ils ont eu également recours à une politique impitoyable de punitions collectives comme la démolition des maisons, en représailles aux attaques de guérilla ou à l’appartenance à l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), en particulier à l’organisation Fatah, créée et dirigée par feu le leader palestinien Yasser Arafat. Dans notre culture palestinienne, lorsque vous voulez exprimer à quelqu’un votre extrême mauvaise volonté à son égard, vous lui dites : «
Yikhrib Beitak» – «
Que ta maison soit détruite».
Les Israéliens ont cherché à profiter de ce point faible de notre psychologie sociale. C’est ainsi qu’ils ont détruit des milliers et des milliers de maisons. Les démolitions, un crime de guerre clair et net selon le droit international, n’ont jamais cessé. Aujourd’hui, ils le font la plupart du temps à l’aide de bulldozers et par des bombardements de précision aériens. Selon Jeff Halper, fondateur et directeur du
Comité Israélien non gouvernemental contre les Démolitions de Maisons (ICHAD), anthropologue et expert sur l'occupation, Israël a détruit 21.000 maisons palestiniennes depuis 1967 – voir ci-dessous
note 11).
En fait, les démolitions gratuites de maisons et villages palestiniens ont commencé immédiatement après la guerre. Immédiatement après la fin des hostilités, l’armée israélienne a complètement détruit plus de 170 maisons dans les quartiers Maghariba et Sharaf, dans le voisinage de la Mosquée al-Aqsa. Début 1967, les bulldozers de l’armée israélienne ont anéanti les villages palestiniens de Beit Nuba, ‘Imwas (Emmaus) et Yalu, sous les ordres de Yitzhak Rabin.
Environ 12.000 personnes ont été chassées de leurs maisons, beaucoup d’entre elles emmenées en camions vers le Jourdain, d’autres ont été envoyées errer dans le désert sans nourriture ni eau.
Finalement, le gouvernement israélien, grâce à un cadeau généreux de l’argent des contribuables canadiens, a construit une infamie sur les ruines d’’Imwas. Ils l’ont appelée Parc Canada. Ce même Canada qui prétend être le gardien des droits de l’homme et du droit international !!
Israël continue à se comporter de la même manière. Alors que j’écris cet article, l’Etat juif est en train de déterrer et de détruire l’ancien cimetière musulman de Jérusalem Est, le cimetière Mamanullah (ou Mamillah), pour y construire le «
Musée de la Tolérance » !! Oui, Canada Parc et Musée de la Tolérance !! Vous voyez la dépravation et la laideur brutale de ces criminels ?
Le 26 juillet 2007, des rabbins européens ont organisé une veillée de protestations et de prières à Bruxelles pour un cimetière vieux de 600 ans à Vilnius, en Lituanie, dont ils disaient qu’il allait être utilisé pour une construction (voir «
Rabbis protest construction of Jewish cemetery»).
Il est bien sûr inacceptable de profaner des cimetières, juifs ou non juifs. Cependant, c’est le signe de la plus haute hypocrisie de déterrer et d’écraser les ossements des Musulmans morts à Jérusalem pour construire un Musée de la Tolérance sur le site de l’ancien cimetière musulman, alors que des leaders juifs se déchaînent et tempêtent et protestent lorsqu’un cimetière juif, en Europe de l’Est, est profané par les autorités locales.
Les démolitions des maisons laissent des cicatrices psychologiques profondes dans la mémoire des peuples. Des enfants reviennent de l’école pour trouver leurs maisons détruites par des bulldozers conduits par des soldats portant des casques ornés de l’Etoile de David. Cette Etoile de David, dont on nous a dit qu’elle était à l’origine un symbole religieux, symbolise la haine, le mal et la cruauté. Aujourd’hui encore, je ne puis imaginer symbole plus haineux. C’est tout-à-fait comparable à ce que représente la Swastika nazie pour les survivants de l’Holocauste.
Phobie, stress profond, névrose et dépression sont parmi les chocs post-traumatiques dont souffrent les enfants des maisons détruites.
J'ai été personnellement le témoin de nombreuses démolitions lorsque j'avais onze ans. La démolition, ou opération d'explosion, commençait par la déclaration que le village où était située la maison condamnée devenait "zone militaire fermée". La déclaration était faite par haut-parleur, fixé sur le toit des jeeps militaires.
Selon la procédure, tous les hommes entre 13 et 70 ans recevaient l'ordre de se rassembler dans la cour de l'école locale, où ils étaient obligés de se tenir, têtes baissées. Très souvent, les soldats tiraient au-dessus des têtes des gens pour les terroriser. Et quiconque osait lever la tête était frappé dans le dos par des soldats lourdement armés. La politesse et la simple décence humaine étaient déjà absentes, comme aujourd'hui, et à l'époque, il n'y avait ni
al-Jazeerani
CNNpour témoigner des actions honteuses d'Israël, alors les sionazis se sentaient libres de nous faire ce qu'ils voulaient.
Ensuite, le commandant en charge de l'opération donnait dix minutes à la famille pour sauver ce qu'elle pouvait de ses maigres biens (aujourd'hui, ils détruisent nos maisons immédiatement, sans nous donner une période de grâce pour enlever nos affaires).
Le spectacle de jeunes enfants réconfortant les plus petits est terrible. Les mères de famille désespérées s'efforçaient d'attraper leurs ustensiles de cuisine et quelques matelas et nourriture avant qu'ils soient écrasés et irrécupérables. Un petit se précipitait pour aller chercher son jouet préféré ou une photo encadrée de son grand-père avant qu'il ne soit trop tard. Alors le commandant donnait le signal et en quelques secondes, la maison était réduite à un tas de gravas.
Ensuite, la Croix Rouge apportait une tente, refuge provisoire des victimes, sinon la famille torturée se faisait une sorte d'enclos et dormait sous les arbres, ou, s'il faisait froid, trouvait une grotte où vivre jusqu'à ce qu'une solution permanente soit trouvée. Ce sont des images indélébiles de malheur que je n'oublierai jamais, un témoignage affreux de la sauvagerie néonazie d'Israël.
Jeff Halper, de l’ICHAD, anthropologue et expert sur l'occupation, a observé que les dirigeants sionistes et israéliens, en remontant à 80 ans, ont tous envoyé ce qu'il appelle "le message aux Palestiniens".
Le message, dit Halper, est : "
Soumettez-vous ; ce n'est que lorsque vous abandonnerez vos rêves d'un Etat indépendant et accepterez que la Palestine devienne la Terre d'Israël que nous nous calmerons." (
8)
L'implication et le sens profond du message sont très clairs. C'est que "
vous, les Palestiniens, n'appartenaient pas à ces lieux. Nous vous avons déracinés de vos maisons en 1948 et maintenant, nous vous déracinerons de toute la Terre d'Israël." (
9)
Halper nous rappelle que le sionisme fut, depuis son tout début, un "
processus de déplacement" et que les démolitions des maisons ont été "
au centre de la lutte israélienne contre les Palestiniens" depuis 1948. (
10)
Halper explique la politique de démolitions de maisons. En 1948, dit-il, Israël a systématiquement rasé 418 villages palestiniens à l’intérieur d’Israël, soit 85% des villages existants avant 1948. Et depuis le début de l’occupation de 1967, Israël a démoli 21.000 maisons palestiniennes. Davantage de maisons, ajoute-t-il, sont en cours de démolition le long du tracé du mur de séparation d’Israël, avec l’estimation de 40.000 maisons détruites au cours des quatre dernières années. (
11)
Et contrairement à la propagande israélienne, selon laquelle les maisons arabes sont détruites pour des raisons de sécurité, Halper souligne que 95% des démolitions de maisons n'ont rien à voir avec la lutte contre le terrorisme mais sont destinées à déplacer les non Juifs pour assurer la progression du sionisme. (
12)
En plus de la pratique manifestement barbare des démolitions de maisons, les Israéliens ont vraiment « excellé » dans la pratique largement répandue de la torture physique et psychologique, en particulier dans les premières années de l’occupation. Salim Mahmoud Safi, de Khorsa, mon village, est mort sous la torture en 1970.
Et Israël emprisonne souvent les corps des Palestiniens tués et torturés à mort pendant des années, dans le but de faire souffrir encore davantage les familles. C’est un fait bien connu ici.
Issu d’une famille très pauvre, j’ai commencé à travailler à Beer Sheva à 13 ans comme ouvrier du bâtiment et ensuite en tant qu’aide-plâtrier (
Maggishen hébreu). La plupart du temps, j’occupais cet emploi pendant les congés d’été et occasionnellement les vendredis. J’ai cependant toujours veillé à ne pas laisser mon « boulot » empiéter sur mes études.
A Beer Sheva, ou Bir al-Saba’a, en arabe, j’ai appris l’hébreu et le dialecte marocain parlé par de nombreux Juifs qui avaient émigré d’Afrique du Nord. Comme les Palestiniens, la plupart des Juifs marocains travaillaient dans le secteur de la construction et autres boulots subalternes. Certains étaient balayeurs de rue, et la presque totalité des mendiants, dans les rues, étaient des Juifs originaires d’Afrique du Nord.
J’ai visité la ville, qui, dans les années 1980 et 1990, a accueilli des dizaines de milliers d’immigrants des pays de l’ancienne Union soviétique.
Dans la Vieille Ville, j’ai vu d’anciennes maisons palestiniennes que les Juifs avaient occupées après en avoir expulsé leurs occupants et propriétaires originaux à la pointe du fusil. J’ai vu aussi la mosquée de la ville, qui remonte à 1911, lorsque la Palestine était sous le règne de l’Empire ottoman. Israël a transformé la mosquée en un «
musée» et plus tard en «
maison des artistes». Et lorsque quelques leaders musulmans israéliens locaux ont adressé au gouvernement une pétition pour réhabiliter le lieu saint et permettre à la communauté musulmane de la ville d’y prier, les autorités israéliennes ont dit « NON ». Voilà comment se comporte la «
seule véritable démocratie du Moyen Orient» vis-à-vis de ses citoyens non juifs.
Quelquefois, les gens pour qui je travaillais ne me payaient pas. J’ai travaillé dans des entreprises de constructions aussi connues que Rusco, Solel Bonei, Hevrat Ovdeim. J’ai toujours ma vieille carte de travail israélienne.
En tant qu’ouvriers palestiniens, nous étions continuellement humiliés aux checkpoints et barrages routiers israéliens à l’intersection A’rad, sur la route de Beer Sheva. Je me souviens d’un officier de police juif qui parlait arabe, avec un accent égyptien, qui avait frappé sauvagement un de mes cousins, sans raison apparente. A cette époque, je me suis fait de nombreux copains juifs, mais la barrière psychologique demeurait intacte. Je me suis mêlé à quelques juifs tunisiens et marocains à A’rad, Beer Sheva et Dimona. Cependant, leur complexe de supériorité (et de victoire) sur nous a toujours empêché l’évolution de relations humaines normales entre eux et moi. Ils nous considéraient alors comme ils le font toujours, les équivalents bibliques des coupeurs de bois et des porteurs d’eau. Nous n’étions bons qu’à faire le café et les travaux durs et subalternes pour la race supérieure, le peuple élu. «
Muhammad, ta’asi coffee» (Muhammad, prépare le café), nous criaient-ils avec mépris, d’un ton condescendant.
Des dizaines de milliers de Palestiniens ont travaillé en Israël comme journaliers, principalement dans la construction et les travaux agricoles. Ils se levaient une ou deux heures avant l’aube pour pouvoir être au travail avant 8h.
Le travail en Israël a attiré beaucoup de Palestiniens robustes qui ont abandonné l’agriculture parce qu’elle n’était pas financièrement très rentable. Un journalier s’en sortait mieux, d’un point de vue économique, que des professionnels de la classe moyenne d’autrefois comme les enseignants, les employés de banque et autres fonctionnaires.
Les Israéliens savaient ce qu’ils faisaient. Au milieu des années 1980, la Cisjordanie et la Bande de Gaza sont devenus le deuxième plus gros marché pour les produits israéliens après l’Europe. C’était donc réellement une sorte d’esclavage indirect. Nous travaillions en Israël, construisant des immeubles de plusieurs étages pour de futurs immigrants, et ensuite nous dépensions nos salaires dans l’achat de produits israéliens, même fabriqués en Israël, l’agriculture palestinienne s’étant effondrée faute de soins puisque les Palestiniens en grands nombres préféraient gagner plus d’argent en travaillant en Israël que travailler leurs terres qui, en comparaison, ne leur rapportaient que peu d’argent.
J’ai dit que c’était une sorte d’esclavage indirect parce que les ouvriers palestiniens en Israël, dont le nombre au milieu des années 1980 s’élevaient à plus de 130.000, étaient privés d’avantages sociaux et d’assurance sociale, et n’avait aucun droit politique.
Avant que je ne quitte le sujet, j’aimerais dire quelques mots sur le phénomène spécifique que j’ai fréquemment observé pendant ma période de travail comme ouvrier du bâtiment en Israël.
Je me souviens que quelques entreprises israéliennes du bâtiment envoyaient souvent moins d’autobus pour ramener les ouvriers palestiniens, dont moi-même, chez eux à la fin de la journée de travail. Par exemple, deux autobus étaient envoyés pour 250 ouvriers, alors que la capacité normale d’un seul bus n’excédait pas 50 ou 60 passagers.
Ce qui veut dire que beaucoup d’ouvriers épuisés restaient debout, dans le couloir du bus, pendant les deux heures de trajet du retour en Cisjordanie. Finalement, les ouvriers les plus mal élevés se pressaient à la porte avant du bus pour essayer d’avoir une place assise et s’éviter ainsi l’inconvénient de rester debout pendant tout le trajet de Bir al-Sab’a à Dura.
Je pense que les Israéliens faisaient cela délibérément, du moins en plusieurs occasions. Evidemment, chaque fois que se produisaient ces scènes d’ouvriers luttant et poussant pour monter les premiers dans le bus, des photographes israéliens et occidentaux apparaissaient soudain de nulle part pour garder trace de ces scènes pour la postérité.
Ces images honteuses se retrouvaient à la une des magazines et journaux américains et européens, renforçant encore davantage les stéréotypes déjà négatifs sur les Arabes. C’est la même mentalité israélienne criminelle qui continue aujourd’hui de diffamer et de diaboliser les Palestiniens en fabriquant des photos truquées de jeunes Palestiniens portant des ceintures d’explosifs fournies par le Shin Bet, qui apparaissent ensuite à la télévision lorsqu’il y a un sujet sur la Cisjordanie, pour dire qu’ils étaient sur le point de commettre une attaque suicide parce qu’ils haïssent tant les Juifs et qu’ils veulent faire l’amour avec 72 vierges au paradis !! Et puis un porte-parole israélien arrive sur une chaîne TV occidentale avec assurance, disant que « il ne peut y avoir de paix avec les Arabes tant qu’ils détestent plus les Juifs qu’ils n’aiment leurs enfants. »
En 1974, alors que j’étais en 1ère, je me souviens avoir participé à une manifestation anti-occupation à Dura. Les soldats de l’occupation m’ont coincé dans une des rues étroites de la petite ville et m’ont frappé sauvagement à la tête avec les crosses de leurs fusils. Ils ont failli me tuer. Je les ai haïs, car je n’avais en aucun cas menacé leurs vies. Ils n’ont montré ni humanité ni pitié, alors que je criais seulement «
Falastin Hurra», «
Palestine Libre ».
La tête saignant abondamment, je suis allé à la clinique de l’UNRWA locale où on m’a posé des points. Rentrant chez moi, loin de recevoir l’accueil du fils prodige, feu mon père (que Dieu ait pitié de son âme) m’a rossé pour m’être confronté à l’armée d’occupation. Il m’a réprimandé en me disant : «
Tu imagines que tu vas battre Israël quand 22 Etats arabes n’ont pas pu !!». Bon, dans un certain sens, je ne le blâme pas. C’était un homme qui avait vu trois de ses frères tués devant lui, et apparemment, il ne voulait pas voir son fils tué par les mains des assassins de ses frères. «
Mon fils, nous avons déjà payé notre dû, » m’a-t-il dit, d’une voix étranglée.
En 1975, après avoir obtenu mon diplôme de fin d’études secondaires, je suis reparti travailler à Beer Sheva. Ma famille était trop pauvre pour me permettre de continuer des études. Pendant l’année suivante, les entreprises de construction de Beer Sheva furent mon université. Là, j’ai travaillé pour un contractant nommé Shimon, un juif tunisien qui est mort il y a quelques années. C’était très dur, il faisait très chaud, mais j’ai réussi à économiser assez d’argent pour aller à Amman, la capitale de la Jordanie. Nous étions après tout des citoyens jordaniens, au sens plein du terme.
A Amman, l’université coûtait beaucoup d’argent, et j’en avais très peu. Je ne savais pas quoi faire, à part écouter à la radio les informations lugubres des camps de réfugiés de Tel al-Za’atar, au Liban, où la guerre civile faisait rage. Dans le petit hôtel al-Izdehar, dans le camp de réfugiés d’al-Wihdat, où je logeais, le tenancier de l’hôtel, Abu Muhammed, me conseillait de ne pas écouter la radio de l’OLP. «
Pour l’amour de Dieu, Khalid. Nous entendons les mêmes choses années après années, rien ne change. » A l’hôtel, j’ai rencontré Abu Khadr, le portier de l’hôtel qui avait perdu toute sa famille près du Pont Allenby (que les Jordaniens appellent « Pont Roi Hussein ») lorsqu’un avion de guerre israélien a bombardé au napalm les Palestiniens qui fuyaient vers l’est.
Bon, ce n’est pas en discutant avec Abu Khadr et en écoutant la radio de l’OLP que je gagnerai de l’argent, me suis-je dit. Je suis allé partout chercher du travail, au moins pour pouvoir payer ma nourriture et l’hôtel. A Hébron, on dit : «
Tu as un penny, tu vaux un penny.» C’est ainsi que je suis resté coincé à Amman pendant quelques semaines, incapable de trouver du travail et redoutant de devoir revenir en Cisjordanie les mains vides, parce qu’alors, j’aurais été la risée de tous les villageois qui pensaient que j’étais à l’université.
J’avais toujours voulu aller aux Etats Unis pour y suivre une éducation moderne et de qualité. Mais je reculais à l’idée de notre pauvreté. Finalement, j’ai décidé d’aller à l’Ambassade américaine à Amman-Jabal, le quartier des ambassades étrangères. Là, j’ai fait la demande d’un visa d’étudiant.
Pourtant, je me disais que même si l’on m’accordait le visa, le manque d’argent m’empêcherait de partir.
A ce moment là, un ami m’a suggéré d’aller à Bagdad, où, disait-il, les études étaient gratuites. L’idée a fait petit à petit son chemin dans ma tête, jusqu’à ce que je décide d’aller en Mésopotamie, la terre des Deux Rivières, la capitale d’Harun al-Rashid.
En juillet, Bagdad est l’enfer sur terre, avec des températures frôlant les 50°C. Pour un Palestinien qui avait passé toute sa vie à l’air des montagnes d’Hébron, où la brise saine soigne les malades, le climat de Bagdad était presque insupportable. J’ai essayé d’y trouver une université “gratuite”, mais chaque fois que j’abordais le sujet, on me disait que je devais adhérer au parti Baath au pouvoir, créé par Michael Aflag, un chrétien de descendance syrienne. Bien que je n’aie que 20 ans, je savais que le parti était incompatible avec mon éducation traditionnelle semi-religieuse.
Finalement, ayant eu plus que ce que je pouvais supporter de la dureté de Bagdad, j’ai décidé de revenir à Amman, dans le même hôtel du camp de réfugiés al-Wihdat. Lorsque j’y suis arrivé, j’ai eu la surprise d’apprendre que l’Ambassade américaine avait appelé l’hôtel la semaine précédente pour les informer que j’avais mon visa.
J’ai reçu la nouvelle avec ambivalence. D’un côté, je voulais aller en Amérique, mais de l’autre, j’avais très peu d’argent.
Finalement, je me suis arrangé pour prendre contact avec mon père, insistant qu’il m’envoie un peu d’argent « bon gré mal gré », parce que j’avais pris la décision d’aller en Amérique.
J’ai été heureux que mon père, à nouveau que Dieu bénisse son âme, ne me laisse pas tomber. Il a emprunté un peu d’argent et s’est précipité à Amman ; en quelques jours, nous étions en mesure d’acheter un billet aller d’Amman à Copenhague, puis Chicago et Oklahoma… oui, Oklahoma.
C’était la première fois de ma vie que je montais dans un avion, c’était un Jumbo Jet Boeing 747, une des merveilles de la civilisation moderne. J’étais nerveux, au début, de voir l’avion prendre de plus en plus d’altitude mais finalement, à voir que chacun était calme et confortable, j’ai réalisé que ma peur de voler était irrationnelle et n’avait rien à voir avec la sécurité des voyages aériens.
Prochaine partie : En Amérique.
Notes de lecture:
1. Shlomo Ben-Ami, Scars of War, Wounds of Peace: The Israeli-Arab Tragedy, Oxford University Press, 2006.
2. Avi Shlaim, The Iron Wall: Israel and the Arab World, p. 225. Penguin Books, 2000.
3. ibid.
4. Ha'aretz Newspaper, 1972.
5. Noam Chomsky, The Fateful Triangle: The United States, Israel and the Palestinians, South End Press, USA, 1983.
6. ibid.
7. ibid.
8. Zionism as a Racist Ideology: Reviving an Old Theme to Prevent Palestinian Ethnicide, Kathleen and Bill Christison, 8/9 November, 2003. http://www.countercurrents.org/pa-christison201103.htm.
9. ibid.
10. ibid.
11. ibid.
12. ibid.
Source :
Exposing Israel Traduction : MR pour
ISM