Posté le 14.05.2008 par djamazz
Nakba en 1948 et la souffrance continue…
"Avant ces jours, la vie était belle, très belle. on était ensemble ,on était tous paysans et on n'avait que notre terre et pour nous la terre égale la vie…on n'aurait jamais imaginé qu' un jour, on vivrait loin d'ici mais malheureusement ce jour est arrivé malgré nous."
Mon grand-père a les larmes aux yeux et le coeur serré et les mots sortent à grand-peine de sa bouche.
Chaque année depuis quatre ans, toute la famille se réunit pour écouter nos grands-parents qui nous transportent dans deux époques bien différentes en nous parlant de la Nakba : la première est pleine des moments de calme et de stabilité qu'ils vivaient auparavant et l'autre ce sont les moments de souffrance et de chagrin qu'ils ont commencé à vivre après la catastrophe.
Cette année j'ai la chance de partager un peu de ces moments avec vous en vous écrivant ce texte en français.
C'est très douloureux de se souvenir de ces jours très durs qu'ils ont vécu comme tous les réfugiés palestiniens qui ont quitté leurs maisons et leurs terres par la force et par le terrorisme israéliens
"On était à Sawafeer quand la guerre a commencé, on a été obligé de partir, pas seulement parce qu'on avait peur des forces israéliennes qui étaient soutenues par tous les grands pouvoirs du monde entier de cette époque, mais aussi parce qu' on avait l'espoir que les armées arabes allaient arriver à notre secours pour nous sauver de ceux qui venaient violer notre patrie et qu'on allai bientôt rentrer chez nous quand ces armées battraient l'armée israélienne mais on ne savait pas que cette dernière s'était bien préparée pour gagner cet affrontement injuste et inégal" dit mon grand-père.
Ma grand-mère intervient avec beaucoup de tristesse:
"Je tenais ma fille d'un an par la main et j'étais enceinte de hui mois ces jours-là, ces jours où on a dû trouver refuge à HattaO un village juste à côté . On y est resté deux jours, pas plus . Il n'y avait pas d'eau là-bas et je devais pourtant laver nos vêtements, alors j'ai décidé de rentrer à Sawafeer pour faire ma lessive au moment où votre grand-père était parti en cachette pour récupérer l'argent qu'il avait caché à côté de chez nous -c'était le cas de nombreuses personnes qui retournaient à leurs villages pour chercher les affaires indispensables qu'elles avaient laissées derrière elles dans leur fuite précipitée- il marchait prudemment afin que les soldats israéliens ne le voient pas, ils l'auraient tué sinon. Quand je suis arrivée, il ne restait qu'un seul puits. J'ai lavé les vêtements et je me suis dirigée aussitôt vers Hatta pour que mon mari ne remarque pas mon absence à son retour. Je l'ai rencontré dans la rue, malheureusement !
Je n'ai toujours pas oublié son regard fou d'inquiétude …il était très fâché et il m'a blâmé:
" Tu es folle toi ? Tu prends la route dans cette situation ? Tu ne sais pas que les israéliens ouvrent les ventres des femmes enceintes et qu'ils leur coupent les seins?"
A ce moment-là, j'ai su tout l'amour que votre grand-père me portait.
Nous avons tous éclaté de rire, puis mon grand père a repris la parole:
"Avec les habitants d'Hatta, on est parti pour Karatia et quand les israéliens ont bombardé Karatia, on est parti pour Al-Magdal où on est resté très peu de temps et finalement on s'est installé au centre de la bande de Gaza, à Dair Al-Balah exactement. C'était vraiment un long voyage très pénible. Je n'ai jamais connu un voyage pareil et jusqu'à maintenant je n'arrive pas à comprendre comment on s'en est sorti!
Les deux première années tout le monde a vécu sous les tentes plantées par l'UNRWA qui était là pour nous aider, puis on a commencé petit à petit à construire des petites maisons en boue pour finir par habiter ici, dans cette maison."
La réunion familiale a pris fin et chacun est rentré chez soi mais les histoires tristes des réfugiés palestiniens et leurs grandes souffrances continueront tant que l'occupation ne reconnaîtra pas leur droit au retour.
Aujourd'hui, en 2008, nous vivons une autre catastrophe.
Nos ancêtres ont été massacrés par balles et nous mourons à petit feu, étranglés, étouffés par ce blocus ignoble.
Les besoins les plus élémentaires nous sont refusés : l'électricité, les carburants, la liberté de mouvements …. et la liste est interminable ...
Merci à l'occupation qui nous offre chaque jour ses tortures les plus variées.
Merci au monde entier qui nous regarde mourir dans la plus complète indifférence.
Ps: Sawafeer - Hatta – Karatia: villages palestiniens occupés en 1948
Nariman Ghanim – Etudiante en français - Gaza
Posté le 14.05.2008 par djamazz
Palestine 1948 - 2008
par André Le Corre
Mondialisation.ca, Le 9 mai 2008
L'aut'journal.info
Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU adapte le plan de partage de la Palestine historique qui était sous le mandat britannique depuis le démantèlement de l’Empire ottoman en 1925. Le vote fut très serré : 33 voix en faveur, 13 contre et 10 abstentions, c’est-à-dire une voix de plus que la majorité des 2/3 nécessaires pour sa mise en vigueur.
Ce plan qui prévoyait la constitution d’un État juif et d’un État palestinien était à la fois mal conçu et très injuste puisqu’il donnait aux Juifs, qui représentaient en 1947 un tiers de la population du pays, 55% du territoire, dont une grande partie des terres les plus fertiles. Accepté par les Juifs sionistes, ce plan fut bien entendu rejeté par les Palestiniens et l’ensemble des pays arabes.
Nettoyage ethnique
Dès le départ des Britanniques, le 15 mai 1948, le Conseil national juif, avec à sa tête Ben Gourion, proclamait unilatéralement l’indépendance de l’État d’Israël. C’est la première face d’un anniversaire qui sera célébré cette année par tous les Juifs sionistes
dans le monde entier.
La deuxième face de cet anniversaire est beaucoup plus tragique. C’est tout ce que le million de Palestiniens, habitant ce territoire en 1948, allait subir du fait de ce partage, un véritable nettoyage ethnique accompagné de massacres et d’une déportation massive. C’est la grande catastrophe, la Nakba en arabe, que tous les Palestiniens commémoreront
aussi le 15 mai de cette année.
Pour bien comprendre l’étendue de ce désastre, il nous faut revenir quelque peu en arrière dans le temps. Dès 1920, les premiers colons juifs créent une milice armée, la Haganah, dont le rôle était de protéger les implantations juives qui devenaient de plus en plus nombreuses.
Des organisations terroristes
En 1931, les sionistes révisionnistes (la droite) avec Vladimir Jabotinsky, fondent l’Irgoun à laquelle devait se joindre par la suite le groupe Stern, qui à la mort de ce dernier, s’appellera Lehi. Ces deux dernières organisations auront dès le début un caractère que l’on appellerait aujourd’hui « terroriste ».
L’existence de ces milices, qui en 1948 devaient fusionner pour former Isahal, explique que, dès avant la naissance de l’État d’Israël, c'est-à-dire dès décembre 1947, des attaques aient pu avoir lieu contre les villages arabes, opérations qui allaient s’intensifier à partir de mars1948.
Le 10 mars 1948, onze dirigeants juifs mettent au point un plan (dit plan Dalet) qui vise à remédier à la dispersion des colonies juives, au moment du plan de partage, par l’élimination pure et simple des villages arabes et l’expulsion de leurs populations.
Ce plan sera appliqué avec une incroyable férocité. Plusieurs massacres eurent lieu dont le plus connu à Deir Yassin (9 avril 1948) au cours duquel 254 arabes, hommes, femmes et enfants ont été exécutés. Au moins quatre autres massacres ont été recensés.
La terreur provoquée par ces tueries parmi la population palestinienne a été telle qu’au terme de la réalisation de ce plan - qui s’est avéré un véritable nettoyage ethnique - 531 villages avaient été détruits et près de 800 000 Palestiniens s’étaient enfuis ou avaient été expulsés par la force.
Le supposé « appel du Caire »
Il faut reléguer au rang de la propagande sioniste le supposé « appel du Caire », selon lequel les Palestiniens auraient été invités à quitter leur pays avant l’invasion des armées arabes qui eut lieu également, le 15 mai 1948.
Tous ceux que l’on appelle que maintenant « les nouveaux historiens Juifs », dont font partie Norman Finkestein et Ilan Pappe, ont clairement démontré la fausseté de cet fable, cet appel n’ayant tout
simplement jamais eu lieu.
Bien au contraire, les pays arabes auraient demandé aux Palestiniens de ne pas quitter leurs villages. Après cet exode, il ne restera plus que 170 000 Arabes dans le nouvel État d’Israël. C’est donc ce qu’a été la Nakba proprement dite.
Mais il faut ajouter à cela les conséquences de la guerre de 1948 entre Israël d’un côté et la Syrie, la Transjordanie, l’Irak et l’Égypte de l’autre. Cette guerre a été déclenchée dès le 15 mai 1948 par les pays arabes qui refusaient d’accepter le partage de la Palestine.
Les opérations militaires s’étendront de mai 1948 jusqu’au début de l’année 1949 entrecoupé de plusieurs armistices. Le résultat final en sera qu’Israël occupera 80% de l’ancienne Palestine au lieu des 55 % proposés par l’ONU, la Transjordanie (avec le roi Abdallah) occupera la Cisjordanie et l’Égypte la bande de Gaza.
Ainsi, il ne restera plus rien de la Palestine historique pour former l’État palestinien projeté par l’ONU et, après la guerre des Six Jours en 1967, la Cisjordanie et Gaza seront occupées à leur tour par les Israéliens.
4 millions de réfugiés
Aujourd’hui, près de 4 millions de réfugiés palestiniens vivent encore dans 59 camps en Cisjordanie, à Gaza et dans les pays arabes environnants. Tous ont gardé, au fond de leurs cœurs, l’espoir d’un retour dans leur village d’origine, conservant précieusement les papiers, les souvenirs qui seuls leur restent et même la clef de leur ancienne maison.
Maintenant, c’est une autre « Nakba » qui menace le million et demi de Palestiniens qui résident dans la de bande de Gaza. Du blocus israélien et des attaques quotidiennes de son armée résulte un véritable désastre humanitaire sous le regard indifférent d’un Occident anesthésié par la supposée « guerre au terrorisme » et la sujétion aux État-Unis.
L’ONU pourra-t-il un jour réparer sa terrible erreur de 1948 et faire en sorte que les Palestiniens puissent un jour, comme tous les peuples du monde, vivre en paix dans le pays de leurs ancêtres?
Articles de André Le Corre publiés par Mondialisation.ca
Posté le 14.05.2008 par djamazz
Comment les États-Unis ont organisé une tentative de putsch contre le Hamas
par Julien Salingue
Mondialisation.ca, Le 12 mai 2008
Le blog de Julien Salingue
Près d'un an après la division politique entre la Cisjordanie et la Bande de Gaza, je me propose dans cet article de revenir sur l'enchaînement des événements qui ont conduit à cette division sans précédent dans l'histoire du mouvement national palestinien. Il apparaît en effet aujourd'hui que, loin d'être le seul produit de "rivalités inter-palestiniennes", ces événements portent la marque de la politique de "regime change" de l'Administration Bush. Le but de ce travail n’est pas de faire des "révélations", l’essentiel des éléments de cet article sont connus de ceux qui suivent de près l’actualité politique palestinienne. Il s’agit plutôt, en opérant "ce retour en arrière", de mieux comprendre la situation politique et les dynamiques actuelles dans les territoires palestiniens.
« Regime Change » ? 1
La doctrine du « Regime Change », ou « Changement de régime », n’est pas une invention de l’Administration Bush. Un simple regard sur l’Histoire du 20ème Siècle nous offre de multiples exemples de tentatives, réussies ou non, de remplacement d’un régime au moyen d’une intervention extérieure directe ou indirecte : Iran (1953), Guatemala (1954), Cuba (1961, entre autres…), Chili (1973), Panama (1989), Somalie (1993)… La liste est longue et elle n’est pas exhaustive. Cette pratique n’est pas l’apanage des Etats-Unis : l’URSS y a aussi eu recours dans les pays de l’Est, de même que la France en Afrique.
L’Administration Bush l’a simplement réactualisée, que ce soit par son soutien appuyé à des mouvements d’opposition à des pouvoirs en place (Géorgie, Ukraine, Liban, Venezuela) ou par des interventions militaires directes (Afghanistan, Iraq). Une constante demeure, quelles que soient l’époque et la méthode : il s’agit de remplacer un régime jugé hostile aux intérêts économiques, politiques et diplomatiques de la (ou des) puissance(s) initiatrice(s) du « Regime Change » par un régime « ami ». Il peut s’agir aussi parfois de « sauver » un régime allié menacé de renversement par des élections démocratiques ou par un mouvement populaire, comme ce fut le cas pour les interventions soviétiques en Hongrie (1956) ou en Tchécoslovaquie (1968).
Un peu moins d’un an après les affrontements armés entre milices du Fatah et du Hamas à Gaza qui ont abouti à la division politique entre la Cisjordanie et la Bande de Gaza avec la mise en place, le 18 juin 2007, du « Gouvernement d’urgence » de Salam Fayyad en Cisjordanie, il est désormais établi que les Palestiniens n’étaient pas les seuls acteurs des « événements ». Je me propose à présent de synthétiser les divers éléments qui amènent à conclure que ce sont bel et bien l’Union Européenne, Israël et surtout les Etats-Unis, aidés par de hauts responsables de l’Autorité palestinienne, qui ont organisé la tentative semi-avortée de renversement du gouvernement dominé par le Hamas, et ce dès le lendemain des élections législatives de janvier 2006.
La victoire électorale du Hamas
L’écrasante victoire du Hamas lors des élections législatives de janvier 2006 a été, pour beaucoup, une surprise. Si de nombreux observateurs prévoyaient que le Hamas pourrait devancer le Fatah, peu s’attendaient à ce que le mouvement obtienne une telle majorité (74 sièges sur 132, contre 45 au Fatah). Au Hamas même, certains ont été étonnés. Mohammad al-Rantissi, frère du dirigeant historique Abd al-Aziz al-Rantissi 2 expliquait ainsi en décembre 2005 que le Hamas espérait obtenir suffisamment de voix pour être une opposition conséquente mais surtout pas se retrouver en situation de devoir prendre les commandes de l’Autorité palestinienne 3.
Au Fatah aussi, même si plusieurs militants et cadres avaient senti souffler le vent de la défaite, la surprise a été réelle, notamment pour les dirigeants ou ex-dirigeants de l’Autorité Palestinienne (AP). Lors d’une rencontre en mars 2007, Kifah al-Wawi, candidat du Fatah sur la liste nationale, me rapportait un événement significatif : durant la campagne électorale, lors d’une réunion publique près d’Hébron, Jibril Rajoub, ancien responsable de la Sécurité Préventive en Cisjordanie, balayait les critiques faites à l’AP par des sympathisants du Fatah avec ces mots : « Vous pouvez nous critiquer mais les gens ne mettront pas le Hamas au pouvoir. Avec ou sans vos voix, nous gagnerons » 4.
I. Haniyah, Premier Ministre Hamas.
Mais c’est en Israël et surtout aux Etats-Unis que la surprise a été de taille. En Israël les Services de Renseignements ont été publiquement accusés d’incompétence pour ne pas avoir anticipé le raz-de-marée électoral du Hamas. De l’autre côté de l’Atlantique, même les plus hauts responsables ont reconnu leur erreur d’appréciation. « J’ai demandé pourquoi personne n’avait rien vu venir » a ainsi déclaré Condoleeza Rice. « Je ne connais personne qui n’ait été pris au dépourvu par la démonstration de force du Hamas » 5. Le désarroi a été d’autant plus grand que c’est sous la pression de Georges W. Bush que Mahmoud Abbas (Abu Mazen) avait accepté de convoquer des élections législatives. Après avoir contraint Yasser Arafat à créer un poste de Premier Ministre en 2003, Bush espérait que les élections seraient l’occasion de la mise en place d’un gouvernement palestinien légitimé par les urnes et disposé à négocier un « plan de paix » conformes aux visées états-uniennes.
C’est le contraire qui s’est produit. La population palestinienne a saisi l’occasion des élections législatives pour exprimer son rejet des pratiques mafieuses de la direction sortante de l’AP et son refus des compromissions et de la collaboration avec l’occupant israélien. Le parti d’Ismaïl Haniyah est apparu dans les territoires palestiniens comme le plus crédible pour exercer ce mandat. Le Hamas l’a emporté pour des raisons essentiellement politiques et non religieuses 6. Pour l’Administration Bush, la réponse à cette Intifada électorale, obstacle majeur dans ses projets de réorganisation politique et économique du Moyen-Orient, tenait en 2 mots : Regime Change.
Le plan Etats-unien
La rapidité et la vigueur de la réaction ont été à la hauteur de la surprise provoquée par la victoire du Hamas. Tandis que le boycott diplomatique et économique était organisé par les pays occidentaux, Etats-Unis et Union Européenne en tête, qu’Israël cessait de reverser à l’AP les taxes sur les importations et menait une offensive d’ampleur contre le Hamas (arrestation de plus de dizaines de députés et de Ministres, bombardements massifs de Gaza, place-forte du mouvement, au printemps et à l’été 2006) un plan était élaboré à Washington pour renverser le nouveau pouvoir et mettre en place un gouvernement qui se conformerait aux projets de l’Administration Bush.
Le plan élaboré aux Etats-Unis sera, sur le papier, relativement simple :
- Maintenir et accentuer les sanctions politiques et économiques contre le nouveau pouvoir palestinien.
- Faire porter au Hamas la responsabilité de la dégradation des conditions de vie de la population palestinienne consécutive aux sanctions.
- Exiger du Hamas, pour que les sanctions soient levées, qu’il accepte les conditions du « Quartet pour le Proche-Orient» : reconnaissance d’Israël, renonciation à la lutte armée et acceptation des accords antérieurs, notamment les Accords d’Oslo.
- S’assurer que suite au fort probable refus du Hamas, Abu Mazen convoque des élections législatives anticipées ou forme un gouvernement d’urgence, disposé à négocier aux conditions précitées, duquel le Hamas serait exclu.
- Donner les moyens financiers et logistiques aux forces de sécurité fidèles à Abu Mazen d’en découdre militairement avec un Hamas qui tentera nécessairement de s’opposer au retour au pouvoir de la direction sortante de l’AP dans de telles conditions.
Pris de cours par la victoire du Hamas, les Services états-uniens vont mettre plusieurs mois à élaborer ce scénario de « Regime Change ». Deux éléments sont en effet décisifs pour que le scénario aboutisse : le premier est de choisir le moment opportun ; le second est de disposer, du côté palestinien, d’alliés fiables et déterminés à aller à la confrontation, militaire si nécessaire, avec le Hamas. Le moment opportun sera l’automne 2006, après l’offensive militaire israélienne contre la Bande de Gaza et le blocus qui s’ensuit. Les alliés palestiniens sont tout désignés : Abu Mazen et son cercle restreint (notamment Nabil Amr et Yasser Abd Rabbo), représentants d’une classe politico-mafieuse produite par les Accords d’Oslo, qui sait qu’elle risque de tout perdre suite à la victoire de Hamas. Ces individus et leurs proches multiplient les rencontres avec des représentants des Etats-Unis dès le printemps 2006. Un autre homme va être appelé à jouer un rôle-clé dans le scénario élaboré par l’Administration US : c’est Mohammad Dahlan.
« Mohammad Dahlan est notre homme » (Georges W. Bush)
Mohammad Dahlan (Maanimages/Fadi Arouri)
Mohammad Dahlan, né en 1961, ancien dirigeant de la Shabiba (organisation de jeunesse du Fatah) à Gaza, a séjourné plusieurs années dans les prisons israéliennes avant d’être banni des territoires palestiniens en 1988. Il rejoint alors la direction de l’OLP à Tunis et va progressivement se rapprocher d’Abu Iyad 7, acquérir une place centrale dans l’appareil sécuritaire de la centrale palestinienne et être associé à l’équipe qui mènera les négociations avec Israël. C’est précisément pour discuter de questions sécuritaires qu’il participe en janvier 1994, à Rome, à une rencontre avec des responsables de l’armée et des renseignements israéliens 8. Cette rencontre secrète, organisée dans le cadre du processus d’Oslo, scelle la coopération entre le futur appareil sécuritaire de l’AP et les services israéliens, notamment dans leur objectif commun de neutralisation du Hamas.
A son retour dans les territoires palestiniens en 1994, Dahlan est nommé responsable de la Sécurité Préventive (SP) à Gaza. Il exercera cette fonction pendant 8 ans. La SP est un organe dont la tâche, selon les termes très explicites de l’un de ses dirigeants, est de « surveiller les partis politiques, les organisations et la population afin que le gouvernement puisse gouverner » 9. Au cours des années 2000, il prend ses distances vis-à-vis de Yasser Arafat, multipliant les appels à la réforme de l’AP et au renouvellement de son leadership. Il démissionne de la SP en juin 2002. En avril 2003, le Premier Ministre Abu Mazen le nomme Ministre de la Sécurité Intérieure malgré les objections d’Arafat. Il quitte ses fonctions lors de la démission d’Abu Mazen en septembre et fait son retour au gouvernement en février 2005, lorsqu’il est nommé Ministre des Affaire Civiles du 3ème Gouvernement d’Ahmad Qurai. Lors des législatives de janvier 2006, il est réélu député dans la circonscription de Khan Younes.
Depuis le début des années 90, Dahlan entretient des liens appuyés avec les Etats-Unis et Israël. Il a en outre construit une relation privilégiée avec plusieurs responsables des services de sécurité égyptiens d’Hosni Moubarak. Durant les mandats de Bill Clinton puis ceux de Georges Bush, il a multiplié les rencontres avec des représentants de l’Administration US et de la CIA. D’après des officiels états-uniens, Georges Bush aurait dit de lui, après une rencontre en 2003 : « C’est notre homme » 10. Dahlan déclare de son côté en 2008, au sujet de Georges Tenet, Directeur de la CIA de 1997 à 2004 : « C’est tout simplement un homme juste, un grand homme. J’ai encore, de temps en temps, des contacts avec lui » 11.
De nombreux dirigeants israéliens le jugent digne de confiance, que ce soit en raison de ses critiques de la gestion de l’AP par Yasser Arafat ou de son attitude implacable face au Hamas. Sous sa direction, la Sécurité Préventive de Gaza a entre autres participé à la répression violente (14 morts) d’une manifestation organisée par le Hamas et le Jihad en novembre 1994 et à la vague d’arrestations consécutive à la campagne d’attentats-suicides de février-mars 1996 (plusieurs centaines de sympathisants et membres du Hamas interpellés). En avril 2002, le Ministre de la Défense israélien Benyamin Ben Eliezer déclarait devant la Knesset qu’il venait de proposer à Dahlan de prendre le contrôle de la Bande de Gaza 12.
Le nom de Mohammad Dahlan est également associé aux guerres fratricides qui ont eu lieu au sein de l’AP et du Fatah à partir de 2001, lorsque s’est posée la question de la succession d’un Yasser Arafat désormais mis hors-jeu par Israël et les Etats-Unis. Dahlan est soupçonné d’avoir développé un vaste réseau de corruption et d’avoir entretenu une milice privée de plusieurs centaines d’hommes afin de se construire une place-forte à Khan Younes (dans le Sud de la Bande de Gaza) et de mieux pouvoir assouvir ses ambitions personnelles. Certains l’accusent d’être indirectement lié à l’assassinat, en septembre 2005, de Moussa Arafat, cousin de Yasser Arafat nommé en 2004 chef de la SP à Gaza pour contenir l’influence de Dahlan.
Ultime élément, et pas des moindres, en juillet 2007, une lettre datant de 2003 était découverte dans ses anciens bureaux de Gaza, dans laquelle il s’adressait en ces termes à Shaul Mofaz, alors Ministre israélien de la Défense : « Soyez certain que les jours de Yasser Arafat sont comptés, mais laissez-nous en finir avec lui selon nos méthodes, pas selon les vôtres. Et soyez également assuré que (…) je donnerai ma vie pour tenir les promesses que j’ai faites devant le Président Bush » 13. Dahlan n’a jamais contesté l’authenticité de la lettre.
Les « conseils amicaux » des Etats-Unis
Pour les Etats-Unis Dahlan devra être au cœur du dispositif de Regime Change, en charge des questions sécuritaires. Un soutien financier lui est apporté et les Etats-Unis se mettent à sa disposition pour former et armer ses hommes. Dès les mois qui suivent les élections, ses milices fomentent des troubles dans la Bande de Gaza et de premiers affrontements ont lieu avec les groupes armés liés au Hamas. Il est également à l’initiative de manifestations « anti-gouvernementales » devant les Ministères. Tandis que l’instabilité se répand dans les territoires palestiniens, des pourparlers s’engagent à l’automne 2006 pour la formation d’un gouvernement d’Union Nationale sous la pression de la population et des partis politiques. Les Etats-Unis et Mohammad Dahlan tentent alors de dissuader Abu Mazen de parvenir à un accord.
Une note remise au Président palestinien par le Consul Général des Etats-Unis à Jérusalem, à la fin de l’année 2006, qui aurait dû demeurer confidentielle mais qui a été révélée par David Rose en mars 2008 14 et authentifiée par divers responsables états-uniens et palestiniens, donne a posteriori raison à ceux qui, dès 2006, ont dénoncé le coup d’Etat en préparation 15. J’en cite ici de larges extraits :
« La Secrétaire d’Etat Rice m’a demandé de vous rencontrer afin de discuter des moyens par lesquels nous pouvons avancer ensemble. (…)
Comme vous l’avez entendu à New York, le Président Bush veut vous soutenir. (…)
Mais notre capacité à vous aider dépend en grande partie de vous. Nous pouvons faire beaucoup plus si un gouvernement de l’AP se met en place, qui accepterait totalement et clairement les principes du Quartet.
Des Etats arabes clés sont également prêts à vous soutenir dans cette démarche. (…)
Nous savons que vous évaluez les différentes options. Nous voyons 3 éléments vitaux qui devraient faire partie de votre stratégie, quelle qu’elle soit :
1) Adressez-vous au public : rendez publique votre intention de former un nouveau gouvernement et expliquez ce qu’un tel gouvernement pourrait apporter au peuple palestinien ;
2) Le Hamas devrait avoir à faire un choix clair, avec une date-limite claire : le Hamas disposerait d’un délai limité pour répondre : soit ils acceptent un nouveau gouvernement qui se conforme aux exigences du Quartet, soit ils le rejettent ;
3) Les conséquences de la décision du Hamas devraient elles aussi être claires : si le Hamas ne répondait pas favorablement dans le délai prescrit, vous devriez expliquez clairement votre intention de déclarer l’état d’urgence et de former un gouvernement d’urgence explicitement dévoué à ce programme.
(…) Nous pensons aussi que vous devez immédiatement renforcer votre équipe. Nous pensons que vous devez y inclure des personnalités bénéficiant d’un fort crédit dans la communauté internationale (…).
Nous travaillons déjà à des projets de soutien à la Garde Présidentielle et aux Forces de Sécurité Nationale (…).
Si vous agissez en vous inscrivant dans ces perspectives, nous vous soutiendrons tant matériellement que politiquement » 16.
Le piège du Gouvernement d’union nationale et le « plan B »
« L’option » choisie par Abu Mazen, au grand désarroi des Etats-Unis et de Dahlan, est de trouver un accord de principe avec le Hamas en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale. Ce gouvernement est néanmoins un piège tendu à un Hamas lui aussi sous pression, notamment de l’Arabie Saoudite : il permet de remettre au pouvoir une partie de la direction sortante (et battue) de l’AP et d’exiger ensuite du Hamas, au nom de l’unité, qu’il se soumette publiquement aux exigences du Quartet. L’accord est signé à la Mecque en février 2007. Mais dans les territoires palestiniens personne ne croit à la viabilité du nouveau gouvernement, d’autant plus que très rapidement, conformément à la volonté états-unienne, Abu Mazen va imposer des conditions inacceptables pour le Hamas.
Les Etats-Unis réadaptent en effet leur stratégie à la lumière des Accords de La Mecque. Un nouveau document est élaboré, intitulé « Plan pour la Présidence palestinienne en 2007 » ou « Plan B ». Deux noms apparaissent à plusieurs reprises dans le document, en plus de celui d’Abu Mazen : Salam Fayyad, ancien haut fonctionnaire à la Banque Mondiale et au Fonds Monétaire International, et Mohammad Dahlan. Ils sont au cœur du dispositif que les Etats-Unis souhaitent mettre en place pour aboutir à une chute rapide du Gouvernement d’Union Nationale et l’éviction définitive du Hamas de la direction de l’AP. Abu Mazen devra confier à Fayyad la gestion de l’ensemble des ressources financières de l’AP et à Dahlan la gestion de son appareil sécuritaire, qui devra être réformé. Conformément aux souhaits états-uniens, Fayyad sera nommé Ministre de l’économie du nouveau gouvernement et Dahlan Conseiller National à la Sécurité (CNS) du Président Abbas, malgré les protestations du Hamas.
La première version du « Plan B », révélée elle aussi par David Rose, indique qu’il s’agit, via la réforme des services de sécurité et la nomination de Dahlan à leur tête, de « maintenir sous le contrôle indépendant du Président Abbas les forces de sécurité clé (…) par l’intermédiaire du CNS [et d’] éviter l’intégration du Hamas dans ces services » 17. Plus loin on peut lire que depuis le début de l’année 2007, « le CNS Dahlan supervise, en coordination avec le Général Dayton, l’effort accompli pour entraîner et équiper une force de 15 000 hommes sous contrôle du Président Abbas afin d’établir la loi et l’ordre, de stopper le terrorisme et de dissuader les forces [armées] extra-légales » 18. Dans la version définitive du « Plan B » on peut lire que les Etats-Unis s’engagent à « fournir aux personnels de sécurité les équipements nécessaires et les armes afin qu’ils puissent accomplir leur mission » 19. Une nouvelle étape va donc être franchie. Malgré les réticences d’Abu Mazen , qui jusqu’au bout espère pouvoir reprendre le contrôle de l’AP sans effusion de sang, le feu vert est donné à Dahlan.
Le « coup de force » de Gaza
Dès lors la machine est lancée. Dahlan multiplie les déclarations provocatrices à l’égard du Hamas ; depuis les camps d’entraînement sous supervision US (en Jordanie, en Egypte et à Jéricho), ses hommes affluent dans la Bande de Gaza avec la bénédiction d’Israël et les armes des Etats-Unis ; les incidents se multiplient avec les groupes armés liés au Hamas, notamment à partir du mois d’avril, lorsque l’existence du « Plan B » est révélée dans plusieurs journaux arabes 20. La bataille autour du contrôle des forces de sécurité fait rage, le Hamas ayant décider de créer sa propre Police dans la Bande de Gaza. Le 14 mai, Ismail Haniyah accepte la démission d’Hani al-Qawasmi, le Ministre de l’Intérieur (« indépendant »), qui affirme qu’il n’a en fait aucun contrôle sur les forces de sécurité de l’AP et qu’il ne peut rien faire pour stopper les combats.
Au début du mois de juin on compte déjà plusieurs dizaines de morts dans les deux camps. Tandis que dans la presse arabe et dans les rues palestiniennes, Abu Mazen et Dahlan sont déjà surnommés depuis plusieurs mois les « Pinochet du Moyen-Orient » 21, dans les pays occidentaux et en Israël on accuse le Hamas de fomenter les troubles, d’avoir une attitude anti-démocratique et de mettre en péril la fragile unité nationale palestinienne. Abu Mazen et Dahlan tiennent à peu le même discours. Le Président palestinien accuse même le Hamas d’être lié à al-Qaeda. « Les putschistes du Fatah, dans la tradition de tous les régimes arabes non-élus qui ont eux aussi organisé leurs propres coups d’Etat (…), ont déclaré que leurs ennemis démocratiquement élus étaient les « putschistes », ceux qui conduisaient le peuple palestinien vers de « sombres » abysses ». 22
Durant les deux premières semaines de juin les combats se multiplient et chacun comprend que l’affrontement d’ampleur est désormais inévitable. Le 13 juin le parti d’Ismail Haniyah prend l’initiative d’en finir avec les forces de Mohammad Dahlan avant que l’ensemble des armes et des hommes entraînés par les Etats-Unis ne rejoignent la Bande de Gaza et que Dahlan ne décide de lancer la dernière phase de l’offensive. En à peine 24 heures les hommes du Conseiller National à la Sécurité, qui ne bénéficient d’aucun soutien dans la population gazaouie, contrairement à ce que pensaient les stratèges états-uniens, sont balayés par le Hamas et ceux qui le peuvent tentent de s’enfuir de la Bande de Gaza. Plusieurs centaines d’entre eux s’entassent à la frontière entre Gaza et Israël, où ils bénéficient de la protection des forces israéliennes, qui va en outre faciliter leur transfert vers la Cisjordanie.
Abu Mazen et Salam Fayyad
Abu Mazen et Dahlan savent que le pustch a échoué. Le 14 juin Abu Mazen révoque le gouvernement d’Union Nationale et décrète l’état d’urgence. Le 16 juin il refuse une réunion de crise avec la direction du Hamas en Syrie. Il se rend, accompagné de Dahlan, à une rencontre avec le Consul Général des Etats-Unis. Le lendemain il nomme un « gouvernement d’urgence » sous la direction de Salam Fayyad. L’état d’urgence permet à Abu Mazen et Fayyad de contourner la procédure normale, qui aurait impliqué un vote de confiance du Conseil Législatif Palestinien. Le Premier Ministre Fayyad est imposé, y compris à Abu Mazen, par l’Administration Bush alors que son parti « Troisième Voie » n’avait pas franchi la barre des 2% lors des législatives de janvier 2006. Les Etats-Unis, l’Union européenne et Israël annoncent la levée des sanctions économiques et diplomatiques, reprennent les versements d’argent au gouvernement de Fayyad et le reconnaissent comme « seul gouvernement légitime » de l’AP. Le Hamas a fait une démonstration de force dans le Bande de Gaza mais ne peut ni ne veut s’opposer à Abu Mazen et Fayyad en Cisjordanie : pourquoi se battre pour « prendre le contrôle » de zones autonomes qui sont en fait sous occupation israélienne ?
Conclusion : après l'échec de Gaza, bientôt celui de la Cisjordanie...
La journaliste israélienne Amira Hass avait raison lorsqu’elle écrivait, dès octobre 2006 , au sujet des affrontements « interpalestiniens » : « Ce n’est pas une affaire interne palestinienne » 23. Toute la séquence qui a suivi les élections législatives de janvier 2006 est en effet marquée par les interventions extérieures, notamment états-uniennes, visant à modifier les dynamiques politiques des territoires palestiniens. Les divers éléments que j’ai tentés de rassembler ici montrent sans ambiguïté que les « événements » de Gaza en juin 2007 ne sont que le produit d’une tentative de Regime Change orchestrée par l’Administration Bush et une fraction de la direction sortante de l’AP, prête à tout pour revenir au pouvoir.
Si l’on se situe du point de vue des objectifs des Etats-Unis, la tentative de putsch a été un échec. Les alliés palestiniens de Washington n’ont pas pris le contrôle de la Bande de Gaza, le Hamas n’a pas été mis hors-jeu même s’il est affaibli et il n’existe pas aujourd’hui de représentation palestinienne qui pourrait prétendre être légitime pour négocier un « plan de paix » made in USA. Certes, Gaza est isolée et coupée du monde. Certes, un gouvernement « ami » est aujourd’hui en place en Cisjordanie, qui s’est fixé pour principale tâche de désarmer la résistance et de soumettre l’économie palestinienne aux principes du libre-échange. Certes, les négociateurs palestiniens négocient et affirment à qui veut l’entendre que « tous les espoirs sont permis ».
Mais derrière les apparences, la réalité est toute autre. La Bande de Gaza est une véritable bombe à retardement, qui tôt ou tard va exploser au visage de ceux qui ont voulu jouer aux apprentis sorciers en tentant par la force de changer le verdict des urnes. En Cisjordanie, le gouvernement Fayyad est impopulaire dans quasiment tous les secteurs de la société palestinienne, à part chez les hommes d’affaires. Même au Fatah on le critique ouvertement. Les spectaculaires opérations de « rétablissement de la sécurité » à Naplouse et à Jénine et les multiples arrestations de militants et sympathisants du Hamas ne sont en aucun cas une démonstration du faut que l’AP pourrait contenir un nouveau soulèvement. En outre, personne ne croit sérieusement que les négociations en cours vont aboutir à une solution juste pour le peuple palestinien. Abu Mazen lui-même est revenu « extrêmement déçu » de sa dernière visite à Washington…
Les tergiversations d’Abu Mazen et le lamentable échec de Dahlan à Gaza ont conduit les Etats-Unis à placer tous leurs espoirs en leur nouvel homme de confiance : Salam Fayyad. Il a désormais accès aux comptes de l’OLP et de l’AP et gère donc en conséquence l’immense manne financière des « aides internationales ». Il a remplacé les responsables des divers services de sécurité de Cisjordanie en mettant « à la retraite » tous ceux qui avaient un passé politique ou militaire dans le Fatah ou l’OLP et en les remplaçant par des hommes de confiance. Pour l’instant l’édifice construit par l’Administration Bush tient debout. Mais pour combien de temps ?
Car contrairement à Abu Mazen, Fayyad n’a aucune légitimité « historique », que ce soit dans le Fatah ou dans l’OLP, et ne peut jouer d’un passé dans le mouvement de libération nationale pour faire accepter aux Palestiniens des accords au rabais. Contrairement à Dahlan il n’a pas de réseaux et de milices dévouées qui pourraient le soutenir au cas où la situation redeviendrait instable. On peut l’affirmer sans prendre de risque : après l’échec du pustch à Gaza, c’est en Cisjordanie que la politique états-unienne de Regime Change va bientôt montrer ses limites.
Et Mohammad Dahlan, me direz-vous ? Depuis sa déroute à Gaza et la révélation de sa lettre à Shaul Mofaz, il ne fait pas trop parler de lui. Le parcours de cet individu interdit néanmoins d’en conclure qu’il ne prépare pas, d’une façon ou d’une autre, son retour sur la scène politique palestinienne. Mais il est provisoirement tombé en disgrâce. Pour lui signifier qui était le nouveau patron, Salam Fayyad a ordonné, dès juillet 2007, la saisie de 7 millions de dollars sur ses comptes bancaires, l’accusant de détournement de fonds...
Qui a dit que les loups ne se mangeaient pas entre eux ?
Notes
1. Pour un éclairage sur le concept de « Regime Change », on pourra se référer à Justin Vaïsse, "La diplomatie du « changement de régime » selon les États-Unis", dans L'état du monde 2007, sous la direction de Bertrand Badie et Béatrice Didiot, Paris : La Découverte, 2006.
2. Membre fondateur du Hamas (1988), Abd al-Aziz al-Rantissi a été assassiné par l’armée israélienne en avril 2004.
3. Conversation avec M. al-Rantissi, décembre 2005.
4. Entretien avec Kifah al-Wawi, mars 2007.
5. Citée par David Rose, « The Gaza Bombshell », Vanity Fair, avril 2008, disponible sur http://www.vanityfair.com/politics/features/2008/04/gaza200804
6. Voir notamment Khaled Hroub « Un Hamas nouveau ? », Revue d’Etudes palestiniennes, n°102, hiver 2007.
7. Membre fondateur du Fatah, Abu Iyad, de son vrai nom Salah Khalaf était numéro 2 de l’OLP lors de son assassinat en janvier 1991.
8. Voir notamment Graham Usher, “ The Politics of the Internal Security : The Palestinian Authority’s New Security Services ”, dans Georges Giacaman et Dag Jorund Lonning (eds.), After Oslo, New Realities, Old Problems, Chicago, Pluto Press, 1998, p.153 et sq.
9. Entretien avec Jihad Abu Omar, responsable de la Sécurité Préventive à Hébron, mars 2007.
10. Voir Gideon Alon, Le Ministre de la Défense offre à Dahlan le contrôle de la Bande de Gaza, Haaretz, 29 avril 2002, traduction française sur http://www.lapaixmaintenant.org/article68
11. Cité par David Rose, op. cit.
12. Idem.
13. Une copie de la lettre est visible sur http://electronicintifada.net/v2/article7116.shtml
14. David Rose, op. cit.
15. Voir entre autres Gilbert Achcar, Premières réflexions sur la victoire électorale du Hamas (janvier 2006) sur http://www.alencontre.org/Palestine/PalAchcarHamas01_06.htm , PY Salingue, Aux côtés des Palestiniens, sans réserves ni conditions (avril 2006) sur http://www.ism-suisse.org/news/article.php?id=4616&type=analyse&lesujet=R%C3%A9sistances , Alain Gresh, Vers un coup d’Etat en Palestine ? (septembre 2006) sur http://blog.mondediplo.net/2006-09-27-Vers-un-coup-d-Etat-en-Palestine ou encore sur ce blog mon article Enjeux actuels de la résistance palestinienne (juin 2006) sur http://juliensalingue.over-blog.com/pages/2006_juin_Enjeux_actuels_de_la_resistance_palestinienne_JS-430846.html
16. « Talking points », note du Département d’Etat à l’attention de Mahmoud Abbas, téléchargeable sur http://www.vanityfair.com/politics/features/2008/04/gaza_documents200804
17. « Plan B », téléchargeable sur http://www.vanityfair.com/politics/features/2008/04/gaza_documents200804
18. Idem
19. « Plan d’action pour la présidence palestinienne », téléchargeable sur http://www.vanityfair.com/politics/features/2008/04/gaza_documents200804
20. Le premier à révéler l’existence du « Plan B » est le journal jordanien al-Maid, dans son édition du 30 avril.
21. Voir entre autres Joseph Massad, Pinochet in Palestine ? (novembre 2006) sur http://weekly.ahram.org.eg/2006/819/op2.htm et Tony Karon, Palestinian Pinochet Making His Move ? (mai 2007) sur http://tonykaron.com/2007/05/15/palestinian-pinochet-making-his-move/
22. Joseph Massad, Subverting Democracy (juin 2007), disponible sur http://weekly.ahram.org.eg/2007/851/op23.htm
23. Amira Hass, Not an internal Palestinian Matter, Haaretz, 4 octobre 2006, disponible sur http://www.haaretz.com/hasen/spages/770053.html
juliensalingue
Julien Salingue: Doctorant en science politique et enseignant à l'Université Paris 8.
Julien Salingue est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. Articles de Julien Salingue publiés par Mondialisation.ca
Posté le 14.05.2008 par djamazz
Rencontre Mahmoud Abbas-Ehoud Olmert
Le grand mensonge israélien
par Fares Chahine
Mondialisation.ca, Le 7 mai 2008
El Watan
Gagner le plus de temps possible semble être la véritable stratégie du gouvernement israélien dans ses « discussions de paix » avec les Palestiniens. Déclarer qu’une avancée notable a été enregistrée lors de la dernière réunion entre le président Abbas et le Premier ministre israélien Ehoud Olmert, lundi, à Jérusalem ouest, sur le tracé des frontières du futur Etat palestinien n’est qu’un leurre, un de plus de la part des Israéliens.
Aux déclarations israéliennes assurant que les négociations de paix progressent au point qu’on discute des tracés de frontières du futur Etat palestinien, Nabil Abou Rodeina, conseiller du président Mahmoud Abbas, a déclaré que les positions à ce sujet demeurent très éloignées. Le but d’un tel mensonge ne vise pas les Palestiniens qui sont au courant de ce qui se passe exactement, mais plutôt la communauté internationale ou ce qu’il en reste. De telles déclarations ne représentent qu’une sorte d’anesthésie temporaire qu’Israël administre aussi bien à ses alliés qu’à ses ennemis. Une fois l’effet de cet anesthésique estompé, la machine propagandiste de l’Etat hébreu en trouvera d’autres. Si les Israéliens voient qu’ils ne peuvent plus continuer sur la même voie avec l’équipe au pouvoir, ils sont capables de mettre au point pour une raison ou une autre des élections anticipées, changer de négociateurs et revenir au point zéro, au niveau des discussions, alors que se poursuit sur le terrain la politique du fait accompli, et ainsi de suite jusqu’au moment où il ne restera plus rien à négocier. Si les Israéliens voient qu’ils sont acculés au niveau des pourparlers de paix, ils peuvent facilement les troubler en commettant un massacre ici et là, ou même en jouant sur les divisions interpalestiniennes, comme c’est le cas aujourd’hui, entre le mouvement Hamas qui s’est emparé de force de la bande de Ghaza depuis l’été dernier, et le mouvement Fatah dirigé par le président Abbas. Ce jour semble très proche avec l’extension sans précèdent de la colonisation en Cisjordanie occupée, la judaïsation de la ville sainte d’El Qods qui avance très rapidement et l’achèvement proche de la construction du mur de séparation raciste qui vise à boucler les Palestiniens dans des bantoustans isolés. A ce moment là, les Israéliens viendront eux-mêmes aux Palestiniens ainsi qu’au reste du monde et diront : Aujourd’hui, les Palestiniens peuvent créer leur entité, sur la portion de terre que « nous » leur laissons (moins de 50% de la Cisjordanie occupée, l’étroite enclave surpeuplée, la bande de Ghaza, sans la ville sainte d’El Qods). Ils peuvent l’appeler Etat indépendant, royaume ou même empire, peu importe. Ce jour-là, Israël aurait dans les faits et sur le terrain mis un frein définitif à un rêve de tout un peuple qui dure depuis 60 ans, celui de créer un véritable Etat indépendant et souverain avec la ville sainte comme capitale et un retour des réfugiés dans leur terre et dans leur foyer.
Un Etat qui dispose d’une continuité territoriale comme partout dans le monde. Il faut tout de même souligner que sans une complicité totale des Etats-Unis et de leur président, l’Etat hébreu serait incapable de poursuivre cette politique mensongère. Il est vrai que George Bush est le premier président américain à parler de la nécessite de créer un Etat palestinien aux côtés d’Israël, mais il faut dire qu’il n’en a jamais fait la description ni évoqué les contours. Sans vouloir avoir l’air d’être empreint de la théorie du complot, plus le temps passe et plus le président américain semble trempé jusqu’au cou dans tout ce que manigancent les responsables israéliens. Ce drame palestinien, qui semble dépasser ce peuple qui n’a jamais abdiqué et qui ne le fera jamais, quels que soient les sacrifices, n’aurait pu s’éterniser de la sorte si le monde arabe, l’allié naturel de ce peuple combattant, savait au moins défendre ses intérêts, pas ceux de ses dirigeants. Faut-il attendre que le salut vienne de l’Iran qui continue à aiguiser sérieusement ses forces afin qu,e le moment venu, il puisse faire mal à Israël, non pas pour les beaux yeux des Palestiniens mais dans la perspective d’une guerre, à l’image de celle contre l’Irak, qui a anéanti toutes les potentialités de ce pays arabe, que le président Bush pourrait offrir en guise de loyauté à Israël avant de quitter la Maison-Blanche à la fin de l’année. Divisés, ne donnant plus l’impression de jouer les premiers rôles, les Palestiniens pourraient tout perdre, sauf s’ils reprennent le-dessus sur eux-mêmes, seule condition pour redevenir une pièce essentielle dans ce jeu à très haut risque.
Fares Chahine
Articles de Fares Chahine publiés par Mondialisation.ca
Posté le 14.05.2008 par djamazz
Comment le Premier Ministre palestinien a voulu contraindre une population exsangue à « payer ses dettes ».
Les étranges idées de Salam Fayyad (Episode 1)
par Julien Salingue
Mondialisation.ca, Le 8 mai 2008
Le blog de Julien Salingue
Salam Fayyad
Pourquoi le gouvernement de Salam Fayyad est-il aussi contesté en Cisjordanie ? Question légitime. La réponse la plus évidente semble être le fait qu'il ait entrepris de définitivement désarmer la résistance palestinienne. Mais ce n'est pas la seule. D'autres mesures qu'il a prises ou tenté de prendre ont largement contribué à renforcer son impopularité, déjà considérable lors de sa nomination en juin 2007. Voici l'une d'entre elles.
L’affaire s’est déroulée de janvier à mars 2008. Elle n'a pas fait grand bruit ailleurs que dans les territoires palestiniens. Mais dans les rues de Ramallah, de Jénine ou d’Hébron, on en parle encore, avec un mélange de colère, d’inquiétude et de soulagement en raison de son heureux dénouement. « Heureux dénouement »… pour la population palestinienne. Pas pour le gouvernement de Salam Fayyad.
A la mi-janvier, le gouvernement annonce une nouvelle qui se répand comme une traînée de poudre dans les villes, villages et camps de réfugiés palestiniens : à partir du 25 janvier, tous ceux qui souhaiteront obtenir des papiers officiels de l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie devront produire les pièces justificatives prouvant qu’ils ont réglé leurs factures d’eau, d’électricité et autres « services ». C’est l’Utility Bill Clearance Law , qui, d’après les autorités, a pour objectif de combler les 500 millions de dollars d’arriérés de paiement des foyers palestiniens. Il n’y aura pas d’exception : pour obtenir une carte d’identité, un passeport, un permis de conduire, un certificat de naissance pour un nouveau-né, pour immatriculer sa voiture, pour se marier… il faudra payer les factures.
Chômage endémique (de 30 à 50% en Cisjordanie selon le mode de calcul adopté), pauvreté grandissante (50% de la population sous le seuil de pauvreté selon les chiffres officiels), inflation galopante (le prix du pain a augmenté de 50% en un an, celui de la farine et du riz de près de 100%), arriérés de salaires des fonctionnaires (souvent un an de retard)… La situation économique de la très grande majorité de la population palestinienne est loin d’être reluisante. Mais ce n’est visiblement pas le souci principal de Salam Fayyad. Le porte-parole du Gouvernement et Ministre des Affaires Etrangères Riyad al-Maliki déclare qu’il s’agit notamment, avec cette mesure, « [de] se débarrasser de la culture du non-paiement, d’habituer les citoyens à payer leurs dettes [et de] réaliser l’égalité et la justice entre ceux qui paient et ceux qui ne paient pas ».
Les protestations sont multiples. Des moniteurs d’auto-écoles et chauffeurs de taxi (qui risquent de perdre leur outil de travail…) aux fonctionnaires (notamment les enseignants, qui menaçaient déjà de faire grève en raison des arriérés de salaires et d’accords passés non respectés par le gouvernement), en passant par les comités populaires des camps de réfugiés (les plus pauvres parmi les Palestiniens), on marque son opposition à la nouvelle mesure. De nombreux élus du Fatah au Conseil Législatif font de même. L’un d’entre eux, Jamal Abu ar-Rub, déclare ainsi que cette décision peut être assimilée à une « punition collective ». Du côté des syndicats et des organisations de gauche comme le FPLP, on n’hésite pas à accuser le gouvernement de privilégier les intérêts des groupes privés au détriment de ceux de la très grande majorité des Palestiniens.
Il s’agit en effet, pour l’essentiel, de récupérer de l’argent qui n’ira pas dans les caisses du gouvernement mais bel et bien dans celles des grands groupes qui gèrent les services à la population. Dans le cas de l’électricité par exemple, les deux principaux groupes nationaux sont la Palestinian Electric Company (PEC) et la National Electricity Company (NEC), dans lesquelles les autorités « publiques » n’ont que de très maigres parts. L’actionnaire principal de la PEC est la Consolidated Contractors Company de Saïd Khoury1 et celui de la NEC est la Padico de Munib al-Masri2 (également actionnaire de la PEC). On pourrait naïvement se demander si ces groupes ne sont pas en difficulté financière… Vérification faite, non. A la fin du premier trimestre 2008, la PEC annoncera des bénéfices de 2.73 millions de dollars, soit une progression de 100% par rapport au premier trimestre 2007. Le résultat net de Padico au 31 mars 2008 sera de 8.3 millions de dollars.
Pour la gauche, les syndicats, et nombre de responsables du Fatah, les choses sont claires : Salam Fayyad, ancien haut fonctionnaire de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, applique sans complexe les préceptes du néo-libéralisme en soutenant prioritairement le secteur privé, quitte à plonger encore un peu plus la très grande majorité de la population dans la misère. Certains font en outre remarquer que le mesure est d’autant plus choquante qu’elle a été annoncée environ un mois après la Conférence de Paris, au cours de laquelle les pays donateurs ont promis environ 7.7 milliards d’euros d’aide à l’Autorité Palestinienne, et que le gouvernement lui-même n’a pas payé ses dettes en réglant les arriérés de salaires des fonctionnaires.
Inflexible au début, Fayyad va progressivement céder du terrain. Si Riyad al-Maliki dénonce au début du mois de février le « manque de patriotisme » qui caractériserait certains syndicalistes, des tentatives de conciliation vont être organisées, notamment avec les représentants des réfugiés et avec les syndicats de fonctionnaires. Le mouvement de ces derniers inquiète particulièrement le gouvernement, car il porte des revendications plus larges que la seule Utility Bill Clearance Law, notamment sur les salaires, les retraites, ainsi qu’une réévaluation des frais de transports et de nourriture. Un médiateur est donc nommé, Rawhi Fattouh, membre du Fatah, haut responsable de l’Autorité palestinienne, ancien président du Conseil Législatif et ancien Président par intérim (il avait assuré la transition entre Yasser Arafat et Mahmoud Abbas).
Plusieurs rencontres ont lieu entre Rawhi Fattouh et les représentants des syndicats, notamment Jamil Shahada, secrétaire général du syndicat des enseignants et Bassam Zakarna, du syndicat des fonctionnaires. Fattouh s’engage à ce que le gouvernement paye régulièrement les salaires, reconsidère le montant des charges liées aux transports et adapte l’Utility Bill Clearance Law afin de ne pas pénaliser trop durement les fonctionnaires. Mais l’accord tarde à être signé, les salaires ne sont toujours pas versés, le gouvernement multiplie les déclarations contradictoires et la protestation ne faiblit pas, avec d’importantes journées de grève en février et en mars.
Rawhi Fattouh
Fayyad semble déterminé à ne pas abandonner une mesure pourtant décriée dans l’ensemble des territoires palestiniens de Cisjordanie. La « solution » va finalement venir d’ailleurs. Plusieurs associations, syndicats et individus ont en effet dès le mois de février déposé des recours devant la Haute Cour de Justice palestinienne pour faire invalider le décret de Fayyad. Le 31 mars, l’instance judiciaire rend un arrêt qui met un terme à l’affaire de l’Utility Bill Clearance Law : la mesure est considérée comme inapplicable et immédiatement suspendue. Fin de l’acte.
Fin de l’acte, ou presque. Le 6 avril, Rawhi Fattouh, l’émissaire du gouvernement, présente des excuses publiques. Mais pas à propos de la décision controversée de Fayyad, même s’il l’avait lui aussi défendue, comme le reste de l’Autorité, au nom de la nécessaire contribution de chacun à la remise en marche de l’économie palestinienne, de la transparence financière et de l’égalité entre les citoyens. Il s’excuse pour une toute autre affaire : trois semaines plus tôt, à la frontière avec la Jordanie, les autorités douanières ont en effet saisi dans sa voiture environ 3000 téléphones portables, qu’il avait l’intention de revendre au marché noir.
Notes
1 La CCC (Consolidated Contractors Company) est une entreprise spécialisée dans la construction, l’ingénierie et la fourniture d’énergie. Ses deux principaux actionnaires sont Saïd Khoury et Hasib Sabbagh. Ce dernier est membre du Conseil National Palestinien (CNP, « Parlement » de l’OLP). Leurs fortunes étaient estimées en 2007 à respectivement 6 et 4.3 milliards de dollars.
2 La Padico (Palestinian Development and Investment Company) est une holding possédant des intérêts dans des domaines aussi divers que le tourisme, l’industrie pharmaceutique, la finance, l’immobilier, l’élevage de poulets, les télécommunications ou la production d’énergie. Son principal actionnaire est Munib al-Masri. En 2007, sa fortune était estimée à 1.62 milliards de dollars.
juliensalingue
Julien Salingue: Doctorant en science politique et enseignant à l'Université Paris 8.
Julien Salingue est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. Articles de Julien Salingue publiés par Mondialisation.ca
Posté le 14.05.2008 par djamazz
Déluge de menaces américaines contre l'Iran
par Peter Symonds
Mondialisation.ca, Le 13 mai 2008
WSWS
Lors d'une conférence de presse mardi, le président américain George Bush a rendu parfaitement claire la menace contre l'Iran, contenue dans le communiqué de la CIA, la semaine dernière, sur un prétendu réacteur nucléaire syrien. Tout en lançant un avertissement à la Syrie, et à la Corée du Nord qui selon le rapport aurait aidé à la construction du bâtiment, il a déclaré que les États-Unis « lançaient un message à l'Iran, et en fait au monde entier, concernant la déstabilisation que causerait une prolifération nucléaire au Moyen-Orient. »
Alors que Bush n'a pas expliqué en quoi consistait le « message », le contexte le rend parfaitement clair. En septembre dernier, des chasseurs israéliens avaient démoli ce bâtiment lors d'une agression délibérée, sans qu’il y ait eu provocation, qui aurait pu déclencher une guerre plus importante. L'administration des États-Unis, qui à n’en pas douter avait donné le feu vert à l'attaque, a fait état la semaine dernière d'informations non corroborées impliquant que ce bâtiment abritait un réacteur inachevé et que la Syrie essayait de construire une arme nucléaire. La menace implicite contre Téhéran est la suivante : les États-Unis et Israël sont également prêts à détruire des installations iraniennes.
Aucune des informations américaines et israéliennes rendues publiques la semaine dernière n'implique Téhéran dans le projet de réacteur nucléaire attribué à la Syrie. Alors, pourquoi réserver un commentaire spécifique à l'Iran ? En ce qui concerne la prolifération nucléaire, Israël est le seul pays de la région qui ait un stock d'armes nucléaires, et les alliés des États-Unis dans la région — l'Arabie Saoudite, l'Égypte et la Turquie — ont tous annoncé des projets de réacteur nucléaire. En nommant l'Iran, Bush a non seulement souligné l'hypocrisie de sa position, mais il a aussi confirmé que Téhéran figurait en tête de liste des cibles américaines.
Le « message » envoyé à l'Iran est arrivé le jour même où un second porte-avions américain, l'USS Abraham Lincoln, arrivait dans le golfe Persique, accompagné d'une flottille comprenant deux destroyers lance-missiles, l'USS Momsen et l'USS Shoup. L'USS Harry Truman a quitté le Golfe, mais il reste dans la zone couverte par l'US Central Command [Commandement interarmées de combat] qui englobe le Moyen-Orient et l'Asie centrale.
Le secrétaire à la défense, Robert Gates, a minimisé le déploiement en disant qu'il était prévu depuis longtemps. « Je ne pense pas que nous aurons deux porte-avions là-bas pendant une longue période. Donc, je ne le considère pas comme une escalade », a-t-il dit, mais il a ajouté d'un ton plein de sous-entendus que cela pouvait être vu comme un « rappel » adressé à l'Iran. Vendredi dernier encore, le président du Comité des chefs d'états-majors interarmées, l'amiral Michael Mullen, a qualifié Téhéran d’« influence de plus en plus mortelle et pernicieuse » en Irak et a insisté sur le fait que « ce serait une erreur [pour l'Iran] de penser que nous sommes à court de capacités de combat ».
Le potentiel des États-Unis à créer une provocation maritime dans le golfe Persique a été mis en lumière en janvier lorsque l'administration Bush a délibérément exagéré une rencontre entre des navires de guerre américains et des hors-bord iraniens. En s'appuyant sur un compte-rendu américain très douteux de l'incident, le président Bush a accusé l'Iran d'un « acte de provocation » et l'a averti des « conséquences dangereuses » si des navires de guerre américains étaient attaqués.
Vendredi dernier, une équipe de la sécurité maritime américaine à bord d'un navire de transport — le Westward Venture, engagé par les États-Unis — a effectué des tirs d'avertissement sur deux bateaux non identifiés qui approchaient du navire. Les bateaux ont quitté la zone après ce que la marine américaine a décrit comme « quelques rafales » de mitrailleuses. Plus tôt ce mois-ci, l'armée américaine avait affirmé que trois petits bateaux iraniens avaient approché l'USS Typhoon « d'une manière menaçante », l'un d'eux jusqu'à moins de 200 mètres, avant d'être rappelés. Les autorités iraniennes ont rejeté les allégations américaines.
Les remarques de Mullen sur « l'influence mortelle et pernicieuse » de Téhéran en Irak constituent une autre allégation américaine sans fondement, régulièrement recyclée comme prétexte possible pour une attaque contre l'Iran. Alors que Washington accuse l'Iran d'armer et d’entraîner de prétendus groupes spéciaux pour qu'ils attaquent les troupes américaines et irakiennes en Irak, les seules preuves rendues publiques à ce jour consistent en un étalage d'armes de facture iranienne, prétendument fournies par la force Al-Quds des Gardiens de la révolution iraniens (GRI).
Plusieurs journaux américains ont déjà rapporté que le commandant américain en chef en Irak, le général David Petraeus, a ordonné la constitution d'un nouveau « dossier » sur les interférences iraniennes en Irak. Cependant, d'après ce qui est décrit, les nouvelles preuves ne seront pas plus concluantes que les anciennes, un étalage d'armes de facture iranienne récente qui prouvent difficilement l'implication du régime iranien dans une région inondée par les marchés d'armes illégales.
Il a été annoncé la semaine dernière que le général Petraeus remplacera l'amiral William Fallon en tant que chef de l'US Central Command. Fallon avait démissionné le mois dernier après avoir fait montre de son opposition à peine voilée aux menaces d'action militaire répétées de l'administration Bush contre l'Iran. Petraeus, qui a joué un rôle essentiel dans la stratégie américaine des « renforts » (surge) en Irak, a mis en évidence son attitude belliciste lorsqu'il a admis pendant un témoignage devant le congrès au début du mois que l'Iran était « responsable de la mort de centaines de soldats américains ».
Vendredi dernier, Asia Times a rapporté que Petraeus tenait en fait le rôle de chef du Central Command depuis des mois. Il s'est rendu dans cinq pays du Moyen-Orient depuis septembre dernier, — la Jordanie, le Koweït, Bahreïn, la Turquie et les Émirats arabes unis — une tâche qui aurait normalement dû être accomplie par Fallon.
Un concert de menaces
Les Etats-Unis émettent un concert croissant d'accusations et de menaces contre l'Iran à tout propos, depuis ses « ingérences » en Irak et son hypothétique programme d'armes nucléaires jusqu'aux liens de Téhéran avec des groupes comme l'organisation chiite libanaise du Hezbollah et le groupe palestinien Hamas, qui sont considérés par Washington comme des « terroristes. » Tout le monde dans l'administration Bush et au Pentagone semble chanter le même refrain.
Dimanche, en Irak, le porte-parole de l'armée américaine, le contre-amiral Patrick Driscoll a accusé à nouveau l'Iran d'armer et d'entraîner des groupes qui tiraient des roquettes depuis les lotissements de Sadr City à Bagdad. Sans avancer l'ombre d'une preuve, il a déclaré : « Les Iraniens continuent à entraîner les Irakiens et à financer leurs réseaux et cela va continuer à se développer avec le temps... Donc, avec le temps, s'ils poursuivent cette activité cela va créer une plus grande influence et cela va mener à plus d'interférences dans les affaires internes de l'Irak. »
Lundi, le directeur de la CIA, Michael Hayden, a évoqué le spectre d'une Syrie disposant de l'arme nucléaire pour justifier le raid israélien de septembre dernier. Aucune preuve concluante n'a été rendue publique qui démontrerait que le bâtiment détruit était un réacteur, ou qu'il était près d'être achevé. La CIA n'a pas expliqué où Damas irait se fournir en combustible nucléaire, ni n'a fourni de preuves de ce que la Syrie voulait construire une bombe. Pourtant, selon Hayden, « au terme d'une année de fonctionnement [après qu'ils aient alimenté le réacteur en combustible] ils auraient produit assez de plutonium pour une ou deux armes ». La remarque ne visait pas tant la Syrie que l'Iran, qui a refusé de se plier aux exigences américaines de fermer ses installations d'enrichissements d'uranium et de mettre fin à la construction d'un réacteur de recherche.
Le même jour, dans un rapport au Conseil de sécurité de l'ONU, l'ambassadeur américain Zalmay Khalilzad a demandé à nouveau que « l'Iran et la Syrie… arrêtent l'afflux d'armes et de combattants étrangers en Irak, et leur influence pernicieuse en Irak ». Il a répété les allégations selon lesquelles la force Al-Quds persistait « à armer, entraîner et financer des groupes armés illégaux en Irak », déclarant : « cette aide mortelle fait peser une menace sérieuse sur les forces irakiennes et multinationales et sur la stabilité et la souveraineté de l'Irak ».
Mardi, dans des remarques adressées au Comité juif américain, la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice a apporté un soutien complet au refus israélien de négocier avec le Hamas, déclarant « A notre plus grande inquiétude, les dirigeants du Hamas servent de plus en plus de combattants de l'ombre à un régime iranien qui déstabilise la région, cherchant à obtenir une capacité nucléaire et proclamant le désir de détruire Israël. » Elle s'en est prise à une « ceinture de l'extrémisme » qui s'étendrait du Hamas et du Hezbollah à l'Irak et l'Afghanistan, qui serait « soutenue principalement par l'Iran et dans une certaine mesure par la Syrie, mais particulièrement l'Iran ». Elle a prévenu que « [Cela] donne à ce conflit une dimension régionale qu'il n'avait pas auparavant ».
Mercredi, le département d'État américain a publié un rapport classant l'Iran comme le « plus actif » et le « plus important » des États qui soutiennent le terrorisme. Tout en mentionnant aussi la Syrie, la Corée du Nord, Cuba et le Soudan, le rapport souligne le soutien allégué de l'Iran au « terrorisme », affirmant qu'il visait à « dissuader les attaques américaines ou israéliennes, faire diversion et affaiblir les États-Unis, augmenter l'influence régionale de l'Iran par l'intimidation, et aider à expulser les États-Unis hors du Moyen-Orient ».
Le déluge croissant de la propagande américaine ressemble à s'y méprendre aux mensonges utilisés pour justifier l'invasion de l'Irak en 2003. La technique du mensonge le plus gros, la répétition sans fin d'accusations non fondées comme s’il s’agissait de faits, est à nouveau employée. Un dossier de la CIA sur le réacteur nucléaire de la Syrie doit être suivi par un autre sur les interférences iraniennes en Irak. Les alliés de droite de l'administration Bush et qui se font entendre, proclament déjà que la Maison-Blanche doit répliquer à cette « guerre par personnes interposées » de l'Iran contre les États-Unis en Irak.
Des plans de guerre sont en train d'être dépoussiérés et refaits. Lors de ses commentaires de vendredi dernier, le président du Comité des chefs d'états-majors interarmées, l'amiral Michael Mullen, a révélé que le Pentagone dressait des plans pour « de potentiels programmes d'actions militaires » contre l'Iran. Un article dans le New York Times de samedi relatait que « l'administration Bush a, en fait, envisagé d'attaquer les camps d'entraînement, les abris et les dépôts d'armes en Iran » utilisés pour entraîner les insurgés irakiens. Le journal affirmait que les raids américains contre l'Iran étaient hors de question « pour l'instant ».
CBS News a cependant publié mardi un rapport qui fait froid dans le dos, indiquant que le délai pour des raids sur l'Iran pouvait être assez court. Citant un officier américain resté anonyme, l'article affirmait que le Pentagone avait donné des ordres pour développer de nouvelles options pour attaquer l'Iran. Il a ajouté : « Les cibles comprendraient tout ce qui va des usines où sont fabriquées les armes aux quartiers généraux de l'organisation qui se fait appeler la Force Al-Quds qui dirige les opérations en Irak. »
Selon CBS : « plus tard dans la semaine, le premier ministre irakien Nouri al-Maliki doit présenter aux Iraniens des preuves de leurs ingérences et en demander la fin. Si cela ne produisait aucun résultat, le département d'État a commencé à élaborer un ultimatum ordonnant aux Iraniens d'y mettre fin – sinon... »
Un porte-parole du Pentagone a officiellement rejeté ce rapport. Pourtant, il ne fait aucun doute que la campagne de propagande actuelle contre l'Iran indique la suite des événements : le risque que l'administration Bush lance une nouvelle guerre d'agression criminelle au Moyen-Orient dans une folle tentative d'asseoir les intérêts économiques et stratégiques américains dans cette région riche en ressources énergétiques.
Article original en anglais, WSWS, paru le 1er mai 2008.
Copyright WSWS.
Articles de Peter Symonds publiés par Mondialisation.ca
Posté le 14.05.2008 par djamazz
La production de semences est également une question politique
par Hedwig Schär
Mondialisation.ca, Le 8 mai 2008
Horizons et débats No 18
Les semences saines et sans OGM sont capitales pour la culture jardinière et l’agriculture. Elles seules garantissent une nourriture saine et protègent de la dépendance créée par les grandes entreprises agroalimentaires. Horizons et Débats a souvent fait état des agissements dans le domaine de la production des semences. Voici cependant un exemple positif.
La reproduction végétale
La nature a prévu différents types de reproduction, selon les conditions locales et climatiques qui varient beaucoup. Il est fascinant d’observer la multiplicité de ces «méthodes».
Il faut différencier deux mécanismes principaux: la reproduction végétative, qui aboutit à la formation de plantes génétiquement identiques, et la reproduction générative qui opère grâce à des semences. La multiplication végétative asexuée produit une nouvelle plante identique issue d’une partie de la plante originale. C’est le cas, pour prendre un exemple concernant les jardins familiaux, de la fraise qui forme, chaque année, de longues pousses munies de nouvelles plantes. De même, la pomme de terre, organisme accumulateur, donne, l’année suivante, des plantes génétiquement identiques.
Le deuxième mécanisme, la reproduction sexuée par le biais de semences, est beaucoup plus important pour le jardin familial. La plus grande partie de nos légumes provient de semences ou de plantes.
Dans la reproduction sexuée, la plante forme une fleur qui est ensuite fécondée. Le pollen (mâle) est transporté sur le stigmate (femelle). Cette fertilisation se fait par les vents ou les insectes, avant tout les abeilles qui volent de fleur en fleur, disséminant ainsi le pollen sur les différentes fleurs de la même espèce. Une fois fécondé, le stigmate produit de nouvelles semences. Autour de la semence se forme une enveloppe dure qui la protège des champignons et d’autres agents nuisibles de l’environnement, chaque plante produisant des semences dont la taille et la forme lui sont propres. Souvent les semences sont enfermées dans une sorte de «compartiment» qu’on peut très bien voir en regardant un cynorrhodon, une pomme coupée en deux ou un haricot. L’enveloppe protectrice forme, avec les semences, le fruit. Les semences de beaucoup de plantes se détachent facilement, comme celles du pissenlit. On procède de la manière suivante: on coupe la partie porteuse de semences avant que celles-ci ne se détachent, on la suspend à l’envers et on recueille les semences dans un linge ou un sac.
Amélioration des légumes de jardin
Dès les débuts de la civilisation, depuis qu’il cultive des plantes, l’homme a cherché à améliorer la reproduction grâce à des croisements ciblés.
C’est ainsi que se sont formées, au cours des siècles, les différentes variétés de légumes que nous cultivons dans nos jardins et nos champs. L’homme a su tirer profit de la diversité génétique des semences et cultiver, par la sélection, les plantes les plus précieuses et les plus efficaces. Malheureusement, on observe aujourd’hui une tendance inverse: On réduit la diversité par la sélection, l’amélioration et les monocultures. D’anciennes plantes cultivées, qui étaient souvent à la base des croisements, disparaissent entièrement avec leur matériel génétique. Il en résulte un appauvrissement de la diversité naturelle.
Le génie génétique dans la production de semences
Ces dernières années ont amené un autre changement important dans la production de semences. De nombreuses plantes ont été génétiquement modifiées. Ce faisant, on a créé un cheval de Troie car il s’agit là d’une emprise massive sur l’écosystème naturel savamment équilibré qui ne tardera pas à entraîner des conséquences importantes. Les manipulations génétiques ont eu pour effet que ces semences ont pu être brevetées, si bien que Monsanto et d’autres grandes sociétés agroalimentaires contraignent les agriculteurs à acheter leurs semences chaque année chez elles. Cela représente un changement fondamental. Dans le monde entier, depuis des milliers d’années, depuis que l’homme cultive la terre, on gardait une partie de la récolte pour la semer dans les champs l’année suivante. Or cette coutume millénaire vient d’être interdite puisqu’il est exclu de tirer de nouvelles semences des semences brevetées!
Les semences biologiques Zollinger
Il y a 25 ans, la famille Zollinger a commencé à produire elle-même des semences au moment où l’on offrait de plus en plus de semences hybrides sur le marché et que la production était profondément bouleversée. Les semences hybrides, il est vrai, ont normalement un bon rendement la première année mais il est impossible d’en tirer des semences soi-même, si bien que chaque année, on doit en acheter de nouvelles (voir encadré). Au cours des années, la famille Zollinger a donc développé de plus en plus la production de semences biologiques et en offre aujourd’hui une large gamme.
Au vu de l’évolution des semences OGM, ce qu’a réalisé la famille Zollinger n’en apparaît que plus valable, car cela permet de s’opposer à cette tendance.
L’entreprise Zollinger est située aux Evouettes, à l’entrée du Valais (Suisse). On y voit des champs entiers de fleurs, de légumes et de céréales. Tout est très soigné et les couleurs sont un plaisir pour les yeux.
Autrefois, la famille était installée en Suisse orientale, mais bientôt elle a cherché un terrain plus vaste. La production de semences nécessite un climat doux où les températures hivernales ne tombent pas beaucoup en dessous de 0° C et où les étés sont chauds et secs pour que les semences atteignent leur pleine maturité. En même temps, les conditions doivent correspondre à celles qui règnent en Suisse, c’est-à-dire à la production de variétés robustes. C’est pourquoi des terres situées dans le Sud, par exemple dans le Midi de la France, ne convenaient pas. En Suisse, il existe différentes régions idoines: la vallée du Rhin, le Klettgau schaffhousien et le Bas-Valais. Ainsi la famille Zollinger a-t-elle finalement, il y a 14 ans, jeté l’ancre aux Evouettes. Depuis, elle y produit, sur un terrain de 5 à 7 hectares, des semences biologiques destinées aux petits consommateurs.
Les expériences faites au cours de ces années ont permis aux Zollinger d’acquérir un grand savoir horticole très demandé en matière d’évaluation, de production de semences et de diffusion de variétés précieuses. L’Office fédéral suisse de l’agriculture tire profit de ces connaissances dans le cadre de son Plan d’action national (PAN) de sauvegarde de la diversité des plantes cultivées.
Préparation du sol et culture
Même dans la production de semences, on respecte la rotation des cultures afin que le sol soit exploité de manière équilibrée et possède suffisamment d’engrais. La première année, on cultive une céréale, de préférence de l’épeautre. L’année suivante, on sème de la luzerne, bon fournisseur d’azote; l’année suivante, on cultive une plante sarclée: maïs, pomme de terre ou légumes. La quatrième année, on cultive des légumes, des herbes et des fleurs pour la production de semences. L’entreprise dispose en tout de 25 hectares, dont 5 à 7 sont réservés à la production des semences de légumes, d’herbes et de fleurs. Les tunnels et terrains de culture réservés à la production de semences sont souvent très éloignés les uns des autres, afin d’éviter le croisement involontaire de plantes de la même famille et de garantir la pureté des variétés. C’est pourquoi la plantation du chou blanc est très éloignée de celle du chou rouge. Si le pollen est diffusé par le vent, les plantes doivent être cultivées en maintenant une distance d’au moins 1200 mètres.
La récolte des semences La récolte se fait principalement à la main. Ensuite, les semences sont séchées, puis délicatement battues. Le nettoyage se fait à l’aide de machines spéciales et à la main. Il s’agit d’un long travail.
L’entreprise possède ses propres sélections et produit des variétés garanties sans OGM (voir encadré) pour les jardins familiaux et les petits consommateurs. Souvent, on lui envoie d’anciennes variétés de semences qu’elle cultive en examinant ensuite si elles s’adaptent au jardinage familial.
Dans la production en gros pour les besoins de l’agriculture, les plantes devraient préférablement mûrir toutes au même moment pour que les produits se présentent, à l’étalage des marchands de primeurs, tous aussi beaux les uns que les autres. Mais ce n’est pas souhaitable pour le jardinage familial. Là, un certain retard dans la maturation est apprécié pour que la famille puisse récolter petit à petit les différents légumes. Dans chaque sachet se trouvent donc également des semences au mûrissement retardé, la quantité étant destinée à un carré de 5 mètres sur 5 environ.
Catalogue
L’entreprise édite un catalogue à la présentation soignée où les plantes sont décrites précisément et accompagnées d’une illustration. Sont indiquées la famille, la taille, la saveur, les semences et la récolte. Certaines descriptions sont complétées par des informations supplémentaires, notamment sur l’origine de la plante et par des recettes. En feuilletant le catalogue, on ressent l’enthousiasme qui anime l’entreprise.
Il vaut la peine de se faire inscrire au fichier clients de l’entreprise Zollinger. On reçoit alors gratuitement, chaque mois de janvier, le nouveau catalogue. Et un soir d’hiver, on peut s’installer confortablement, jeter un coup d’œil à ses anciens sachets de semences et commander par la poste ce dont on a besoin. Ainsi, même avant que la saison des jardins ne commence, on est déjà pourvu en semences.
A part l’alimentation équilibrée à base de plantes saines, la production de semences pures et biologiques est une question hautement politique. Les grandes multinationales agroalimentaires sont axées sur le profit. Elles font que l’agriculture dépende d’elles et s’accommodent du fait qu’elles détruisent des terres précieuses et l’écosystème avec des plantes OGM et des produits chimiques. Aussi toute initiative visant à s’opposer à ce processus ne saurait-elle être trop louée.
On peut commander le catalogue, disponible également en français, par courriel: info@zollinger-samen.ch, www.zollinger-samen.ch •
Qu’entend-on par semences hybrides?
Les semences hybrides sont produites par le croisement de deux plantes parentes sélectionnées. Le rendement de la première génération étant notablement meilleur et homogène, elles sont par conséquent, à première vue, intéressantes pour l’agriculture. Mais si l’on essaie de récolter des semences à partir de cette première génération, il s’avère que tous les descendants ne sont pas génétiquement purs et manquent de vigueur, ce qui veut dire que le jardinier est contraint d’acheter chaque année de nouvelles semences et dépend entièrement du semencier. Il peut facilement reconnaître les semences hybrides: Les sachets portent le sigle F1 qui signifie «Filius 1»: la première génération a un bon rendement.
Il faut noter que les semences hybrides ne sont pas génétiquement modifiées, mais issues du croisement de générations parentes sélectionnées.
Qu’est-ce que la sélection?
La sélection est une procédure visant à créer des variétés pures et robustes. On sélectionne les meilleurs exemplaires d’une variété en les faisant mûrir dans un tunnel. On en tire les semences destinées aux cultivateurs, les semences de base.
Prenons l’exemple du chou blanc. On le souhaite beau et compact. Aussi élimine-t-on les plantes ne répondant pas à ce critère. Cependant les beaux légumes ont de la peine à fleurir et par conséquent à produire des semences. C’est pourquoi on coupe la moitié supérieure des dix exemplaires les plus beaux, ce qui facilite la formation de pousses et de fleurs, puis de semences. Celles-ci possèdent et transmettent alors toutes les bonnes propriétés de la plante.
Articles de Hedwig Schär publiés par Mondialisation.ca
Posté le 14.05.2008 par djamazz
De Santa Cruz au Zulia L’empire étasunien à l’assaut des Etats-Nations latino-américains
par Romain Migus
Mondialisation.ca, Le 13 mai 2008
Le 4 mai 2008, s’est tenu dans le département bolivien de Santa Cruz, un referendum pour approuver un statut d’autonomie pour le département. Précisons avant d’aller plus loin, que la Cour Nationale Electorale bolivienne, organe qui régie les élections selon la Constitution avait déclaré illégale cette consultation. Il s’agissait donc au mieux d’une enquête. Aucun observateur international n’était présent, l’Organisation des Etats Américain (OEA) s’étant même prononcé pour le respect de l’unité de la Bolivie.
Le président Morales avait appelé ses partisans à ne pas légitimer une élection illégale et donc à ne pas participer à cette mascarade de referendum. Au soir des résultats (85% pour le OUI, 15% pour le NON), la chaîne commerciale d’opposition Canal 7, annonçait 40% d’abstention, dans un pays où lorsqu’une élection est légale, elle est obligatoire. Ce chiffre pourtant annoncé par une télévision en connivence avec l’opposition de Santa Cruz aide à relativiser ce que l’on nous présente comme un raz de marée en faveur du statut d’autonomie. D’autres exits pools, manié par le gouvernement de Evo Morales font état de 70% d’abstention. Dans un cas comme dans l’autre, le raz de marée indépendantiste est surtout celui d’une minorité.
L’autonomie des départements bolivien n’est pas chose nouvelle. La loi de décentralisation de 1995 conférait à ces territoires une autonomie au sein de la République. Cette loi sur l’autonomie fut d’ailleurs le résultat d’un travail du Département d’Etat étasunien, par le biais de la USAID, organisme qui gère ses financements internationaux. Le 18 décembre 2005 eurent lieu les premières élections départementales, remporté dans leur majorité par des partis de droite. L’arrivée au pouvoir d’Evo Morales à la présidence de la République de Bolivie en 2006 va coïncider avec une demande accrue ’d’autonomie’ de la part des dirigeants des régions les plus riche. Pourquoi une telle coïncidence ?
Autonomie ou Séparatisme ?
Dés la prise de pouvoir de Evo Morales, la USAID, qui était présente depuis des décennies en Bolivie, va rompre unilatéralement les programmes de coopération avec le gouvernement bolivien pour centrer son travail sur le financement des partis politiques d’opposition, sur un programme d’autonomie régionale, et sur la stratégie à mener pour miner la nouvelle Assemblée Constituante.[1](1)
Dans le même temps, la National Endowment for Democracy (NED), qui finance l’opposition vénézuelienne et des organisations politiques comme Reporters Sans Frontières, va augmenter ses financements aux groupes d’opposition de la région de Santa Cruz et des 3 autres départements demandant l’autonomie (Tarija, Beni, Pando).
Ces dons de la USAID et de la NED s’élèvent à 120 millions de dollars par an depuis que Evo Morales est président ! A titre de comparaison, le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a proposé un fond de 500 millions de dollars pour régler le problème de la faim dans le Monde. Autrement dit, selon ces chiffres, seulement 4 ans de financement des Etats-Unis à l’opposition bolivienne putchiste suffirait à résoudre la famine mondiale.
D’autres organisations étasuniennes comme la Freedom House travaillent aussi à la déstabilisation de la Bolivie. Et le leader d’Otpor-Venezuela[2] (2), Yon Goicochea, a été envoyé pour former les étudiants de Santa Cruz aux techniques de Coup d’Etat soft de l’Albert Einstein Institution.[3] (3)
Mais c’est avec l’arrivée du nouvel ambassadeur étatsunien en Bolivie que les choses vont s’accélérer. Le 22 septembre 2006, Philip Goldberg est nommé officiellement à La Paz. Goldberg ne fut pas choisi au hasard. De 1994 a 1996, il était l’assistant spécial de Richard Holbrook, secrétaire d’Etat aux affaires européennes pour cette même période. Les deux hommes qui vont diriger la délégation étasunienne aux accords de Dayton, furent les artisans chargés de conclure l’éclatement de la Yougoslavie.
Philip Goldberg va être nommé en 2004 chef de la Mission diplomatique des Etats-Unis au Kosovo, dans le but de préparer l’indépendance de ce territoire serbe.
C’est fort de cette expérience en matière de séparatisme que Goldberg arrive à La Paz, et travaille avec l’aide de la USAID et de la NED, à l’élaboration des statuts autonomes de Santa Cruz et de la Media Luna.
Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’autonomie mais bien de séparatisme. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder le contenu des Statuts d’autonomie rédigés par les élites de Santa Cruz.[4] (4)
Ces statuts rédigés comme une véritable Constitution quitte au pouvoir national bolivien toutes les attributions qui sont propre à un Etat. Il ne s’agit pas simplement, comme veulent nous faire croire les media occidentaux, de s’arroger le droit de gérer ses ressources et de créer une police régionale.
Selon ces statuts illégaux, Santa Cruz contrôlerait exclusivement les domaines de l’éducation, les transports, les infrastructures, la culture, les ressources naturelles (dont le gaz, première richesse de Bolivie), la répartition des terres (donnant aux pouvoirs régionaux la possibilité de vendre les terres des parcs nationaux décrétés par le gouvernement bolivien), la légalisation des syndicats, les télécommunications (dont les media ; l’attribution de fréquences serait organisée par le gouvernement régional), l’économie, etc… La région disposerait de Pouvoirs Exécutif, Législatif, et Judiciaire qui lui sont propre. Cerise sur le gâteau du séparatisme. Santa Cruz aurait son propre Hymne, son Drapeau et son Blason.
Le précédent de Santa Cruz fera ses émules puisque 3 autres départements ont déjà annoncé qu’ils convoqueront le même type d’élections illégales pour approuver le même type de statuts. Le travail de Philip Goldberg a porté ses fruits…
De Santa Cruz à la région pétrolière du Zulia
La réponse de l’opposition vénézuélienne à cette tentative de sécession en Bolivie a été immédiate. Dés le lendemain du référendum illégal à Santa Cruz, le Conseil Législatif de l’Etat du Zulia (CLEZ) a annoncé la tenue d’une session spéciale de l’Assemblée parlementaire régionale sur le thème de l’autonomie. L’orateur invité n’est autre que Nelson Suarez représentant de l’organisation Rumbo Propio. Comme pour donner une dimension nationale à cette tentative de sécession, l’ancien gouverneur de l’Etat de Carabobo et candidat à l’élection présidentielle contre Chavez en 1998, Henrique Salas Römer, affirmait le 7 mai 2008, dans les colonnes du journal El Universal, que l’autonomie est une alternative au gouvernement de Chavez et déclarait : ’Ainsi, les revenus pétroliers ne passeront plus par le pouvoir central et iront directement aux régions.’[5] (5) Sans commentaires.
Il n’est pas anodin que le parlement du Zulia agit ainsi. C’est l’Etat le plus riche du Venezuela grâce notamment à ses revenus pétroliers, et il est contrôlé par l’ancien candidat présidentiel Manuel Rosales[6] (6). Le fait d’inviter l’organisation Rumbo Propio s’inscrit dans cette tentative de la part des Etats-Unis et des élites vénézuéliennes de détruire l’Etat-Nation vénézuélien.
L’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela (ancien consul à Maracaibo et aujourd’hui en poste à Bogota), William Brownfield, avait déclaré lors d’une visite à Maracaibo en compagnie de Manuel Rosales : ’comme vous le savez, j’ai toujours beaucoup aimé la République Indépendante du Zulia’. Manuel Rosales n’avait alors pas dit un mot pour défendre l’intégrité de la Nation vénézuélienne.
L’avant-garde de cette tentative d’indépendance est assumé par Rumbo Propio qui, à l’instar de ses collègues de Santa Cruz, a déjà rédigé les statuts ’d’autonomie’ du Zulia.[7] (7)
Outre la proposition de ’privatisations populaires’ (sic), ces ’statuts’ d’orientation clairement néolibérales proposent d’abolir les impôts pour les entreprises, de privatiser l’éducation, les retraites, la santé, de réserver le maniement des ressources naturelles (comprendre le pétrole) au gouvernement régional et aux multinationales, privatiser toutes les entreprises de l’Etat au profit des entreprises internationales et du gouvernement régional ’autonome’. L’article 10 précise même ’tout ce qui est à l’Etat doit être privatisé’.
Le versant social est transféré aux entreprises privés qui émettront des coupons (sorte de ticket-restaurant) gratuit pour aller chez le médecin o payer les frais de scolarité privée. Autrement dit, le gouvernement régional achètera ces coupons à des entreprises privés (généralement chez une entreprise amie, ou mieux dans sa propre entreprise) pour les distribuer seulement à ceux qui souffrent d’extrême pauvreté (moins de un dollar par jour). Ceux qui survive dans la misère avec 1.5 dollars (soit l’équivalent de 4 baguettes de pain ou du prix d’une bouteille de shampoing) par jour n’y auront pas droit !!!
La permanence de ces statuts ’d’autonomie’ est assuré par l’article 2§d qui affirme ’le droit à une démocratie limitée : aucune majorité populaire, aussi grande qu’elle soit, est autorisée à intervenir contre les libertés et les droits que ces [statuts] garantissent aux citoyens’. Nous nous demandons légitimement quelles seront alors les personnes en charge de définir ’les limites de la démocratie’ : les propriétaires terriens, les patrons, ou les multinationales ?
A la différence de la Bolivie, le Venezuela est une république fédérale. Le Zulia a déjà son Hymne, son Blason, son Drapeau et ses propres Pouvoir Exécutif et Législatif. Qu’à cela tienne, Rumbo Propio propose dans ces statuts ’d’autonomie’ la création d’une monnaie propre au Zulia. Pour voyager dans d’autres régions du Venezuela, les habitants de la région du Zulia devront passer par des bureaux de change. Il n’est pas précisé si ces bureaux changeront en dollars ou en Bolivars…
Alors, autonomie ou séparatisme ? Déjà, en 2001, le Plan Balboa, un exercice de simulation militaire mené par les forces armés espagnoles et planifié par les Etats-Unis, prévoyait une intervention directe dans la région et l’occupation militaire du Zulia.[8] (8)
Internationale du Séparatisme
Comme les tentatives de Coup d’Etats ou de déstabilisations économiques s’avèrent infructueuses dans les pays qui entendent rompre avec la domination étasunienne, les séparatismes doivent être vu comme une nouvelle stratégie des Etats-Unis pour affaiblir les Etats-Nations progressistes de la région et se réapproprier les ressources naturelles.
Déjà, se met en place, une internationale du Séparatisme. En septembre 2006, comme le note l’avocate Eva Golinger, ’Guayaquil fut le lieu du Premier Forum International sur la Liberté et l’Autonomie Régionale’[9] (9) où assistèrent parmi de nombreux participants, le maire de Quito et celui de Guayaquil pour Equateur, le secrétaire général de la Préfecture de Santa Cruz et un représentant de Rumbo Propio, l’organisation séparatiste du Zulia. Cette réunion n’a été possible que grâce aux financements de la NED et de la USAID.
Face à cette Internationale du Séparatisme financé par Washington, les peuples des pays concernés ont déjà affirmé leur rejet d’une balkanisation de l’Amérique Latine. Les grandes manifestations en faveur de l’unité de la Bolivie qui ont eu lieu dans ce pays mais aussi au Venezuela montrent bien que, plus que jamais, les citoyens des pays latino-américains sont décidés à défendre leur souveraineté et leur intégrité.
Au Venezuela, une enquête du Procureur Général de la République était ouverte depuis 2006 contre Rumbo Propio pour trahison à la Patrie. Malgré le fait que les preuves sont publiées sur le site web de l’organisation, l’enquête piétine…
Qu’importe, le Peuple veille !
Notes :
[1] Interview de Eva Golinger pour Radio Venezuela en Vivo, 04/05/08.
[2] Voir Romain Migus, ’Réforme Constitutionnelle et Déstabilisation : Chronique(s) d’une Révolution en marche’, Le Grand Soir : http://www.legrandsoir.info/article...
[3] Voir la vidéo de ces formations sur le site du think tank ultralibéral Cato Institute : http://www.elcato.org/node/3228
Yon Goicochea vient de recevoir le prix ’Milton Friedman pour la liberté’ (sic) doté d’un montant de 500.000 dollars.
[4] Estatutos del Departamento Autónomo de Santa Cruz (en espagnol) :
http://www.asamcruz.org/Estatuto%20...
[5] Reyes Theis, ’Salas Römer propone proyecto de autonomías como alternativa’, El Universal, 07/05/08.
[6] Pour se faire une idée sur le personnage, voir Romain Migus ’Le Rose Brun’, Le grand soir : http://www.legrandsoir.info/article...
[7] Voir
http://www.rumbopropio.org.ve/rumbo... et
http://www.rumbopropio.org.ve/rumbo...
[8] Voir http://www.aporrea.org/tiburon/n629...
[9] (9) Eva Golinger, ’EE UU promueve la desestabilización regional’, 23/03/08 :
http://www.aporrea.org/tiburon/a536...
Articles de Romain Migus publiés par Mondialisation.ca
Posté le 14.05.2008 par djamazz
L'équarrissage du continent noir par l’Occident
26 février 1885: la Conférence de Berlin
par Pierre Prêche
Mondialisation.ca, Le 13 mai 2008
Afrikara
Ce texte a été publié la première fois le 21 février 2005.
Passée inaperçue en Europe et rarement évoquée par les politiques occidentaux, la Conférence de Berlin tenue entre 1884 à 1885 a été l’architecture d’un équarrissage en bonne et due forme du continent noir. Son acte final fut signé par 13 pays européens et par les Etats-Unis. A l’instar de l’Organisation de l’Unité Africaine qui reposait sur le sacro-saint dogme de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, donc de Berlin, c’est toute la configuration géopolitique de l’Afrique qui semble avoir été figée plus d’un siècle durant par cet acte unilatéral de l’Occident.
Ce qui réunit pendant trois mois de conciliabules et de négociations 14 pays occidentaux dont l’Allemagne puissance hôte, la France, l’Angleterre, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, la Russie, la Suède, la Norvège, les Pays-Bas, le Luxembourg….et les Etats-Unis, entre le 15 novembre 1884 et le 26 février 1885 à Berlin et à l’initiative du chancelier allemand Bismarck, c’est la nécessité de mettre fin, ou du moins de maîtriser les rivalités entre nations européennes convoitant les richesses humaines et naturelles africaines.
Principalement il devait ressortir de cette conférence historique et fondatrice d’une Afrique colonie, découpée et partagée entre Occidentaux au gré de leurs intérêts et rapports de force, un ensemble de règles régissant l’occupation des terres africaines, des côtes aux arrière-pays, selon des codifications mutuellement avantageuses aux nations conquérantes, préservant l’intérêt commun, l’incommensurable gisement africain.
La France saura ainsi se réserver le vaste ensemble de l’Afrique dite occidentale et francophone plus globalement, moyennant des négociations avec ses rivales, face à une Allemagne qui lorgnait davantage sur une Alsace-Lorraine qui plus tard lui échapperait. L’Angleterre préfigurait son fantasme colonial de joindre à l’équerre les pointes du continent africain, la fameuse ligne le Caire -Egypte- le Cap -Afrique du sud. Grand triomphateur de la conférence, le souverain de Belgique obtenait l’énorme et très convoité territoire du Congo, à titre personnel cependant. Un territoire plusieurs (80 x) fois plus vaste que sa Belgique natale, officiellement dénommé Etat indépendant du Congo, et dont le souverain désigné n’était autre que Léopold II en personne, et roi de Belgique !
Le contexte sociétal européen de l’époque avait tout de semblable à celui des années 2000, puisque l’opinion publique générale, peu, mal et contre informée, ne paraissait pas être un acteur pertinent dans des décisions qui engageaient à long terme les destinées des nations, des ressources européennes et surtout des millions d’âmes africaines réparties sur des territoires autrement plus étendus que l’Europe elle même. Cependant la mise en œuvre des politiques coloniales allait faire appel aux esprits les plus brillants, thuriféraires de l’œuvre civilisatrice et de la supériorité de la race blanche. En France le républicain Jules Ferry, l’écrivain et homme politique Victor Hugo, l’éminent penseur Ernest Renan pour ne citer qu’eux représenteraient un échantillon de l’élite colonialiste avocate d’une Afrique en demande de servitude européenne. Les droits de l’homme, dirait Ferry, n’avaient pas été écris pour les nègres jules ferryd'’Afrique. Un consensus fort rassemblait les politiques et idéologues de tous bords et de toutes extrêmes, tant et si bien qu’'il y eut en France un parti colonial très influent. Cette application hégémonique européenne manifestée par un texte, une codification, la Conférence de Berlin, ne faisait que reproduire un modèle déjà éprouvé de domination esclavagiste, puisqu’'en 1494 le traité de Tordesillas consacrait le partage des terres de la planète par l'’église catholique représentée par le pape Alexandre VI, entre les super puissances de l'’époque, le Portugal et l’'Espagne. La recherche de l’'exploitation et de l'’asservissement le plus pur, parfait, rationalisé s’'observerait également dans la mise en oeœuvre en 1685 du Code Noir qui régissait chaque pas chaque seconde de la vie des Africains esclavisés dans les colonies françaises. La Conférence de Berlin marquait un arbitrage dans la mutation ou le passage en continuité d’'un mode de violence esclavagiste à une régulation colonialiste tout aussi violente malgré les dispositions de l’'acte final en faveur de la protection et du bien-être des populations dites indigènes. Continuité macabre puisqu'’elle jetait les ponts sur des pratiques négrières clandestines et d’'esclavage presque total dans les colonies lusophones notamment, et toutes sortes de crimes contre l'’humanité dans les territoires du Congo entre autres exemples, où les militaires à la solde de Léopold II devaient justifier de l’'efficacité de l'’usage de leurs armes à feu en présentant les bras coupés de leurs victimes selon le principe : une balle, une main ! Comme pour nombre de traités européens et occidentaux, la violation des écrits était la règle que commandaient les profits immédiats du terrain. Les dispositions relatives à la liberté religieuse ne s’'appliquaient qu’'aux religions non africaines, et la neutralité des territoires africains ne fut jamais que lettre morte puisque ces territoires servirent de base de recrutement des forces opposées à l’'Allemagne, qui au terme des deux conflits mondiaux dont les vainqueurs la jugent responsables, perdit ses possessions vite captées par les autres puissances européennes pourtant Cecil Rhodesfraîchement échappées de privations de liberté. La dette de sang aux soldats africains sans lesquels la France n'’aurait pu se débarrasser de l'’Allemagne nazie n’'empêcha pas ce noble pays de commettre d’'indicibles crimes contre l’'humanité à l'’encontre des populations qui avaient donné leurs vies, leurs ressources matérielles pour que la France retrouvât son indépendance…
Tout se déroule comme un continuum d’'atrocités de la traite négrière à la mondialisation prédatrice des années 2000 en passant par Berlin, conférence et esprit vampire des relations de l’'Afrique à elle-même, du continent noir au reste du monde. Comme si il y avait eu un siècle et demi de mouvement arrêté au sein des quartiers de la servitude, plus abîmés les uns que les autres, départements confus et bigarrés de la déchéance civilisationnelle. La possession historique de l’'Afrique contemporaine ligotée à la reproduction de ses régressions ferait presque penser que dans chaque unité de pauvreté continentale il y a un peu de Berlin. LOR:
Articles de Pierre Prêche publiés par Mondialisation.ca
Posté le 10.05.2008 par djamazz
Le premier et le dernier Drapeau ou la question de la gouvernance mondiale
Il est demandé à tous ceux qui se disent athées de lire cette mini thèse avec le présupposé que Dieu existe, sachant que le but ultime n’est pas de prouver son existence mais plutôt d’apporter une explication intellectuellement recevable sur la raison fondamentale de la permission divine des souffrances.
L’erreur serait de croire que cet article va parler de foi en Dieu, de religions ou de religiosités. Ce n’est pas le cas. Au contraire, il va plutôt développer le sujet sous l’angle de la politique, d’où son titre et le fait qu’il soit proposé sur Alter Info dans la rubrique “Politique Nationale/Internationale”.
La règle du jeu est d’accepter la lecture du développement qui va suivre en prenant simplement l’hypothèse que Dieu existe (même si vous n’y croyez pas du tout), sachant que l’histoire de l’origine de l’humanité telle qu’elle se trouve mentionnée dans la Bible et le Coran, se doit d’être associée avec cette même croyance en Dieu...[1]
Cette analyse ne pourra être comprise, par le plus réfractaire des croyants (puisque les croyants vont découvrir des choses sous un angle diamétralement opposé à leur mode de pensée actuel) ainsi que par le plus réfractaires des athées, qu'à la condition de la lire du début à la fin sans s'arrêter sur les apparences “simplistes” du départ.
Encore une fois, le principal objectif de l’article est de donner une explication intellectuellement recevable sur la permission divine des souffrances aux personnes ne croyants pas en Dieu de façon à ce qu’elles reconnaissent en toute honnêteté qu’il n’est plus possible de prétexter que si Dieu existe, il ne permettrait pas tous les malheurs qui accablent l’humanité car, disent-elles, si tel est le cas, alors ce Dieu là ne mérite absolument pas notre croyance en lui.[2]
Dans tous les cas, il s’agit simplement d’avoir un esprit d’ouverture en acceptant de suivre une analyse à partir d’une simple hypothèse…
En filigrane de l’article, vous découvrirez l’éradication planifiée de tous les gouvernements, oligarchies et puissantes sociétés secrètes de ce monde (dont “l'élite obscure” fait partie).
Il est possible d’aborder ce dossier de deux façons différentes: ceux qui n’ont pas beaucoup de temps peuvent le lire sans se référer aux notes numérotées entres crochets et ceux qui veulent approfondir le sujet pourront le faire en cliquant tout simplement sur les chiffres entres crochets vu que ce sont des liens directs (aller-retour)
DEUX QUESTIONS MAJEURES (introduction)
L’EMBLÈME DE DIEU
CE QUE SIGNIFIAIT CETTE CONNAISSANCE
LE PREMIER DRAPEAU
ILS L’ONT BRÛLÉ !
UN TROISIÈME PERSONNAGE
CE QUI A ÉTÉ CONTESTÉ EN ÉDEN
LES GRANDES QUESTIONS
PARDONNER ?
LES DÉTRUIRE ?
LE PROF DE MATH (lecture indispensable)
LE LIBRE ARBITRE
POURQUOI SI LONGTEMPS ?
ILS ONT PLANTÉ LEUR PROPRE DRAPEAU
L’UN DES TEXTES LE PLUS CITÉS AU MONDE
LE DERNIER DRAPEAU (conclusion)
[ANNEXE – Selon le Coran, le jardin d’Éden était-il sur terre ?]
[NOTES MARGINALES]
DEUX QUESTIONS MAJEURES (introduction)
Si l’on feuilletait le livre de toute l’histoire de l’humanité qu’est-ce qui, d’après vous, ressortirait le plus aux fils des pages?
Ne seraient-ce pas des pages maculées par le sang d’humains morts au combat, parce que leurs souverains politiques ou religieux voulaient garder ou étendre leur pouvoir?
Combien de guerres, de massacres, de conflits et de révolution ont été perpétrés avec pour principale raison : LE POUVOIR !
D’aussi loin que nous puissions remonter dans le temps, nous trouvons systématiquement chez tous les peuples un élément représentatif de leur pouvoir. Toutes les tribus qui s’affrontaient au combat le faisaient avec, à leur coté, un symbole tel qu’un panonceau, un insigne, une bannière et, plus proche de nous, un blason. Aujourd’hui, nous dirions que ces représentations étaient leur emblème vu qu’elles symbolisaient leur pouvoir de domination sur leur territoire.
Les grands empires aussi avaient leur emblème comme par exemple l’étendard chez les Romains, mais depuis quelques siècles, il s’agit plutôt d’une projection figée sur un morceau de tissu quelque peu rectangulaire représentant symboliquement l’État avec son pouvoir et ses frontières, que l’on nomme : “Le drapeau.”
Puisque ce dossier a pour objectif d’expliquer la raison de la permission divine des souffrances et que, comme nous le verrons plus loin, cette question est étroitement liée avec celle de la gouvernance mondiale, il nous faut tout d’abord chercher à déterminer si Dieu avait placé un emblème sur terre en représentation de son pouvoir de domination.
Pour cela, il faut remonter dans le temps et revenir au jardin d’Eden mentionné dans le premier livre de la Bible, à savoir, le livre de la Genèse.[3]
[L’annexe en fin d’article présente un développement avec le Coran pour montrer que le jardin d’Eden originel était bien sur terre et non dans le ciel.]
L’EMBLÈME DE DIEU
Y avait-il réellement un emblème sur terre en représentation du pouvoir de domination de Dieu? Si oui, où était-il?
Situons le contexte. Selon Genèse chapitre 1 verset 28, Dieu confia une mission extraordinaire au premier couple humain, juste après l’avoir créé dans le jardin d’Eden: “En outre, Dieu les bénit et Dieu leur dit: «Soyez féconds et devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la ; tenez dans la soumission les poissons de la mer, et les créatures volantes des cieux, et toute créature vivante qui se meut sur la terre.»”[4]
Cette mission assignait de l’honneur à l’être humain. Elle lui donnait de la valeur en le plaçant au dessus de tous les animaux et en lui montrant que Dieu comptait sur lui pour accomplir son dessin de faire de la terre entière un lieu où il fait bon vivre.
Dans sa bonté, Dieu leur a fourni les meilleures circonstances pour qu’ils réussissent la mission qu’il leur avait confiée. En effet, selon les textes, Adam et Eve n’ont pas été créés enfants ou adolescents, mais adultes. Ils étaient dès leur création des humains parfaitement mûrs physiquement et mentalement. Ils n’ont pas dû commencer par se traîner à quatre pattes pour apprendre à marcher ni balbutier pour apprendre à parler. Non, ils ont été créés avec toutes ces facultés. Ils pouvaient s’entretenir avec leur Créateur céleste et se mettre au travail, c’est-à-dire avoir des enfants ainsi que cultiver et prendre soin de leur demeure, ce jardin.
Et quel jardin! Imaginez, un jardin planté par Dieu lui-même! Sa beauté devait être saisissante (Éden signifie littéralement “délice”). Il n’y manquait aucun arbre exquis, que ce soit par la forme ou par le fruit. Il était bien arrosé, vaste et animé par une fascinante variété d’animaux.[5]
Adam et Ève avaient tout pour mener une existence riche et heureuse, y compris un travail passionnant et une compagnie parfaite.
A cette époque par contre, il n’y avait pas de mairie, de capitale nationale ou d’autres cours administratives pour officialiser les choses, pour dire en quelque sorte: “Voici comment les choses doivent se passer. Êtes-vous d’accord? Si oui, veuillez signer ici…”
Ainsi, Dieu se proposait de signer un contrat avec l’humanité mais comme il n’y avait pas ces institutions, comment s’y est-il pris?[6]
Il a tout simplement choisi un arbre fruitier.[7]
Il est dit dans Genèse chapitre 2 versets 16 et 17 (le texte est tiré de La Bible de Jérusalem qui est une traduction Catholique – Edition du Cerf 1973 format de poche): “Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement: «Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort.»”
Ici, l’obéissance parfaite de nos premiers parents a été mise à l’épreuve par une seule restriction alimentaire. Mais franchement, Dieu n’aurait-il pas pu choisir pour emblème autre chose qu’un arbre fruitier?
Il aurait pu choisir une montagne en disant à l’homme: «Tu peux monter sur toutes les montagne du jardin. Mais sur la montagne de la connaissance du bien et du mal tu n’y monteras pas, car, le jour où tu y monteras, tu deviendras passible de mort.»
Selon Genèse chapitre 2 versets 10 à 14, il y avait quatre fleuves qui traversaient le jardin d’Eden. Dieu aurait pu choisir aussi un fleuve en disant: «Tu peux boire l’eau de tous les fleuves du jardin. Mais de l’eau du fleuve de la connaissance du bien et du mal tu n’en boiras pas, car, le jour où tu en boiras, tu deviendras passible de mort.»
Non, Dieu a plutôt fait le choix d’un arbre relativement discret et peu encombrant…
Cet arbre porte un véritable nom : “La connaissance du bien et du mal” ou selon d’autres traductions, “La connaissance du bon et du mauvais”.
Aujourd’hui encore, tous les drapeaux des États nations portent, derrière le symbole, le “nom” du pays qu’ils représentent même s’il n’est pas écrit en toutes lettres. Par exemple, à l’ouverture des J.O. lorsque les athlètes défilent avec leur drapeaux, on entend dire par exemple: “Voici l’Espagne… voici le Maroc… et maintenant c’est au tour de la France de défiler, etc.”
CE QUE SIGNIFIAIT CETTE CONNAISSANCE
Détail important, “l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais” ne signifiait pas que les humains n’avaient pas la connaissance du bien et du mal. En effet, beaucoup pensent que tant que nos premiers parents ne mangeraient de son fruit, ils n’auraient pas accès au savoir (la connaissance) et n’auraient aucune idée de ce qui était bien ou mal.
Pourtant, il est évident qu’Adam et Eve s’avaient pertinemment que maltraiter les animaux était